THE Wish T4 -Catori

Audrey Carlan · Chapitre 25 sur 32

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THE Wish T4 -Catori

Chapitre 23

 

 

Durant les deux années suivantes, je trouve mon rythme et ma place en tant que mère de deux enfants. Adam arrive à rentrer régulièrement, s’absentant pour deux mois, revenant deux semaines ou parfois même un mois. J’ai l’impression qu’il est présent plus qu’il n’est absent. Et lorsqu’il n’est pas là, nous nous parlons tous les jours, lorsqu’il se couche et que je commence ma journée. On s’écrit également toutes les semaines et je lui confie dans mes lettres tous les hauts et les bas que je traverse. Il parle aux filles autant que possible, et je suis rarement sans nouvelles de lui. Une fois, il reste silencieux pendant un mois, mais il m’avait prévenue qu’il serait hors réseau : c’est son code secret pour dire qu’il ne peut pas en parler, qu’il ne pourra pas me joindre et que je ne dois pas m’inquiéter tant qu’il n’y a pas de raison de m’inquiéter.

Surtout, nous trouvons un moyen de faire fonctionner notre petite famille.

Les filles sont heureuses et nous venons de fêter les quatre ans d’Evie et les deux ans de Suda Kaye. Adam doit rentrer dans quinze jours et j’ai hâte, parce qu’on part camper pour la première fois en famille ! La semaine qu’Adam et moi avons passée dans les Blue Ridge Mountains était inoubliable, et je veux offrir cette expérience à nos filles.

Le téléphone sonne alors que je suis en train de plier le linge, séparant les vêtements d’Evie de ceux de Suda Kaye.

– Taabe, tu peux attraper le téléphone ?

– Oui, maman.

Elle a décidé de m’appeler maman plutôt que pia. Je sais que ça agace mon père, mais après tout, mes filles sont à moitié caucasiennes. Je ne vais pas me disputer à propos de la langue qu’elles choisissent pour s’adresser à moi.

– Allô ?

Je coince le téléphone entre ma joue et mon épaule tandis que je plie le jean de Suda Kaye. Même propres, ses vêtements paraissent toujours sales. Elle vit à fond et elle est constamment en train de courir d’un endroit à un autre.

– Catori ? dit une voix d’homme que je n’ai pas entendue depuis deux ans.

– Ian ? C’est toi ?

– Euh… ouais, salut.

Mon cœur se met à battre la chamade et je panique en me demandant les raisons de son appel.

– Je, euh… je suis surprise que tu m’appelles. Est-ce que ça va ?

Il se racle la gorge.

– Non, ça ne va pas. Ça n’ira plus jamais. Pour la deuxième fois de ma vie, j’ai perdu un enfant, dit-il avant de fondre en larmes.

Mon Dieu. Il a perdu un enfant. Encore ?

– Ian, chéri, je ne comprends pas ce que tu dis. Attends une seconde.

Je plaque le téléphone contre ma poitrine et marche jusqu’à la télé pour l’allumer.

– Evie, chérie, assieds-toi et regarde des dessins animés avec ta sœur. Ne la laisse pas aller dehors. Tu sais ce qui se passe quand elle sort.

– Sœurette court vite, répond Evie en souriant.

– Exactement. Sœurette a besoin de voler comme un oiseau. Tu peux la surveiller pendant que je réponds à cet appel ?

– Je m’occupe de sœurette, déclare Evie, toute fière.

– Tu es la meilleure, je réponds en me baissant pour l’embrasser sur le nez.

– Viens, Suda Kaye, on va regarder des dessins animés. Tu adores ça.

Suda Kaye lève les mains en l’air et crie « Amimés ! » avant de se précipiter sur le canapé où sa sœur l’aide à s’asseoir.

– Merci, Taabe. Huutsuu, sois un gentil petit oiseau pour maman. Ne t’envole pas !

– Je vole ! s’exclame-t-elle en frappant dans ses mains, tout sourires.

Cette fille ne tient pas en place. Toutefois, en général, elle parvient à rester assise pendant trente bonnes minutes, devant des dessins animés. Et Evie est si responsable et mature qu’elle ne laissera rien arriver à sa sœur.

Je pars dans ma chambre et m’assois sur le lit.

