THE Wish T4 -Catori

Audrey Carlan · Chapitre 27 sur 32

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THE Wish T4 -Catori

Chapitre 25

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Sept mois et demi plus tard…

Ma mère passe de ma commode à mon lit où est posée mon énorme valise. C’est celle que mes parents m’ont achetée quand j’ai entamé mon voyage, à dix-huit ans. J’étais si jeune et naïve, à l’époque. Je pensais avoir tout compris. Puis j’ai rencontré Adam, je me suis mariée et j’ai eu Evie. Ensuite, j’ai rencontré Ian et j’ai eu Suda Kaye, et j’ai enfin compris comment être mère. Maintenant, à vingt-cinq ans, enceinte de sept mois et demi de mon troisième enfant, ma vie me semble surréaliste. Je vais retourner à Chicago pour accoucher de ce bébé et offrir à deux hommes que j’adore la chance de former une famille.

Chaque jour de cette grossesse, je me suis rappelé que ce bébé n’est pas à moi.

Il est hors de question qu’une autre de mes filles m’aime de loin et perde sa mère en étant à peine adolescente. Car c’est inévitable. Mes migraines ont déjà commencé. Mon médecin suppose que c’est la grossesse et qu’elles disparaîtront à la naissance, mais je sais déjà qu’elles me suivront jusqu’à la fin, comme c’est le cas pour ma mère et comme ça l’a été pour ma grand-mère. Je ne peux pas changer mon destin. Je quitterai ce monde dans ma quarantaine. Ce sera peut-être au début, peut-être à la fin. Ma mère a quarante-cinq ans et chaque jour avec elle est une bénédiction.

Les mains de ma mère se mettent à trembler quand elle pose dans la valise la couverture qu’elle a tissée pour Isabeau, et elle s’assoit sur le lit.

– Elle sera aimée ?

Lorsqu’elle parle, chaque mot lui semble difficile. Je ne sais pas si c’est la maladie ou sa tristesse de savoir ce que sa fille s’apprête à faire avec sa petite-fille.

Je la rejoins et m’assois à côté d’elle, prenant ses mains glacées dans les miennes.

– Elle sera aimée comme aucun autre enfant. Ce sont des hommes bien, aimants et les plus gentils que je connaisse. Elle ne manquera de rien. Souviens-toi que Ian a fait une croix sur sa chance d’être père, ce qui prouve sa vraie nature. À l’époque, il ne pouvait pas lui offrir la vie qu’elle méritait. Et maintenant, c’est moi qui ne pourrais pas offrir à Isabeau la vie qu’elle mérite.

Elle hoche la tête et soupire, puis elle pose une main sur mon ventre et approche son visage.

– Je te regarderai depuis le ciel. Tu ne seras jamais seule, ma douce fille.

Je pose ma main sur celle de ma mère. Un jour, peut-être dans une quinzaine d’années, j’observerai également Isabeau depuis les étoiles.

– Tout va bien se passer, pia.

– Tu amènes les filles chez nous ce soir, puis ton père te conduira à l’aéroport ?

Je hoche la tête.

– Je t’aime, pia. Plus que la lune et les étoiles et l’au-delà.

– Je t’aime, peta. Ma sublime Catori, qui ne fait qu’un avec le vent. N’oublie pas de dire au vent de te ramener à la maison.

Je souris jusqu’aux oreilles.

– Jamais. Je rentrerai toujours à la maison.

Elle hoche la tête d’un air pensif. J’ai beau aimer voyager et avoir hâte de reprendre mes aventures, il n’y a rien de plus beau que de rentrer chez soi.

J’attends que ma mère s’en aille pour finir ma valise, mais le téléphone sonne.

– Tu te prépares ? demande Adam.

– Oui. Je pars ce soir. Les filles savent qu’elles vont passer un long moment avec leurs grands-parents.

– Je suis désolé de ne pas avoir pu me libérer, soupire-t-il. Je serais rentré si j’avais pu.

