THE Wish T4 -Catori

Audrey Carlan · Chapitre 18 sur 32

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THE Wish T4 -Catori

Chapitre 16

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Un mois plus tard…

Je passe le mois à danser pour le public de Chicago et sa petite couronne, et toutes mes soirées et week-ends à faire la fête avec Ian Kamal.

Nous vivons ensemble des expériences incroyables que je chérirai pour toujours. Nous avons visité toutes les grandes attractions de Chicago, ma préférée étant la Sears Tower, haute de cent dix étages, qui offre une vue exceptionnelle sur la ville. Au sommet se trouve un bar tournant ultra-branché aux prix si élevés que nous n’avons les moyens de nous offrir qu’un seul verre. Nous faisons un tour en bateau sur le lac Michigan, nous prenons le métro pour visiter la ville et ses environs et nous mangeons dans de délicieux petits troquets tenus et gérés depuis plusieurs générations par les mêmes familles. Je

tombe amoureuse des deep-dish-pizzas 1, des jazz clubs et du tohu-bohu de la grande ville.

Mais voilà qu’il est temps pour moi de partir. La fête touche à sa fin. Demain, ma troupe et moi reprenons le bus pour l’Indiana et la fin de cette tournée.

Ian tripote mes doigts, ma tête repose sur ses cuisses et j’admire la ville. Nous avons passé une super-journée au Museum of Science and Industry, nous sommes maintenant installés face à la ville à Promontory Point. Assis sur un plaid, nous profitons l’un de l’autre en regardant les étoiles poindre dans le ciel. Je lève les yeux vers le ciel étoilé et pense à ma fille ainsi qu’au vœu que j’ai formulé il y a toutes ces années.

– Si tu pouvais avoir n’importe quoi dans la vie, quel serait ton souhait ? je demande à Ian.

Il ne répond pas tout de suite, fredonnant légèrement en réfléchissant à sa réponse.

– Une famille, soupire-t-il.

– Comment ça ? Des frères et sœurs ? Ou des enfants à toi ?

Mon cœur se met à battre la chamade. Nous n’avons pas vraiment parlé de nos enfances ni de nos vies respectives avant notre rencontre. Chaque fois qu’il a essayé de parler de quoi que ce soit en dehors de notre merveilleuse bulle de liberté, j’ai changé de sujet. Je ne sais même pas pourquoi je viens de lui poser cette question. Peut-être parce que c’est notre dernière journée ensemble et que je veux en savoir plus sur l’homme que je m’apprête à quitter.

– Les deux, admet-il en haussant une épaule.

– Comment ça ?

– Je n’ai pas de famille. J’ai grandi en famille d’accueil toute ma vie. Il n’y a qu’un seul nom sur mon acte de naissance, celui de ma mère. Et elle est morte en me donnant la vie.

– Tu vas où pour les fêtes et tes anniversaires ?

– Chez des amis, en général.

– Tu n’as pas gardé de contact avec tes anciennes familles d’accueil ?

– Non. Pour eux, j’étais juste un moyen de payer les factures.

– Je suis désolée de l’apprendre.

Et je le suis sincèrement. Ian est un homme génial et il mérite d’avoir une famille qui l’aime et le soutienne.

Ian hausse une épaule, comme si ça lui était égal.

– Donc, pour répondre à ta question, oui, j’adorerais avoir une famille un jour. Une vraie famille. Une femme ou un mari à moi. Des enfants.

– Un mari ? je demande.

Mais je me doutais depuis le début que Ian était attiré par les deux sexes.

– Pour moi, l’amour, c’est l’amour. J’ai été avec des hommes et des femmes. Je n’ai jamais trouvé un homme avec qui je voulais avoir une relation sérieuse, mais je me suis toujours beaucoup amusé avec les mecs. Je me vois autant en couple avec une femme qu’avec un homme, ça m’est égal.

– Tu es ouvert à cette possibilité.

– Oui, c’est ça. Je veux juste trouver la bonne personne, tu sais ? Celle qui est faite pour moi. Une femme ou un homme qui sera à moi pour le reste de ma vie. Une famille. C’est tout ce que j’ai toujours désiré : appartenir à quelqu’un et que cette personne m’appartienne en retour.

Je hoche tristement la tête et pense à nouveau à mon mari et à la façon dont notre dernière conversation s’est terminée.

– Tu es sûre que tu dois partir ? murmure-t-il en caressant mes longs cheveux.

– Tu savais que notre temps était compté, je réponds en hochant la tête. Je ne suis pas la personne pour toi, Ian.

– Mais tu pourrais l’être, dit-il en souriant. J’ai des sentiments pour toi, Catori. Et je sais qu’ils pourraient devenir encore plus forts si tu nous laissais une chance.

