Mr.
Monsieur
Surtout n’arrête pas d’écrire Monsieur.
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Ellie
Parce que, très sincèrement, je suis censée écrire quoi ? Monsieur est passé dans ma vie comme un éclair, ce même éclair que j’étais censée être dans la sienne, si j’en crois ce que tu m’as dit ? Monsieur m’a baisée très bien, m’a fait entrevoir le cul de manière différente, mais juste entrevoir, parce que à la fin il m’a quittée comme l’aurait fait un mec de treize ans en prise avec sa petite moustache prépubère, sans me le dire, juste en arrêtant de me répondre ? Monsieur m’a plaquée comme une conne, sans avoir même le courage de me le dire ? Quel genre d’histoire je peux créer, à partir d’une fin aussi piteuse ?
Je suis juste affreusement vexée. La dernière fois que tu m’as eue au téléphone, je t’ai tendu des perches monumentales, tu aurais tout à fait pu me dire « c’est fini » à ce moment-là, j’étais disposée à l’entendre. Je ne comprends pas pourquoi tu te comportes comme ça avec moi. J’ai tout fait pour te rendre heureux, sans rien te demander en échange, sans même demander une quelconque gratitude. La seule chose que je voulais, c’était de l’honnêteté. Tu n’as même pas été capable de m’appeler pour qu’on en parle. Tu as piétiné tout ce que j’ai pu te donner, tout ce que j’ai pu te proposer.
Il y a d’autres moyens de se sentir jeune que de se comporter comme un pré-ado. J’aurais pu t’apporter tout ça, le renouveau, la passion. Aucun engagement. Mon Dieu, je ne vois vraiment pas à quel moment j’ai pu te perdre. J’ai été tentée de croire que je suis trop gentille, mais en fait non. Je ne me reprocherai jamais de l’être, ou de tomber amoureuse.
Alors la seule chose que je te demande aujourd’hui, c’est d’avoir le courage de m’appeler demain. Et qu’on s’explique, une bonne fois pour toutes. Parce que je n’ai aucune envie de te trouver nul, et que, comme je te l’ai dit, quand tu es le Monsieur que j’ai connu, tu me fais envie. Sois ce Monsieur, charmant, élégant, flatteur, brillant — mais ne sois pas lâche. C’est la pire chose au monde. Je n’ai pas besoin d’un mec lâche dans mon livre, et j’espère que tu ne l’as été qu’à cause de circonstances que j’ignore. Tu vois, je suis gentille — j’imagine que cette lâcheté n’est pas de ton fait.
Fais ça pour moi. Laisse-moi au moins le souvenir d’un homme courageux. C’est le moins que tu puisses faire si tu te permets d’attendre un livre de moi. Je pense avoir été très correcte, pour ma part.
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Je crois que c’était encore pire au magasin, dans un sens. Moi qui d’habitude manquais déjà de motivation pour me lever à sept heures et demie un samedi matin, j’avais presque envie de pleurer quand je pensais à cette longue, longue journée debout derrière un comptoir, quand la seule chose que je tolérais était la solitude de ma chambre au sous-sol. Du reste, je n’avais pas réellement envie de parler à qui que ce soit. Dès que j’ouvrais la bouche, j’attendais comme une évidence que quelqu’un comprenne, évoque Monsieur ; j’avais l’impression de transpirer cet homme par chaque pore de ma peau et d’en baver depuis des millénaires, alors qu’une semaine et demie seulement avait passé sans lui. Je ne pensais qu’à ça, tout le temps ; j’imaginais des vengeances, des manières sophistiquées de lui faire payer son silence. Ou alors j’effaçais tout, et Monsieur revenait, disant je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Parfois, alors que je confectionnais le bouquet d’un énième client, au milieu des tas de fleurs il m’arrivait de lever le visage pour regarder dans le vide, mes mains travaillant machinalement, et en l’espace d’une infime seconde d’éternité je croyais voir sa haute silhouette ou entendre sa voix. J’en risquais mes doigts chaque fois qu’il fallait me servir d’un sécateur ; et toutes les autres filles à côté de moi trouvaient, sans rien oser me dire, que j’avais une mine à faire peur.
