THE Wish T4 -Catori
Chapitre 21
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Quatre mois plus tard…
À huit mois et demi de grossesse, je suis cuite. Je n’en peux plus de porter ce bébé. J’en ai assez d’avoir mal au dos, aux pieds et aux seins.
J’en ai marre.
Adam revient de chez mes parents avec Evie sur les épaules, tenant ses petites mains dans les siennes. J’étais en train de penser qu’on devrait peut-être s’acheter une maison plutôt que de louer. Peut-être même celle-ci. Avec seulement deux chambres, les filles vont devoir partager la leur. Cela dit, ça ne me dérange pas. Les sœurs qui dorment dans la même chambre finissent par partager bien plus que ça. Un lien se crée entre elles, qui va au-delà du lien de sang. J’aimerais beaucoup ça pour mes filles.
Mon mari a déjà installé un lit simple avec une barrière pour qu’Evie commence à dormir ailleurs que dans le lit à barreaux. Elle aura deux ans dans deux semaines. Le même jour que mon terme.
Il n’y a que le Créateur pour donner le même anniversaire à mes filles, à deux ans d’écart. Ça me convainc encore plus que Suda Kaye était faite pour venir au monde.
– Bonjour, ma chère femme, dit Adam en s’arrêtant au pied du perron pour poser Evie.
Elle marche de mieux en mieux et elle commence même à courir. Ma fille vient jusqu’à moi et me regarde avec ses grands yeux bleus avant de fouiller dans la poche de sa salopette.
– Pia ! Joillyfeur ! dit-elle en souriant joyeusement.
Elle me tend la main. J’ouvre la mienne et elle y dépose un pissenlit.
– Joillyfeur ! répète-t-elle.
– Elle dit « jolie fleur ». C’est pour sa maman, dit Adam en venant vers moi pour m’embrasser tendrement.
– Bonjour, mon cher époux, je réponds en souriant.
Mon humeur ronchonne a disparu maintenant qu’Adam et Evie sont de retour. Je porte la fleur à mon nez pour respirer son parfum.
– Hmmm, elle sent bon. Super, Taabe. Merci !
Elle me sourit à nouveau et rejoint son père. Ma fille aime son ahpu plus que tout. Elle est collée à lui jour et nuit, et je la comprends. J’aimerais être scotchée à lui, moi aussi. S’il n’avait pas une carrière militaire et des responsabilités dans l’armée, on passerait tout notre temps ensemble. Il serait toute ma vie. On voyagerait ensemble et on emmènerait nos filles. On leur montrerait le monde. Hélas, ce rêve ne se réalisera jamais. D’ailleurs, il est censé repartir dans quatre mois. Cela dit, il s’est arrangé pour qu’à l’avenir, ses missions ne l’occupent pas plus de trois mois, à chaque fois, et pour pouvoir revenir au minimum un mois.
– Comment tu te sens ? demande Adam en tendant la main pour prendre la mienne.
– Énorme. J’ai hâte que ce bébé arrive. J’espère qu’elle va venir plus tôt. Si ça ne tenait qu’à moi, elle arriverait ce soir.
Adam rigole et tend à Evie son gobelet d’eau. Elle prend l’embout dans sa bouche et s’appuie contre le torse de son père en buvant, fermant les yeux pour laisser le soleil réchauffer sa peau. Evie ne fait qu’un avec l’astre du jour. Assise dans les bras de son père, illuminée par le soleil, elle semble parfaitement heureuse. J’ai compris que quand ma fille est ronchonne, il me suffit de l’emmener dehors, surtout quand son père est occupé. Le soleil la calme instantanément, de la même façon que le vent a le pouvoir de m’apaiser lorsque je le sens dans mes cheveux ou sur mon visage.
– Est-ce que tu as appelé Ian ? Je sais que ça te préoccupe depuis plusieurs semaines. Tu vas devoir te lancer tôt ou tard, chérie. S’il est l’homme que tu crois, il aura réglé ses problèmes. Sinon, ça ne change rien. On continue comme prévu.
