THE Wish T4 -Catori
Chapitre 26
Quand j’emprunte l’escalator qui descend vers la zone des bagages de l’aéroport de Chicago, j’aperçois Ian qui m’attend. Je regarde son beau visage, les yeux pétillants que je vois sur ma fille tous les jours, et je fonds en larmes. Lorsque j’arrive en bas, il m’attire à lui et nous restons là, au milieu de l’aéroport, à pleurer dans les bras l’un de l’autre, comme des amants éperdus d’amour. C’est sans doute ce que pensent les autres voyageurs, d’ailleurs. Et d’une certaine façon, ils ont raison. Nous avons été amants, et nous nous retrouvons enfin. Mais ce moment est plus beau encore.
Ian recule et prend mon visage dans ses mains.
– Tu es venue.
– Je suis venue, je réponds en souriant jusqu’aux oreilles.
– Et tu me donnes tout ce dont j’ai toujours rêvé, dit-il d’une voix lourde d’émotion.
– Tu as fait la même chose pour moi.
Je n’ai pas besoin d’en dire plus, car il le sait. Il m’a donné Suda Kaye, ma petite sauvageonne, mon petit oiseau qui remplit mon quotidien de joie. Elle équilibre notre jolie famille. Deux aventurières aux cœurs libres et deux cœurs loyaux et responsables.
Les mains de Ian tremblent quand il les tend vers mon énorme ventre.
– Je peux ?
– Bien sûr. C’est ton enfant, j’acquiesce.
– Isabeau, chuchote-t-il en m’effleurant à peine.
– Il faut la réveiller. Appuie plus fort, ici, je dis en pressant ses mains à l’endroit où sont ses pieds.
Elle n’a pas cessé de bouger pendant tout le vol. Elle aime que je bouge. Dès que je m’arrête, elle se met à faire sa gymnastique.
Ian appuie ses mains à l’endroit que je lui ai indiqué.
– C’est dur. Je la sens.
– Appuie plusieurs fois, comme si tu la bousculais un peu, je dis, sachant déjà de ce qui va se passer.
Elle répond aussitôt par des coups de pied.
– Mon Dieu !
J’éclate de rire.
– Où est Casey ? À la maison ? je demande alors que Ian continue de jouer avec sa fille.
– Non, il fait le tour de l’aéroport. Il ne voulait pas se garer parce qu’il veut te ramener à la maison le plus vite possible, répond-il, émerveillé par la réaction de sa fille.
– On ne devrait pas aller chercher ma valise et retrouver ton mari ? je demande d’un ton moqueur.
Il secoue la tête et cligne des yeux, comme s’il se réveillait d’un rêve.
– Mince, oui, pardon, allons chercher tes bagages.
Il saisit ma main et m’emmène vers le tapis roulant où mon énorme valise est déjà arrivée. Quand on sort de l’aéroport, Casey s’arrête à peine dix secondes plus tard. Il sort de la voiture et me prend dans ses bras.
– Je n’étais pas sûr que tu viendrais, dit-il. On a l’habitude d’être déçus.
Je ris et pose une main sur sa joue, l’autre sur son épaule.
– Pas cette fois, Casey.
Il regarde mon ventre et pousse un cri qu’il étouffe avec ses mains. J’en saisis une et la pose sur mon ventre. Ayant été réveillée par Ian, Isabeau est encore occupée à faire des saltos. Casey écarquille les yeux qui se remplissent de larmes.
– Allez viens, ramenons Catori et notre fille à la maison pour qu’elles puissent se reposer, dit Ian en saisissant la main de son mari pour l’emmener du côté passager.
Casey se laisse faire et s’installe, sans cligner des yeux.
Ian sourit en m’ouvrant la portière arrière.
– Il est sous le choc, dit-il.
– Je vois ça.
– Allez monte, ma belle. Rentrons à la maison. On a hâte de te montrer la chambre du bébé !
On s’insère dans la circulation en direction de chez eux, en banlieue de Chicago.
– Pour Isabeau, on a refait toute la chambre. On a tout repeint, changé tous les meubles et le reste, explique Ian.