– Je suis désolée. Mon chemin ne se termine pas ici. Je dois continuer à poursuivre mes objectifs, mes rêves et mes vœux. Tu le comprends, non ? je demande en serrant ses doigts.

L’espace d’un instant, il semble si triste et perdu que j’aimerais pouvoir lui dire que je resterai pour toujours.

– Oui, je le sais. Mais ce n’est pas pour autant qu’il m’est facile de te dire au revoir. J’ai l’impression qu’on commence à peine à se connaître, dit-il en regardant la ville et le lac en toile de fond.

Ma poitrine se serre quand je réalise l’immensité du mensonge que je vis. Ian ne sait rien de moi. Il ne connaît rien de la véritable Catori. Le seul homme qui me connaît est à plusieurs milliers de kilomètres, sur un autre continent. Un homme qui manque à tout mon être. Pour autant, le temps que j’ai passé avec Ian a beaucoup compté pour moi. Cela m’a changée d’une manière que je ne saurais pas expliquer. Je ressens beaucoup de compassion, d’affection et même d’amour pour lui. Je repenserai toujours à notre mois ensemble, toute ma vie. C’est juste que je ne suis pas amoureuse de lui et que je ne le serai jamais. Car j’ai donné mon cœur à mon unique amour.

Mon mari, Adam Ross.

Adam et moi étions d’accord dès le début pour avoir d’autres partenaires sexuels, du moment que ça n’allait pas plus loin. Il n’est pas naturel pour un homme ou une femme de passer des mois entiers sans contact humain et sans intimité. Je n’attendrais ça de personne, et surtout pas de l’homme que j’aime le plus au monde. Adam pourrait bien se trouver une nouvelle partenaire pour chaque jour de la semaine que je m’en ficherais, du moment qu’il verrouille son cœur et son âme. Du moment que je suis la seule à en avoir la clé ; et je compte l’utiliser quand on se retrouvera enfin. Bientôt, j’espère.

Durant cette dernière semaine, j’ai écrit à Adam une lettre par jour, exprimant ce que je ressens aujourd’hui et ressentais à l’époque, lui faisant part de mes échecs. J’ai cherché un moyen d’atteindre la part de lui qui m’aime plus que tout afin qu’il comprenne ce que j’ai vécu. J’ai admis que j’avais eu tort de lui cacher les difficultés que je traversais. J’ai admis que j’avais été égoïste et je lui ai dit que je lui en avais voulu d’incarner tout ce qu’il y a de beau et de bon alors que j’étais devenue… rien.

Je ne sais pas s’il les a reçues ni s’il rentrera le mois prochain, je me dois d’essayer de nous réconcilier. Je dois essayer de me faire comprendre afin qu’il voie la situation de mon point de vue, de la même façon que je dois me forcer à adopter le sien. En même temps, j’ai vécu un mois merveilleux avec un homme incroyable que je n’oublierai jamais.

Le temps que j’ai passé avec Ian m’a changée de la meilleure des façons. Je savais qu’il m’aiderait à me trouver pour que je puisse être la femme, l’épouse, la mère et la fille que je veux être, tout ça sans craindre d’échouer. J’ai compris qu’il n’y avait pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre sa vie. J’ai appris que chaque personne devrait pouvoir vivre ce qu’elle veut, du moment que ça ne fait de mal à personne. Et je compte faire en sorte que mon mari comprenne ces choses la prochaine fois que je le verrai.

– Je suis désolée, Ian. J’ai passé un mois génial avec toi et je m’en souviendrai toute ma vie. Mais je pars demain. Je pense qu’on ne se reverra plus jamais, mais je ne t’oublierai pas. Ce fut un des plus beaux mois de ma vie, et je t’en remercie.

Il sourit jusqu’aux oreilles et baisse la tête pour m’embrasser tendrement.

– Eh bien, si c’est notre dernière soirée ensemble, on devrait en profiter, non ? dit-il en dégainant ce sourire diabolique qui me pousse toujours à me déshabiller et à lui sauter dessus.

Je pose ma main sur sa joue légèrement barbue et étudie son beau visage, voulant graver dans ma mémoire son sourire sexy et ses yeux sublimes, tout de cet homme auquel je tiens sincèrement.

– Je suis d’accord. Faisons de cette soirée une soirée inoubliable.

 

Nous finissons par aller dans notre club de jazz préféré écouter un groupe que nous adorons. Nous buvons beaucoup trop de martinis, offerts par le barman qui est un ami de Ian, et nous terminons la soirée dans les bras l’un de l’autre, déterminés à assouvir tous les désirs charnels qui nous passent par la tête pour notre dernière nuit ensemble.

