THE Wish T4 -Catori

Audrey Carlan · Chapitre 29 sur 32

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THE Wish T4 -Catori

Chapitre 27

 

Deux semaines plus tard, à huit mois de grossesse précisément, je suis dans la cuisine des garçons, en train de manger mon second donut tout en essuyant le plan de travail. J’espère qu’Adam m’aimera avec cinq fois plus de courbes, parce qu’il va me falloir un long moment pour perdre tout le poids que j’ai pris avec ce bébé. Connaissant Adam, il me dira qu’il y a encore plus à aimer.

Casey arrive en tenant ses clés, son téléphone scotché à l’oreille. En général, Ian part à l’aube, apparemment les paysagistes ont les mêmes horaires que les ouvriers du bâtiment.

– Les spécifications techniques sont fausses. Je veux voir le contremaître aujourd’hui. Non, aujourd’hui ! gronde-t-il.

Je grimace, consciente que lorsque Casey prend ce ton, c’est que quelqu’un va se faire engueuler. Pendant qu’il parle, je lui verse un thermos de café avant d’y mettre du lait et du sucre, comme il l’aime.

– Merci, Tori, dit-il en prenant le mug avant de m’embrasser sur la joue.

Il pose alors sa main sur mon ventre et se penche pour l’embrasser.

– Bye, Izzy, chuchote-t-il en caressant mon énorme bosse. Non, je suis toujours là, poursuit-il, et je n’aime pas ce que j’entends.

Je zyeute la boîte de donuts. J’en ai déjà mangé deux : un pour moi, un pour Isabeau. C’est ce que j’ai pris l’habitude de faire. Or, il me suffit de les regarder pour en avoir l’eau à la bouche.

– Allez, prends-en un autre, chuchote Casey en souriant. Ma fille aime les sucreries.

– Ouais, mais sa maman n’aime pas être king-size.

Il ricane et se concentre de nouveau sur sa conversation tout en s’approchant de la boîte de donuts que Ian nous a achetée. Je dis « nous », mais je sais qu’ils sont pour moi. Les mecs font du sport tous les jours dans leur sous-sol et ils ont des corps parfaits, comme mon mari. Cela dit, Adam dit qu’il se maintient en forme pour le travail ; pour pouvoir tout affronter et revenir auprès de sa femme et ses filles en un morceau. Cette idée me plaît, mais j’aime aussi que mon mari ait un corps de demi-dieu. Je suppose que Ian et Casey s’entretiennent pour se plaire, eux aussi.

– Je te jure que si tu fais encore une bourde, tu vas pouvoir vider ton bureau ! hurle-t-il. On ne peut pas se permettre une nouvelle erreur et tu n’as pas cessé d’avoir des problèmes sur ce chantier. Tu peux t’attendre à un coup de fil de la RH. Je te mets un avertissement. Je serai bientôt au bureau.

Il raccroche le téléphone et expire plusieurs fois pour se calmer. Une fois que c’est fait, il saisit le donut qui me faisait de l’œil, le met sur une assiette et me la tend.

– La journée commence mal, on dirait ? je dis en prenant l’assiette alors qu’une énorme flaque s’écrase sur le sol, entre mes pieds.

Les deux dernières fois, je l’ai senti venir. Cette fois : rien.

Casey baisse la tête et fait les gros yeux.

– On dirait que ta journée va s’améliorer ! je m’exclame en souriant. Tu dois tout de suite m’emmener à l’hôpital. Suda Kaye est née une heure après que j’ai perdu les eaux. Et Evie à peine quelques heures plus tard.

– Merde, ok. Ok, je gère. Ne t’inquiète pas, Tori. Je m’occupe de tout.

J’éclate de rire alors qu’il lève les mains en l’air et regarde de gauche à droite, comme s’il se demandait par quoi commencer.

– Tu devrais me donner ton téléphone pour que j’appelle Ian. Ensuite, aide-moi à enfiler une culotte et une robe propres.

