THE Wish T4 -Catori

Audrey Carlan · Chapitre 12 sur 32

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THE Wish T4 -Catori

Chapitre 10

 

Les deux premières semaines sans Adam sont difficiles. À la fin du mois, je m’accroche au moindre souvenir de nos deux mois ensemble. Il m’appelle une fois par semaine, mais ce n’est pas suffisant. J’ai besoin de plus. Je lui ai parlé de mon manque lors de son dernier appel, et il m’a dit qu’il avait une idée, de lui accorder une semaine. J’attends toujours de savoir quelle est sa grande idée lorsque ma mère entre dans ma chambre d’enfant. Aujourd’hui, j’ai atteint les douze semaines de grossesse et donc, d’après les femmes de la tribu, le bébé est hors de danger.

– Peta, dit ma mère.

Je repose la photo de notre mariage, avec l’océan en arrière-plan et nos visages illuminés par le soleil. Nous étions si heureux. Or, je me sens vide à présent. Comme un marin perdu en mer, sans espoir de rejoindre la terre ferme. Je soupire et me tourne vers le visage souriant de ma mère.

– C’est arrivé pour toi, dit-elle en me tendant une enveloppe. Ça vient d’Allemagne.

Je me lève et saisis l’enveloppe, lisant rapidement l’inscription. Elle vient d’Adam. Je la presse contre mon cœur, soudain toute joyeuse.

Il m’a envoyé une lettre.

Mon mari.

Je me précipite vers le lit et me laisse tomber dessus.

– Merci, pia. J’aimerais être seule, à présent.

Elle m’offre un sourire entendu et sort de ma chambre, refermant la porte en silence.

Je glisse mon doigt sous le rabat et en sors une lettre manuscrite. Mon Dieu, mon homme est merveilleux. Il me surprend sans cesse.

J’ai à peine ouvert l’enveloppe que son parfum embaume l’air autour de moi, un mélange d’eau de Cologne musquée, d’homme et de brise océanique. Je respire pour m’imprégner autant que possible de son essence sublime.

Lorsque je déplie la lettre, une fleur séchée en tombe. Elle est couleur pervenche, avec des bords verts et duveteux. Elle semble avoir été pressée dans un livre pour la conserver. Je la porte à mon nez et inspire, découvrant un parfum légèrement citronné.

En dehors du bouquet que nous avons acheté avant de nous marier, c’est la première fleur que m’offre mon mari. Et il me l’a envoyée d’Allemagne. Je lis les mots qui l’accompagnent et le vide qui m’emplissait tout à l’heure disparaît.

Ma superbe épouse,

Tout d’abord, tu me manques. Tu manques à chaque cellule de mon corps. Qui aurait cru que je trouverais ma moitié en train de danser sur une scène, à Atlantic City ? Pas moi, c’est certain. Je sais que nous n’avons pas eu beaucoup de temps ensemble et que mes longues absences ne seront pas faciles pour nous. Toutefois, je crois que j’étais destiné à être là, ce jour-là. Pour te rencontrer.

Nous avons encore beaucoup à apprendre l’un de l’autre. J’ai pensé qu’on pourrait combler les trous en s’écrivant. Je sais que c’est dépassé et que cela prend du temps, surtout lorsque les lettres doivent traverser l’Atlantique, mais attendre une lettre qui provient de chez moi, de ma femme, me remplira de joie de semaine en semaine.

Aujourd’hui, je travaille avec une équipe d’hommes époustouflants. De jeunes hommes qui ont travaillé dur et se sont longuement entraînés pour faire partie d’un commando spécial. Je trouve gratifiant de savoir que je participe à leur développement et leur apprends à repérer et évaluer les risques sur le terrain. Je me sens honoré d’aider à les former et à les maintenir en sécurité quand ils poursuivront leur mission. Ma mère m’a toujours dit que je ferais un bon enseignant, un jour. Peut-être que former ces jeunes est mon destin ; une vocation dont ma mère avait conscience alors que je n’étais qu’un enfant. Quoi qu’il en soit, cela me rend heureux.

Et toi, qu’est-ce qui te rend heureuse, ma femme ?

Comment va notre petit haricot ? Fait-il toujours la taille d’un haricot ou est-il plus grand ? Je vais acheter un livre sur le développement du fœtus, comme ça, je saurai ce qui se passe dans le ventre de sa maman, même en étant absent. Mais peut-être que Maman n’est pas le bon terme ? Est-ce qu’il devrait t’appeler Pia ?

