THE Wish T4 -Catori

Audrey Carlan · Chapitre 24 sur 32

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THE Wish T4 -Catori

Chapitre 22

 

– Pia, tu ne devrais pas porter ça ! je gronde lorsque ma mère sort de la maison en tenant encore un plat dans ses mains.

Elle me fait les gros yeux et continue de marcher lentement jusqu’à la grande table de pique-nique que nous avons installée devant chez eux, avec une jolie nappe couverte de ballons multicolores. Elle semble prête à céder sous le poids de tous les plats que nous avons préparés pour l’anniversaire d’Evie.

Ma fille est occupée à cueillir des fleurs sauvages qu’elle montre à son toko. Chaque fois qu’elle lui en présente une nouvelle, il lui répète qu’elle ne devrait pas les couper, car elles meurent inévitablement et qu’on ne peut pas profiter longtemps de leur beauté. Je regarde ma mère poser un plat de fry bread sur la table et me dis que sa beauté ne sera pas longtemps de ce monde, non plus.

Je caresse mon énorme ventre et me cambre pour masser le creux de mes reins. C’est la seule chose qui me soulage un peu. Si elle n’arrive pas bientôt et que je prends encore du poids, je jure que ma colonne vertébrale va se casser en deux.

Adam arrive par le côté de la maison, les bras chargés de cadeaux, tenant également un bouquet de ballons qui flottent à côté de sa tête. Evie se tourne vers lui, la bouche et les yeux grands ouverts, puis elle court aussi vite qu’elle peut, pointant du doigt les sphères colorées.

Adam s’accroupit et lui tend un des fils, qu’elle saisit et lâche aussitôt. Le ballon rouge s’envole et Evie éclate de rire en tapant dans ses mains, demandant immédiatement un autre ballon.

– Chéri, tu pollues le ciel avec du caoutchouc, je gronde.

Il sourit jusqu’aux oreilles et lui tend un autre ballon, mais Evie le laisse s’envoler, hurlant de joie en frappant dans ses mains. Je secoue la tête, mais ne dis rien. Il n’a pas pu être là pour son premier anniversaire, je ne vais pas lui gâcher son plaisir aujourd’hui.

Un pincement surgit dans mon dos et je me cambre à nouveau en me massant.

– Ça va ? demande Adam en se précipitant vers moi pour prendre le relais et me masser.

– Ouais, j’ai juste mal au dos, comme d’habitude, je râle en regardant mon ventre. Tu as intérêt à venir vite, ma puce. Ta pia ne tiendra plus longtemps, je déclare en souriant tandis qu’elle se tourne dans mon ventre.

– Sois gentille avec ta maman, Suda Kaye, sinon tu auras affaire à ton papa, gronde Adam en recouvrant ma main avec la sienne.

Le bébé se met aussitôt à pousser contre sa main et il éclate de rire avant de donner un autre ballon à Evie.

Encore une fois, elle le laisse s’envoler en gloussant joyeusement.

Je me tourne et vois mon père saluer mes amis, Sani et Lina Chavis. Ils sont navajos et vivent près de mes parents. Petite, Lina était ma meilleure amie, même si elle a quelques années de plus que moi. Nous nous sommes disputées à l’époque où elle est tombée enceinte de son fils, Milo. Deux ans plus tard, je partais en tournée avec ma troupe. Milo a six ans, à présent. Sa sœur Aiyana se tient à côté de lui ; une fillette de quatre ans aux cheveux noirs comme ses parents. Elle traverse le jardin en courant pour venir jusqu’à nous.

– Je peux avoir le bébé ? demande-t-elle, comme si Evie était un jouet.

– Tu veux jouer avec Evie ? répond Adam en souriant.

Il pose notre fille par terre et elle court vers le plaid où nous avons posé ses jouets. Elle prend une poupée et la donne à Aiyana. Elles s’assoient toutes les deux et se mettent à jouer tranquillement.

Adam me prend par la taille et nous regardons les fillettes rire aux éclats.

– Bientôt, ce sera nos filles qu’on regardera jouer comme ça.

Je souris et il m’embrasse dans le cou.

– Allons dire bonjour à nos amis. Topsannah et Toko peuvent surveiller les filles, je déclare en m’avançant vers Lina.

