Loki (The Dark Riders) (French Edition)
Chapitre 4
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Nath
Le pire fut mon réveil après l’accident. Des bips retentissaient dans toute
la pièce, je ne pouvais pas respirer ni déglutir. Je me suis débattue, des voix
me parlaient, je n’entendais rien. L’impression de suffoquer se fit plus
imposante, je paniquais tellement que je n’arrivais pas à comprendre les
mots qui fusaient tout autour de moi, puis plus rien.
La seconde tentative fut plus calme. Un masque recouvrait mon visage,
m’insufflant de l’oxygène. Je clignai des yeux pour distinguer la forme qui
se penchait sur moi.
— Mademoiselle Jackson, vous êtes dans un hôpital. Tout va bien. Le
médecin va venir vous expliquer ce qui vous est arrivé. Votre frère est dans
le couloir, je vais le faire rentrer pour qu’il profite de la visite du médecin.
Je mets un moment à comprendre ce qu’elle vient de me dire, de me
resituer dans le présent. Que s’est-il passé ? Mon cerveau refuse de me
donner l’information qui m’explique pourquoi, je me retrouve sur un lit à
l’hôpital.
La silhouette qui fonce vers moi, celle-là, je la reconnaîtrais n’importe
où. Mon grand frère se précipite vers moi et s’arrête net à ma vue. Il
écarquille ses beaux yeux, cherche le regard de l’infirmière, puis se saisit de
ma main.
— Ma douce, tu ne souffres pas, tu m’as fait si peur.
Étrangement, je n’ai mal nulle part, je sens mon corps, mais il est en
apesanteur. Quelque chose m’empêche de bouger correctement la tête. En
touchant, je comprends que c’est une minerve rigide.
Mon frère suit mes gestes et secoue la tête. Il a de grands cernes sous ses
yeux, il put le tabac aussi. Il a dû vraiment se faire du souci pour être dans
cet état.
La porte s’ouvre et un homme en blouse blanche pénètre dans la chambre
et va serrer la main de mon frère.
— Monsieur et mademoiselle Jackson, vous avez eu de la chance. Je vais
essayer de vous expliquer ce que vous avez. Lorsque la voiture vous a
percutée, vous avez heurté violemment le pare-chocs, puis le sol, entraînant
un choc spinal. Le SAMU rapidement sur place a heureusement fait les
soins nécessaires pour éviter une aggravation. Il fallait vous immobiliser
immédiatement et éviter l’hypotension1 2 et l’hypoxie qui peuvent
endommager la moelle, tout ceci a été fait.
Je regarde Jason, je suis perdue avec tous ces termes, il me serre la main
pour me réconforter. Le connaissant, il a dû déjà tout demander à son
hacker et il me l’expliquera après. Le médecin reprend.
— Il existe trois sortes de lésions, une blessure à la colonne cervicale
affectera les quatre membres, ainsi que les muscles qui contrôlent la
respiration et d’autres fonctions essentielles. Puis, une blessure à la colonne
lombaire affectera les membres inférieurs et la fonction intestinale et
vésicale. Et la dernière qui entraîne une grave perte d’autonomie,
nécessitant éventuellement une assistance totale pour le reste de votre vie.
Je hoquette de peur, mon Dieu !
— Vous avez passé une IRM et un scanner, nous pensons que vous avez
une blessure à la colonne lombaire. Nous devons attendre quelques jours
pour voir l’évolution de votre corps. Car, ce type de choc se distingue en
quatre phases différentes selon le déroulement des réflexes. Perte de réflexe
de phase 1, aréflexie 3, phase deux, après environ deux jours, une partie des
réflexes est récupérée ; phase trois, une hyperréflexie4 se produit et enfin la
phase quatre spastique 5.
— Soyez plus clair, docteur, ma sœur va-t-elle remarcher ? Votre
charabia ne nous aide pas. Je veux tout savoir et dans mon langage.
— Comme je vous l’ai spécifié, il faut attendre quelques jours, dans une
immobilité parfaite. Dans quelques semaines, votre sœur ira dans un centre
pour de la rééducation. Pour le moment, il lui faut juste récupérer de
l’accident.
Le docteur quitte la pièce, Jason me regarde tendrement. Je le regarde,
perdue.
— On peut dire que tu nous as foutu une sacrée trouille. Je sais que ce
n’est pas le moment, mais que s’est-il passé ?
— Euh !
— Nath, il faut que je sache, est-ce un simple accident ou quelqu’un t’a
poussée sous cette voiture ?
Je le fixe, assimilant ses questions, cherchant le pourquoi de ce drame.
Puis tout me revient, Vladimir et ses mots cruels, ma fuite et le choc.
— Mon bébé ?
Je hurle, essaye de me relever. L’infirmière, qui était restée, se précipite
vers moi.
— Mademoiselle Jackson, calmez-vous, il faut que vous restiez immobile
pour votre colonne vertébrale. Je suis vraiment désolée, mais votre bébé n’a
pas survécu au drame.
Les mots foncent vers mon cerveau, excluant tout le reste, l’accident et
ses conséquences. J’ai l’impression de me dédoubler, regardant mon corps
sur ce lit, cette jeune fille pâle qui pleure. C’est comme si je regardais un
film triste, en pensant ne pas vouloir la place de cette personne. Ensuite, mon esprit regagne brusquement ce corps malade, me faisant hoqueter et
respirer. Je me sens vidée, exténuée.
— Nath ! Calme-toi, respire. Je suis là, je ne te quitte pas. On en parlera
plus tard. Ne t’inquiète pas, on fera face tous ensemble.
— Monsieur Jackson, elle est épuisée, je vais lui injecter sa dose de
morphine. Si vous voulez faire quelque chose, profitez-en. Vous reviendrez
dans un moment pour son réveil.
— Oui, il faut que j’informe mes frères que tu es consciente et de ce que
tu as, je reviens, ma douce.
Je me sens partir, n’arrivant plus à réfléchir. Je ne lutte pas, voulant tout
oublier. Mes yeux se ferment, mais, avant que je m’endorme, je perçois son
odeur, sa présence. Loki ! Il est là. Je ne veux pas l’affronter, regarder dans
ses yeux sa peine, ma honte. Alors, je n’ouvre pas mes paupières.
Cet homme me considère comme sa petite sœur, me paternant autant que
Jason tandis que, pour moi, il est ancré dans mon cœur depuis mon
adolescence. Cet homme que j’aime, qui m’a fait fuir toutes leurs fêtes, le
MC, pour ne pas voir ses frasques sexuelles. Lui qui m’a incitée sans le
savoir à accepter les avances de Vladimir, espérant l’oublier et essayer
d’aimer un autre que lui. Je n’ai pas la force de me confronter à ses yeux si
bleus. Je demande juste de l’oubli. Un léger effleurement me ferait presque
sursauter, si je n’avais pas tous mes muscles inertes par la morphine.
— Ma douce ! Je suis là maintenant.
Une larme quitte mes yeux sur cette phrase. Elle arrive trop tard. Je suis
détruite moralement et physiquement.
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