C’était à la période sombre où Monsieur avait arrêté de me répondre, indépendamment de la nature des signaux que je lui envoyais. Je devenais dingue, agissant contre toute logique, en dépit de tout ce que j’avais pu apprendre sur le fonctionnement des hommes. S’il m’arrivait de jouer la rupture de communication, au bout d’à peine deux jours j’étais terrifiée à l’idée que Monsieur puisse croire que je ne l’aimais plus. Alors je recommençais à taper fébrilement un texto en me haïssant d’un bout à l’autre, pensant pouvoir le duper en parlant uniquement de sexe, mais mes mots puaient le chagrin et l’incohérence. Et tandis que je me débattais sans espoir contre une histoire que le monde entier devait continuer d’ignorer, il fallait que je m’efforce de faire bonne figure devant Andréa (dont je me désintéressais peu à peu) ainsi que devant ma famille. Expliquer à ma mère que ma mauvaise humeur n’était due qu’à cette grève étudiante qui n’en finissait pas. Trouver des excuses pour ne pas aller chez ma tante, où me poursuivaient sans relâche les souvenirs de cette soirée d’anniversaire et la conscience que mon oncle connaissait Monsieur, ayant bossé quinze ans avec lui ; Seigneur, je ne pouvais même plus le regarder sans voir Monsieur. Avoir l’air concernée lorsque Andréa annulait un de nos rendez-vous, et folle de joie quand il en fixait un autre. M’arracher des textos mignons pour qu’il ne puisse se douter de rien. N’avoir en tête que mon portable sur la table de chevet lorsqu’on faisait l’amour. À tous ces gens, cacher mon cœur brisé comme une maladie honteuse. Parfois, dans la voiture avec ma mère, je sentais l’aveu monter lentement dans ma gorge, une énorme boule qui faisait de la déglutition un supplice. J’étais sur le point de m’ôter de la poitrine un poids incroyable, songeant qu’après tout je n’en avais plus rien à faire, rien ne pouvant être pire, même si elle s’énervait, même si elle menaçait de parler au concerné ou à Philippe. Il fallait que quelqu’un sache. Que quelqu’un d’autre puisse avoir conscience qu’il était méchant et que malgré tous mes torts je n’avais pas mérité ça. Je me voyais déjà tout balancer, cette édition grandiose de Mandiargues dans ma chambre et qui n’avait rien à y faire, ce mercredi où ma mère m’avait crue à un poker chez Timothée pendant que Monsieur me pelotait à la clinique, toutes ces fois où je m’étais carapatée hors de la maison avec un sac de voyage chargé de victuailles et de lingerie.
Mais je renonçais toujours. Je fournissais un dernier effort pour ravaler cette confession dont je savais pertinemment qu’elle lui ferait mal, et lorsque ma mère me regardait à nouveau je m’étais composé un visage neutre, ou même faussement joyeux ; ces sourires-là me découpaient littéralement en deux. Je retournais à ma petite chambre dont les draps intouchés depuis la venue de Monsieur portaient encore les vestiges de ma catastrophe, à mon portable désespérément muet, à ma boîte mail toujours vide. Je vivais dans un musée à sa gloire. Et le temps continuait à passer.
Je haïssais aussi les moments de solitude pour la propension que j’avais à m’étourdir de questions sans réponses. Comme s’il existait la moindre chance d’obtenir un jour la vérité, je m’abrutissais à rassembler des indices qui auraient pu me permettre de comprendre pourquoi Monsieur un beau jour s’était tu. Quelles avaient été ses motivations. Si les motivations qu’il m’avait données en pâture étaient acceptables ou montées de toutes pièces. Je m’arrachais les cheveux ; impossible de savoir par quel bout prendre Monsieur, déterminer s’il m’avait menti, et pour atteindre quelles fins qu’il ne pouvait pas m’expliquer. Lorsqu’une partie de moi tentait de croire qu’il avait fui pour se protéger, une autre s’accrochait à la minable hypothèse qu’il n’était peut-être qu’une ordure aimant à la folie exercer son pouvoir fléchissant sur une gamine sans défense. C’était à la fois terrible et exaspérant de s’apercevoir qu’un piège aussi grossier m’avait dupée et que la clé était d’une simplicité presque trop enfantine pour ne pas être sophistiquée : Monsieur en avait eu assez. Et lorsque Monsieur en avait assez, il faisait le mort. Je répétais à Babette, inlassablement : « J’aurais dû le voir venir. J’aurais dû sentir que rien ne serait simple. »
Et Babette qui savait cela depuis le début, depuis mes premiers gloussements devant le verbe leste de Monsieur, n’osait jamais mettre des mots derrière ses longs soupirs d’approbation. Du reste, qu’y avait-il à dire ? Le monde entier pouvait légitimement se moquer de moi. Rire était d’une logique presque ennuyeuse.
