Toi, moi et nos traumas (French Edition)

Julie Legrisson · Chapitre 1 sur 38

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Toi, moi et nos traumas (French Edition)

Chapitre 1 Libéréééée… délivrééée

Chapitre 1

 

 

Libéréééée… délivrééée

 

« Un de perdu, dix de retrouvés ». Proverbe.

Ah non ! Pitié ! Je ne m’en sors déjà pas avec un, alors avec dix, vous

imaginez ?! Foutez-moi la paix !

 

Bon, je fais la maline, mais c’est avec un mélange de soulagement et de Et voilà ! Encore un fiasco monumental ! Ma vie amoureuse est un naufrage perpétuel… Comment est-ce que je me débrouille pour n’attirer que des tocards ? désespoir que je regarde Franck charger les dernières valises dans le coffre de sa voiture. Son air de chiot abandonné dissimule en réalité un entêtement digne d’une mule indienne particulièrement obstinée et un côté obtus très irritant.

Après quatre ans de bons et loyaux services, ou plus exactement de manipulations vicelardes qui n’avaient pour objectif que de me rendre chèvre, il a décidé que nous n’avions rien à faire ensemble. Il part s’installer temporairement chez sa mère. À quarante ans… Ça ne va rien arranger à son cas déjà pathologique. Enfin, je dis ça moi…

Alors, oui, effectivement, je le concède volontiers, nous n’avons rien à faire ensemble, c’est certain. Ce ne sont sûrement pas mes parents qui diront le contraire puisque ça fait quatre ans qu’ils me le rabâchent très consciencieusement. Nonobstant, j’ai la tête un peu dure, et certaines leçons sont visiblement trop compliquées pour pénétrer dans mon crâne imperméable à tout bon sens en amour. Ceci étant dit, je ne peux que me rallier à l’évidence, Franck est un cas désespéré. Et moi aussi…

J’en suis encore à me demander comment j’ai pu me laisser embobiner par ses boniments lorsqu’il claque le coffre avec force. Je sursaute, agressée par la hargne qui ressort de son geste. Je fronce les sourcils en le voyant se diriger vers moi d’un pas déterminé. Mon cœur se serre brutalement et l’air vient à me manquer à la pensée de ma très imminente solitude. Je déteste être seule, je tremble rien qu’à l’idée de mon impuissance à gérer tout un tas de trucs. Parce qu’il faut bien avouer que ce con a réussi à se rendre super utile pendant quatre ans. Entre la plomberie, l’électricité, les divers ennuis qu’on peut avoir quand on est propriétaire d’une maison individuelle. Bref, il a pris en charge tous ces petits tracas à mon plus grand soulagement. C’est assez pratique de vivre avec un gars qui travaille dans le bâtiment, il faut bien le reconnaître.

N’empêche qu’avant lui, j’étais parfaitement capable de faire tout ça. Ou presque… En tous cas, je savais contacter des entrepreneurs pour faire le nécessaire. Aujourd’hui, je doute. Oui, même passer un coup de fil est devenu compliqué pour moi. Voilà le résultat de quatre années à m’entendre dire « attends, je vais le faire », « t’inquiète, je vais m’en occuper » ou « laisse, j’irai bien plus vite que toi ». Tout cela trouvant un écho parfait à tout ce que j’ai entendu dans mon enfance parce que ma mère ne me trouvait pas assez précautionneuse ou appliquée. Même s’il me faut bien reconnaître que je n’ai jamais été un foudre de guerre en matière de finitions, ça n’est clairement pas ma tasse de thé. C’est long, c’est pénible et on a l’impression de ne jamais avancer. Le tout pour des fanfreluches que personne ne va remarquer.

Je suis obligée d’interrompre mes complaintes intérieures lorsqu’il se plante devant moi, sa prestance et son aura néfaste déployées à leur maximum avec un visage fermé.

C’est toujours étrange de se trouver face à un corps que l’on a chéri qui, brutalement, dégage plein d’animosité et est vierge de toute affection résiduelle. La sensation de vide dans ma poitrine augmente au fur et à mesure. J’ai l’impression de suffoquer.

Il plante ses iris noisette dans les miens. Aucun sourire ne vient adoucir ses traits toujours séduisants, mais d’une dureté impressionnante. J’ai toujours été déstabilisée par ses mille et un visages passant de la plus grande douceur à l’hostilité farouche en une fraction de seconde.

— Tiens, tes clés, cingle-t-il froidement en me tendant un trousseau.

Je tends la main, fébrile. Il les dépose dans ma paume. Le métal glacé renforce cette impression que je suis en train de geler de l’intérieur.

— Merci, murmuré-je, incapable de produire autre chose qu’un filet de voix ridicule.

— Judith… je… entame-t-il, hésitant, le regard soudain fuyant.

Je me crispe, mais ne parviens pas à empêcher tout mon corps de se tendre vers lui, dans l’expectative. Je suis tout ouïe, un infime espoir d’un retournement de situation in extremis continue à faire battre mon cœur sourdement. Je me déteste ! On dirait un chien battu qui vient quémander une caresse à son bourreau de maître. Je me fustige et me morigène intérieurement, mais mon corps n’en fait qu’à sa tête. À ma plus grande consternation, je m’entends l’inviter à poursuivre, avide de savoir ce qu’il veut me dire. Est-il réellement possible d’être aussi stupide ?!

— Oui… ?

Pathétique, on est d’accord…

— Non, rien. Laisse tomber, élude-t-il en se redressant avec une expression qui provoque la chute d’un camion entier de parpaings dans mon estomac et une certaine irritation face à son rétropédalage.

Pas que je n’en ai pas l’habitude, hein… Mais tout de même, j’avais espéré que, n’ayant plus rien à perdre, il se déciderait à communiquer. Ouais, au temps pour mes ridicules espoirs qu’il vient d’écraser violemment sous sa botte comme un vulgaire cafard. Cafard qui m’envahit d’ailleurs avec beaucoup de virulence.

— Bon, ben j’y vais. Salut… finit-il par déclarer sobrement, l’air aussi empressé qu’embarrassé.

— Ouais… heu… OK… salut… bafouillé-je lamentablement, encore une fois déstabilisée par son attitude réfrigérante et sa versatilité très agaçante.

Après un dernier échange de regards plein d’un malaise grandissant et de non-dits qui resteront en l’état, il tourne les talons sèchement pour se diriger vers son véhicule. Mes épaules s’affaissent devant l’inéluctable dénouement de cette sordide histoire. Mais voyons le bon côté des choses, cette fois-ci, je fais l’économie d’un divorce. C’est toujours ça de pris…

Sans même se retourner, il grimpe dedans, démarre, puis disparaît au bout de la rue. Je sens les larmes envahir mon champ de vision. Une bouffée d’émotions nauséabondes me submerge face au vide béant qu’il vient de laisser derrière lui. Et du vide, il en laisse un sacré stock. Parce que dans le genre « j’envahis tout l’espace », c’était un cador.

Je laisse les larmes couler sur mes joues et soupire profondément. Voilà, j’ai le cœur en miettes et je suis seule. Encore…

 

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