THE Wish T4 -Catori

Audrey Carlan · Chapitre 10 sur 32

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THE Wish T4 -Catori

Chapitre 8

 

 

Nous arrivons à la réserve au moment où le soleil disparaît derrière les montagnes et les falaises que j’aime tant. Adam gare notre SUV devant le perron de la maison où j’ai grandi, où mes parents, les deux personnes qui me connaissent le mieux et m’aiment le plus au monde, m’attendent alors que je ne leur ai pas dit que je rentrais.

Je déglutis et prends la main d’Adam.

– Laisse-moi parler la première ; je vais te présenter. Quand tu salues mon père, incline la tête. Ne prends sa main que s’il te l’offre. C’est un sage de la tribu comanche, et on voue un grand respect à la place qu’il tient sur la réserve.

Adam hoche la tête, les yeux rivés sur mes parents.

– Est-ce que je devrais m’inquiéter qu’ils ne m’acceptent pas ?

Je soupire et étudie à mon tour mes parents. Mon père est stoïque, comme toujours, ses longs cheveux noirs flottent dans la brise. Ceux de ma mère sont coiffés en tresses de chaque côté de la tête, comme elle aime. Leurs visages révèlent leur différence : celui de ma mère est doux et serein, alors que mon père est impassible. Comme toujours.

– Il l’acceptera comme un fait. En revanche, tu devras travailler pour mériter son estime.

– Et comment je fais ça ? demande Adam en serrant ma main.

– Sois honnête. Écoute plus que tu ne parles. Et ne dis que ce que tu penses. Mon père peut sembler froid, mais il ne l’est pas et il ne juge pas les gens au premier abord. Cependant, tu n’es ni comanche ni amérindien ; or, ce sont deux choses primordiales pour mon père.

Adam fronce les sourcils et regarde de nouveau mes parents.

– Ils n’ont pas bougé.

– Il y a différentes façons d’intimider quelqu’un, je réponds en souriant. Allez, viens.

J’ouvre la portière et j’attends qu’Adam fasse le tour de la voiture pour reprendre sa main.

– Ahpu, pia, je dis à mes parents.

Le regard sombre de mon père passe de moi à l’homme à mes côtés.

– Bienvenue chez toi, fille, dit-il en comanche.

Les yeux de ma mère se remplissent de larmes, mais elle hausse le menton et ferme la bouche, comme s’il lui fallait du temps pour accepter que je sois là, devant elle.

– Je suis contente que tu sois rentrée, fille, dit-elle en anglais.

Le regard de mon père s’étrécit en notant le rameau d’olivier que nous tend ma mère. C’est à lui de décider s’il va parler anglais ou comanche en présence d’Adam. Il parle couramment le comanche, le navajo, l’espagnol et l’anglais, mais il préfère toujours parler comanche.

Sa mâchoire se contracte.

– Viens à moi, Nupihi.

Dès que mon père m’appelle « Mon cœur », je lâche la main de mon mari et cours dans ses bras. Il me serre contre lui et je fonds en larmes, appuyant mon visage contre son torse massif. Il empoigne ma nuque, me tient encore plus fort, puis il baisse le menton pour chuchoter en comanche.

– Tu es en sécurité. Quoi qui te fasse souffrir, tu seras guérie par moi, ta pia et ton peuple.

Je hoche la tête et continue de pleurer, accablée par ma peur de donner naissance à un enfant malade. Je reste ainsi quelques minutes, laissant l’amour et la force rassurante de mon père m’imprégner, puis je renifle et recule pour regarder par-dessus mon épaule. Adam se tient bien droit, fort, les pieds légèrement écartés, les mains jointes devant lui, la tête suffisamment baissée pour être respectueux.

Je me dépêche de rejoindre les bras plus fins de ma mère. Elle me tient contre elle et chuchote des mots apaisants, des mots d’amour, et sa joie de me voir à la maison. Elle a perdu du poids, mais pas au point que ce soit inquiétant, même si je sais que le cancer doit lui couper l’appétit. Ma mère est une des meilleures cuisinières de la communauté et, auparavant, ses courbes le prouvaient. Elle les a perdues à présent, mais sa peau est lumineuse et son sourire me remplit de joie. J’ai pris la bonne décision en rentrant à la maison.

– Nous avons beaucoup à discuter, pia, ahpu, je dis en reculant pour rejoindre mon mari. J’aimerais que vous rencontriez mon mari, Adam Ross, j’ajoute avec autant de force et de conviction que je le peux.

Mon père hausse les sourcils et ma mère retient un petit cri en se couvrant la bouche.

Je guide alors Adam jusqu’à mon père.