Je dois filer. J’ai peu de temps entre deux sessions, mais je voulais

t’envoyer quelque chose de spécial. Cette fleur s’appelle « Love in Mist 1 ». Son nom scientifique est Nigelle de Damas. Elle m’a rappelé la couleur de l’océan quand on s’est mariés.

J’espère que tu apprécieras cette surprise et que tu utiliseras cette adresse pour me répondre. Où que je sois, tu peux m’y contacter et les lettres me seront transférées à mon poste.

Prends soin de toi.

Toi et le bébé êtes aimés plus que je ne peux le dire, et vous me manquez terriblement.

Languis-toi de moi.

Ton époux,

Adam

Je presse la lettre contre ma poitrine et mes yeux se remplissent de larmes. Cette lettre est tout pour moi. Elle concrétise le fait que je lui manque autant qu’il me manque. Quant à la fleur… je l’étudie et respire à nouveau son parfum.

Love in Mist.

C’est parfait, car j’ai l’impression que notre amour traverse le ciel nuageux et nous lie l’un à l’autre malgré la distance.

Je pose mes mains sur mon ventre et y plaque la fleur.

– Eh bien, Taabe, on dirait que ton ahpu se porte bien en Allemagne. Il nous aime et on lui manque, mais il apprend à de jeunes hommes à être meilleurs afin de les protéger et de mieux servir l’armée. C’est un métier louable. Écrivons-lui une réponse, tu veux ?

Le cœur léger et plein de joie, je pose la fleur sur le rebord de la fenêtre, devant ce bureau où j’ai fait mes devoirs pendant toute mon enfance. J’ouvre le premier tiroir et y trouve le papier à lettres et les enveloppes roses que ma mère m’avait achetés afin que je puisse écrire à mes parents durant mes voyages. J’aurais dû le faire. Je n’ai même pas emporté le papier avec moi tant j’étais excitée de vivre ma vie selon mes propres termes. À l’avenir, je ne ferai pas la même erreur, pas à présent que je sais la joie que l’on ressent lorsqu’on reçoit la lettre d’un être cher.

Je formule alors une promesse que je me fais à moi-même : à l’avenir, lorsque je serai séparée de ceux que j’aime, je leur écrirai. Je leur ferai part de mes expériences pour qu’ils sachent qu’ils sont toujours avec moi, même si je ne suis pas là. De la même façon qu’Adam est avec moi grâce à sa lettre.

Je pose une feuille de papier rose sur le bureau et me revois avec Adam sur les falaises.

Mon très cher mari,

Ta lettre m’a remplie de joie. Je me sentais déprimée et tu me manquais terriblement. Aujourd’hui marque la douzième semaine de grossesse. Apparemment, c’est un tournant car le risque de perdre le bébé décroît considérablement. Je voulais te dire que nous avons atteint ce cap important, mais j’allais devoir attendre ton appel pour te faire part de la bonne nouvelle. Ta lettre me donne l’occasion de partager ma joie et mon soulagement avec toi.

La fleur est superbe. Je l’ai posée sur le rebord de la fenêtre pour pouvoir la regarder tous les jours en sachant que tu penses à moi autant que je pense à toi.

Notre bébé a beaucoup grandi, en un mois. Nous n’avons plus un haricot, mais un citron vert ! Il ou elle a des bras, des jambes, des doigts et des orteils ! Mon ventre se raffermit, même si la grossesse ne se voit pas encore. J’ai hâte d’avoir le ventre rond et de pouvoir admirer la preuve qu’on a créé une nouvelle vie ensemble.

Maman et papa sont curieux de savoir comment on va l’appeler. Ils aimeraient qu’on envisage des prénoms amérindiens, mais de toi à moi, je veux que notre enfant soit à cent pour cent lui-même. Toutefois, je pense que son prénom devrait avoir une importance pour nous. J’ai regardé la signification de ton prénom, il veut dire Homme de la Terre. Comme tu le sais, Catori signifie Esprit Libre. Quel que soit le prénom que l’on choisira, il devra incarner notre petit rayon de soleil. J’adorerais savoir ce que tu en penses.

Ma mère va bien, malgré la progression de sa maladie. Elle fait davantage de siestes, qui durent plus longtemps. Les soigneurs nous disent que son corps obtient ainsi le repos dont il a besoin pour combattre le cancer. Parfois, j’aimerais qu’elle envisage de suivre un traitement occidental, mais on m’a dit que cela la rendrait très malade et que sa qualité de vie diminuerait. Elle ne vivrait pas beaucoup plus longtemps, par ailleurs. Je suis triste de ne rien pouvoir faire pour l’aider. Cela dit, l’arrivée du bébé lui a donné une énergie nouvelle. Elle fredonne à longueur de journée les berceuses qu’elle me chantait quand j’étais petite, et elle s’est mise à tisser des couvertures à la main. Je crois qu’avoir un petit-enfant à l’horizon est un cadeau merveilleux. Cela nous offrira peut-être davantage de temps avec elle, et je prie pour que ce soit le cas. Surtout pour le bébé. Je veux qu’il connaisse sa kaku et son toko. Sa grand-mère et son grand-père, en comanche. Comment s’appelaient tes parents ? Je réalise seulement maintenant que je ne sais même pas cela, que je ne sais rien de ta famille.