Je me souviens encore d’un matin où je rentrais chez moi, après une trop longue nuit chez Andréa. Mal réveillée, j’avançais machinalement dans les couloirs sales, quand soudain j’ai été frappée de plein fouet par un effluve du parfum de Monsieur. Levant brusquement le visage comme après un choc électrique, je suis restée plantée là dix minutes, toutes narines dehors, pour tenter de déterminer d’où venait ce cruel fumet, de quel homme, de quelle ombre. J’avais mal, Seigneur, si mal. Pendant quelques secondes j’ai cru tenir une piste, à l’aveugle ; je ne faisais que suivre fébrilement cette masse de gens sans le moindre espoir d’y reconnaître Monsieur, croyant sans doute que son odeur, si éphémère fût-elle, serait un ersatz suffisant. Le concept de parfum est si traître : des milliers d’inconnus partagent avec des êtres aimés une odeur que vous croyiez singulière. Sans le savoir, ils marchent non loin de vous, vous frôlent et s’en excusent, et vous restez là, exsangue. Vide à en pleurer, envahie par des hordes de souvenirs, ce que ce parfum signifiait, ce qu’il suggérait de battements de cœur et de peau si familière. Voilà qu’à présent c’est tout un monde olfactif qui s’égare dans des cheveux et derrière des oreilles anonymes. Voilà qu’à présent, pour quelques poignées de secondes de bousculade involontaire, c’est toute une période de votre vie que l’on piétine, que l’on galvaude. Et ces gens pourtant ne vous veulent pas le moindre mal.
Un samedi matin, rien n’est allé comme il fallait. Je venais de comprendre, après des semaines d’incertitude, que Monsieur avait à présent des projets qui ne me concernaient pas le moins du monde et que je n’existais plus dans aucune sphère de son existence. Je venais de me faire à l’idée qu’il ne me répondrait plus, et voilà où l’incompréhension se cristallisait à présent ; qu’avais-je bien pu faire, mon Dieu, quelle erreur avais-je bien pu commettre pour que Monsieur soit aussi froidement méchant avec moi ? Comment avait-on pu passer d’un extrême à l’autre en l’espace de quelques jours ? Comment en était-il venu à ignorer totalement une personne qu’il avait appelée mon amour, désirée si fort, une personne qu’il avait poussée, en toute connaissance de cause, à tomber amoureuse ? Pourquoi ne même pas m’expliquer ? Je ne demandais qu’à comprendre. Et si Monsieur voulait oublier définitivement cette histoire, quelles que soient ses motivations, pourquoi m’avait-il la veille envoyé ce message, comme unique réponse à mon monologue de rupture : « Surtout n’arrête pas d’écrire Monsieur » ?
Bien sûr, qu’il fallait que je continue ; il ne pouvait qu’encourager la rédaction d’un livre qui parlait de lui. C’était tellement gratifiant, l’idée d’une jeune femme au désespoir mettant son once de talent d’écriture au service d’un homme qu’elle ne pouvait plus avoir. Quelle jouissance, pour un monument d’égocentrisme comme Monsieur : jamais personne n’avait mieux flatté son amour-propre. Lorsque j’ai reçu son message, c’est alors que j’ai vraiment commencé à me mépriser, à mépriser ce manque abyssal de dignité. Si j’avais pu, dans une certaine mesure, écrire par amour de l’art ou pour l’ambition d’être un jour publiée, Monsieur venait de balayer tous ces buts pour n’en laisser qu’un : finir mon livre pour le revoir — et c’était tout. Même ça, même la noblesse d’être écrivain et de bâtir sa vie sur l’impalpable puissance des mots, il l’avait salie. Ces pages que je noircissais à toute vitesse ne constituaient plus qu’un misérable appât, qu’un exutoire pour le chanter et le haïr — et en cela finalement il n’y avait plus aucune différence entre la romancière que je pensais être et tous ces gens qui prenaient l’acte d’écriture pour une catharsis, ignorant quel effort et quel art ils avilissaient en croyant le servir. Écrire, c’était revoir Monsieur — qui s’aimait beaucoup trop pour résister à la tentation de lire deux ou trois cents pages sur lui.
Ce samedi matin, alors que je fredonnais vaguement en égalisant les tiges des roses rouges (le seul moment où je me sentais vivre étant lorsqu’une épine s’enfonçait dans le gras de ma main), une de mes collègues s’est approchée de moi pour déposer de l’argent dans la caisse. Chuchotant :
— Alors, des nouvelles ? Il t’a rappelée ?
— Qui ? Andréa ?
Elle m’a jeté un coup d’œil entendu, et j’ai compris que c’était à Monsieur qu’elle faisait référence. Évidemment. Cela faisait déjà un bout de temps qu’un coup de fil d’Andréa n’était plus un événement à mes yeux. Aux grandes heures de mon histoire avec Monsieur, quand le week-end je trépignais derrière mon comptoir à l’idée de le voir le mardi matin, je n’avais pas pu m’empêcher de lui raconter ce chirurgien marié de quarante-six ans, sa passion pour les livres érotiques et nos étreintes romanesques dans un hôtel obscur de Pigalle. Fatalement, quand la situation avait commencé à m’inquiéter, elle l’avait su aussi ; je n’attendais plus le dimanche avec la même excitation. Je n’attendais plus grand-chose, à vrai dire, sinon la fin du travail pour croupir tranquillement dans ma chambre, fumer des joints avec mes amies ou faire semblant d’être heureuse dans les bras d’autres hommes.
