Loki (The Dark Riders) (French Edition)

Marie-Laure Viollet · Chapitre 15 sur 37

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Loki (The Dark Riders) (French Edition)

Chapitre 13

 

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Nath

 

Quelle soirée, je ne m’attendais pas à ça de sa part ! Loki n’a rien d’un

mec romantique à offrir des fleurs, des restos. Quelle ne fut pas ma surprise

de voir que, dans un coin du parc, il avait installé un pique-nique. Il avait

pensé à tout, nappe, coussins, c’était divin. Et pour une fois, on ne s’est pas

pris la tête pour des pacotilles. J’étais aux anges. On s’est bien amusés en

décorant mon fauteuil. Tout le monde l’admire.

Je me retenais de lui poser toutes les questions que j’avais en tête pour ne

pas gâcher ce moment. Le faisait-il pour moi ou sur le commandement de

mon frère ? Était-ce dans ses obligations de me distraire, pour que je ne

déprime pas et me rétablisse au plus vite, pour se débarrasser du fardeau

que j’étais ?

Je ne savais plus quoi penser et j’ai rejeté au plus loin dans mon cerveau

mes questions idiotes. Cela m’empêchait de profiter de ce déjeuner sur

l’herbe.

Une voix en colère a interrompu notre dîner, c’était celle du directeur.

— Monsieur Fabre ! De quel droit vous permettez-vous de sortir une

patiente hors de sa chambre, si tard et sans autorisation. Dans mon bureau !

Un frisson m’a pris, le directeur n’avait pas peur d’élever la voix sur

Loki. Pour sa défense, il ne connaissait pas le caractère impulsif de celui-ci.

À ma plus grande surprise, il s’est levé tranquillement, m’a remise dans

mon fauteuil et m’a poussée jusqu’au centre. Il m’a laissée aux bons soins

d’une infirmière et a suivi le patron à son bureau.

L’infirmière s’est dépêchée de me mener à ma chambre, m’a laissée telle

quelle sur des paroles machinales.

— Ne bougez pas, je reviens vous installer dans votre lit dans un instant.

Puis, je l’ai entendue dire à sa collègue.

— Vite, grouille-toi, le nouveau mec mignon est convoqué dans le bureau

du directeur.

— Ah bon ! Et pourquoi ?

— Tu te rends compte qu’il avait invité la fille du 21 à un pique-nique et

le professeur les a surpris.

— Qu’est-ce que tu attends pour appeler l’ascenseur ?

Je souffle fort et lève les yeux au ciel. Merde ! Non, mais ! On dirait un

épisode des Feux de l’amour. Pitié ! Achevez-moi.

Et pendant ce temps, qui reste toute seule dans son fauteuil, à attendre le

dénouement ? C’est bibiche.

Je ne me fais pas de soucis pour Loki, si, un peu, car s’il se fait renvoyer,

qui va me tenir compagnie ? Même si je ne le voulais pas au début, je ne

l’échangerais pour rien au monde. J’ai toujours honte de mes actions qui

m’ont poussée dans ce fauteuil, mais il a la décence de ne pas m’en parler.

Je fais l’autruche, la pleutre pour éviter que le sujet vienne sur le tapis. Je ne

m’en remettrais pas s’il me jugeait. J’ai effectué une grosse connerie, j’ai

brisé les règles, j’ai essayé d’avoir une autre vie, pour l’oublier. J’ai tout fait

pour le sortir de mon cœur et j’ai tout foiré, avec en prime, par ironie, lui,

comme ange gardien.

Le temps passe et toujours personne à l’horizon. J’ai envie de faire pipi.

J’appuie sur la sonnette, rien.

— Il y a quelqu’un ?

Jusqu’à maintenant, il y a toujours eu une personne pour m’aider. Je n’ai

pas encore retrouvé tous mes muscles.

Merde ! Je ne vais pas me faire dessus, j’ai enfin retrouvé toutes mes

fonctions pour mes besoins, je ne vais quand même pas me lâcher. Je dirige mon fauteuil dans la salle de bains. Je le positionne vers les toilettes. Quand

on voit faire les personnes handicapées, cela a l’air très facile. Ils s’appuient

sur leur bras pour se hisser sur la cuvette, lever le bassin pour retirer

pantalon et culotte et hop, le tour est joué !