– Ian, ok. Désolée. Maintenant ralentis et explique-moi ce qui se passe.

Il renifle et tousse, incapable de parler.

– Inspire quatre secondes, puis expire quatre secondes, Ian.

Je l’entends le faire et, au bout d’une minute, il se racle la gorge.

– Ok, ça va mieux.

– Bien. Reprends au début, s’il te plaît.

– Ben, pour commencer, je me suis marié l’an dernier, dit-il en riant sèchement.

– Félicitations !

– Ouais, Casey est génial. C’est un architecte. Après toi et la catastrophe qu’a été Tawny, je me suis juré de ne plus jamais sortir avec une femme.

– Apparemment, c’était la bonne décision.

– Oui. Casey est incroyable. C’est la plus belle personne que je connaisse et je l’aime de tout mon cœur.

– C’est super. Tu vois, je savais que tu trouverais la bonne personne, je réponds en frottant mes mains moites sur mes cuisses, essayant de paraître cool alors que je suis morte de trouille de savoir pourquoi il m’appelle.

– Oui, et on est super-heureux. Tellement, qu’on a eu envie de fonder une famille. Peu de temps après notre mariage, Casey m’a dit qu’il voulait un bébé. Il est plus vieux que moi, il a la trentaine passée.

– D’accord…

Mon cœur s’emporte. S’ils veulent un enfant, Ian a sans doute parlé à son mari de Suda Kaye, et peut-être qu’ils veulent trouver un moyen de la voir…

– On s’est mis d’accord pour trouver une mère porteuse qui utiliserait un de ses ovocytes, et un donneur de sperme. Et on a trouvé la femme parfaite. En tout cas, c’est ce qu’on croyait, dit-il d’une voix rauque.

– Chéri… je chuchote.

– Elle est tombée enceinte du premier coup. On était fous de joie. On a commencé à préparer la chambre et on a organisé une baby shower pour que tous nos amis fêtent ça avec nous. On était tellement heureux de devenir pères, de fonder une famille. Catori, tu sais que c’est tout ce dont j’ai toujours rêvé. Et c’était à portée de main.

– Je sais Ian, je comprends.

– La semaine dernière, elle a eu le bébé. Un garçon. Il devait être notre fils.

– Est-ce qu’il est arrivé quelque chose au bébé ? je demande, horrifiée que l’enfant n’ait pas survécu.

– Non. Elle a changé d’avis. Comme c’était son œuf, son enfant biologique, elle a dit qu’elle le gardait.

– Non ! Elle ne peut pas faire ça ! Vous n’aviez pas un contrat ?

– Si, bien sûr. Mais notre situation est différente parce qu’on a utilisé l’ovocyte de la mère porteuse. Techniquement, c’est son enfant, donc elle a plus de droits que nous. Ce n’est même pas notre sperme. Elle a menacé de nous traîner en justice. On a déjà perdu vingt mille dollars. Si on allait au tribunal, on n’aurait plus la moindre épargne et nos chances de gagner sont hyper-minces. Notre avocat nous a dit que les juges ont tendance à se ranger du côté du parent biologique.

– Ian, je suis vraiment désolée que ça vous soit arrivé. C’est impensable. Si je peux faire quoi que ce soit, n’hésite pas à…

– Justement. Tu vois, avec tout ça, j’ai parlé à Casey de Suda Kaye.

– Ian, non… je réponds d’une voix rauque, paniquée qu’il soit sur le point de me demander la garde de Suda Kaye.

– Tu as une dette envers moi.

Je ferme les yeux.

Tu as une dette envers moi.

Ses paroles me hanteront durant le reste de ma vie, parce qu’il a raison. J’ai une dette envers lui.

– Qu’est-ce que tu veux, Ian ?

Il fond en sanglots et j’entends alors une autre voix d’homme.

– Ian, tout va bien se passer. On va trouver un moyen d’avoir une famille.

– J’ai déjà abandonné une fille, et maintenant on a perdu notre fils. Je suis maudit ! Tu ne comprends pas, Casey ? Tu as épousé un homme maudit ! hurle-t-il.

Sa voix semble lointaine, comme s’il avait posé le téléphone, mais j’entends néanmoins tout ce qu’il dit.

Maudit.

C’est précisément ainsi que je me suis sentie toute ma vie, sachant que je ne vivrai guère plus longtemps que mon quarantième anniversaire.