– Dis donc, tu es prête à accoucher d’une minute à l’autre ! s’exclame Lina en posant ses mains sur mon ventre alors qu’un nouveau pincement jaillit dans mon dos.

– Absolument. Le terme est aujourd’hui, d’ailleurs, je réponds en grimaçant et en me massant le dos.

Lina regarde mon poignet qui repose sur mon ventre.

– Tu portes le bracelet que je t’ai fait ? demande-t-elle en rougissant.

– C’est mon bijou préféré. J’adore que tu aies gravé « Esprit Libre » dessus : mon nom et mon passe-temps favori, voyager. Ça le rend encore plus spécial, je dis en prenant la main de mon amie. Je suis contente que tu sois là et qu’on puisse à nouveau passer du temps ensemble. Il faut qu’on le fasse plus souvent.

– Ah, tu as prévu de rester longtemps sur la réserve ?

Je regarde Evie jouer avec Aiyana et mes parents qui déambulent et s’assurent que tout est parfait.

– Oui, du moins pour un long moment. J’ai raté trop de choses la dernière fois que je suis partie. Je veux profiter des filles et d’Adam, et passer le plus de temps possible en famille. D’autant plus qu’Adam repart en mission dans deux mois.

– Je suis désolée de l’entendre. Je n’imagine pas combien ça aurait été difficile d’élever Milo et Aiyana sans l’aide de Sani.

– Eh bien, j’ai mes parents, et ils ont été incroyables.

Lina hoche la tête.

– Venez, on va manger un bout et boire un verre. Pia a préparé un festin.

Lina et moi nous approchons de la table et nous asseyons face à face. Ma mère sert à boire à tout le monde, s’assurant que les invités ont tout ce qu’il faut, elle adore ça. Milo s’assoit avec nous et mange un morceau de fry bread sans quitter les filles des yeux.

– Tu sais, il y a aussi des briques et des cubes là-bas, si tu veux aller jouer avec elles, je propose.

Il penche la tête sur le côté. Ses cheveux lâches lui arrivent aux épaules et ils brillent d’un reflet bleu, comme ceux de ses parents.

– Les cheveux de ton bébé sont comme le soleil et elle a des yeux comme le ciel, dit-il en mâchant son pain, les yeux rivés sur Evie.

– Oui. Ça te plaît ? je demande, curieuse de savoir ce qu’il pense de ma fille, qui ne ressemble à aucune autre sur la réserve.

C’est peut-être la première fois qu’il voit un enfant blond aux yeux bleus. Chez nous, tout le monde a les cheveux noirs et les yeux foncés.

Il hoche vivement la tête.

– Le Créateur a voulu qu’elle soit spéciale, avec des cheveux soleil et des yeux ciel.

– Tu as parfaitement raison.

– C’est un don, ajoute-t-il d’un ton pensif.

– Je suis d’accord. Ce don lui vient en partie de son père, j’explique en désignant Adam, qui parle à mon père et Sani, un verre de vin amérindien à la main.

Milo regarde longuement Adam, puis à nouveau ma fille.

– C’est joli, sur elle.

Je souris et hoche la tête.

– Pourquoi tu n’irais pas jouer ?

Il enfourne le dernier morceau de pain dans sa bouche et se lève de table. Il se ravise et saisit trois autres morceaux avant de courir vers les filles. Il tend un morceau à sa sœur puis à Evie. Elle sourit en levant la tête vers lui, et il lui sourit en retour. Je les regarde jouer un moment et remarque que lorsqu’Evie a fini son pain, Milo lui donne son propre morceau. Elle le prend, puis elle s’avance vers lui pour poser sa main sur sa joue en riant.

Milo éclate de rire et s’assoit sur le plaid, attrapant les cubes pour les empiler. Evie le regarde faire en mastiquant et fait de grands yeux lorsque la tour est aussi grande qu’elle. Elle éclate de rire quand Milo la détruit, et elle frappe dans ses mains en lui demandant d’en faire une autre.

C’est de ça dont mes filles ont besoin : de leur famille, de la réserve et de leur peuple.

La douleur commence à se propager dans mon dos et à pulser, et je me force à respirer par la bouche pour la supporter. Lorsqu’elle disparaît, je me lève pour aller chercher le gâteau car Evie doit manger et ouvrir ses cadeaux avant d’aller faire la sieste.

