Printemps

Ali Smith · Chapitre 19 sur 42

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Voici certaines des choses que...

Voici certaines des choses que Bretagne Hall a apprises au cours de ses deux premières semaines comme SP dans un CRA de GB :

 

• À garder sa caméra éteinte jusqu’à ce qu’un dét soit vraiment sur le

point de péter un câble. Pas besoin de filmer tant que la personne est calme, disait le SP appelé O’Hagan. Tu vois, pour l’instant, Couilles de Taureau se tient, mais tu dois apprendre à sentir les dix secondes avant qu’il se tape la tête contre le mur, et là, tu allumes. Tu prendras vite le coup. Non, non, là il va bien. Il donne juste des coups de pied. C’est normal. Il fait ça pour nous embêter.

 

• À mettre quelqu’un à l’isolement pour avoir donné des coups de

pied. Pas de literie, lumières allumées 24/24 7/7, contrôle tous les quarts d’heure 24/24 7/7.

 

• Que l’une des choses qu’on pouvait dire à un dét sous surveillance

anti-suicide, c’était vas-y, fais-le, je te regarde, parce que la plupart faisaient ça juste pour attirer l’attention ou embêter le personnel.

 

• Que, selon certains SP, Trouduc, Couilles de Taureau, Dick et

Connard étaient des surnoms acceptables pour les déts.

• Que des statistiques issues d’une visite d’inspection disaient que les

déts aimaient bien le personnel, que dans l’ensemble, ils les trouvaient abordables et OK. Une statistique particulièrement élevée chez les déts qui ne parlaient pas anglais.

 

• Qui était le SP surnommé Officier Spice (le SP Brandon). Il leur

donnait ce qu’ils voulaient, tout ce qu’ils voulaient, et s’il y avait des gamins, c’était aux gamins que Brandon ou les déts demandaient de tester le spice pour voir s’il valait quelque chose.

• Que normalement, il y avait du paracétamol pour le dét kurde de

l’aile qui avait un cancer sauf le week-end où il n’y avait pas de médecin, et là, il devait attendre le lundi comme tout le monde.

 

• Que la direction réfléchissait à mettre un troisième lit dans les

chambres. Qu’aucun membre du personnel des différentes ailes ne trouvait que c’était une bonne idée. Le personnel n’arrêtait pas de répéter à la direction que c’était une mauvaise idée, lui avait dit Dave, mais la direction voulait quand même le faire. C’est pas Trois hommes et un couffin, c’est trois hommes et des toilettes : une référence à un vieux film. Chaque chambre était équipée de toilettes. Mieux que dans certains hôtels. Mais les toilettes n’avaient pas d’abattant et presque toutes étaient directement dans la chambre, sans paravent pour les séparer des lits. Ça avait un effet sur beaucoup de déts qui ne mangeaient pas beaucoup, vu qu’à moins d’être cinglé, personne n’a envie de chier devant quelqu’un, et que les déts sont enfermés treize heures en tout, de neuf heures du soir à huit heures du matin et à deux reprises pendant la journée pour l’appel, ce qui selon Dave était un bon exercice pour les sphincters.

 

• Que les déts qui avaient grandi au Royaume-Uni étaient les plus

déprimés et posaient souvent plus de problèmes, déjà parce que personne ne voulait devenir ami avec eux. J’ai retrouvé quelqu’un ici, lui avait dit Russell, quand je l’ai vu ici, je lui ai dit, Laurie, mec, qu’est-ce que tu fous là ? On a été dans la même classe depuis l’école primaire jusqu’à la fin du collège. Pendant douze ans. Il a dit, j’ai été arrêté et fouillé devant un supermarché, je me tenais trop près d’une Porsche. On m’a emmené au commissariat je ne sais pas où et puis en pleine nuit, on m’a réveillé, on m’a menotté et conduit ici.

Le lendemain, je suis allé au bureau, j’ai regardé son dossier, il devait être renvoyé au Ghana le jour d’après. Alors je lui ai dit. Le Ghana ? il a dit. Je ne connais rien du Ghana. Je n’ai jamais mis les pieds au Ghana. Je ne sais même pas où c’est.

 

• Que Russell était OK mais qu’il avait toujours plein de trucs dégueu

en tête, qu’il était hyper-vulgaire. Que Dave était OK. Que Torq

était OK. Torq aimait les livres, un peu comme Josh, mais lui, il était gay. Il lui avait glissé à l’oreille lors de leur premier service ensemble, comme l’a dit un écrivain célèbre dans les années 1930, faire preuve de cruauté envers les animaux, ça entraîne des punitions, mais faire preuve de cruauté envers les humains ça entraîne des promotions. Était-ce un conseil ? Elle ne savait pas trop comment le prendre. Elle ne connaissait pas encore assez bien Torq à l’époque. Elle ne savait pas encore ce qui était drôle et ce qui ne l’était pas. Dans la salle du personnel, quelqu’un avait raconté comme si c’était une blague l’histoire du dét mis dans un avion avant même de savoir que les documents disant qu’il pouvait rester étaient arrivés au centre de rétention. Était-ce drôle ? Beaucoup de SP avaient ri. Un autre avait raconté ça : En voilà une autre, un dét se plaint à la DIMM. Il dit : j’étais en prison dans mon pays parce qu’on n’appréciait pas mes opinions politiques. La prison dans mon pays n’est pas très différente d’un centre de rétention ici, au Royaume-Uni, à ce détail près qu’ici au Royaume-Uni, je n’ai pas encore été battu. Alors la DIMM lui répond : Ravi de pouvoir vous aider (émoticône). Une blague ? Certainement. Gros éclats de rire.

 

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