Toi, moi et nos traumas (French Edition)

Julie Legrisson · Chapitre 20 sur 38

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Toi, moi et nos traumas (French Edition)

Chapitre 20 Une traque pleine de surprises

Chapitre 20

 

Une traque pleine de surprises

 

« On ne fait pas d’un baudet un cheval de course ». Proverbe.

Ouais, et moi je ne ferai jamais de mon chien un fin limier. Franchement,

des poubelles, des crottes… J’appréhende vraiment sa prochaine idée…

 

porte d’entrée et appuie sur la sonnette. Le temps qu’on vienne ouvrir, je Immensément soulagée, je m’engage dans une petite impasse et m’arrête devant la première maison, celle qui porte le numéro qu’il m’a indiqué. Je m’approche de la contemple la bâtisse. C’est une belle maison en briques peintes en blanc avec de grandes baies vitrées. De toute façon, c’est un quartier résidentiel en pleine campagne, donc la plupart des habitations sont belles, spacieuses et bien entretenues. Celle-ci ne fait pas exception. Je remarque une belle voiture de sport stationnée sur le parking.

La porte s’ouvre, les bras et la mâchoire m’en tombent. Les yeux écarquillés, bouche bée, je contemple la muse qui a inspiré le héros de mon dernier livre en me demandant quelles étaient les probabilités pour que, pour une fois, mon chien lève un vrai lièvre, et un de choix qui plus est !

— Judith ?! s’étonne-t-il, tout aussi surpris que moi par cette coïncidence des plus troublantes.

Et en plus, ça veut dire qu’il habite à quatre maisons de chez moi. On est presque voisin en fait…

— Raphaël… Alors ça… soufflé-je, estomaquée.

— Entre, je t’en prie, s’efface-t-il en retrouvant une contenance bien plus vite que moi.

Je franchis la marche et pénètre dans la maison, consternée parce qu’encore une fois, je ne me présente pas sous les meilleurs auspices. Je suis échevelée et transpirante, essoufflée, les joues rougies par l’effort. Un vrai top model…

Mon balochard de chien, qui, par moment, est vraiment complètement con, tente de me sauter dessus pour me faire la fête. Raphaël le retient par le collier de son mieux, mais Fnouf est un sacré morceau. C’est un chien de chasse déplorable, mais c’est un modèle hors normes pour un beagle.

Pour le coup, je me retrouve avec deux beagles qui me font la fête. Une gentille femelle, qui ressemble beaucoup à Ulysse en deux fois moins grande, imite son nouveau pote avec le même enthousiasme juvénile débordant.

— Vénus ! Ça suffit, au panier ! ordonne Raphaël à la petite femelle qui me saute dessus gaiement.

La petite s’arrête, mais ne part pas pour autant. Elle jette un regard d’envie à Fnouf qui persiste à essayer de sauter suffisamment haut pour me lécher le nez. C’est assez drôle à voir, mais très remuant, et complètement vain évidemment.

— Toi aussi, t’as un beagle ? relevé-je, abasourdie par le nombre de points communs que nous partageons, n’ayant rien oublié de nos conversations du Nouvel An.

— En effet… indépendant, indiscipliné, obstiné… Il paraît qu’on prend les chiens qui nous ressemblent, expose-t-il avec son sourire en coin qui ne m’avait pas laissée indifférente.

— Eh bien, vu les grandes lignes, je ne suis pas sûre de vouloir savoir ce que ça dit de nous…

— Qu’on est des gentils ?

— Ouais, c’est sûr qu’il n’y a pas plus brave qu’un beagle… maugréé-je, en me disant que Fnouf serait bien capable d’aller faire la fête à un cambrioleur.

— Ça lui arrive souvent de fuguer comme ça ?

— Dès que l’occasion se présente, soupiré-je, blasée. Donc, non, parce que je fais très attention, mais on n’est pas à l’abri de l’inattention d’un enfant ou d’un ami…

— Il fait des trous ?