Casey se tourne sur son siège pour me regarder.
– Elle méritait une chambre qui ne soit que pour elle, pas celle d’un bébé qui n’était pas destiné à être le nôtre.
Un bébé qui n’était pas destiné à être le nôtre.
C’est précisément ainsi que je dois continuer de voir la situation.
Je caresse mon ventre alors qu’Isabeau continue ses exercices.
– Je suis certaine que ça a été très cathartique pour vous deux.
– Oui, acquiesce Casey. C’était doux-amer, en fait.
– J’imagine, oui. Mais maintenant, vous pouvez vous concentrer sur votre fille.
– Exactement ! dit Ian d’un ton joyeux. On a déjà pris rendez-vous avec l’obstétricien pour la fin de la semaine. Et on a pensé que ça pourrait être sympa de sortir tous les trois pour faire du shopping pour le bébé.
Je me mords la lèvre et regarde par la fenêtre.
– Peut-être, je réponds mollement.
On ne peut pas faire du shopping en famille pour Isabeau. J’ai beau tenir à ces hommes et j’ai beau aimer ma fille, je dois garder les pieds sur terre. Je dois me protéger. Si je ne conserve pas une certaine distance entre moi et ce que ferait une mère normale, je ne survivrai pas. Je ne me souviens que trop bien de l’état dans lequel j’étais à la naissance d’Evie et je suis déterminée à ne plus jamais sombrer comme ça. La naissance d’Isabeau est un événement joyeux, et je suis ici pour accoucher du bébé et aider ses pères à trouver leur place. Mais elle a beau être ma fille, je ne serai pas sa mère. Je vais la mettre au monde, mais ce sont eux qui vont lui donner sa vie.
Je préfère changer de sujet.
– Il faut que j’appelle Adam en arrivant. Il s’inquiétait que je voyage enceinte et il veut savoir qu’on va bien.
Ian contracte sa mâchoire et hoche la tête, l’ambiance refroidit dans la voiture. Je resserre mon gilet sur ma poitrine et frotte mes bras, saisie de doutes et d’incertitudes.
J’ai besoin d’Adam.
Lorsqu’on arrive, je demande aussitôt aux mecs où je peux appeler Adam. Casey m’emmène dans leur chambre et désigne le téléphone sur la table de chevet.
– Prends ton temps. On sera dans la cuisine. On te prépare un déca, ça te dit ?
– Super, merci.
Il saisit soudain mes mains dans les siennes.
– Je te promets que tout va bien se passer. On va aborder cette transition ensemble. Jour après jour. On est ensemble et on a le même objectif.
Ma poitrine se resserre devant la gentillesse de cet homme.
– Merci, Casey. Je fais vite.
Il soupire et sort de la chambre en refermant la porte derrière lui. Je me précipite sur le lit et compose le numéro que je connais par cœur. Je n’attends même pas qu’il dise « allô » pour parler.
– Adam ?
– Je suis là. Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-il aussitôt, d’un ton ferme et protecteur.
Je presse le téléphone contre mon oreille et pose mon autre main sur mon ventre.
– C’est dur d’être ici. De parler du bébé. Ils sont tellement excités…
– Et ils ont raison de l’être. Leur rêve devient réalité. Grâce à toi. Grâce à ta générosité.
Je renifle.
– Ils veulent qu’on aille faire du shopping pour le bébé, je chuchote, au bord des larmes.
– Tu adores faire les magasins…
– Mais je s… suis p… pas sa m… mère, je bégaie, me sentant coupable et honteuse.
– Chérie, bien sûr que tu es sa mère. C’est juste que tu ne seras pas son parent. Qu’est-ce que tu dis de ça : chaque fois que tu fais quelque chose pour Isabeau, fais quelque chose pour nos filles. Si les mecs t’emmènent faire du shopping, achète des vêtements pour Evie et Suda Kaye. Elles seraient ravies que tu leur envoies des cadeaux pendant que tu n’es pas là.
C’est vrai que mes filles adoreraient recevoir des colis de leur pia.