– Tahsuda Tahsuda le sage, je suis ravie de te présenter Adam Ross, mon mari.

Adam baisse légèrement la tête. Il est sur le point de la lever lorsque je lui serre la main, espérant qu’il comprendra qu’il doit tenir la position. J’incline également la tête en signe de respect. Quand mon père sera prêt à parler à l’homme que je lui amène, il le fera. C’est à lui de décider du moment, car c’est lui le plus ancien.

Mon père tend alors la main et la pose sur l’épaule de mon mari.

– Tu as pris ma fille comme épouse ? demande-t-il en anglais.

– Oui, elle m’a fait ce grand honneur, Monsieur, répond Adam alors que nous relevons tous deux la tête.

– Est-ce que tu l’aimes ? demande froidement mon père, n’indiquant rien de ce qu’il pense.

Je tremble à côté de mon mari, mais je sais que je ne dois pas intervenir. C’est un moment entre un homme et son gendre. Entre deux hommes. Entre un ancien et un étranger.

– Plus que ma vie, Monsieur, répond Adam d’un ton confiant et déterminé, comme s’il s’adressait à un supérieur de l’armée.

Je suis on ne peut plus fière de lui.

Mon père penche la tête sur le côté, comme s’il scrutait le moindre rictus sur le visage d’Adam, la moindre trace de mensonge. Or, je sais sans le moindre doute qu’Adam m’aime plus que tout. De la même façon que je l’aime et que j’aime notre bébé.

– Je vois. Topsannah ? dit-il à ma mère sans retirer sa main de l’épaule d’Adam. Tu le sens ?

Les larmes dévalent les joues de ma mère comme des diamants bruts.

– Elle porte un enfant en elle, dit-elle en souriant tendrement à travers ses larmes.

Ce sourire me va droit au cœur et réchauffe mon sang. Mes yeux se remplissent à nouveau de larmes. J’aurais dû savoir qu’ils sentiraient le bébé.

– Es-tu prêt à aimer et à soutenir ma fille et mon petit-enfant ?

– Oui, Monsieur. Avec tout mon être et tout ce que je possède. À présent, je vis et travaille pour eux. Ils sont ma seule famille, répond Adam d’un ton clair et concis.

– Tu es orphelin ? demande mon père en plissant les yeux.

– Ses parents sont décédés il y a quelques années, je réponds en posant ma main sur mon ventre. Il n’a que nous. Et maintenant vous, et notre peuple.

Mon père me regarde, puis Adam, puis moi de nouveau. Il tend la main et Adam la lui serre chaleureusement.

– Je promets d’aimer et de chérir votre fille jusqu’à mon dernier souffle.

– Le destin a parlé. Vous formez un beau couple, répond mon père avant de lui lâcher la main.

Adam passe son bras sur mes épaules et m’attire contre lui.

– Je suis parfaitement d’accord, déclare-t-il d’un ton confiant.

Je souris jusqu’aux oreilles et sautille sur place. Une joie soudaine me saisit et je me surprends à espérer.

– Le bébé ? je demande.

Ma mère fait un pas en avant et pose sa main sur mon ventre.

– En bonne santé. Le fruit de votre amour.

Je déglutis.

– Et la… la malédiction ?

Elle secoue la tête.

– Il est trop tôt, ma fille. Nous devons prier.

– C’est pour ça qu’on est ici.

– Entrez, je vais vous servir à boire, propose ma mère.

Je commence à marcher vers la porte lorsque ma mère prend brièvement Adam dans ses bras.

– Merci d’avoir ramené ma fille à la maison.

– C’est un plaisir, répond-il.

– Entre, tua.

– Tua ? Je m’appelle Adam, corrige-t-il.

Ma mère glousse et mon père esquisse un petit sourire tandis qu’il nous ouvre la porte.

– Chéri, tua signifie « fils » en comanche, j’explique en caressant son bras. En t’appelant ainsi, ma mère te fait savoir qu’elle t’accepte dans la famille.

– Fils, répète Adam en gonflant le torse et en se tenant plus droit.

– Bienvenue à la maison, déclare mon père en le frappant dans le dos.

Soudain, en cet instant, je sais que quoi que nous devions affronter concernant notre bébé et la mission de mon mari, nous ne serons pas seuls. Nous pouvons compter l’un sur l’autre, et sur ma famille.

 

Ce soir-là, ma mère prépare tous mes plats préférés. Une soupe à la citrouille, du maïs frit, des pommes de terre sauvages, des haricots,

et le légendaire 1 fry bread de mon père.

Adam plonge un morceau de pain dans sa soupe et avale une énorme bouchée sous le regard ravi de ma mère. Mon père est aussi fier qu’elle de voir mon mari apprécier nos plats traditionnels.