J’acquiesce et porte sa main à mon visage pour frotter ma joue contre sa paume.
– Merci.
– Pourquoi, chérie ?
– D’être aussi compréhensif et bienveillant. De m’aimer. D’aimer Evie. De vouloir que ce bébé soit le tien. Il n’y a pas d’autre homme comme toi, Adam Ross. Je me sens chanceuse que tu sois à moi, je dis en embrassant sa paume.
– Tu sais bien que le sentiment est partagé, Catori. Il n’y a pas d’autre femme pour moi. Peu importe où notre vie nous mènera, avec mon travail et tes voyages, on forme une famille. On s’entraide pour réaliser nos rêves. On vit pour rendre l’autre heureux et il n’y a pas de mal à ça. Au contraire, c’est très beau.
– Je ne suis jamais allée quelque part où je n’ai pas trouvé de beauté.
– Je sais. C’est une des raisons pour lesquelles je t’aime tant.
Je soupire et ferme les yeux, permettant au soleil et aux paroles de mon mari de me donner la force de faire ce que je dois faire.
Adam se lève en serrant notre fille contre lui.
– Elle dort, je vais la coucher. Appelle Ian. Je te rejoins dans notre chambre pour te soutenir.
– Pour ramasser les morceaux ?
Il penche la tête sur le côté et me sourit tendrement.
– Pour soutenir la décision qui sera prise, quelle qu’elle soit. Quelle que soit l’issue choisie. Eh oui, pour ramasser les morceaux. S’il te met à terre, je serai là pour te relever ; compte sur moi.
– Ça va aller, je vais m’en sortir, je dis en me levant.
– Je le sais. Je n’ai jamais connu de femme plus forte que toi.
Il embrasse le bout de ses doigts, puis il les plaque sur ma bouche et je les embrasse à mon tour.
– Je vais bien. Vas-y, va la mettre au lit.
Il entre dans la maison sans un bruit et je prends le temps de regarder le désert ensoleillé et les énormes rochers rouges éparpillés un peu partout. J’ai besoin d’aller jusqu’aux falaises, un de ces quatre. J’ai besoin de la perspective et du sentiment de paix qu’elles m’apportent.
Ça attendra. Je me tourne pour aller dans notre chambre et j’entends Adam chuchoter des mots d’amour à Evie, qui a tendance à se réveiller quand elle sent qu’on la pose dans son lit. En général, il suffit de rester quelques minutes avec elle pour qu’elle se rendorme. Je regrette que tous les enfants ne naissent pas en format « deux ans ».
– Ne t’inquiète pas, Suda Kaye. J’ai appris la leçon. Je serai plus douée cette fois-ci. Je le sens, je promets en caressant mon ventre.
Je prends mon temps pour m’installer contre la tête de lit, appuyée sur une pile d’oreillers. Je croise les jambes et saisis le téléphone sans fil pour composer son numéro que je connais par cœur. La gorge nouée, les nerfs à vif, j’écoute son téléphone sonner en espérant qu’il sera chez lui, puisque nous sommes dimanche.
Il répond après la première sonnerie.
– Catori, dit-il.
Apparemment, il a mémorisé mon numéro, lui aussi.
– Ian, salut. Comment tu vas ? je demande d’une voix tremblante que j’essaie de cacher.
– Mieux que la dernière fois que tu m’as appelé, répond-il en soupirant.
– Ah ?
– Ouais, je n’étais pas moi-même. Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai craqué et j’ai perdu le contrôle. Quand j’ai perdu mon job et que j’ai dû arrêter les cours, j’ai pété un plomb. Je te demande pardon pour la dernière fois qu’on s’est parlé. J’étais au fond du trou.
– Je connais ça, j’ai vécu la même chose. Je comprends, je réponds en jouant avec un fil qui dépasse du plaid.