– C’est une bonne idée.
– Et, bien sûr, je ne dirais pas non à de nouveaux vêtements, moi non plus, ajoute-t-il d’un ton enjoué.
Sa gaité me met du baume au cœur et soulage la tension dans ma poitrine. Je suis de loin la femme la plus chanceuse de la terre.
– Mon âme est à toi, Adam.
– Je sais, chérie. Et je ne te la rendrai jamais. Jamais.
Les larmes coulent sur mes joues, mais je prends une profonde inspiration et les essuie. Je me sens déjà plus légère.
– Maintenant, tu peux me rendre un service ? demande-t-il.
– Tout ce que tu veux.
– Fais gaffe ! Imagine toutes les cochonneries que je pourrais te demander de faire… ricane-t-il, me faisant éclater de rire.
– Adam… je gronde d’un ton enjoué. Quel service ?
– Prends ce temps pour toi. Avec Ian, Casey et Isabeau. Profites-en. C’est ta seule chance d’être avec elle. Avec eux. C’est comme quand tu voyages et qu’on est ensemble pour moins de temps qu’on l’aimerait. On doit en profiter au maximum. De chaque instant. N’est-ce pas ?
– Oui, on ne perd pas une minute, j’acquiesce.
– Alors, ne perds pas de temps à être triste. Garde ça pour ton retour à la maison, quand je pourrai prendre soin de toi. Prends ce temps pour ce qu’il est.
– Le temps de leur donner un enfant.
– Le temps de leur donner leur enfant. Ce n’est pas le nôtre. C’est le leur. C’est un cadeau, et tu ne pourras jamais le reprendre. Alors, assure-toi que quand tu leur offriras, tu le feras librement et sans regrets. Achète des vêtements de bébé. Tu vas t’amuser, tu le sais. Tu as adoré faire ça pour nos filles. Sois excitée à l’idée de la mettre au monde pour deux hommes que tu adores. C’est une tâche noble, Catori. Savoure l’instant. Savoure leur bonheur, la joie dans leurs yeux ; c’est ce qui t’aidera à tenir quand tu rentreras à la maison avec le cœur brisé.
Je ferme les yeux, parfaitement consciente de ce que me réserve l’avenir. Des jours sombres m’attendent, mais je sais qu’aux côtés d’Adam, d’Evie, de Suda Kaye et de ma famille, il y aura aussi des journées remplies d’amour et de bonheur.
– Je vais en profiter. Merci d’être toi. Merci de me connaître si bien et de m’aimer malgré tout.
– Catori, il y a tant à aimer chez toi que je n’en arriverai jamais à bout. Mais je continuerai d’essayer. Pour toujours, ma chérie. Je t’aime.
– Je t’aime, et j’ai hâte de te voir quand je rentrerai.
– Moi aussi. Tu te sens mieux ?
– Toujours, quand je te parle.
– Tant mieux. Dans ce cas, j’ai fait mon devoir. Maintenant, va créer de beaux souvenirs avec les mecs et leur fille.
– Promis. Merci.
– Appelle-moi quand tu as besoin. J’attends avec impatience ta prochaine lettre pour découvrir tous les beaux moments qu’ils te font vivre.
– Ok. Je t’aime. Bye, Adam.
Je raccroche et regarde autour de moi.
La chambre est joliment meublée, avec une tête de lit, des tables de chevet et des commodes faites du même bois. La couette est bleu marine, en parfait accord avec les murs gris pâle. Sur la commode, une photo montre Ian et Casey en costume, le jour de leur mariage. Je souris en voyant leurs visages joyeux. À côté, un autre cadre renferme le cliché de ma dernière échographie, il y a un mois. Je parie qu’ils regardent cette photo tous les jours, depuis que je la leur ai envoyée. J’effleure la photo et pose ma main à l’endroit où je sens la tête d’Isabeau, dans mon ventre.
– Tu es prête à passer du temps avec tes papas, kasaraibo ?
Je l’appelle « ange », en comanche. Parce qu’elle en est un. Un parfait petit ange qui apportera joie et bonheur à deux hommes qui le méritent amplement.
