THE Wish T4 -Catori

Audrey Carlan · Chapitre 19 sur 32

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THE Wish T4 -Catori

Chapitre 17

 

 

Mon père gare son pick-up à l’entrée de l’aéroport de Denver. Je ferme les yeux et respire pour essayer de me calmer. Je refuse de m’effondrer en pensant à l’horrible tournant qu’a pris ma vie en si peu de temps. Il laisse tourner le moteur, sort de sa voiture et vient vers moi. Il prend d’abord mon énorme valise et la pose à l’arrière, puis il se tourne vers moi et ouvre grand les bras.

Je me précipite contre lui et appuie ma tête contre son torse massif. Mes larmes coulent et je m’agrippe à son poncho aussi fort que possible, m’imprégnant de sa chaleur.

– Ahpu, je sanglote.

Il me serre fort contre lui et appuie ma tête contre son cœur.

– Nous réparerons ce qui te fait souffrir. Tu es chez toi. C’est tout ce qui compte, dit-il en comanche.

Chacun de ses mots m’offre un minuscule espoir me laissant envisager que j’arriverai peut-être à gravir l’immense montagne qui se dresse désormais devant moi. Je hoche la tête contre lui et lève les yeux pour admirer un des visages que j’aime le plus au monde. De nouvelles rides se dessinent au coin de ses yeux et de ses joues, et sa peau est un peu plus claire en cette fin d’automne. Toutefois, son regard me dit tout ce qu’il tait.

Son amour. Sa compassion. Sa loyauté.

Son pardon.

Je ferme les yeux et le laisse me guider jusqu’à son pick-up. Durant la première heure, je me contente de regarder par la fenêtre en m’agrippant à la main de mon père, en m’imprégnant de sa force pour me préparer aux difficultés qui m’attendent. Sa présence suffit à m’apaiser comme rien au monde. Avec lui à mes côtés, je sais que quoi qu’il arrive, tout ira bien. Si je ne trouve pas la réponse toute seule, il m’aidera à la trouver. C’est ce que font les membres d’une famille les uns pour les autres.

– Tu rentres avec bien des surprises, dit-il d’un ton dénué de jugement.

– Je ne suis pas prête à en parler.

Je contracte ma mâchoire et inspire par le nez avant d’expirer lentement, essayant de faire ralentir mon cœur et de calmer mon angoisse.

Je le regarde du coin de l’œil alors qu’il garde les yeux sur la route.

– Est-ce que tu sais qui est le père ?

Je retire brusquement ma main et le fusille du regard.

– Bien sûr que je sais qui est le père.

– Peta, tu dois comprendre les conséquences et la sévérité de tes choix. N’est-ce pas ?

– C’était un accident. Ian et moi avons fait très attention.

– Est-ce qu’il est au courant ?

– Je ne l’ai appris qu’hier, je réponds en secouant la tête. J’ai besoin d’en parler à Adam, et je ne sais pas quand il va rentrer. On s’est disputés et… on a tous les deux dit des choses affreuses. Peut-être qu’il ne rentrera jamais, je déclare, donnant voix à ma plus grande peur.

– Je crois que tu vas le revoir très bientôt.

– Il t’a appelé ? Il t’a dit qu’il revenait ? je demande alors que mon cœur bat la chamade et qu’une bouffée de chaleur me saisit en attendant sa réponse.

Mon père hoche la tête.

– Bientôt ?

Je déglutis, aussi heureuse qu’angoissée à l’idée de revoir bientôt mon mari.

Mon père hoche à nouveau la tête et je me mords la lèvre.

– Quelles sont tes intentions avec Adam, peta ? demande mon père d’un ton ferme.

Il ne semble pas me juger, mais sa question en cache beaucoup d’autres.

– C’est mon mari, je réponds en fronçant les sourcils. J’ai l’intention de l’aimer jusqu’à la fin de mes jours.

– Mais tu es enceinte d’un autre homme. Je l’ai su dès que je t’ai tenue contre moi.

Ce fichu sixième sens. Ma mère et mon père sont dotés de nombreux dons inexplicables, même pour les autres membres de la tribu. Et apparemment, déceler les grossesses en fait partie.

– Comme je te l’ai dit, ce n’était pas prévu. Je ne sais pas quoi faire ni quoi penser. Mais je tiens à dire qu’en nous mariant, Adam et moi étions d’accord sur le fait que nos corps n’appartiennent pas à l’autre. Avec son travail et ses absences, ce serait égoïste de ma part ou de la sienne d’exiger une telle fidélité. Nous étions d’accord sur ce point dès le début.