– C’est vrai ? Tu ne me détestes pas ?
– Mais non, jamais, Ian. Le mois qu’on a passé ensemble m’a transformée. Pour le mieux. J’avais touché le fond, un peu comme toi, il y a quelques mois. Mon mari était parti depuis six mois et on était en froid. Je souffrais de dépression post-partum, et ma fille préférait ma mère à moi. J’avais perdu la volonté de gérer le quotidien. Sans le savoir, tu m’as aidée à tourner la page.
– Eh ben, on formait une sacrée paire ! ricane-t-il.
– Mais non, on était super, ensemble. J’ai vécu un des plus beaux mois de ma vie, avec toi. C’était génial et je ne l’oublierai jamais. Mais à présent, on doit penser à notre fille. Il n’y a que Suda Kaye qui compte.
– Suda Kaye ? C’est comme ça que tu vas l’appeler ?
Je ferme les yeux et gonfle mes poumons.
– Oui. Adam et moi avons voulu faire honneur à mon père, Tahsuda. C’est plus ou moins la version féminine de son prénom.
– C’est très beau.
– On trouve aussi. En grec, ça signifie « force pure ».
– Force pure. C’est adéquat.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est ce dont je vais devoir faire preuve pour l’abandonner : de la force pure.
Je ne parviens pas à réprimer le sanglot qui jaillit de mes entrailles. Les larmes dévalent sur mes joues, libérant la douleur qui m’accompagne depuis bientôt neuf mois.
– Ian. Tu sais qu’on lui offrira tout ce dont elle a besoin.
– Je le sais. J’ai repris la fac, mais je dois rattraper les cours que j’ai ratés quand j’ai craqué. Je ne gagne pas beaucoup d’argent, mais je peux trouver un moyen de te verser une pension…
– Non, Ian, cette décision prouve tout ton amour pour elle ; on ne pourra jamais te remercier assez.
– Je ne signerai pas de papiers, Catori. Je ne me battrai pas contre vous. Je ne le pourrais pas, même si je le voulais. Même en travaillant comme un acharné, elle sera ado d’ici à ce que je puisse quoi que ce soit pour elle. Au moins, de cette manière, elle aura une mère et un père qui l’aiment de façon inconditionnelle. Elle aura une famille. Et peut-être qu’un jour tu pourras lui parler du mois de folie que tu as passé avec son père biologique. Lui dire que je n’étais pas un mec méchant, mais que j’étais trop jeune, trop pauvre et trop bête pour lui offrir la vie qu’elle mérite.
Adam ouvre la porte et hausse les sourcils. Je lui fais signe d’approcher et tapote le lit à côté de moi.
– Ian, non. Tu n’es pas bête. Tu te comportes justement en père en étant aussi altruiste. Je suis désolée qu’on en arrive à ce point. Je suis désolée de ne pas t’avoir dit la vérité à propos d’Adam et Evie. C’était une erreur et je le regretterai toute ma vie. Mais je ne regretterai jamais le temps qu’on a passé ensemble ni d’en avoir un souvenir chaque fois que je regarderai les yeux de notre fille.
– Je t’aime, Catori. Je t’ai aimée dès que je t’ai vue.
– Je t’aime aussi, Ian. Mais je ne suis pas amoureuse de toi. Mon cœur et mon âme appartiennent à un autre. À trois autres, à présent. Adam, Evie et Suda Kaye.
– Putain, ça fait mal, Catori. Ça fait mal de la laisser partir et de te laisser partir à nouveau.
Je tends la main et Adam la prend dans la sienne.
– Tu as mon numéro, maintenant. Si c’est trop dur et que tu as besoin de parler, appelle-moi.
– Et ton mari ?
– Mon mari sait ce que tu représentes pour moi. Il sait que je tiens à toi, que je t’aime comme celui qui m’a aidée à me sortir d’une dure période. Que je t’aime comme l’homme qui m’a offert un précieux cadeau. Si tu as besoin de parler, ou si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle. Je répondrai.
