Mr.
Octobre
— Allô ?
— Oui, c’est moi.
— Qui ça, moi ?
— Mais... moi !
Je fronce tout le visage comme une vieille habituée du Martinez dont on voudrait qu’elle s’abaisse à donner son nom.
— Qui ça ? Je n’entends rien, excusez-moi.
— Ellie ! je souffle, indignée.
— Ellie ?
— Oui !
Frottements à l’autre bout du fil. On entend brièvement les semelles de Monsieur qui claquent, élégamment, sur le carrelage de l’hôpital.
— Excusez-moi, je n’ai pas compris. Qui est à l’appareil ?
Le ton est dur. Je ne le connaissais pas. Meurtrie, je répète :
— Ellie. Tu ne m’entends pas ?
— Bon, écoutez, je suis à la clinique, la réception est très mauvaise et j’ai autre chose à faire que de me battre des heures au téléphone, donc qui est à l’appareil ?
— Ellie !
— Ellie comment ?
— Becker, Ellie Becker ! je me résous à préciser, rouge et blanche de honte, à présent d’une humeur massacrante qui fera de ma journée un enfer.
L’humiliation, la vraie, ça n’est pas avoir la robe par mégarde rentrée dans la culotte ou dégringoler dans les escaliers du métro. C’est peut-être, avant toute chose, se voir confondue avec mille autres par un homme sur lequel on écrit un livre.
— Ellie Becker, répète Monsieur d’une voix radicalement différente, chaude comme du caramel. Bonjour. Tu vas bien ?
— Tu connais beaucoup d’Ellie ? je lui demande, vexée à mort.
Monsieur éclate d’un rire qui est comme ces gifles que l’on donne pendant l’amour.
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