— Le médecin ! a-t-elle précisé à voix basse, comme si Monsieur était classé Secret Défense.
J’ai baissé les yeux vers mes mains noires de crasse.
— Pas grand-chose, ai-je répondu piteusement.
— Oh, laisse-le tomber. Tu vaux mieux que ce type.
Elle faisait partie de ces gens qui ne s’expriment qu’avec des lieux communs, mais que la banalité de leur discours n’empêche pas d’être lucides. « Tu vaux mieux que ce type » était sans doute sa conviction la plus profonde, et comme pour ne rien arranger elle n’était pas par nature portée aux manifestations de sympathie ou de compassion, je me suis malgré moi trouvée emportée par une vague chaude de tendresse et d’empathie, juste pour ces quelques mots qui m’auraient exaspérée dans la bouche d’une autre. L’espace d’un instant j’ai pensé que personne sinon elle ne pourrait comprendre, parce qu’elle connaissait mon histoire, qu’elle avait l’âge de Monsieur — donc que les façons de ces hommes ne lui étaient d’une manière ou d’une autre pas étrangères — et que, mon Dieu, elle était là et il fallait que je parle. Il fallait que je parle au risque de me dévorer moi-même. Alors je me suis lancée :
— Hier, il m’a envoyé un message, et...
Je me suis arrêtée pour reprendre une contenance et croiser son regard ; appuyée au comptoir, elle avait cessé de trier une botte de renoncules pour m’écouter.
— ... je veux dire, ça fait bien dix jours que je n’ai pas eu de ses nouvelles, alors j’en ai eu marre et je lui ai envoyé un message pour lui dire que c’était fini, même si c’était peut-être la dernière chose dont j’avais envie. Il a dû comprendre que je ne faisais jamais que le tester, et qu’au fond je voulais juste qu’il change d’avis et qu’il revienne.
Dans ses yeux j’ai bien vu qu’elle savait, depuis le début, que j’avais fait semblant de tenir les rênes, et que l’histoire n’aurait pas pu se finir autrement. Que j’étais de toute façon trop jeune et trop gentille pour avoir à long terme le pouvoir sur un homme comme Monsieur.
— Jusqu’à présent il n’avait rien répondu, ai-je repris en sentant que ma voix tremblait un peu. Et hier vers onze heures j’ai reçu un message, un seul...
Elle m’a posé une main sur l’épaule, chose à ne pas faire car la sollicitude, dans ces moments où je risquais de me briser, m’empêchait de garder une contenance. La déglutition est très vite devenue impraticable. Je me suis cramponnée de toutes mes forces au comptoir, pensant que, si je me concentrais sur mes jointures blanchies, mon menton arrêterait peut-être de trembler convulsivement.
— ... un seul message en dix jours, pour me dire seulement « surtout n’arrête pas d’écrire ton livre », parce que j’écris un roman sur lui et...
Au beau milieu de la phrase je me suis étranglée avec cette boule coincée au milieu de ma gorge, mon champ de vision s’est peu à peu rempli d’eau, mais j’ai continué bravement, à présent effondrée en sanglots hystériques. J’ai braillé avec toute la force du désespoir, ignorant totalement une petite vieille qui transportait ses herbes à chat vers ma caisse :
— Finalement la seule chose qui l’intéresse au point de daigner répondre, c’est ce livre que j’écris à sa gloire, tu imagines un peu quel genre de salaud il faut être, putain... mais quel salaud !
Elle m’a fait signe que nos deux autres collègues arrivaient, heure de déjeuner oblige, alors je me suis tue pour me contenter de renifler misérablement, yeux en crue baissés vers mes mains crispées sur le bois sale, de temps à autre secouée par un cri pitoyable de fureur mal contenue. Toutes m’ont demandé ce qui se passait, mais j’ai bredouillé que tout allait bien, que j’étais juste épuisée — ce qui n’était qu’à moitié faux ; j’étais à bout de nerfs, même si je passais ma vie à dormir.
— Calme-toi, m’a-t-elle dit en sortant ses Marlboro. Tiens, va dehors cinq minutes fumer une clope.
J’ai essuyé mon nez trempé de morve dans la manche mitée de mon pull, et suis sortie me poser sous un arbre, fumant gravement tandis que dans le fond du magasin elles se battaient toutes pour savoir qui me faisait pleurer, pourquoi et comment.
(Donc, Babette, quand je t’ai dit que jamais je ne pleurerais pour un salaud pareil, c’était faux ; j’ai pleuré pour lui ce jour-là, et sous mon arbre avec la fumée qui montait en tremblotant de ma cigarette, je me suis juré sur tout ce que j’avais de plus cher que jamais cela ne m’arriverait à nouveau.
Jusqu’ici, j’ai tenu parole.)