– Tu l’as appelée ? Ian ! gronde la voix de Casey.

– Il le fallait. Elle est notre dernier espoir, sanglote Ian.

J’entends un bruissement, comme si le téléphone passait d’une main à une autre.

– Catori ? demande la grosse voix.

– Oui. Casey ?

– Oui, bonjour. Ne fais pas attention à Ian. Il est… anéanti.

– Ça va, ne t’en fais pas. Il a été là pour moi quand j’ai eu besoin de lui. Je suis contente de pouvoir le soutenir à mon tour.

– Je suis vraiment navré qu’il t’ait appelée. Il s’est mis en tête de te demander d’être notre mère porteuse, gratuitement.

– Je te demande pardon ?

Casey soupire longuement.

– Toute cette histoire est très difficile pour lui. Il s’est préparé pour cet enfant alors qu’il avait cédé ses droits paternels à ton mari, il y a deux ans, et ça a rouvert ses plaies. Je l’avais poussé à se concentrer sur ce nouveau bébé, mais… la mère nous a plantés la semaine dernière. Les derniers jours ont été horribles ; c’est le moins qu’on puisse dire.

– Et il voulait me demander quoi ? D’être la mère de votre enfant ? je demande, stupéfaite.

L’idée même d’avoir un troisième enfant est tout simplement absurde.

– Ben non, pas exactement. On s’occuperait de l’enfant et on l’élèverait. Tu n’aurais pas besoin de faire partie de sa vie. On comprend que tu as Evie et Suda Kaye, et ton mari. On a juste besoin d’un ovocyte et d’une mère porteuse pour avoir notre propre enfant. Ian espérait que tu pouvais être cette femme. On a assez d’argent pour financer un don d’ovocyte, mais pas beaucoup plus. On ne peut pas risquer de perdre un autre enfant.

– Ah, euh… waouh. C’est une sacrée demande.

– On sait, on comprend. Et ne t’en fais pas. On n’attend rien de toi. Comme je l’ai dit, Ian est anéanti et il n’est pas lui-même. Il cherche désespérément un moyen de fonder une famille.

Je presse le téléphone contre mon oreille.

– Je comprends ce désir. Honnêtement, je ne sais pas quoi dire. Adam est en mission, et je suis seule avec les filles.

– Catori, ne t’en fais pas. Je m’occupe de Ian. Merci d’être aussi compréhensive. Oublie cet appel. Tu as suffisamment de soucis comme ça.

– Je peux avoir votre adresse ? Je suppose que Ian ne vit plus dans le sous-sol de la vieille dame. J’aimerais lui écrire, une fois que la situation se sera calmée de votre côté.

– Ça lui ferait très plaisir.

Casey me donne leur adresse et je la note sur un ticket de caisse qui traîne sur la table de chevet.

– Prends soin de lui. Et je suis vraiment navrée de ce qui vous arrive. Dis à Ian que je le contacterai bientôt.

– Ça marche. Merci, Catori. Au revoir.

Je raccroche et regagne immédiatement le salon pour m’assurer que les filles vont bien. Suda Kaye tourne la tête et désigne la porte d’entrée.

– Dehors ?

Bien évidemment, elle veut sortir. S’il y a la moindre possibilité d’aventure, ma cadette est toujours prête à la saisir.

– Et si on allait chez toko et kaku pour voir ce qu’ils font ?

– Toko ! Kaku ! s’écrient-elles à l’unisson.

J’ai vraiment besoin de parler à quelqu’un de ce qui vient de se passer.

 

Plus tard, ce soir-là, je suis au téléphone avec Adam.

– C’est horrible, chérie. Il n’a pas dit qu’il voulait la garde de Suda Kaye, si ? demande aussitôt Adam.

– Non, d’ailleurs, c’est plutôt l’inverse.

– Comment ça ?

Je me lèche les lèvres en jetant un œil au babyphone, m’assurant qu’il est allumé et que j’entendrai mes filles se réveiller.

– Ben, ils m’ont plus ou moins demandé d’être leur mère porteuse.

– Attends, quoi ?

– Oui, j’ai été aussi confuse que toi. Mais quand tu y penses, techniquement, j’ai une dette envers lui.

– C’est ce qu’il t’a dit ? gronde-t-il.