Dix minutes plus tard, le gâteau est sur la table et ma mère a rassemblé tout le monde. Les assiettes débordent de nourriture, les verres sont remplis et les enfants ne tiennent pas en place. C’est la fête parfaite. Evie a mis de la nourriture partout, et tout le monde s’en fiche.

Adam me tient par l’épaule et je m’appuie contre lui car la douleur ne disparaît plus, au point que je peine à me concentrer sur la fête. J’expire en serrant les dents et une nouvelle contraction surgit dans mon dos pour se propager dans tout mon ventre.

– Eh, ça va ? C’est le bébé ?

Je grimace en essayant de savoir si les contractions ressemblent à celle que j’ai eues avec Evie.

– Non, je crois juste que mon corps en a marre. Chantons joyeux anniversaire et ouvrons les cadeaux.

Je m’apprête à me lever, mais Adam me retient.

– Assieds-toi. Je vais chercher les bougies et le briquet.

Il me regarde me masser les reins, puis il tourne la tête vers Toko, qui hoche la tête en se levant.

Adam court dans la maison et revient mettre les bougies sur le gâteau que ma mère et moi avons préparé hier soir. Il semble pressé et les a à peine allumées qu’il se met à chanter.

– Joyeux anniversaire…

Tout le monde l’imite et, lorsque nous avons fini, Adam coupe une énorme part de gâteau qu’il pose devant notre fille. Elle le regarde un moment, puis Adam en prend un bout avec son index pour le mettre dans la bouche d’Evie. Elle fait soudain les gros yeux en découvrant son goût sucré, puis elle plonge sa main dans le gâteau pour se servir, enfournant un énorme bout dans sa bouche.

Tout le monde éclate de rire, mais je serre les dents et ferme les yeux. La douleur devient insupportable. Je me lève, mais je n’ai fait que quelques pas que je perds les eaux.

Je pousse un cri et me courbe en avant alors que tout mon ventre se contracte.

– Le bébé arrive, déclare ma mère.

À peine une minute plus tard, une nouvelle contraction me terrasse.

– C’est trop rapide. Quelque chose ne va pas.

– Emmène-la dans la chambre d’amis. Maintenant, ordonne ma mère.

– On doit la conduire à l’hôpital, répond Adam d’une voix tremblante.

Elle secoue la tête alors que je pousse un cri torturé. Evie se met à pleurer et tend les mains vers moi.

– Tout va bien, ma chérie. Ta pia va bien. Ahpu !

Mon père prend Evie dans ses bras et Lina saisit des serviettes pour essuyer sa bouche et ses mains.

Une nouvelle contraction arrive et me paralyse.

– Emmène-la tout de suite, tua, dit ma mère.

Elle l’appelle « fils » pour attirer son attention.

Il me soulève dans ses bras et me porte dans la maison.

– Chérie, je devrais t’emmener à l’hôpital.

– On n’y arrivera pas à temps, je réponds en secouant la tête. Elle sera bientôt là. L’hôpital est trop loin.

– Bon sang, ce n’est pas possible, gronde Adam en m’aidant à m’allonger sur le lit que ma mère a recouvert de serviettes.

Je soulève ma robe quand une nouvelle contraction arrive et ma mère se met entre mes jambes pour baisser ma culotte.

– De quoi tu as besoin ? demande Adam en faisant les cent pas.

– Le bébé est en train d’arriver. Je vois déjà la tête, déclare ma mère.

Quelques secondes plus tard, Lina entre dans la chambre avec un saladier d’eau chaude et des serviettes propres.

La suite se déroule comme dans un rêve. Ma mère s’affaire entre mes jambes et Adam me tient la main. On me dit de pousser, et je fais ce qu’on me dit comme si j’étais un robot, obnubilée par ma peur.

Je ne ressens que la douleur : une douleur brûlante et incessante.

Au bout d’un moment, je ressens une énorme pression suivie d’un immense soulagement.

– Coupe ici, Adam, dit ma mère en lui tendant des ciseaux.

Soudain, elle est dans mes bras. Ma fille, emmitouflée dans une serviette rose. Elle a les cheveux noirs et ses yeux sont fermés, mais elle pousse un cri strident, comme si sa vie en dépendait.

Je compte ses doigts et ses orteils, qu’elle écarte tout en hurlant. Dix de chaque. Parfait.