Tu me manques, Adam. Je ne pensais pas que tu me manquerais autant. Quand j’ai commencé mon voyage il y a presque deux ans, je n’imaginais pas que je trouverais l’amour de ma vie, que je me marierais et que je tomberais enceinte. Il est clair que le Créateur agit de façon mystérieuse. Je le remercierai de nouveau dans mes prières, ce soir. Je le remercierai pour ton amour et lui demanderai de te protéger.

Je joins à cette lettre un peu de la terre où je me tiens en pensant à toi.

Jusqu’à ton prochain appel ou ta prochaine lettre, je t’aime, mon superbe mari.

Ta femme,

Catori

Je m’approche de la commode où je prends mon parfum que je vaporise dans l’air avant d’y agiter ma lettre, en espérant que ses fragances lui parviendront à l’autre bout du monde. Je plie le papier en trois et je sors de la maison. Au bout de dix minutes, je trouve un petit caillou rouge, plat et fin, tout lisse, qui fait la taille d’une pièce. Je le caresse et le porte à ma bouche avant de chuchoter une prière.

S’il te plaît, protège mon mari jusqu’à ce qu’il revienne auprès de moi et de mon bébé.

Je prends la lettre et le caillou et les glisse dans l’enveloppe, que j’adresse à mon mari en Allemagne.

– Pia ! Je dois aller à la poste pour envoyer une lettre à mon mari. Tu veux venir en ville avec moi ? je demande en tenant la lettre contre mon cœur tout en entrant dans la maison.

Ma mère a toujours envie d’aller en ville, mais elle ne sait pas conduire et n’a aucune envie d’apprendre. Mon père travaille quelque part sur la réserve, ça ne le dérangera pas qu’on prenne son pick-up. Peut-être qu’on pourra s’acheter une glace. Mon ventre gargouille aussitôt et j’éclate de rire en posant ma main dessus.

– Ton ahpu va être tellement content de recevoir notre lettre ! je m’exclame alors que ma mère sort de sa chambre, vêtue d’un poncho.

Les franges du vêtement s’agitent quand elle saisit son sac à main, tout excitée.

– Je suis toujours partante pour une balade en ville, peta, dit-elle d’un ton joyeux.

Je souris jusqu’aux oreilles en saisissant un des sweats à capuche d’Adam pour l’enfiler. Il m’arrive à mi-cuisse, mais je m’en fiche. Je me sens emmitouflée, par lui, par ses mots et son amour. Rien ne peut gâcher ça.

– Allons-y. Le bébé veut une glace, lui aussi !

Ma mère me sourit en écarquillant les yeux.

– Tu dois donner à ta fille tout ce qu’elle désire.

– Maman, tu ne sais pas si c’est une fille. Il est trop tôt pour le savoir, je gronde. Ne te fais pas de faux espoirs. Nous prendrons qui le Créateur choisira de nous offrir.

– Et le Créateur a choisi une fille, ricane ma mère.

Je soupire et secoue la tête.

– On verra, je grommelle.

– C’est tout vu, rétorque-t-elle d’un ton enjoué.

Quatre mois ont passé depuis la dernière fois que j’ai vu mon mari. Quatre mois depuis que mes lèvres ont touché les siennes. Quatre mois depuis que nous avons fait l’amour au bord des falaises. Je regarde au loin, vers l’horizon ensoleillé, et tiens sa dernière lettre contre mon cœur. Ça fait trois semaines que je n’ai pas eu de ses nouvelles. Trois longues semaines de silence. Une semaine sans un appel, j’ai supposé qu’il était trop occupé. Une deuxième semaine sans nouvelles, j’ai commencé à craindre qu’un drame se soit produit. Au bout de la troisième semaine, j’étais persuadée qu’il était mort. Comment peut-il laisser passer trois semaines sans contacter sa femme ? Sa femme enceinte de six mois !

Le bébé me met un coup de pied et j’inspire brusquement. Si ma mère a raison et que c’est une fille, je suis sûre qu’elle ressent ma peur. Elle est plus active que jamais, depuis trois semaines, comme si elle voulait me rappeler que la vie continue. Qu’Adam est encore avec nous et qu’il rentrera un jour à la maison.