– Je n’approuve pas ce concept, déclare mon père en haussant le menton de façon hautaine.

Ça ne lui ressemble pas, mais je sais que l’idée d’un couple libre est trop étrange pour un homme comme lui. Ma mère est son âme sœur et il veut passer chaque minute de chaque journée avec elle. Il la veut à ses côtés aussi longtemps que possible. Je sais déjà qu’il ne se remariera jamais et ne retrouvera pas l’amour après que ma mère aura quitté cette terre. Pour lui et ses convictions, ce serait un blasphème.

– Tu n’as pas à approuver, ahpu. C’est entre mon mari et moi. Nous avons fait ce choix ensemble en fonction des circonstances particulières de nos vies, de nos désirs et de nos rêves respectifs.

– Tu as raison. Juger les choix d’un autre n’a rien d’honorable. Le Créateur a donné à tous ses sujets le libre arbitre.

– Exactement.

– Toutefois, ces choix ont des répercussions, et celle-ci sera difficile, nupihi.

Il n’a pas tort. Mon père a rarement tort. Dire à Adam que je suis enceinte d’un autre homme va être une des tâches les plus difficiles que j’aie jamais eu à accomplir. J’espère seulement que notre amour et notre mariage y survivront.

– Comment va ma fille ? je demande pour changer de sujet.

Mon père esquisse un petit sourire.

– Elle grandit. Sa pia lui manque, mais elle est très heureuse. Topsannah chante et lui parle de toi. Elle lui montre ta photo tous les jours et lui parle de tes spectacles et de tes voyages.

Mes yeux se remplissent de larmes et je soupire, laissant mon cœur se gonfler de joie à l’idée que je manque à ma fille. J’ai hâte de la voir. De la tenir contre moi. De lui montrer la nouvelle personne que je suis, cette femme plus forte qui est capable de travailler dur pour être une bonne mère. Pour Evie, et ce nouveau bébé.

Je pose ma main sur mon ventre. Je ferai tout pour que nous soyons tous heureux.

Mon père se gare devant la petite maison qu’Adam et moi avons louée sur la réserve. Je suis profondément surprise car je m’attendais à ce qu’il m’emmène chez lui, où ma fille doit être avec sa kaku.

– Ahpu, je veux voir Evie, je dis en fronçant les sourcils. Tu ne devrais pas m’emmener chez toi ?

– Elle est chez toi. Je dois partir. Nous parlerons plus tard.

Et, sans un mot, il sort du pick-up sans couper le moteur. Il attrape ma valise et la pose devant la porte. Je descends du véhicule et il me prend brièvement dans ses bras en m’embrassant sur la tempe.

– Je suis content que tu sois rentrée. Il est temps de guérir.

Il s’assoit au volant et poursuit sa route jusque chez lui. Je suppose que ma mère doit être à l’intérieur, occupée à coucher Evie pour sa sieste, vu qu’il est quatorze heures.

J’entre dans la petite maison et les souvenirs d’Adam et moi remontent à la surface. Son parfum embaume la pièce et je me racle la gorge en me tenant plus droite pour repousser ma peine et ma solitude à l’idée qu’il n’est pas là.

– Pia ! je crie doucement en m’attendant à ce que ma mère arrive.

Pas de réponse.

Je traîne ma valise à l’intérieur et pose mon sac sur le rocking-chair près de la fenêtre, ce même fauteuil où je m’installais quand il faisait froid, berçant Evie dans la lumière du soleil, la seule chose qui parvenait à la calmer dans les premiers mois de sa vie.

Impatiente de voir ma fille, je vais jusqu’à sa chambre. Son lit a retrouvé sa place, mais ma fille n’y est pas. Je fronce les sourcils et me dirige ensuite vers ma chambre. Lorsque j’ouvre la porte, je n’en crois pas mes yeux.

Evie est allongée sur le torse de son père, profondément endormie. Adam la tient contre lui, les yeux fermés, il fait la sieste avec sa fille. C’est une des plus belles choses que j’aie jamais vues, et je ne l’oublierai jamais. Ses cheveux blonds sont plus courts que la dernière fois que je l’ai vu et il porte une barbe et une moustache que je trouve à la fois adorables et ultra-sexy. Il paraît plus large que dans mes souvenirs. Son tee-shirt est tellement tendu sur ses pectoraux qu’il semble prêt à craquer. Il est vêtu d’un short de basket gris. Il est sublime.