– Coucou ma chérie. Je suis ta pia, et je t’aime jusqu’à la lune et les étoiles, et plus loin encore, je dis en l’embrassant sur le front, mais elle continue de pleurer.

– Peta, elle a faim, dit ma mère.

Adam m’aide à défaire les bretelles de ma robe et à enlever mon soutien-gorge. Dès que sa peau est contre la mienne et que ses lèvres effleurent mon sein, elle s’empare de mon téton et se met à le sucer goulûment. C’est comme si elle était en colère d’avoir attendu aussi longtemps pour manger.

– C’est une gourmande, apparemment, dit Adam en riant et en caressant sa joue avec son pouce. Elle est superbe. Comme sa mère. Elle a plein de cheveux bruns, dit-il en se baissant pour embrasser sa joue. Coucou, Suda Kaye, je suis ton papa, chuchote-t-il.

Ma mère appuie sur mon ventre et je me cambre sous la douleur alors qu’elle se charge du placenta, mais je m’interdis de crier pour ne pas déranger ma fille.

Quelques minutes plus tard, elle s’est endormie et ma mère s’occupe de nettoyer la chambre. Elle change les draps et m’aide à enfiler une robe propre, puis nous nous installons à nouveau dans le lit avec notre fille. Adam enlève sa chemise et s’allonge à côté de moi, torse nu.

– Le peau à peau. J’ai lu dans un livre que c’était bien, dit-il avant de prendre notre fille et de la plaquer contre son torse.

Il la couvre avec la couverture et la borde de tous les côtés.

– Tu es ma fille, Suda Kaye. Je t’aime comme si tu partageais mon sang.

Je me blottis contre lui et ferme les yeux. Ma mère arrive avec Evie, qui se frotte les yeux en bâillant. C’est un grand jour pour notre fillette de deux ans.

Je m’oblige à m’asseoir et tends la main vers elle.

– Regarde le cadeau que tu as eu, Evie ; une petite sœur.

– Sœurette, déclare-t-elle en posant sa main sur le dos du bébé. Sœurette.

– Oui ma puce, c’est ta sœurette, je répète.

Evie se blottit contre moi, les jambes de chaque côté de ma taille. C’est douloureux, mais peu importe. Ma fille est dans mes bras, mon bébé est dans les bras d’Adam et nous sommes réunis. Une grande et joyeuse famille.

Evie pose sa joue contre ma poitrine et tend la main sous la couverture pour prendre celle de Suda Kaye.

– À moi, déclare-t-elle avant de fermer les yeux.

Elle s’endort sans lâcher la main de sa sœur.

– Bon, on sait à qui est le bébé… dit Adam en souriant.

– Chez les Ross, on protège ce qui est à nous. C’est parfait, j’ajoute en bâillant.

Adam me fait un clin d’œil et embrasse la tête du bébé avant de se pencher pour s’emparer de ma bouche.

– Tu as été parfaite, ma femme. Dors, maintenant. J’ai toutes mes filles avec moi. Elles sont en sécurité.

Je souris et ferme les yeux, une main sur le dos d’Evie, l’autre sous la couverture, tenant le petit pied de Suda Kaye.

– J’aime toutes mes filles, chuchote Adam juste avant que le sommeil m’emporte.

 

Plus tard, quand Evie est couchée et que je donne le sein à Suda Kaye, j’entends Adam parler au téléphone.

– Ouais, Ian, c’est Adam Ross.

Je retiens mon souffle et tends l’oreille.

– Elle est parfaite. En bonne santé. Elle pèse trois kilos deux cents et mesure cinquante centimètres. Elle est venue au monde en hurlant, morte de faim. Sa sœur a déjà déclaré qu’elle était à elle, dit-il en riant. Ouais, merci. J’ai pensé que tu voudrais savoir comment tout s’est passé. Et, euh… merci, mec. Merci pour tout. On va lui offrir une vie superbe. Ouais, toi aussi. Prends soin de toi.

Il raccroche et je ferme les yeux alors que les larmes coulent sur mes joues. Je baisse la tête vers Suda Kaye, qui ouvre les siens sans lâcher mon sein. Elle a exactement les mêmes yeux caramel ambré que Ian. Quoi qu’il arrive à l’avenir, elle aura toujours ce morceau de son père biologique.

J’espère que cela suffira.

Pour l’instant, tout est parfait.

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