Il hoche la tête et part de la cuisine en courant, je lui emboîte le pas quand il revient à toute vitesse avec la valise qu’ils m’ont préparée quelques jours après mon arrivée.

– Ce n’est pas trop tôt ? Tu es censée accoucher dans un mois, non ? demande-t-il d’une voix tremblante en me tendant une longue robe bleue.

Je souris, amusée par son inquiétude, mais mon sourire disparaît lorsqu’une contraction m’arrache un cri guttural.

– On n’a pas beaucoup de temps. Enlève-moi ma robe et ma culotte.

Il obéit sans hésiter et jette mes vêtements mouillés dans la salle de bains d’à côté, puis il m’aide à me rhabiller. Une autre contraction arrive, encore plus forte, et il me tient contre lui jusqu’à ce qu’elle passe.

– Allons-y.

Casey ne dit pas un mot tandis qu’il m’escorte à sa voiture et attache ma ceinture. Il court à l’avant, s’installe au volant et me tend son téléphone.

Je compose le numéro de Ian, qui répond à la première sonnerie.

– Quoi de neuf, beau gosse ?

– Le bébé arrive ! je m’écrie. J’ai perdu les eaux et Casey m’emmène à l’hôpital.

– Merde ! J’arrive. Je serai là juste après vous.

– Dépêche-toi, elle arrive vite ! Aaaaaargh, je grince alors qu’une contraction me crispe des pieds à la tête.

Nous arrivons bientôt à la maternité et Casey m’accompagne dans une salle d’accouchement où il m’aide à m’installer.

– Il faut que je pousse ! je gronde.

Un besoin tout-puissant de mettre ce bébé au monde me saisit, en même temps qu’une horrible contraction.

Ian déboule dans la salle d’accouchement et le gynéco confirme que je suis entièrement dilatée et prête à accoucher. Ian s’approche de moi et prend ma main.

– Tout va bien, Catori, je suis là. Si tu as besoin de pousser, vas-y, chérie.

Je lève les yeux vers lui et serre sa main aussi fort que possible pour supporter la douleur. Je tourne la tête vers Casey, vers ses cheveux flamboyants et ses yeux verts, qui sont aussi excités qu’angoissés.

– C’est mon rêve… Il se réalise… je siffle avant de hurler de douleur en poussant.

– Pas tout à fait. Tu dois d’abord la mettre au monde, dit Casey en souriant. Maintenant, pousse aussi fort que possible.

Je hoche la tête tandis qu’il prend mon autre main, et chacun des deux hommes pose une main sur mon épaule. Je m’agrippe à eux et hurle alors que les contractions s’enchaînent sans s’espacer.

Je pousse plusieurs fois et en quelques minutes, Isabeau vient au monde. L’obstétricien aspire sa bouche et son nez, et elle se met aussitôt à pleurer.

– Papa, vous voulez couper le cordon ? demande-t-il.

– Vas-y, dit Casey en hochant la tête en direction de Ian.

Ian prend les ciseaux dans ses mains tremblantes et fait ce que lui dit le gynéco. Ils emmènent ensuite le bébé sur une table et je finis le travail en poussant pour expulser le placenta.

La sage-femme essaie de me donner le bébé, mais je secoue la tête.

– Ce sont eux, les parents. C’est à eux d’avoir le premier contact, je déclare, les larmes aux yeux.

Je meurs d’envie de voir ma fille, mais je dois être forte, pour moi, pour eux et pour elle. C’est à eux qu’elle doit s’attacher. C’est leurs visages qu’elle doit voir en premier. Je me suis beaucoup renseignée sur les bébés nés de mère porteuse et j’ai déjà mon idée pour les aider à tisser un lien avec leur fille.

Ian prend le bébé et fait le tour du lit jusqu’à Casey. Il s’assoit sur le matelas, à côté de moi, pour que je puisse la voir pendant qu’il la tient.

– Elle a les cheveux rouges, s’émerveille-t-il.

Je souris, pas surprise, puisque je l’ai vue dans mon rêve.

– Coucou Isabeau, je suis ton papa, chuchote Casey en caressant ses cheveux.