Hier soir, j’ai rêvé qu’il mourait au combat. Je ne sais même pas ce qui se passe en Europe. Tout ce que je sais, c’est que mon imagination est effrayante.

Mais, aujourd’hui, mon père m’a donné une lettre.

Je me suis effondrée. J’ai pleuré dans ses bras, libérant toute ma peur, la confiant à mon père pour la remplacer par l’espoir et la joie apportés par la lettre. Savoir qu’elle me vient de mon mari suffit à apaiser mon esprit torturé. Cela fait trois semaines que je suis ravagée par la peur. Découvrir son écriture sur l’enveloppe est déjà merveilleux et je retiens mon souffle en y lisant mon nom écrit de sa main. Cela n’a rien de spécial, mais c’est le premier signe que mon mari est en vie, et cela suffit à en faire un objet sacré.

J’étais si chamboulée que j’ai pris un plaid, une bouteille d’eau, mon papier à lettres et le courrier de mon mari, et je suis partie m’installer sur les falaises. J’ai eu besoin d’être dans notre endroit à nous pour lire ses mots.

Le soleil réchauffe mon visage tandis que j’ouvre délicatement l’enveloppe. Son parfum chatouille mon nez et je fonds en larmes, peinant à respirer. Je suis si soulagée de sentir son odeur apaisante qu’il me faut plusieurs minutes pour me ressaisir.

Une fois que j’ai pris le dessus sur mes émotions, j’ouvre la lettre, qui contient cette fois une jolie fleur bordeaux et crème, avec cinq pétales et un cœur jaune foncé qui devait avoir la couleur du soleil avant qu’elle ne soit pressée et séchée. Je la porte à mon nez, mais ne discerne pas de parfum. Je la pose sur mon énorme ventre rebondi.

Ma superbe femme,

J’imagine que tu es triste. Je sais que je ne t’ai ni appelée ni écrit depuis plusieurs semaines, et j’en suis sincèrement désolée, ma chérie. Parfois, mon travail me plonge dans des situations imprévisibles et je suis coupé du monde pendant de longues périodes. T’envoyer cette lettre n’a d’ailleurs pas été facile. Je suis certain que tu t’es inquiétée, et j’aimerais pouvoir te promettre que ça ne se reproduira plus, mais je ne le peux pas.

Mon métier est dangereux, Catori. Je ne veux pas te faire peur, car c’est tout le contraire. J’ai été entraîné, éduqué, approuvé par tous les corps de l’armée avant de me voir attribuer ce rôle. Après dix ans d’entraînement, d’études et d’action, je suis le seul à avoir ces compétences. L’échec n’est pas une option, et je n’en ai jamais fait l’expérience.

Je te dis cela pour que tu comprennes que, la plupart du temps, je ne cours aucun danger. Mes frères d’armes me protègent, des hommes compétents que j’ai entraînés moi-même. J’ai ton amour dans mon cœur. Rien ne m’empêchera de revenir auprès de toi et de notre enfant. Souviens-t’en toujours, mon amour.

Comment vont mes deux amours ? Quand j’aurai le temps, je lirai mon livre sur la grossesse pour savoir où en est le bébé et quels changements tu as vécus. J’adorerais avoir une autre photo de toi. Tous les soirs, je regarde celles de notre mariage et de la première échographie avant de m’endormir, en espérant rêver de toi.

J’ai une bonne nouvelle : il est désormais certain que je rentre dans deux mois. J’ai hâte de te tenir, de t’embrasser et de te faire l’amour. Ce petit soupir qui t’échappe quand je t’embrasse me manque, comme plonger mes doigts dans tes longs cheveux soyeux, la douceur de ta peau, ou encore ton sourire quand tu me regardes.

Je t’aime tellement que c’en est parfois douloureux de penser à toi et au bébé, mais je ne cesserai jamais. C’est vous qui renforcez mon engagement auprès de l’armée. Ta sécurité et celle du bébé sont ma seule priorité, et c’est ma vocation. Je continuerai à les garantir du mieux que je peux.

La semaine prochaine, je devrais être en France et je pourrai t’appeler et t’écrire plus souvent. Ne m’oublie pas, mon amour. Jamais.

Je t’envoie une petite fleur qu’on appelle communément French

2

Kiss , parce que je pense à t’embrasser langoureusement tous les jours.

Languis-toi de moi.