Peu après, j’ai passé la soirée avec Valentine, dans son appartement haut perché du quatrième. Je sortais à peine du magasin ; lessivée, j’écrivais un bout de Monsieur assise devant son immeuble en l’attendant. Il s’était passé alors tellement de temps depuis les dernières manifestations du personnage principal que cette histoire en elle-même avait fini par me sembler un rêve lointain dont j’aurais enregistré tous les détails, et qui me hantait constamment. Par moments seulement, une étrange douleur, comme une ancienne plaie qui se serait rappelée à mon bon souvenir. Quelque part, c’était plus malsain encore que ces nuits passées à transpirer Monsieur et à me retourner sans cesse en sentant tout mon corps pleurnicher d’envie : je ne pensais qu’à lui en m’endormant, en me levant, et finalement je n’y voyais rien de mal. C’était devenu ma vie.
Valentine a klaxonné pour attirer mon attention.
— Monte, ma moule. Il faut que je trouve une place.
— Un soir de Gay-Pride, samedi, par beau temps et dans ton quartier ?
— Je connais des endroits, m’a-t-elle assuré, et je me suis posée près d’elle en grommelant.
Valentine avait poussé le manque de ponctualité à un art de vivre, mais il ne lui serait jamais venu à l’idée de s’excuser. Nous avons allumé nos cigarettes et raconté nos aventures respectives tandis qu’elle manœuvrait sa petite Fiat dans les rues minuscules qui s’enroulent autour de l’île Saint-Louis, par moments l’espoir d’une place qu’elle se faisait voler par des conducteurs plus avertis qu’elle. Dans la rue François-Miron les terrasses étaient pleines, les trottoirs dégorgeaient un flot constant de piétons et de touristes au pas mou, populacier. Valentine semblait d’une manière ou d’une autre prendre son parti de cette foule et pilait avec une sérénité toute parisienne, son discours ponctué de « connard » sans réelle véhémence.
— Et Monsieur ? a-t-elle fini par me demander alors que nous attendions au feu rouge. Pas de nouvelles ?
— Pour changer, ai-je soupiré. Comme je t’ai dit, la dernière fois que j’ai entendu parler de lui, c’était ce message pour me dire de ne pas arrêter d’écrire mon livre. Tu penses.
— Quel salaud, a lâché Valentine sans la moindre ponctuation.
— Depuis, silence radio. Forcément, je ne pense qu’à lui. Mais comme il est imprévisible, rien ne nous dit qu’il ne réapparaîtra pas un beau jour, quand l’envie lui prendra de s’encanailler à nouveau.
— Ah, ce Monsieur..., a-t-elle ajouté, sans plus de ponctuation.
Valentine, par la fadeur de ses interventions, me montrait (involontairement ou non) que cette histoire ne l’atteignait pas plus que ça. Et même si je tentais de lui trouver des excuses, j’étais à la fois blessée et atterrée de constater qu’une amie aussi proche qu’elle ne se donnait même pas la peine de feindre un quelconque intérêt. Avant de connaître Monsieur et d’en payer le prix fort, jamais je ne me serais imposée. Je lui aurais même peut-être fait une remarque mi-amusée mi-sérieuse sur sa désinvolture. Mais j’avais besoin de parler, même à un mur, même à quelqu’un qui s’en fichait éperdument.
— Du coup, tu écris toujours ? m’a-t-elle demandé.
— Comme tu vois, ai-je répondu en désignant du menton mon cahier noir posé sur la boîte à gants.
— C’est cool.
Était-ce parce qu’elle-même exsudait le bonheur qu’elle tenait si peu à comprendre mes tourments ? Elle a utilisé un détail de mes péripéties pour ramener la conversation à ses amours, et je me suis tue pour approuver de temps à autre sans écouter vraiment, partagée entre la tristesse de réaliser que nous étions devenues presque étrangères, et la contemplation muette du quartier qu’elle partageait avec Monsieur. Cela venait juste de me sauter au visage et je fixais les immeubles avec un regard fébrile, comme si je risquais de le voir apparaître aux fenêtres.
— Bon, je laisse tomber, a-t-elle fini par décider en redémarrant brusquement. Tant pis, je vais aller me mettre au parking et ce soir je la bougerai ailleurs.
— Riche idée, ai-je grincé devant cette initiative que n’importe qui d’autre aurait eue au bout de cent mètres de quête stérile.
Devant nous s’est profilé le couloir étroit d’un parking Vinci, et lorsque j’ai eu le malheur de lever les yeux pour lire machinalement le panneau j’ai senti mon restant de cœur se briser en mille morceaux. Parking Vinci Pont-Marie, criait la pancarte en grandes lettres blanches, avec comme sous-titre immédiat dans ma sale caboche de monomaniaque : « Chérie, j’entre dans le parking Pont-Marie, ça risque de couper, je te rappelle. » Et Valentine allégrement sifflotait une chanson de Queen, sans aucune conscience de rien.
