Toi, moi et nos traumas (French Edition)

Julie Legrisson · Chapitre 35 sur 38

Pages du PDF

Toi, moi et nos traumas (French Edition)

Épilogue

 

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point », morale de Jean de la

Fontaine.

Celle-là, elle est parfaite pour la réfractaire au sport que je suis. Et puis, si

on ne court pas, on a quand même moins de chances de se prendre les pieds

dans le tapis…

 

Un an plus tard

 

— Maman, c’est bon, on sait attacher une ceinture, hein, objecte Will sur Je suis en train de vérifier que les enfants sont tous bien attachés sous leurs regards exaspérés pendant que Raph termine de charger la voiture. un ton condescendant.

— Je le sais mon chéri. Mais je vérifie quand même, on ne sait jamais.

Je l’entends soupirer.

— Maman, maman, t’as bien pris ma queue de sirène ? panique soudain Rosy.

— Oui, ma chérie, elle est là.

— Ah, ouf ! T’es géniale maman !

— Merci ma chérie, dis-je avec beaucoup de modestie.

Je me redresse, claque la portière et me tourne vers Raph. Je me perds un instant en contemplation béate. J’ai toujours quelques difficultés à m’approprier l’idée que cet homme absolument magnifique, talentueux, et j’en passe, soit dingue de moi et me réclame à cor et à cris de fonder un foyer. Je ne sais toujours pas si j’ai un quelconque pouvoir avec mes écrits, mais là, la fiction a largement été dépassée par la réalité… Et loin de moi l’idée de m’en plaindre !

Il s’approche de moi de sa démarche de félin dont il sait qu’elle m’émoustille à coup sûr. Il m’attrape par la taille et m’attire vers lui. Il moule son corps au mien et m’embrasse comme dans les films. J’en suis tout ébaubie.

— Prête ?

— Très franchement ? Absolument pas !

Il éclate de rire.

— Tout va bien se passer, mon cœur, tu verras. Je suis sûr que tu es faite pour ça.

— Ouais, ne nous emballons pas, hein ! La bonne nouvelle, c’est que si je me foire, je tomberai dans l’eau, ça limitera les dégâts…

Il m’embrasse encore une fois puis me lâche pour grimper dans la voiture. Je l’imite, et me tourne vers les enfants.

Clément, Will et Rosy sont bien installés. C’est parti… Non, mon top départ ne manque absolument pas d’enthousiasme, c’est faux ! Je nie !

Nous partons passer la première semaine des vacances d’avril sur les bords du lac d’Armbouts-capelle. C’est le fief de Raph pour ses week-ends entre potes pour pratiquer planche à voile, kite surf, et autres sports nautiques nécessitant un sens de l’équilibre dont je suis totalement dépourvue.

Alors, oui, je suis flattée qu’il nous y emmène, mais je me demande si mon caprice, vieux relent de dépendance affective dont je ne suis pas totalement débarrassée, ne va pas me jouer des tours. Franchement, quelle idée de vouloir apprendre à faire de la planche à voile à mon âge ?

Cette année a été riche en émotions. Raph et moi luttons encore pour nous débarrasser des vieux schémas ancrés en nous et des réflexes de protection dus à des années de relations toxiques.

Mais comme il me l’avait promis, nous avançons pas à pas, sans nous presser. Profitant de chaque instant, savourant cette liberté retrouvée. Il n’y a que Roger qui pourrait se plaindre de ne finalement pas avoir réussi à prendre sa retraite anticipée. Raph est un artiste après tout, il est super créatif, pour mon plus grand plaisir, cela va sans dire… Et, oui, moi aussi je suis une artiste, mais dans ce domaine, son imagination va bien plus loin que la mienne. Hum… bref, restons décents !

Nous apprécions donc chaque moment intensément, sans nous soucier de la suite, nous nous sentons en sécurité. Moi qui étais toujours tenaillée par un sentiment d’urgence absolu, prendre mon temps est un réel progrès. Nous avons gardé notre indépendance, chacun chez soi en résumé. Même si, il faut en convenir, le chacun chez soi est rapidement devenu un pied de chaque côté. Nous avons beau ne pas habiter très loin l’un de l’autre, nous en avons vite eu assez de devoir nous précipiter chez nous avec les fringues de la veille et une haleine de poney. Chacun a donc concédé un petit bout de son espace pour faire une place à l’autre.

J’ai bien cru que Franck avait réussi à me briser en tant de petits morceaux que jamais je ne m’en relèverais. Pourtant, force est de constater que, non seulement je me suis relevée, mais qu’en plus, c’est enfin débarrassée de mes schémas dysfonctionnels que je me tiens aujourd’hui, portant un regard confiant et apaisé sur l’avenir ainsi que toute notre tribu réunie.

Je ne sais pas où cela va nous conduire, et honnêtement, je m’en fous. Tout ce que je sais, c’est que je me sens épanouie, heureuse et en paix. Que je suis avec un homme gentil, attentionné et respectueux dont je suis éperdument amoureuse, avec qui je collabore sur de nombreux projets. Ma dernière série a été entièrement illustrée par Raph et c’est un franc succès.

Nos enfants s’entendent comme larrons en foire, et nos chiens, eh bien, ce sont des beagles, donc… autant dire que leur association de malfaiteurs nous interdit le moindre relâchement quand nous déposons des victuailles sur la table.

C’est donc avec une sérénité inestimable que je m’avance désormais sur le chemin que nous avons choisi d’emprunter ensemble. Enfin, sérénité… on va faire du sport quand même…

— Maman ? m’interpelle Rosy.

— Oui ma chérie ?

— Quand est-ce que vous faites un bébé avec Raph ? Je veux un petit frère ou une petite sœur ! Parce que Clément et Will jouent toujours ensemble, c’est pas juste, moi aussi je veux une sœur ou un frère pour moi toute seule !

Arg ! Ma fille et ses lubies aussi fulgurantes qu’iconoclastes… Raph me lance une œillade ironique. Je m’étrangle légèrement, tâchant de ne pas montrer mon embarras. J’ai dit quoi à propos de la sérénité déjà ?!

— C’est un complot, c’est ça ? grincé-je en fusillant Raph du regard.

Il m’adresse un sourire extravagant.

— Oh, oui ! Ça serait trop chouette ! Dites oui ! Allez, scandent les trois enfants en chœur.

— Je plaide non coupable, se marre Raph en levant les mains en l’air en signe d’innocence.

— Dites oui ! Dites oui ! Dites oui !

Je pousse une profonde exhalaison, blasée. Mes oreilles sifflent à cause de cette acclamation généralisée. Même Raph s’y met…

Alors bon, sérénité, peut-être pas… Mais bon, soyons honnêtes, j’adore ma nouvelle vie, c’est un peu tous les jours la fête. Et en toute franchise, joie, bonheur et paix ne riment pas forcément avec maturité…

 

OceanofPDF.com