– Et moi je suis ton papou, ma chérie, dit Ian avant de l’embrasser sur le front. On est tellement contents que tu sois là, ajoute-t-il avant de lever la tête vers son mari. C’est notre fille, Casey. Notre bébé.

Casey la soulève pour l’embrasser sur la joue.

– On vit pour toi, Izzy. On vit pour toi, répète-t-il. On est ta famille.

Les larmes coulent si vite sur mes joues que ma blouse s’en retrouve trempée. Je tends la main et glisse mon doigt dans son petit poing fermé.

– Bienvenue au monde, Isabeau. Je suis Catori. Je vais t’aider à prendre tes marques avec tes parents, je déclare, non seulement pour les mecs mais également pour moi, pour ne pas perdre de vue mon rôle.

– Elle va bientôt vouloir manger. Comme vous êtes mère porteuse, est-ce que vous voulez que j’aille chercher du lait artificiel ? me demande la sage-femme.

Les mecs froncent les sourcils et Casey tient Isabeau contre lui.

– On a décidé qu’il vaut mieux qu’elle soit allaitée pendant les six premières semaines, environ, dit-il.

On s’est mis d’accord, c’est vrai, mais j’ai une autre idée.

– Ian, enlève ton tee-shirt.

– Oh, le peau à peau, c’est vrai, tu nous en as parlé.

– Oui, mais non, je réponds en souriant. Ce sera super quand on sera à la maison, mais pour l’instant, donne-moi ton tee-shirt pour qu’elle puisse sentir ton odeur pendant que je lui donne le sein. Ça peut aider à créer un lien.

Ian enlève son tee-shirt et me le tend, révélant son torse musclé et bronzé.

– Espèce d’aguicheur, se moque Casey en me donnant Isabeau.

Je pose le vêtement de Ian sur son ventre et près de sa tête, puis je baisse ma blouse pour la rapprocher de mon sein. Elle a du mal à le prendre dans sa bouche et il lui faut une minute avant de commencer à se nourrir.

Casey et Ian semblent fascinés de me voir donner le sein à leur fille.

Pour moi, c’est un moment paisible et sublime. Les mecs sont à mes côtés, Isabeau est là et en bonne santé, et je sais que j’ai pris la bonne décision. C’est le destin : j’ai mis au monde un petit ange qui apportera amour, réconfort et paix à ses parents parfaits.

– Tori, ce que tu as fait pour nous… commence Casey avant de se racler la gorge. C’est le plus beau jour de ma vie. Le jour où j’ai rencontré ma fille. Venue au monde pour moi et l’homme que j’aime, grâce à ton altruisme et ton sacrifice. Je ne sais pas comment te remercier.

– On ne sait pas comment te remercier, insiste Ian en prenant son mari par les épaules.

Je baisse les yeux vers Isabeau, avec sa peau pâle, ses cheveux couleur feu et ses joues rosées.

– Aimez-la comme personne, je réponds en la rendant à Ian maintenant qu’elle a fini de téter et qu’elle s’est endormie. Vous allez faire de super parents. Isabeau a de la chance de vous avoir.

Ian secoue la tête et lui et Casey admirent leur bébé, comme si le nouveau-né détenait la réponse à tous les mystères de l’univers.

– C’est nous, les chanceux.

 

Durant les trois mois suivants, Ian et Casey deviennent de super-papas. Isabeau dort bien, et ça nous aide à endurer les premières semaines où nous passons notre temps à la nourrir, la changer et à la bercer pour l’endormir. Les mecs n’ont peur de rien : du bain, des couches qui débordent… Ils appréhendent tout avec le zèle des nouveaux parents qu’ils sont.

Quant à moi, je prends soin de m’occuper d’elle le moins possible, pas parce que je ne veux pas les aider où ne pas être là pour Isabeau, mais parce que ces mecs sont ses parents. Et je dois me rappeler ce fait plusieurs fois par jour pour ne pas trop m’attacher à elle. D’ailleurs, j’ai besoin de rentrer à la maison. Le dernier appel d’Adam m’a appris que non seulement je manque à mes filles mais que la santé de ma mère a méchamment décliné. Je crains que son temps soit limité, et ma famille a besoin de moi. J’attends que les mecs se lèvent pour leur parler de mon départ imminent.