— C’est là qu’il se gare, ai-je soufflé d’une voix blanche.
— Ah bon ? Merde.
— Comme tu dis.
Il était vingt et une heures, heure à laquelle Monsieur avait toutes les chances de rentrer du travail, ou d’avoir même déjà regagné l’appartement familial — et ce putain de parking devenait un jeu de « Où est Charlie ». Visage collé contre la vitre, je me laissais traîner de long en large à chaque étage, tendue comme un ressort dès que je voyais une berline noire qui aurait pu ressembler à la sienne. Tous ces gens qui claquaient leurs portières, verrouillaient leur bagnole, et aucune de ces silhouettes anonymes ne se révélait être la sienne. J’en devenais dingue. Il était forcément là, à cette heure-ci il ne pouvait pas être ailleurs.
Dans un sursaut de perspicacité, Valentine qui s’escrimait dans un tournant diabolique a lancé :
— S’il habite dans le coin, il a sans doute une place dans le parking des résidents.
Et comme si ça n’était pas assez de traquer Monsieur dans cette immensité de couloirs, le champ des possibles s’est restreint au moment où nous sommes passées à côté du carré VIP en question — dont la plus grosse partie était malencontreusement dissimulée par un mur hideux. Durant quelques infimes secondes je me suis littéralement goinfrée de numéros de plaques d’immatriculation et de dizaines de carrosseries différentes, mon cœur battant à mes oreilles, et puis j’ai abandonné à regret, plus morte que vive. À l’idée d’une soirée en tête à tête avec Valentine qui ne comprendrait pas et ne s’en donnerait même pas la peine, j’avais presque envie d’ouvrir la portière et de me barrer en courant comme un lapin de garenne, aller cuver seule mon dépit et mon chagrin dans les jardins qui bordent Notre-Dame, où je pourrais tout à loisir imaginer voir passer les ombres de Monsieur et de sa famille faisant une improbable balade digestive. Seule, c’était presque supportable de penser qu’il montait tous les jours cet escalier dégoûtant, qu’il prenait cet ascenseur toujours en panne, ou qu’il devait comme tous les autres malheureux habitants de l’île Saint-Louis verser cette dîme exorbitante à Vinci. Avec Valentine qui pérorait sur sa flamboyante histoire d’amour et son copain parfait à tous points de vue, me lamenter en paix devenait impraticable. Elle semblait prendre un malin plaisir à me tirer de mes rêveries sous d’obscurs prétextes, comme ses pieds qui lui faisaient mal, la galère que ça allait être de ressortir de chez elle à minuit pour se trouver une place ailleurs que dans ce parking à riches, et aussi bien sûr la manière dont Frédéric la faisait jouir, inlassablement. Je m’extirpais des grognements d’approbation en me traînant derrière elle avec l’entrain d’une chèvre morte.
Nous avons émergé du souterrain ; dehors, le quai des Célestins inondé de soleil orange n’était pour moi qu’un soulagement de façade. On aurait cru une scène de théâtre bourrée à craquer de figurants, où le rôle-titre se faisait attendre. Et Valentine qui parlait, sans discontinuer, m’assommant de son blabla, s’arrêtant de marcher tous les cent mètres pour fouiller au fond de son sac à la recherche de ses clopes, de ses clés, de son portable dont la carte SIM était saturée de messages — donc, ça ne pouvait pas aller vite. Fallait-il absolument qu’en plus d’étaler son bonheur éblouissant elle s’éternise dans ce quartier ? Fallait-il absolument que cette soirée traîne en longueur, dans cette ambiance délétère d’indifférence réciproque ? Rien, rien du tout ne pouvait donc être facile ou tolérable ?
— Oh, Fred m’a appelée ! a-t-elle gazouillé au bout d’une interminable pause rue du Prévôt. Ça te gêne si je le rappelle deux minutes ? m’a-t-elle demandé sur un ton qui se passait bien de mon assentiment, recommençant à avancer alors que j’étais restée plantée là, sur une bouche d’aération.
— Mon Dieu, Valentine, ai-je lâché, consternée. Ça fait une demi-heure qu’on parle et tu n’as même pas vu à quel point j’étais détruite.
Sans lâcher son portable, elle m’a fixée, dans l’expectative.
— Je veux dire, cette vie que j’ai depuis quelques semaines ne peut même plus s’appeler de la merde. J’arrive pas à me rappeler que j’ai d’autres buts à part revoir Monsieur, j’ai facilement perdu quatre kilos, et toi, toi tu me connais depuis dix ans et tu n’as rien vu. On fait quoi, là maintenant ?
Quelques secondes durant, Valentine n’a pas bougé. Elle me regardait et je la regardais, avec mes joues rouges et mes yeux brûlants, curieuse de savoir ce qu’elle pourrait bien dire ou faire maintenant qu’il lui était impossible d’ignorer mon chagrin obscène, Monsieur, ou la manière dont mon jean glissait sur mes hanches.