– Chéri, il y aura de nombreuses fois où on ne pourra pas être avec elles. Beaucoup de parents voyagent pour le travail ; pense à tous ces acteurs célèbres, qui partent pendant des mois pour tourner des films et laissent leurs enfants avec des nounous. Au moins, nos filles sont chez elles avec des grands-parents qui ne vivent que pour elles.

– Je vois que tu as pensé à tout, dit Adam en riant.

– Ouaip.

Le bébé me met un gros coup de pied et je frotte mon ventre à l’endroit où il l’a niché.

– Elle va arriver en avance, Adam. Je le sens. Je ne peux pas attendre plus longtemps pour partir.

– Je comprends. Je serai rentré avant toi. Sans doute dans trois mois. Tu penses revenir dans quatre mois, c’est ça ?

Je soupire et ferme les yeux, triste de partir pour quatre longs mois. Je l’ai fait quand Evie était bébé, mais j’étais une autre femme, à l’époque.

– Ouais. Le temps d’accoucher et que les mecs prennent leurs marques.

– Et de te préparer à lui dire au revoir, murmure-t-il tendrement. Tu te sens prête ?

Adam me connaît par cœur et sait combien cela va être difficile.

– Le temps de me préparer à dire au revoir, je répète. Elle n’est pas à nous.

– Non, elle ne l’est pas. Ça ne veut pas dire qu’on ne l’aime pas et qu’on ne veut pas ce qu’il y a de mieux pour elle.

– Et elle aura tout ce qu’il y a de mieux. Grâce à ses parents. Ian et Casey.

– J’ai confiance, ma chérie. Tout va se passer comme prévu.

– Moi aussi. Je t’appelle quand je suis arrivée chez eux.

– Tu as intérêt, sinon Ian et Casey vont trouver un militaire furax sur le pas de leur porte.

– Tu aboies beaucoup, mais tu ne mords jamais, je réponds en riant.

– Euh, tu sais très bien combien j’aime mordre. Mieux encore, c’est toi qui aimes que je te morde, il me semble.

Je frissonne en repensant à sa dernière nuit à la maison. On n’avait pas fermé l’œil.

– C’est vrai… je susurre de ce ton qui, en général, annonce une session de phone-sex.

– N’emploie pas ce ton avec moi, sinon tu vas rater ton vol.

– Ok, ok. Je t’aime, mon époux. Je t’appelle en arrivant. Promis.

– Je t’aime. Prends soin de toi.

– Promis. Toi aussi. Je vais avoir besoin de toi en rentrant.

– Tu peux toujours compter sur moi. Tu le sais.

– Oui, je le sais.

– Bye, chérie.

– Bye.

Je ferme ma valise et caresse mon ventre en dessinant des cercles.

– Isabeau, tu vas faire de tes papas deux des hommes les plus heureux de la terre.

Je ferme les yeux et repense au jour où j’ai dit à Ian et Casey que j’étais enceinte.

Casey me soulève et tourne sur lui-même, puis il lève le poing en l’air comme s’il venait de marquer un but. La réaction de Ian a été bien plus émotionnelle. Il s’est mis à genoux, a attiré son mari à ses côtés et les deux hommes ont posé leur main sur mon ventre.

– Le cadeau de Dieu, a-t-il dit en se penchant pour embrasser la main de Casey sur mon ventre.

– Notre cadeau, a dit Casey en levant la tête vers moi.

Les deux hommes se sont agenouillés devant moi, comme devant un autel sacré. Le regard de Casey contient tant d’amour et de joie que je pose ma main sur sa joue et souris en hochant la tête. Tout ça est bien réel. Casey se penche à son tour et embrasse la main de Ian sur mon ventre.

– On va t’aimer plus que tout au monde, dit-il.

Je pose alors mes mains sur les leurs.

– J’y compte bien.

