Printemps

Ali Smith · Chapitre 2 sur 42

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Printemps

C'est de nouveau le moment,...

C’est de nouveau le moment, c’est ça ? (Haussement d’épaule.)

Rien de tout ça ne me touche. Ce n’est que de l’eau et de la poussière. Tu n’es qu’eau et poussière d’os. Bon. Au final c’est ce qui m’est le plus utile.

Je suis l’enfant qu’on a enterré sous les feuilles. Les feuilles qui pourrissent : c’est moi.

Ou représentez-vous un crocus dans la neige. Vous voyez le petit cercle de neige fondue autour ? C’est la porte qui s’ouvre sur la terre. Je suis le vert dans le bulbe et l’instant où la graine se fend, le déploiement de la fleur, le petit bout vert des branches comme si le vert était éclairé.

Les plantes qui se relèvent au milieu des déchets et du plastique, tôt ou tard, surgissent quoi qu’il arrive. Les plantes qui poussent malgré tout sous vos pieds, les gens dans les ateliers clandestins, les gens qui font des courses, les gens à leur bureau dans le reflet de leur écran ou qui scrollent sur leur téléphone en attendant leur tour chez le médecin, les manifestants qui crient, où que ce soit, peu importe la ville ou le pays, les variations de la lumière, les hochements de tête des fleurs près du tas de cadavres et de là où vous habitez et de là où vous picolez jusqu’à la connerie, le bonheur ou la tristesse, de là où vous priez vos dieux et des grands supermarchés, les gens sur les autoroutes qui filent le long des bas-côtés et des fourrés comme si de rien n’était. Tout existe. Les corolles des fleurs éclosent sur les dépôts sauvages. La lumière zigzaguant entre vos divisions, traverse les gens munis d’un passeport, les gens qui ont l’argent, les gens qui n’ont rien, les abris, les canaux et les cathédrales, vos aéroports, vos cimetières, tout ce que vous enterrez, tout ce que vous déterrez pour dire que c’est votre histoire ou que vous exhumez pour faire de l’argent, la lumière passe quand même.

La vérité est une sorte de quand même.

L’hiver est un néant pour moi.

Vous croyez que je n’y connais rien au pouvoir ? Vous croyez que je suis né de la dernière pluie ?

En effet.

Bousillez mon climat, je bousille vos vies.

Vos vies ne signifient rien pour moi. J’extirperai les jonquilles de la terre en décembre. Je bloquerai les portes avec de la neige en avril et je ferai tomber cet arbre d’un souffle pour qu’il éventre votre toit. Je recouvrirai votre maison avec une rivière.

Mais c’est avec moi que votre sève renaîtra. Je vous injecterai la lumière dans les veines.

Qu’est-ce qu’il y a sous la surface de votre route ?

Qu’est-ce qu’il y a sous les fondations de votre maison ?

Qu’est-ce qui voile vos portes ?

Qu’est-ce qui donne des couleurs renouvelées à votre univers ? Quelle est la clef du chant des oiseaux ?

Qu’est-ce qui forme le bec dans l’œuf ?

Qu’est-ce qui propulse la plus fine des pousses vertes à travers ce rocher jusqu’à ce que la roche se fissure ?

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