Elle me met un gros coup de pied, comme souvent lorsque je ne bouge pas assez pour la bercer et l’endormir.
Lorsque j’ouvre la porte, Casey et Ian sont dans le couloir, appuyés contre le mur, l’air paniqués. Ian lève aussitôt les mains en signe de capitulation.
– Si on a dit quoi que ce soit ou fait quelque chose qu’il ne fallait pas, on est désolés. Ne pars pas, s’il te plaît, me supplie-t-il.
Je baisse la tête, attristée qu’ils soient aussi angoissés.
– Je ne pars pas, j’avais juste besoin de parler à Adam. Il m’aide à y voir plus clair. Il m’offre un point de vue différent. Je… J’ai eu peur à l’idée de faire les magasins pour le bébé, et de faire tout ce que font les mamans normales pour préparer l’arrivée de leur enfant. Parce qu’elle n’est pas à moi. Jusqu’à maintenant, j’ai fait de mon mieux pour ne pas perdre ça de vue.
– On n’est pas obligés de faire du shopping, déclare aussitôt Ian.
Je soupire et m’appuie également contre le mur.
– Ce n’est pas le shopping… J’ai envie d’y aller. Mais pendant que vous pensez à votre fille, je penserai aux miennes, chez moi.
– Quoi que tu veuilles faire, Catori, on te soutiendra. On ne sait pas mieux que toi comment aborder cette situation. On avance tous les trois à tâtons. Le fait que tu sois là rend tout ça bien réel et on déborde de joie, mais aussi de peur. On a peur que tu changes d’avis, explique Casey.
– Je ne ferai jamais ça… vous devez me croire.
Ian prend son mari par la taille.
– On a trop souffert par le passé. En fait, quand j’y pense, on a tous peur de la même chose. On a tous peur d’être trop proches d’Isabeau, parce que quand elle arrivera, l’un de nous va devoir lui dire au revoir.
– Et cette personne, c’est moi ! je déclare d’un ton ferme et déterminé. Je suis prête à faire ce sacrifice. Je savais dans quoi je m’embarquais.
– Catori, je sais combien cette décision est difficile à prendre. Rappelle-toi que j’ai dû aussi la prendre, dit Ian.
Il n’a pas besoin de me le rappeler ; j’y pense tous les jours. Et cela signifie qu’il sait mieux que quiconque ce que je traverse.
– Dans ce cas, tu comprends qu’il va y avoir des hauts et des bas. Mais je vous promets que le résultat sera le même. Isabeau est votre fille. Vous êtes ses parents. Je vais la mettre au monde, mais c’est vous qui allez l’élever.
Ils hochent la tête d’un air solennel.
– Je peux voir sa chambre ? J’aimerais savoir où notre fille va dormir.
Ian prend la main de son mari et ouvre la porte la plus proche de leur chambre.
J’entre et me couvre la bouche, émerveillée. Les murs sont rose pâle. Il y a un berceau d’un côté de la pièce et un lit simple avec une tête de lit en fer forgé blanc de l’autre côté. Le lit à barreaux est décoré d’un tour de lit rose avec des motifs de cupcakes et de bonbons, assorti à la couverture.
– Tu nous as dit qu’elle était gourmande, donc on a décidé d’en faire le thème de sa chambre, dit Casey en désignant les différents objets déco de la chambre.
Au-dessus de la commode, des cadres avec des dessins de gâteaux et de bonbons ont été accrochés au mur. Mais la chose que je préfère, ce sont les lettres en bois jaune qui sont fixées au mur au-dessus du berceau, en forme d’arc-en-ciel.
I-S-A-B-E-A-U
J’effleure chaque lettre du bout du doigt et me sens apaisée en voyant son prénom. Ces hommes sont déjà entièrement dévoués à ce bébé. Ils feront tout pour la rendre heureuse.
– C’est magnifique, les mecs. Vraiment.
Je balaie la pièce des yeux et pose mes mains sur mon ventre.
– Tu es chez toi, mon sucre d’orge, je chuchote en souriant.
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