Moi, je trouve que la distance de mon moyen de transport aux w.-c. est

grande, très loin. J’appuie sur mes bras pour décoller mon postérieur, je

mets une main sur la cuvette pour me déplacer un peu. Merde, c’est large,

une cuvette, et la barre de soutien très éloignée. Je sens le fauteuil glisser,

quelle imbécile, j’ai oublié de mettre le frein.

Gagné ! Je me retrouve à plat ventre sur la cuvette. Quelle honte ! Je

m’accroche à la barre et me tire. Je pousse pour me redresser, enfin ! J’ai

réussi, je suis fière de moi, j’en ris toute seule. Mais, voilà le problème,

c’est comment vais-je retourner dans ce maudit fauteuil ? Il est là, à me

narguer, tanguant doucement.

Tant pis, je me laisse tomber à terre et rampe vers lui. Avant de me hisser

dessus, je pense à mettre les freins.

Je retourne fièrement dans ma chambre. Personne n’a vu mon pitoyable

exercice et je ne compte pas le dire à quiconque. La honte, je me suis

vautrée lamentablement, je n’avouerai jamais ce moment ridicule. J’ai

intérêt de me muscler les bras, de m’entraîner régulièrement et bien sûr

toute seule.

Toujours personne, je suis fatiguée, j’ai hâte de me coucher. Je sonne à

nouveau, on ne sait jamais. J’attends.

Cela dure bien longtemps, cette discussion. Loki viendra me raconter cet

entretien. Les heures défilent et aucune âme qui vive ne rentre dans ma

chambre.

J’espère que tout se passe bien, que Loki n’a pas pété un câble, que le

directeur n’a pas appelé la police, qu’il est toujours vivant. Je parle du professeur, car Loki n’est pas un homme à se laisser faire. Pourquoi ne

vient-il pas dans ma chambre ? Je ne peux même pas l’appeler sur son

portable, le mien n’a pas survécu à l’accident, et je n’ai pas son numéro en

tête. Cela me fait penser que Jason ne m’en a pas acheté un nouveau. Si, j’ai

un souci, je fais comment, je siffle ? Je demanderai à Loki de m’emmener

en acheter un, si un jour je le revois, je désespère.

Si j’ai réussi à aller aux toilettes, j’arriverai bien à me coucher. Mais,

entre tous les exercices de la journée et ma virée aux toilettes, mes bras se

mettent à trembler violemment. Je n’arrive plus à les contrôler, cela en est

même douloureux, des spasmes incontrôlables me font tanguer. Je n’ai plus

le contrôle de mon corps. Je glisse du lit et me retrouve allongée sur le sol.

Je patiente un peu, laissant mes muscles se calmer et se détendre. Tout

mon corps tremble, c’est désagréable. Je suis tétanisée, je n’arrive plus à

bouger un orteil, je ris, c’était déjà le cas avant cet incident.

Il faut que je me fasse une raison, je n’arriverai pas à sortir toute seule

cette fois-ci de cette merde. Je n’ai même plus la sonnette à porter de la

main. La nuit est tombée, les lampes extérieures éclairent faiblement ma

chambre.

J’espère que ces grognasses qui m’ont abandonnée lâchement pour être

aux premières loges du débat Loki-directeur feront des rondes cette nuit. Je

ne les ai jamais appelées la nuit, les laissant tranquilles, elles ont beaucoup

de travail. Si j’avais su, je les aurais dérangées toutes les heures.

Je viens de voir la face négative de ce centre. Jason m’avait assuré que

c’était le meilleur, mon œil, peut-être au niveau du suivi médical, mais au

niveau du personnel, c’est du n’importe quoi. Elles sont plus intéressées par

les commérages que par les patients. Et nous, dépendants de leur bon

vouloir, on ferme nos gueules.

Elles me connaissent mal, si elles croient que je vais laisser passer le fait

de rester une nuit sur le sol.

Je finis par m’endormir en maudissant le personnel et ce con de biker qui

n’est pas venu. Lui qui doit veiller à ce que rien ne m’arrive vient de merder

grave.

 

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