– Euh, ben, il était vraiment effondré. Il souffrait beaucoup. Il a dit beaucoup de choses étranges. Puis j’ai parlé à son mari, Casey.

– J’espère que ce Casey a été la voix de la raison ?

– En fait, oui, je réponds en riant. C’est lui qui m’a expliqué que Ian veut que je sois leur mère porteuse.

– Attends, tu envisages sérieusement de le faire ? s’étonne Adam.

– Honnêtement, oui. Il n’était pas obligé de renier Suda Kaye.

– Tu parles ! gronde Adam.

– Chéri, tu sais aussi bien que moi que s’il avait insisté, on aurait dû trouver un moyen de trimballer notre fille d’ici à Chicago. Techniquement, il pourrait encore le demander. S’ils n’arrivent pas à avoir leur propre enfant, ils pourraient se tourner vers nous et demander à voir Suda Kaye. C’est ce que tu veux ?

– Non. Mais est-ce que je veux que ma femme soit enceinte d’un autre homme pour la deuxième fois ? Bien sûr que non !

– En dehors des nausées, j’ai eu deux grossesses sans problèmes.

– Tu envisages vraiment de le faire, grommèle-t-il.

– Chéri, je lui dois bien ça.

– Justement non, Catori, soupire-t-il.

– Si. Dans mon cœur, dans mon âme, je sais que oui.

– Tu en as parlé à tes parents ?

– Oui. Ma mère m’a dit de prier. Elle a dit que le Créateur est le seul à connaître le destin de chacun.

– Et si tu prenais une semaine pour y réfléchir ? Je reviens dans quelques jours. On va camper avec nos filles pour la première fois. On va tellement s’amuser… Attends qu’on rentre, et on en reparlera, d’accord ? Ne prends pas de décision hâtive. C’est une situation compliquée, chérie. Et je ne veux pas que tu sois seule à décider. Je reviens vite, ok ?

– Est-ce que je t’ai dit que je t’aimais, récemment ?

– Pas depuis hier soir, répond Adam en riant.

– Je t’aime, mon époux. Tu me rends heureuse.

– Je t’aime aussi, mon épouse. Et tu me rends heureux, toi aussi.

Je souris jusqu’aux oreilles.

– Les filles se sont endormies facilement ?

– Elles se sont écroulées.

– Bien. Maintenant dors, chérie. Je serai bientôt là.

– Ok. Bonne nuit.

Je repose le téléphone sur sa base, j’éteins la lumière, je m’assure que les filles ne font pas de bruit et je ferme les yeux.

Ian se tient à côté du lit. Ses longs cheveux sont désormais coupés court.

– Ian ? je dis en lui tenant la main.

– Tu dois pousser, Catori. Ce sera bientôt fini. Tu peux le faire, ma chérie.

Il serre plus fort ma main et sourit à quelqu’un, de l’autre côté du lit. Le visage est flou, mais je vois un homme aux cheveux flamboyants et à la peau très pâle.

Je pousse et pousse encore, et des gouttes de sueur coulent le long de mes joues et de mon dos. Soudain, comme par magie, le docteur me tend une petite fille toute propre, emmitouflée dans une couverture.

Il me la tend et me dit : « Le don du Créateur ».

Je prends le bébé et découvre son regard intelligent, couleur émeraude. Sa peau est blanche comme la porcelaine et son visage angélique. Quant à ses cheveux, ils sont couleur feu, comme ceux de l’autre homme.

– Notre fille, chuchote Ian en prenant le bébé et en faisant le tour du lit pour retrouver l’autre homme. Notre petite fille. Le cadeau de Dieu.

Je me réveille en sursaut, assise dans le lit et couverte de sueur. Ma chemise de nuit est entortillée entre mes jambes et je frissonne. Ma peau est moite et mes cheveux sont trempés.

– C’était un rêve, je dis en regardant autour de moi, rassurée d’être dans ma chambre et pas à l’hôpital. C’était juste un rêve.

Je ferme les yeux et respire calmement, pendant longtemps, essayant de calmer les battements de mon cœur.

Le don du Créateur.

Je sais ce que je dois faire.

Le Créateur vient de m’envoyer un signe on ne peut plus clair.

Le destin a décidé de mon prochain voyage.

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