— On va se prendre une cuite ? a-t-elle finalement suggéré.
— Je m’endors tous les soirs défoncée, et rien ne s’arrange jamais.
— Qu’est-ce que tu attends de moi ? Une solution ?
— Très sincèrement, je n’attends rien de concret de toi ou de qui que ce soit. Mais là comme ça, je ne me sens vraiment pas la force de passer trois heures à t’écouter parler de combien tu es heureuse et comblée, pendant que je suis malheureuse comme les pierres. Ça me semble presque naturel que tu veuilles te tenir le plus loin possible des gens comme moi, mais je crois — enfin, je suis même sûre — que les amis sont aussi là pour feindre un semblant d’intérêt quand l’un des leurs ne va pas bien. Donc non, je n’attends rien de toi si ce n’est ce réflexe quasi instinctif d’écoute et de compassion. Je ne vois juste pas pourquoi tu me forces à mendier quelque chose que je t’ai toujours apporté sans me poser la moindre question.
— Ellie, je ne m’en fiche pas, loin de là.
L’une face à l’autre, nous divisions le flot irritable des passants.
— C’est juste compliqué à gérer, pour moi, cette histoire avec Monsieur. Ce soir doit être la deuxième fois que je te vois depuis qu’Alexandre t’a quittée, tu as déjà une nouvelle relation et jamais je ne t’ai connue aussi malheureuse pour un homme. Bien sûr que j’ai senti tout ça, mais qu’est-ce que je peux bien dire ?
— Je ne t’ai pas demandé de dire quoi que ce soit, Valentine.
— Je t’écoute, mais non, effectivement, je n’ai pas non plus envie d’écouter parce que cette histoire me met dans une rage noire. Et je ne dis rien parce que la seule chose que m’inspire ce type, c’est un crachat en pleine gueule. J’ai bien vu la tête que tu faisais dans le parking, que tu aurais adoré tomber sur sa voiture, mais je vais te dire une bonne chose : Monsieur peut remercier le ciel que je n’aie pas trouvé sa caisse, parce que je ne me serais pas gênée pour y graver « enculé de fils de pute » avec mes clés. Il y a bien une chose que j’aie envie de te demander au sujet de cette histoire, c’est qu’est-ce que tu peux bien avoir dans le crâne pour te laisser balader par un mec de quarante-six ans qui trompe sa femme, qui se sert de ton fabuleux talent d’écrivain comme faire-valoir, et même pas beau par-dessus le marché ? Même si je doute que tu puisses répondre à cette question.
— Parce que ça ne t’est jamais arrivé, à toi, de souffrir pour des tocards ? Même à quatre heures du matin je décrochais mon téléphone, quand Emmanuel te maltraitait.
Valentine a eu un mouvement d’impatience que je ne lui avais jamais vu, même au plus fort de nos disputes. Elle s’est claqué les cuisses en poussant un mugissement excédé qui m’a intimidée.
— Putain, Ellie, mais regarde-toi ! Tu es la première à dire que ce type ne vaut rien, et tu l’autorises quand même à te faire de la peine ! Et non, je ne crois pas avoir jamais consciemment aimé un tocard, c’est après que je m’en rendais compte. Pareil pour toi. On a toujours été très tolérantes quand l’une de nous tombait amoureuse d’un gros naze, parce que la plupart du temps ils craignaient, mais ils n’avaient pas de mauvaises intentions. Là, c’est différent. Ce mec est méchant. Il te fait délibérément du mal, ça le fait jouir, tu le sais et tu en redemandes.
— Excuse-moi d’être faible ! ai-je crié en priant pour que mes yeux ne commencent pas à me piquer ou à s’embuer.
— Je sais que tu n’es pas faible, c’est bien ça le problème ; tu es jeune, belle, géniale, des mecs adorables te courent après et ne demandent qu’à te baiser aussi bien voire mieux que ce connard de Monsieur sans te faire verser la moindre larme. Si tu n’étais qu’une banane je serais juste triste pour toi. Que tu écrives en plus un roman à sa gloire, c’est aberrant et je ne peux rien y faire — mais tu ne peux pas me demander de te chouchouter alors qu’il te faut un gros coup de pied au cul. Je ne peux pas t’écouter comme Babette ou Juliette le feraient, parce que je serais capable de trouver le numéro de sa femme et de tout balancer jusque dans les moindres détails. Comme je ne sais pas non plus comment te sortir de ce merdier, je me tais. C’est nul, mais ça l’est toujours moins que de faire comme Inès et te dire que Monsieur reviendra. Bien sûr qu’il reviendra, c’est bien le genre.
(Ce frisson de plaisir méprisable à la racine de ma queue-de-cheval.)
