Mr.
Ellie
Je l’ai dit dans un message, mais il faut que je l’écrive, ça ne veut rien dire, dix mots sur un portable.
Je pensais à toi, ton corps, tes mots, ton odeur, je pensais à ce matin, et à cette lourdeur dans tout le corps lorsque j’avais honte de ce que j’étais en train de faire, je pensais à tout ce que tu as pu me dire (ces mots qui m’ont vrillé les nerfs, comme une interminable griffure de chat dans le dos), et je me suis dit que j’allais avoir beaucoup de mal à tenir jusqu’à mardi. Tu ne peux pas imaginer dans quel état je suis. Si je commence à repenser à ce matin, j’ai une sorte de contraction dans le ventre, de la chair de poule dans les joues, la jambe droite paralysée, et je sens très distinctement ma chatte qui cligne toute seule, comme font mes yeux quand je suis épuisée. On dirait qu’elle crie. Et ça ne fait aucun bruit, mais moi je l’entends. Enfin, je le sens. C’est encore pire.
Tu veux un secret ? Pourquoi je ne peux pas me toucher devant toi. Pourquoi les filles de vingt ans n’arrivent pas à se livrer totalement. C’est l’idée de la honte, je crois. La supposition que si je m’abaisse à faire quelque chose comme ça, je deviendrai aussitôt méprisable. Ce qui est totalement paradoxal, quand même, vu qu’à côté de ça me faire baiser de manière absolument dégoûtante, me faire traiter de tous les noms ne me gêne absolument pas, au contraire je me sens éminemment respectable.
Rends-moi service, il ne faut plus que tu aies pitié de moi. Si je ne t’obéis pas, même malgré moi, je n’irai nulle part, et j’arriverai à soixante ans sans avoir eu le moindre orgasme. Si on ne va nulle part, au moins qu’on aille là ; sers-toi de moi, manipule-moi, modèle-moi, fais de moi une maîtresse parfaite, idéale. Je ne veux plus de cette sensualité sophistiquée pour feindre la gourmandise. Je ne veux plus de stratagèmes et de plans pour avoir l’air bandante — je veux retourner à une véritable sensualité primaire, enfantine, éhontée. Libère-moi. Je sais que tu en es capable. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en soit plus capable que toi. Je suis sûre que si je ne jouis pas ça n’est que le fait d’un conditionnement imbécile que je me suis imposé moi-même. Qu’en fait je suis beaucoup plus émotive que ça. Regarde, quand tu me prenais par-derrière ce matin, j’ai longtemps été obnubilée par la douleur, ou l’inconfort, enfin peu importe ; quand je dis longtemps, je veux dire à peu près... cinq, six minutes. J’étais donc majoritairement à cette douleur, et pourtant je savais que j’étais trempée. Tu vois comment je suis ? Mon corps en est réduit à vivre malgré moi. Il saute toutes les barrières que je pose et grappille toutes les caresses qu’il peut avoir. Il faut que tu m’aides pour ça. Il ne faut plus que tu m’écoutes — si tu me laisses protester je ne saurai jamais comment faire, comment faire pour ressembler à toutes ces femmes dont Ils parlent dans les livres, Irène (que je viens de finir) ou les autres. Ces filles qui s’occupent de jouir avant toute chose, pas d’avoir l’air jolie ou digne. On ne peut pas avoir l’air digne en baisant. Ça ne marche pas.
Oh, j’ai encore envie de te parler, mais je veux garder le reste pour demain.
Tout à l’heure, je lisais Le Con d’Irène, j’ai trouvé un peu de ton odeur dans les pages. Un peu. Je crois que personne d’autre que moi n’aurait pu remarquer un effluve aussi ténu.
J’adore le mot con. Et que tout le monde le haïsse fait ma joie. Con. Con. C’est le seul pendant féminin de bite ou queue. Parce que, finalement, chatte est très policé. On dit chatte à tout bout de champ. Con, ça c’est vraiment troublant et littéraire, ça a un charme auquel beaucoup de gens sont hermétiques. Il faut avoir lu pour aimer le son claquant du mot Con, lu, baisé, léché et touché des femmes, ou être une femme et se l’être vu murmurer par un homme comme toi.
Aussi, j’ai pris ma douche tout à l’heure, en rentrant chez moi, et — je ne sais pas comment tourner l’histoire de manière qu’elle soit aussi jolie conçue qu’écrite — lorsque je me suis lavée, le savon m’a toute piquée. Et j’étais encore très ouverte, comme si tu venais juste de sortir de moi. Dieu est dans les détails.
Il faut que je m’arrête de parler. Lundi soir. Dors avec moi. Ou viens le soir, repars dormir chez toi et reviens le lendemain. Mais je te veux le plus vite possible.
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