– Je veux parler à Adam, dit-il. Il est là ?
Je regarde mon mari et grimace.
– Oui, il est là, mais je ne sais pas si c’est une bonne idée que tu lui parles…
Adam tend la main et je comprends qu’il ne me laisse pas le choix.
– J’ai besoin de lui parler, insiste Ian.
Je passe le téléphone à Adam, qui le plaque contre son oreille.
– Adam Ross, dit-il d’un ton professionnel, à la fois direct et agréable.
Il se lève du lit et se met à faire les cent pas, comme je m’y attendais.
– Je comprends ta position. Ce n’est pas facile. Je peux seulement te promettre que tu as pris la bonne décision. Je suis prêt et surtout j’ai envie de prendre soin de Suda Kaye de toutes les manières qui comptent.
Il hoche plusieurs fois la tête en poursuivant ses allers-retours.
– Je mourrais pour ta fille, et elle n’est même pas encore née. Je l’aime déjà. Ce sera ma fille. Elle portera mon nom et ne manquera jamais de rien.
Il empoigne sa nuque d’une main et lève la tête vers le plafond.
– Je te le jure, Ian. Je traiterai Suda Kaye comme si elle était de moi, promet-il en fermant les yeux et en baissant la tête.
Il revient vers moi et me donne le téléphone.
– Allô ?
– Porte-toi bien. Soyez heureux. Soyez une famille. Prends soin de notre fille. Au revoir, Catori.
– Je te le promets, Ian.
Il raccroche avant que j’aie le temps d’ajouter quoi que ce soit.
– Qu’est-ce qu’il t’a dit ? je demande à Adam en laissant mes larmes couler.
– Il a dit qu’il était désolé d’avoir couché avec la femme d’un autre. Que ça ne serait jamais arrivé s’il avait su. Ensuite, il m’a dit qu’il reprenait sa vie en main, mais qu’il était loin d’être en position de prendre soin d’un nouveau-né et de faire les allers-retours de Chicago à ici. Il a dit qu’il essaierait d’envoyer de l’argent, mais j’ai répondu que je répondrais à tous ses besoins.
Je couvre ma bouche et fonds en larmes. Mes doigts sont bientôt trempés, mais je m’en fiche. Si j’enlève ma main, je hurlerai si fort que ça réveillera Evie.
– Ensuite, il m’a demandé si j’arriverai à élever l’enfant d’un autre homme. Je lui ai dit que je l’aimais déjà et que je mourrais pour elle. Ensuite il m’a fait promettre de prendre soin d’elle et de l’aimer comme elle le mérite.
– Adam ! je gémis en me mettant à genoux.
Il se précipite vers moi et s’assoit sur le lit pour m’attirer dans ses bras.
– J… je t… t’avais d… dit que c’était un… un m… mec b… bien, je bégaie en pleurant.
Il pose sa main sur ma joue pour me tenir contre lui.
– Oui, ma chérie. C’est un mec bien. Il a fait ce qu’il fallait pour sa fille. Maintenant, c’est à nous d’être les meilleurs parents possible pour elle. C’est à nous de lui offrir une belle vie avec des parents aimants, une famille et une superbe communauté pour l’entourer.
– On peut le faire, je chuchote en collant mon oreille à son cœur pour en écouter les battements.
– On le fera. J’ai fait une promesse et je compte la tenir.
Durant ma courte vie, il m’aura été offert non pas un mais trois hommes géniaux : mon père, mon mari et mon ami, Ian Kamal.
Si Ian a besoin de moi un jour, je serai là pour lui.
J’ai une dette envers lui que je ne pourrai jamais rembourser.
Du moins, c’est ce que je pensais quand il a cédé ses droits à son seul enfant.
Bon sang, ce que j’ai pu me tromper !
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