— Et ça repartira comme en 40, tu seras encore plus malheureuse... mais enfin Ellie, à quoi tu t’attends ? Tu te seras cassé le cul pendant des mois à écrire un livre pour lui, il le lira, il se sentira comme le roi du monde — et après ? Comment tu as pu devenir si différente de celle que tu étais avec Alexandre ?
— Oh, arrête de me parler d’Alexandre ! En voilà bien un qui ne m’a jamais aimée ou respectée pour ce que je suis, qui n’a jamais accordé le moindre prix à ce que j’écrivais !
— La semaine où Alexandre t’a quittée, tu faisais mille fois moins peine à voir qu’aujourd’hui, à te complaire dans ce misérabilisme malsain. Tu n’écrivais pas pour satisfaire les caprices d’un tyran.
— Si je te fais pitié, je pense que c’est mieux que je retourne chez moi.
— Tu me fais pitié parce que tu es ma copine et que je veux t’aider.
— Je n’ai pas envie qu’on m’aide, Valentine.
— Je sais. C’est de Monsieur que tu as envie.
— Je t’assure que je ne suis pas amoureuse de lui. C’est juste qu’il m’obsède et que je ne comprends rien. Je ne pense qu’à baiser avec lui, à le toucher, à le sentir, mais ça n’est pas de l’amour. L’amour, ça n’est pas avoir mal comme ça tout le temps.
— Tu n’as pas la carrure d’une esclave sexuelle, parce que tu ne sais absolument pas désirer un homme très fort sans que ton cœur soit au moins un peu impliqué dans l’affaire. C’est pour ça que je t’admire et que je t’aime, copine, parce que tu es amoureuse tout le temps et que tu es vivante. La seule histoire drôle que j’aie entendue en rapport avec Monsieur, c’est quand tu lui as chié dessus. Si on compte toutes les fois où tu t’es pris la tête à cause de lui, ça fait peu. Surtout que si ma mémoire est bonne, il ne t’a jamais fait jouir.
— Jamais, mais c’est encore un autre problème. Il est brillant. Jamais un homme ne m’a passionnée comme lui. Il n’y a rien de plus dangereux que l’intelligence. Alors qu’est-ce que je peux bien faire ?
Valentine a poussé un long soupir théâtral.
— Là tout de suite, je n’en sais rien. Dans un premier temps, je te suggère de monter avec moi les six étages sans ascenseur qui mènent à mon appart. Dans l’immeuble d’en face, il y a un nouveau voisin trop moche. On pourrait lui montrer nos seins, il est toujours à la fenêtre, ce gros vicieux.
Comme je me tâtais, plantée comme une courge sur ma grille d’aération, bardée des flèches qu’elle venait de m’envoyer un peu partout, Valentine a repris :
— Bon, je me doute qu’il te faudrait une meilleure motivation pour grimper six étages. Mais je t’assure qu’il est vraiment très moche et très vicieux. On peut super facilement le prendre en photo et le coller sur Facebook. Tu te souviens que j’ai des dons pour ça ?
Valentine souriait de la même manière qu’à quatorze ans, et je me suis effectivement souvenue que cette année-là elle était parvenue à pousser un horrible type à lui montrer sa bite à la webcam. Quand elle m’avait envoyé la conversation agrémentée de captures d’écran, j’avais littéralement hurlé de rire seule devant mon ordinateur. Alice avait cru que je perdais la tête.
— Et tu me parleras de tes derniers amants en date. Si j’en crois Babette, ils sont assez nombreux pour remplir un wagon du RER A.
J’ai gloussé franchement, et comme par magie recommencé à marcher vers Valentine, qui riait aussi. C’était presque douloureux d’oublier un peu Monsieur, et je sentais qu’il se vengerait d’une manière ou d’une autre d’avoir été négligé dans son propre quartier de Paris, mais j’ai posé ma main dans la petite main tiède de Valentine et nous avons avancé lentement vers la rue Charlemagne, clope au bec. Ça n’était pas vraiment différent de quelques années plus tôt, quand nous rentrions manger le midi en prenant les petites ruelles de Nogent-sur-Marne, toutes à nos aventures torrides avec des garçons de terminale — qui nous semblaient alors la quintessence du genre adulte.
Lorsque j’ai dit cela à Valentine, alors que nous en étions au troisième étage de son Golgotha parisien, elle a fait une observation qui resterait dans les annales :
— Finalement, même s’ils ont les cheveux poivre et sel aujourd’hui, les hommes qu’on fréquente sont toujours aussi bébés. Toi et moi, et toutes les filles qu’on connaît, nous n’avons fait que suivre un processus logique de maturation. La seule chose qui ait vraiment changé depuis la seconde, c’est la taille de notre trou du cul.
— Élégant ! s’est exclamée une voisine de palier, un étage plus bas.
Premier fou rire depuis au moins mille ans. Mon Dieu.
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