Je regarde l’heure et vois qu’il est trois heures et demie du matin. Sentant que quelque chose ne va pas, je n’ai pas dormi de la nuit. Mon estomac est noué et j’ai mal à la tête. Le nouveau téléphone portable qu’Adam m’a envoyé se met soudain à sonner, et le numéro de mes parents s’affiche à l’écran.

– Ahpu ?

– Catori, il est temps. Ta pia. Sa fin approche.

– Sa fin ? Mais non, c’est impossible, je chuchote pour ne pas réveiller Isabeau.

– Elle s’accroche pour te revoir. Reviens vite.

Mon cœur bat la chamade et je me lève pour regarder mon ange endormi.

– Je prends le prochain vol.

– Prends soin de toi, Catori.

– Je t’aime, ahpu, je dis, la gorge nouée.

Je raccroche et vais dans la cuisine avec mon téléphone. Une recherche rapide m’indique qu’il y a un vol pour Denver dans trois heures. Je dois me dépêcher. J’achète mon billet et je retourne dans la chambre que je partage avec Isabeau. Elle s’est réveillée et elle me regarde en silence en agitant les pieds et en faisant des bulles avec sa salive.

– Je dois partir, Kasaraibo. Ma pia a besoin de moi.

Je me dépêche de préparer ma valise, puis je file dans la salle de bains pour ranger mes affaires de toilettes. Lorsque j’ai fini, je sors une feuille rose et un stylo pour laisser un mot aux garçons, m’inspirant de ce que Ian m’a dit lorsqu’il a renié ses droits à Suda Kaye.

Ian et Casey,

Votre amour est sans limite. Transmettez ce don à notre fille.

Portez-vous bien. Soyez heureux. Soyez une famille.

Avec tout mon amour,

Catori

Isabeau fait un petit bruit avant de sucer son poing. Je ferme les yeux.

Une seule et dernière fois. Promis. Une dernière fois…

Je la prends dans mes bras et m’installe sur le lit, déboutonnant ma chemise pour sortir mon sein. Elle le prend immédiatement dans sa petite bouche et pose sa main sur mon cœur, comme si elle cherchait à toucher mon âme. J’embrasse la paume de sa main en caressant sa joue toute douce, et je la regarde pendant de longues minutes, mémorisant la couleur précise de ses cheveux et de ses yeux émeraude.

– Tu es aimée, Isabeau. Ta pia t’aime du fond du cœur. Je promets de veiller sur toi de loin et, plus tard, depuis les étoiles. Je suis désolée qu’il en soit ainsi, mais tes deux parents t’aiment de tout leur cœur et ils t’offriront une vie merveilleuse. Tu ne connaîtras ni le deuil, ni le manque, ni le sacrifice. Voilà ce que je t’offre. Sache que quoi qu’il arrive, tu es un cadeau, mon petit ange. Un cadeau pour moi, pour tes parents et pour le monde entier.

Je l’embrasse sur le front alors qu’elle commence à s’endormir. Je me lève, lui pose un baiser sur chaque joue, puis je la remets dans son lit douillet, dans cette maison où elle ne connaîtra qu’amour et bonheur.

– Je t’aimerai toujours, Isabeau. Je te souhaite une belle vie, je chuchote.

J’embrasse le bout de mes doigts et les appuie sur sa poitrine, sentant son cœur battre tranquillement.

Un rayon de soleil fait alors briller mon bracelet. Cela fait des années qu’il ne quitte pas mon poignet. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà ça.

J’enlève mon bracelet, avec sa turquoise et les mots « esprit libre » gravés dessus, et je le pose sur le mot que j’ai laissé pour les garçons. Ils le lui donneront quand le moment sera venu.

Je regarde une dernière fois mon ange endormi, j’ouvre la porte et je sors de sa vie.

Pour toujours.

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