– C’est le meilleur repas de ma vie, Madame Tahsuda, et je ne dis pas ça par politesse. Je n’ai jamais goûté un tel mélange de saveurs. Vous avez beaucoup de talent.

Ma mère rougit, mais elle se lève sans un mot et ajoute une louchée de soupe dans son bol. Mon père tend le plat de fry bread, et Adam en prend non pas un mais deux morceaux.

– Merci, Monsieur. Comment ça s’appelle ? demande-t-il en levant la galette épaisse pour l’étudier.

– Du fry bread. Ma fille n’a pas cuisiné pour toi ?

Ah ! L’interrogatoire arrive enfin. Je l’attends depuis que nous nous sommes assis à table.

– On a beaucoup voyagé, répond Adam en secouant la tête. Cela dit, Catori est douée pour cuisiner sur un feu de camp.

– On a campé pendant une semaine dans les montagnes Blue Ridge, en Caroline du Nord. Adam a pêché et a vidé les poissons, et moi je les ai cuisinés.

– J’ai été très impressionné. Votre fille est pleine de ressources et elle n’a pas été dégoûtée de me voir vider un poisson ou d’avoir à ramasser du bois pour le feu.

– Pourquoi le serait-elle ? Le Créateur a mis ces ressources sur terre afin de nous nourrir, répond simplement mon père.

Adam trempe le pain dans sa soupe et hausse les épaules, détendu.

– Je n’ai jamais rencontré de femme aussi bien dans sa peau. En fait, ce soir est la première fois que je la vois nerveuse.

Mon père fronce les sourcils.

– Tu ne te sens pas bien, ici, Catori ?

– Je suis surtout nerveuse pour le bébé. Et j’avais peur de vous présenter Adam. Je sais que ça a été rapide et que j’aurais dû vous le présenter avant de l’épouser, mais on est tombés amoureux très vite, et je ne pouvais pas attendre, je réponds en me mordant la joue.

– Et puis, je pars dans quelques jours, ajoute Adam. Ma mission va durer six ou sept mois.

– Tu vas être déployé ? demande mon père.

Adam s’essuie la bouche et pose sa serviette à côté de son bol vide, puis il recule sur sa chaise et tend le bras sur le dossier de la mienne.

– Je suis militaire de carrière. J’ai récemment renouvelé mon contrat pour quatre années.

– Et tu comptes emmener ma fille avec toi, partout où tu vas ? demande mon père.

Il croise les bras, recule sur sa chaise et pose un regard noir sur Adam.

– Non, c’est tout l’inverse, en fait, explique Adam. Mon métier est trop dangereux pour que ma femme et mon enfant me suivent, et je me déplace trop pour que ce soit pratique. Parfois, je ne reste sur une base que quinze jours ; et parfois, ce n’est que quarante-huit heures.

– Et que fais-tu pour l’armée, au juste ? demande mon père d’un ton accusateur.

– Ahpu…, je gronde.

– Ne t’en fais pas, chérie, ce n’est rien, dit Adam en posant sa main sur mon épaule. Ton père mérite une réponse. Hélas, Monsieur, je ne peux pas vous donner les réponses que vous cherchez.

– Explique-toi, gronde mon père.

Je me redresse et mon cœur bat la chamade alors que la situation semble prendre une mauvaise tournure.

– Mon poste, les personnes que je dirige et les endroits où je vais sont strictement confidentiels. Ce que je peux vous promettre, c’est que votre fille le savait avant de m’épouser. Elle comprend la nature de mon métier. De la même façon que je comprends son besoin de voir le monde et de vivre tout ce qu’elle peut.

– Je vois. Et l’enfant ?

Bien sûr, mon père va droit au but. Je n’en attendais pas moins.

– Je vais prendre soin de l’enfant pendant qu’Adam est en mission. On n’a pas encore toutes les réponses car on ne l’a appris qu’il y a deux jours. Mais pour commencer, je vais trouver une maison en dehors de la réserve pour moi et…

– Tahsuda ! s’exclame ma mère d’un ton inquiet, sa main sur le cœur.

– Tu ne vivras pas en dehors de la réserve, seule et enceinte, déclare mon père.

– Monsieur, une des raisons de notre venue est que Catori voulait être près de sa famille et de son peuple. Je le comprends et j’accepte son désir d’élever notre enfant entourée par sa communauté. Nous lui trouverons un lieu sûr et paisible, près de sa famille, où elle pourra…

– Stop, gronde mon père en levant la main.

– Ahpu, écoute-nous, s’il te plaît…

Il secoue la tête.

– Tu vivras ici. Tu élèveras le bébé sous mon toit.