J’ai su en cet instant que si je n’accomplissais rien d’autre dans ma vie, offrir cet enfant à ces hommes suffira à me rendre heureuse pour l’éternité. Or, j’irai au ciel en emportant également l’amour d’Adam, d’Evie et de Suda Kaye : mon héritage est scellé. On ne m’oubliera pas.

Un immense sentiment de paix m’envahit et me réchauffe jusqu’à la moelle.

Le souvenir change et passe au moment où j’ai appelé les garçons pour leur dire que j’avais appris le sexe du bébé.

– Est-ce qu’il est en bonne santé ? Y a des problèmes ? Tu vas bien ? Tu as toujours des nausées ? Tu as entendu le battement du cœur ? Y avait des battements, n’est-ce pas ? J’ai lu que ce genre de chose peut arriver… Mon Dieu ! Tu vois, Ian, on aurait dû aller la voir, déclare Casey à toute vitesse.

C’est clairement le plus inquiet des deux parents, même à ce stade.

– Casey, chéri, détends-toi. Tu devais travailler et j’avais rendez-vous avec un client important. On n’avait pas le temps d’y aller et tu le sais. Et puis, ça fait partie de l’accord verbal qu’on a conclu. On ne va pas chez Catori. Si je voyais Suda Kaye ne serait-ce qu’une seule fois, je ne repartirais jamais. Et on doit garder nos congés pour l’arrivée du bébé. Notre enfant. Le mien et le tien.

Ian est franc, et il incarne la voix de la raison, comme il l’était durant notre mois ensemble.

Je glousse au téléphone.

– Les mecs, le bébé va parfaitement bien. Il n’y a pas le moindre problème. Elle grandit à merveille. Elle a un cœur solide. Ça fait un mois que je n’ai pas vomi. Tout roule, les gars.

– Elle ? s’exclame Casey.

Je souris jusqu’aux oreilles.

– Isabeau, notre fille, chuchote Ian d’une voix rauque. Casey, chéri, on va avoir une fille.

Mes yeux se remplissent de larmes et je pleure avec eux au téléphone.

– Je vais vous laisser fêter ça. Je vous envoie les photos demain ; vous devriez les avoir dans une semaine.

– Euh, tu peux les expédier en courrier express ? demande Casey d’une voix timide.

J’éclate de rire en essuyant mes larmes.

– Bien sûr.

– Merci, Catori. Tu ne sais pas ce que ça représente pour nous… commence Casey.

– Ben si, justement. C’est précisément ce qu’Adam et moi avons ressenti pour Suda Kaye.

– Merci, Catori. On t’aime et on ne pourra jamais te remercier assez pour ce cadeau.

– Je vous vois bientôt. Dans les prochains mois, ok ?

– Viens dès que tu veux. On sera ravis de t’accueillir, répond Casey.

– Merci, les gars. Assurez-vous d’avoir de quoi faire des gâteaux. Cette fille n’aime que le sucre. Je passe ma journée à manger des biscuits, des gâteaux et des bonbons.

Casey et Ian éclatent de rire.

– Carrément ! Et il y a une super-pâtisserie près de chez nous. On t’y emmènera.

J’en ai l’eau à la bouche rien que d’y penser. D’ailleurs, il est justement temps d’aller faire des cookies avec mes filles. Les trois.

– Super. À très vite. Je vous tiens informés.

– Suda Kaye ! Tu n’as pas le droit de sortir ! Non ! Maman a dit que tu dois pas voler la nuit ! s’écrie Evie en courant dans ma chambre, mettant fin à mes souvenirs.

– Qu’est-ce qui se passe ?

Mes filles se disputent rarement et c’est une bénédiction.

Suda Kaye arrive à son tour avec sa cage à insectes. Adam la lui a offerte la dernière fois qu’il était là. Ça paraissait être une super-idée, à l’époque. Puis il est reparti, et maintenant j’ai une cage remplie d’insectes que ma fille capture à longueur de journée.

– Encore des insectes ! Voler la nuit !