Vers cinq heures du matin, alors que Ian dort encore, je sors du lit et prends une douche rapide pour me préparer au long trajet en bus. Comme j’ai passé toutes mes nuits avec Ian, cela fait deux semaines que j’ai quitté ma chambre d’hôtel et que j’ai apporté mes affaires ici. Lorsque je les ai toutes rassemblées, je sors une page rose de mon sac et m’assois pour lui écrire adieu.

Mon doux Ian,

Ce dernier mois a été un rêve. Un rêve magique et trépidant qui a changé ma vie et qui m’accompagnera jusqu’à la fin de mes jours. Tu as beaucoup à offrir à ce monde, et je sais que tu accompliras tout ce que tu désires. Continue de travailler dur et de t’amuser tout autant. Vis chaque jour comme si c’était le dernier. C’est ce que j’ai fait avec toi, ce dernier mois, et je ne regrette rien.

Je suis désolée de ne pas m’être plus ouverte à toi. Sache simplement que tu m’as aidée dans un moment très difficile de ma vie et, pour ça, je t’en serai éternellement reconnaissante.

D’une certaine façon, je me suis trouvée en toi, grâce à nos expériences partagées, grâce à nos journées remplies de joie, d’amitié et de ce lien unique qui s’est tissé entre nous. Tu ne m’as pas jugée. Tu m’as appréciée telle que je suis. Tu m’as aidée à retrouver mon chemin pour redevenir la femme que je veux être. La femme que j’ai besoin d’être pour mes proches.

Ce que j’ai appris avec toi fait désormais partie de celle que je suis. Et cette personne me plaît. Je me sens bien dans ma peau. Pour la première fois en un an, je sais ce dont j’ai besoin pour être heureuse.

Merci, mon cher ami.

Je souhaite que tu aies tout ce qu’il y a de plus beau dans la vie, Ian. Et si jamais tu as besoin de moi, pour quoi que ce soit, de jour comme de nuit, j’ai noté le numéro de téléphone de ma famille au dos de cette lettre. Dis-leur que tu veux me joindre et ils me trouveront, où que je sois.

Prends soin de toi et n’oublie pas : garde tes yeux et ton cœur ouverts, et tu trouveras l’amour de ta vie.

Jusqu’à notre prochaine rencontre,

Catori

Je plie la lettre, la glisse dans l’enveloppe et l’appuie contre la cafetière, car c’est toujours la première chose dont Ian s’occupe le matin, parfois même lorsqu’il est encore nu comme un ver.

Je marche jusqu’au lit à pas de souris et je me penche sur cet homme merveilleux pour l’embrasser sur la tempe. Il marmonne dans son sommeil, mais ne se réveille pas.

– Adieu, mon cher Ian.

Je saisis mon énorme valise et mon sac à dos et je sors de chez lui, montant non sans difficulté les marches de son sous-sol en traînant mes affaires comme je peux. Le taxi m’attend comme prévu, prêt à m’emmener à la gare routière où je vais retrouver le reste de ma troupe pour nos dernières deux semaines. Après ça, je rentrerai à la réserve.

Chez moi.

Auprès d’Evie.

D’Adam.

De ma vie.

 

Le bâtonnet blanc affiche deux traits roses. Deux univers parallèles qui vivent et respirent l’un à côté de l’autre. Dans le premier univers, je parcours le monde et profite de la vie avec mon mari et ma fille. Dans l’autre, je suis enceinte d’un autre homme. Un homme qui n’est pas mon mari.

Ma vision se borde de noir et mon estomac se noue tandis que mon cœur se met à saigner, comme s’il était transpercé par un coup de poignard. Je reste assise sur le sol de la salle de bains de l’hôtel, accablée d’un désespoir qui menace de m’engloutir.

Demain, je suis censée rentrer dans le Colorado. Chez moi. Pour retrouver ma famille. Ma fille. Et, je l’espère, mon mari.

Comme est-ce possible ?

Ian et moi, nous nous sommes toujours protégés. Systématiquement. Or, voilà que j’ai deux semaines de retard et que je tiens un test de grossesse positif dans ma main. Ce qui impliquerait que je suis tombée enceinte lors d’une des premières fois qu’on a couché ensemble. De la même façon que je suis tombée enceinte d’Evie, lors de ma première nuit avec Adam.

Je ne comprends pas.

Je ne sais pas quoi faire.

Je n’ai pas la moindre idée de ce que le destin me réserve, mais ce revirement de situation ne faisait pas partie du projet.

 

1. Spécialité de Chicago, un mélange de quiche et de pizza.

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