Adam secoue la tête.

– Je ne peux pas vous demander ça, Monsieur. Je serai beaucoup absent, et quand je rentrerai, nous aurons besoin d’intimité en tant que famille.

– Je comprends. Quand tu seras là, tu feras ce que tu veux avec ta femme et ton enfant. En dehors de ça, ma fille restera ici, en sécurité avec son peuple.

– Ahpu, non, je ne…

Je secoue la tête, mais je ne trouve pas les mots pour m’exprimer. Je suis une femme. Une adulte. Une épouse. Bientôt, je serai mère. Je ne peux pas me réinstaller chez mes parents et être leur fardeau.

Adam se tourne sur sa chaise et prend mes mains en me regardant dans les yeux.

– Je sais qu’on a parlé de trouver une maison près de ta famille, mais je pars dans quelques jours. Tu es enceinte et tu as besoin de temps pour réfléchir à la façon dont cette nouvelle, tout comme notre mariage, a changé tes projets.

– Tu as dit que je pourrais aller où je veux et faire ce que je veux, je réponds en serrant ses mains.

Je suis soudain morte de peur à l’idée d’être coincée dans le rôle de femme et de mère, condamnée à vivre le restant de mes jours sur la réserve.

– Je peux prendre soin de moi-même et de ce bébé.

– Je le sais. Mais pour le moment, ce que dit ton père est logique. Tu as peur pour la santé du bébé. En étant ici avec tes parents, tu auras le temps de te faire à l’idée d’être une épouse et une mère. Ça te laissera le loisir de décider de ce que tu peux et veux faire. On doit aussi prévoir tes rendez-vous médicaux.

– Et j’irai avec elle quand tu ne pourras pas être là, dit ma mère.

– Merci, Topsannah. J’apprécie. Chérie, je veux faire ce qu’il y a de mieux pour toi. Quoi que ça implique. Toutefois, en cet instant, ce que proposent tes parents me semble une bonne idée. Au moins jusqu’à ce que je rentre et jusqu’à la naissance du bébé. On pourra en parler au téléphone et s’écrire. Tu as dit toi-même que tu avais besoin de ramener ce bébé à la maison. Que tu avais besoin de ta communauté et de tes parents pour t’aider, surtout s’il s’avère que notre enfant a la même maladie que ta mère et toi, non ?

Je hoche la tête.

– Bon, très bien. C’est temporaire. Ce n’est pas pour toujours.

– Temporaire, je répète.

Il est vrai que je veux l’aide de mes parents. Ou plutôt, que j’en ai besoin.

– Et tu as accès à mes comptes en banque pour acheter tout ce dont tu as besoin pour toi et le bébé durant mon absence. Je dois avouer que… savoir que tu seras avec tes parents, et pas toute seule… commence Adam en prenant ma main pour la poser sur son cœur, ça me rassure de savoir que ta famille est avec toi et qu’elle pourra t’aider quand je ne pourrai pas être là, admet-il d’une voix rauque et chargée d’émotion. Qu’est-ce que t’en dis ? Est-ce que tu peux vivre avec tes parents, provisoirement ? Jusqu’à ce qu’on trouve une autre solution et que je rentre ?

Je ferme les yeux et pense à tout ce qu’il dit, c’est parfaitement logique. Je serais bête de ne pas profiter de l’aide qu’on me propose, surtout quand mon mari s’apprête à être déployé et que je ne sais absolument rien d’être enceinte ou d’être maman.

– Je ferais n’importe quoi pour toi et ce bébé.

Adam sourit jusqu’aux oreilles et se penche pour m’embrasser sur le front en posant sa main sur mon ventre.

– Tu es chez toi, ma belle. Tu es en sécurité. Notre bébé est à la maison et en sécurité. C’est tout ce qui compte.

– Alors c’est décidé, déclare mon père en se levant. Je vais ouvrir du vin pour fêter cette nouvelle vie. Topsannah ?

Elle se lève et débarrasse nos assiettes.

– Je vais l’aider à servir le vin, murmure-t-elle.

– Est-ce que ça va, chérie ? demande Adam en me regardant d’un air inquiet.

Je lui fais signe que oui et me lève pour m’asseoir sur ses genoux.

– Je vais bien. Notre enfant et moi avons besoin d’être ici, et tu dois partir en mission pour nous protéger. On va se débrouiller.

Il pose sa main sur ma joue et m’embrasse. Il a un goût de citrouille et de quelque chose de viril. Il va vraiment me manquer, quand il sera parti. Au moins, pour l’instant, nous avons un projet.

 

1. Galette de pain frit, moelleuse à l’intérieur et dorée sur le dessus.

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