Pendant que je dansais et me gavais de gourmandises pour retrouver mes courbes, Adam faisait l’inverse, apparemment, et empilait les kilos de muscles. Mon mari a toujours aimé repousser les limites de son corps en faisant beaucoup d’exercices et de muscu. Il semble avoir redoublé d’efforts, à en croire son physique encore plus impressionnant.

J’avance sur la pointe des pieds et pose ma main à plat sur le dos de ma fille, souhaitant sentir la vie en elle. Elle fait un petit pop avec sa bouche rose et je souris jusqu’aux oreilles. Instantanément, Adam la serre plus fort contre lui sans pour autant se réveiller.

Je les regarde dormir paisiblement pendant quelques secondes et ma fatigue me rattrape soudain, mêlée au soulagement de voir mon mari et ma fille ensemble, chez nous. Je rampe sur le côté libre du lit, pose ma main sur celle de ma fille et glisse mon doigt dans son poing fermé. Je soupire lorsqu’elle l’agrippe, je ferme les yeux et je laisse l’odeur de ma fille et de l’homme que j’aime dissiper mes craintes. Rapidement, je m’endors à mon tour.

 

Je me réveille seule dans le lit. Une musique douce provient de la pièce à vivre, ainsi qu’un martèlement étrange. Je me redresse sur un coude et vois à l’horloge qu’il est dix-huit heures. J’ai dormi quatre heures. J’en avais besoin, mais je ne veux pas perdre de temps pour retrouver Evie et Adam.

Je me dépêche donc de me brosser les dents et les cheveux et je me regarde dans la glace. Mes yeux noirs sont fatigués, mais mes joues sont roses et ma peau lumineuse grâce à la nouvelle vie qui grandit en moi.

J’enfile une longue jupe aux motifs tie-dye verts, roses, jaunes et pourpres ainsi qu’un débardeur vert olive. Je ne me maquille pas, car je n’ai pas besoin d’impressionner Adam. D’ailleurs, il me préfère sans maquillage, au naturel. Du moins, c’était le cas avant. J’espère que ça l’est toujours, même après notre dispute. J’espère que ce sera toujours le cas après que je lui aurai parlé de Ian et du bébé.

Les jambes tremblantes, je me force à me tenir bien droite et je sors de la chambre. Les coups deviennent plus forts au fur et à mesure que j’approche de la cuisine. Je vois d’abord Evie et sa couronne de cheveux dorés et bouclés qui lui arrivent au menton, et ses yeux aussi bleus que ceux de son père se rivent sur moi. Elle lève sa cuillère en bois et frappe le plateau de sa chaise haute.

– Piiiiiiiiiiaaaaaaaah ! s’écrie-t-elle joyeusement.

Pia.

Mon Dieu. Ma fille vient de m’appeler maman. Une joie indescriptible m’envahit et efface mes dernières peurs.

Je déglutis tandis que les larmes coulent sur mes joues.

Adam se tourne vers moi, vêtu d’un tablier rouge que ma mère a dû lui donner, car c’est la première fois que je le vois. Il tient dans sa main une cuillère couverte de sauce, qu’il pose aussitôt sur le plan de travail.

Je n’entends et ne vois plus que lui, nos regards plongent l’un dans l’autre. Ses beaux yeux bleus et mes iris noirs et tristes.

Il coupe le gaz, se précipite vers moi et me serre contre lui, s’emparant si fort de ma bouche que mes genoux cèdent. Mais peu importe, car il me retient.

Mon mari me tient contre lui.

Et, dans ses bras, je suis enfin à ma place.

Il me serre encore plus fort et pose une main sur ma joue pour pencher ma tête sur le côté. J’ouvre la bouche et gémis lorsque sa langue caresse la mienne et que sa saveur enivre mes papilles.

Son baiser est implacable, intense et ravageur. Chaque instant est comme un millier d’excuses. Un millier de « je t’aime ». Mais surtout, un millier de « tu m’as manqué ».

Lorsque nous sommes tous les deux à bout de souffle, il recule et appuie son front contre le mien.

– J’ai reçu tes lettres, dit-il d’une voix rauque. Je ne savais pas que tu te sentais aussi perdue, que les choses avaient pris une tournure aussi lugubre.

Je ferme les yeux et laisse sa tristesse m’envahir jusqu’à ce qu’elle devienne mienne.

– Je suis désolée. Je te dois tellement d’excuses. Il y a tant de choses que tu ne sais pas.