Je fais non de la tête.

– Huutsuu, tu ne peux pas chasser les insectes la nuit. Il fait noir.

– Mais j’aime les insectes ! râle-t-elle en faisant la moue.

– Ils sont dégoûtants, maman, déclare Evie en croisant les bras et en fusillant sa sœur du regard.

– Les insectes font partie du cycle de la vie. Et si tu allais les chasser demain, avec ton toko ? Et Evie, ma chérie, tu pourras cueillir des fleurs pour la table de kaku.

– Youpi ! s’écrie Suda Kaye en tenant sa cage en l’air.

Ce soir, elle contient un grillon, des cloportes et un autre insecte que je n’ai pas envie de connaître.

– Toko dit qu’on ne doit pas cueillir les fleurs. Qu’on doit profiter d’elles dans la nature, dit Evie en imitant la posture de son grand-père.

Ses mains sont jointes sur son ventre et elle se tient bien droite, les pieds légèrement écartés. Si elle avait eu les cheveux et les yeux noirs, elle aurait été la copie conforme de mon père, avec sa maturité et sa nature calme.

– Dans ce cas, tu feras des gâteaux avec kaku. Vous vous souvenez que je dois partir ce soir, n’est-ce pas ?

Evie hoche la tête et regarde ses pieds en fronçant les sourcils.

– En avion ! s’exclame Suda Kaye en écarquillant ses yeux ambrés.

Elle pose sa cage par terre et ouvre grand les bras.

– Je vole en avion moi aussi ? demande-t-elle.

Je secoue la tête et caresse ses cheveux bruns. À presque trois ans, elle a un volume impressionnant, tout comme moi, sa grand-mère et sa sœur.

– Pas cette fois, Huutsuu. Tu es trop petite.

– Ça fait peur, de voler. Pourquoi voler quand on peut marcher sur terre ? demande Evie à sa sœur.

– Moi je vole ! insiste Suda Kaye en agitant ses bras comme les ailes d’un oiseau.

– On partira à l’aventure à mon retour, d’accord ? Peut-être qu’on retournera camper avec ahpu.

– J’adore camper, acquiesce Evie. J’aime les arbres, le lac, et le soleil sur mon visage.

– Super ! crie Suda Kaye, déjà prête à partir.

Cette fille est comme sa mère. Elle n’a qu’une envie : déployer ses ailes et s’envoler librement. Contrairement à sa sœur, qui a les pieds bien ancrés sur terre. Il va falloir que je trouve un moyen pour satisfaire mes deux filles.

Je passe les trente minutes suivantes à charger toutes mes affaires dans notre SUV, puis j’embarque mes filles et m’arrête chez mes parents. J’embrasse chacune d’elles avant de les laisser descendre.

– Soyez sages, mes chéries. Je rentre dès que je peux.

– Je t’aime, maman. Rentre vite, d’accord ? dit Evie en me serrant fort dans ses bras.

– Je t’aime. Bye, dit Suda Kaye en me faisant un bref signe de la main avant de courir vers la maison.

Mes deux filles s’agrippent brièvement aux jambes de toko, qui leur tapote la tête.

– Kaku vous a préparé plein de bonnes choses pour dîner. Allez la voir, leur dit-il.

Elles se précipitent à l’intérieur et je vois ma mère par la fenêtre. Elle lève la tête vers moi et me salue de la main avant de prendre mes filles dans ses bras. Mon père ferme la porte à clé et vient vers moi.

– Tu es prête, peta ? demande-t-il, et je sais que sa question est moins simple qu’elle n’y paraît.

Suis-je prête à laisser mes filles ?

Suis-je prête à avoir ce bébé ?

Suis-je prête à laisser Isabeau avec ses parents ?

Je caresse mon ventre et un sentiment de paix intérieure m’envahit ; le même que lorsque j’ai découvert que la FIV avait fonctionné.

– Oui, ahpu, je suis prête.

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