Ton mari,

Adam

Je laisse les mots de mon mari pénétrer mon esprit et apaiser les derniers vestiges de ma peur. Il va bien. Sa mission l’a empêché de me contacter, mais il travaille aux côtés d’hommes bons et expérimentés. Quoi que je pense de son travail, l’armée est sa vocation. Il est né pour faire ça. Tout chez lui respire l’honneur, la loyauté, la compassion et le dévouement. Je sais, intimement, qu’il fera tout pour me revenir. Et en tant que femme, je dois me forcer à le croire et à m’en convaincre. Sinon, je serai ravagée par l’angoisse et ça n’aidera pas notre mariage. Ainsi, assise sur les falaises avec une vue sur la vallée et les montagnes, je décide que je n’aurai plus que des pensées positives. Je m’interdirai désormais de réfléchir aux risques de son métier. Toutes les femmes ou les maris de soldats s’inquiètent pour leur partenaire. C’est naturel. Mais je ne peux pas laisser mes peurs me contrôler. Ces trois dernières semaines ont été douloureuses et minées par les larmes et les doutes. Je ne peux pas vivre et élever notre enfant ainsi.

Déterminée et encouragée par notre amour, je sors mon papier à lettres ainsi qu’un carnet à la couverture rigide afin de rédiger ma réponse à mon mari.

Mon très cher mari,

Je suis tellement soulagée d’avoir de tes nouvelles. Je dois admettre que j’ai eu très peur. Il m’est difficile de ne pas savoir où tu es ni quand tu vas me contacter. Savoir que tu es en sécurité m’apporte le sentiment de paix dont j’avais besoin. Je suis désolée que ta mission soit compliquée, et je comprends mieux mon devoir de partenaire d’un soldat. Merci d’avoir clarifié la situation. Je continuerai d’espérer un appel ou une lettre de toi, mais je prendrai soin de ne pas les attendre de pied ferme toutes les semaines. Ce sera difficile, au début, car j’ai été gâtée d’entendre ta voix et de lire tes lettres régulièrement, mais je suis forte. Je suis capable de supporter ces silences et de me concentrer sur la joie que sera ton retour.

Je suis très excitée à propos du bébé. J’en suis à six mois, maintenant. Le bébé fait la taille d’un épi de maïs, ce qui amuse beaucoup mon père. Ma mère reste convaincue que nous allons avoir une fille. Pour être honnête, je le pense aussi ; l’énergie que dégage le bébé me semble féminine.

Après tout le bien que tu m’as dit de tes parents, Evelyn et Frank, je pense qu’il faudrait qu’on les inclue dans l’histoire du bébé, d’une façon ou d’une autre. Le prénom Evelyn signifie « oiseau sublime », il est d’origine anglaise, ce qui fait partie de ton héritage. Que dirais-tu d’y faire référence dans le prénom du bébé ? Peut-être Evie ? C’est le diminutif d’Eve, et tu t’appelles Adam ; j’aime l’idée d’un prénom biblique. Et j’aime beaucoup « Evie » pour une fille. Frank signifie « libre », mais je ne me vois pas appeler mon fils « Frank ». Peut-être Franklin, ou même Adam, comme mon superbe mari ?

Tu me manques chaque jour un peu plus. Mon ventre est énorme, et notre bébé semble jouer au foot contre mes côtes et ma vessie. J’ai faim tout le temps, et je ne suis jamais rassasiée du fry bread de mon père ou des cookies de ma mère. Peut-être son penchant pour le sucre est-il un autre signe que c’est une fille ? Cela dit, tu aimes les sucreries, toi aussi. Je me souviens de cette fois où tu as mangé tout le paquet de cookies quand on traversait le Delaware, le New Jersey et la Virginie. Et c’est sans parler de ton addiction au chocolat ! Ne crois pas que je ne l’ai pas remarquée. Je te préparerai des gourmandises, à ton retour.

Bientôt, mon amour. Nous serons bientôt réunis. Regarde les étoiles et tu m’y trouveras… je t’attends.

Je t’aime jusqu’à la lune, les étoiles, et au-delà.

Ta femme,

Catori

Je plie la lettre en soupirant profondément. Je regarde autour de moi et remarque un buisson dont les fleurs jaunes viennent d’éclore.

Je les connais bien ; on les appelle 3 Sand Blazing Stars . Je souris et j’en cueille une pour la rapporter chez mes parents. Je la presserai dans un livre durant la nuit et l’enverrai à Adam avec ma lettre. Ce sera la première fois que je lui envoie une fleur, elle symbolise parfaitement le désir que j’éprouve constamment pour lui.

 

1. Amour dans la brume.

2. Hellébore ou rose de Noël.

3. Étoile brûlante du désert, ou Mentzelia Involucrata.

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