– Moi aussi, dit-il en hochant la tête.

Je sais que c’est impossible, car ce n’est pas lui qui porte l’enfant d’un autre.

Notre fille tape sur son plateau en poussant des cris de joie, et nous nous tournons vers elle en souriant.

– Pa, pa, pa, pa !

– C’est ça mon soleil. Je suis ton papa.

– Piiiiiiiiaaaaaah ! crie-t-elle en frappant sa cuillère sur la surface en plastique.

J’éclate de rire.

– Et je suis ta pia. On t’apprendra « maman » aussi.

Adam prend mon visage dans ses mains et me regarde dans les yeux.

– Tu n’es plus toute seule. Tu ne le seras plus jamais.

Je déglutis et pose mes mains à plat sur son torse.

– Tu changeras peut-être d’avis quand tu sauras la vérité. Je… Je ne t’ai pas été fidèle.

Sa mâchoire se contracte.

– Moi non plus. On était d’accord…

– Oui, on était d’accord. Et oui, ça fait mal de savoir que tu étais avec quelqu’un d’autre, et je suppose que tu souffres comme moi.

– C’est idiot, dit-il en secouant la tête. On était d’accord. On a pris cette décision ensemble, mais ça reste difficile. Ça n’atténue en rien mon amour pour toi, Catori. Tu es mon cœur, mon âme, l’amour de ma vie. Tu resteras toujours l’amour de ma vie.

Mes larmes coulent sur mes joues, il les essuie avec ses pouces.

– Je ressens exactement la même chose pour toi. Mon amour n’a d’égal que l’amour que j’ai pour notre fille, je chuchote.

Adam sourit jusqu’aux oreilles.

– Dans ce cas, tout ira bien. Étant donné les circonstances extrêmes de notre dernier déploiement, mon équipe a pu demander un congé. J’ai pris l’année à venir pour rester avec toi. Pour être avec Evie. Pour former une vraie famille avant de devoir retourner sur le terrain et entraîner la prochaine équipe d’experts.

– Un an ? je demande en écarquillant les yeux.

– Peut-être plus, acquiesce-t-il. On verra ça plus tard, ma chère épouse.

Je ferme les yeux et laisse la force de ses paroles me remplir de joie et d’amour. Toutefois, je ne serai pas tranquille tant que je ne lui aurai pas tout dit.

– On doit parler. J’ai d’autres choses à dire, et je dois encore t’expliquer tout ce qui s’est passé quand je suis partie d’ici sans te le dire. Encore une fois, je suis vraiment désolée, Adam.

Il sourit et hoche la tête.

– Ne t’en fais pas, je suis d’accord. Mais d’abord, je veux nourrir ma femme et ma fille avec mes spaghettis et mon pain à l’ail. Un de mes hommes est de Chicago et vient d’une famille italienne. Il m’a appris à faire les pasta marinara et je veux épater mes femmes avec mes nouveaux talents de cuistot.

Ma poitrine se resserre lorsqu’il parle de Chicago, où un autre homme doit souffrir après que je l’ai quitté ; et je ne lui ai même pas dit que j’étais enceinte. Toutefois, je sais que ça peut attendre. Je ne peux pas être enceinte de plus de six semaines. Je ne sais même pas si le bébé est viable. Pour l’instant, le plus important pour moi est de retrouver mon mari et ma fille. Le reste peut attendre.

– Alors, épate-nous, mon cher époux. Je suis morte de faim.

Il sourit et m’embrasse brièvement sur la bouche.

– Tout va rentrer dans l’ordre, maintenant que j’ai retrouvé mes femmes, dit-il joyeusement en retournant aux fourneaux.

Je marche jusqu’à mon joyeux rayon de soleil et le prends dans mes bras.

– Taabe, comment va ma jolie princesse ?

Elle plaque ses mains sur mes joues en faisant la moue.

– Piaaa, dit-elle, faisant exploser mon cœur.

Je fais mine de dévorer ses doigts et elle éclate de rire. Ce qui la rendait malheureuse quand je suis partie semble avoir disparu. Cette enfant est rayonnante de joie et débordante d’énergie. Je ne l’ai jamais vue aussi heureuse. Cela dit, son père est là. Tout va mieux, quand Adam est là.

– Un an, je chuchote à ma fille en respirant son parfum de bébé mêlé à celui de son père sur sa peau.

Dans un an, j’aurai un autre enfant. Adam l’acceptera-t-il comme sien, sachant qu’il n’est pas de lui ?

Le temps nous le dira.

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