— Grands Dieux, non ! Heureusement. Il est bien trop paresseux pour ça. Non, il attend juste que quelqu’un referme mal la porte.

Raph se marre.

— Pourquoi ? La tienne creuse ?

— Oui, c’est malheureusement un beagle croisé avec une taupe. Elle a un super flair, donc une fois sur une piste, elle s’obstine, quitte à s’en faire saigner les pattes. J’ai dû renforcer tout le bas de mon grillage, parce qu’elle se fait le remake de Prison Break partout où il y a des failles.

— Oh mince… Ça doit être galère.

— C’est surtout moche, mais au moins la zone est sécurisée.

— Elle n’a pas de rappel ?

— Elle est aussi butée qu’une mule indienne. Je suis nul en éducation canine.

— Rassure-toi, je n’ai rien à t’envier. La seule chose qu’on a réussi à lui apprendre, c’est à lever la patte pour avoir un biscuit. Je crois que c’est propre à cette race en fait…

Nous échangeons encore plusieurs anecdotes sur nos vies tranquilles de maîtres de beagles indressables, rivalisant de catastrophes, bourdes et autres bêtises.

— Je vais peut-être rentrer, j’ai du monde à la maison, et… Je ne voudrais pas te déranger. Encore un immense merci pour Ulysse.

— De rien, à charge de revanche, il n’est pas impossible que tu retrouves un jour Vénus dans ton jardin. Et puis, maintenant, j’ai ton numéro, et tu as le mien, ajoute-t-il avec un regard malicieux et un sourire équivoque.

— En effet. Eh bien… Je vais te laisser, bafouillé-je en sentant mes joues chauffer. Ulysse !

Mon chien arrive au triple galop lorsque je brandis la laisse. Oui, ce couillon pense qu’on va aller se balader… Mais bien sûr, il m’a déjà fait faire mon sport pour les deux années à venir, il ne croit quand même pas qu’en plus on va aller faire un jogging ?!

— Judith ? m’interpelle Raphaël d’une voix hésitante avant que je ne franchisse le seuil.

— Oui ? marqué-je un temps d’arrêt dans l’expectative.

— Ça te dirait, un de ces quatre, d’aller dîner… ? Je veux dire, en tout bien tout honneur, en tant qu’amateurs de beagle, on pourrait échanger d’autres anecdotes…

— Heu… oui, mais… faudra s’organiser, avec les enfants, le boulot, tout ça… balbutié-je, peu sûre de moi, prise complètement au dépourvu.

— D’accord, eh bien, on s’organisera, accepte-t-il, dissimulant de son mieux sa déception.

— Voilà, on fera ça ! Merci Raph, et bon week-end ! le salué-je avec empressement en me laissant traîner par mon chien qui a encore de l’énergie à revendre après sa petite balade.

Bon techniquement, vu où je l’ai retrouvé, il a fait beaucoup moins d’exercice que moi. Il est donc normal qu’il pète le feu. Moi, nettement moins…

Sur le court chemin qui mène chez moi, j’essaye de remettre de l’ordre dans mes idées, mais ce n’est clairement pas à l’ordre du jour. Entre le coup de stress d’avoir perdu mon chien, la surprise de tomber nez à nez avec Raph, et son invitation à dîner qui m’a légèrement prise de court, c’est franchement le souk dans ma tête.

Je ne sais absolument pas si je suis prête pour ça… Parce que, il faut être honnête, n’en avoir rien à cirer de mon look ou des poils sur mes jambes, ça me va très bien. J’aime mon cocon protecteur, j’aime mon isolement et mon célibat, et j’aime mon grand lit pour moi toute seule ! Suis-je prête à refaire de la place dans ma vie à quelqu’un ? En ai-je seulement envie ?

Et est-ce que le fait de me poser la question n’est pas une réponse en soi ?

Et voilà, interaction avec mes semblables égale tempête sous un crâne le reste de la journée. Ouais, vraiment, la solitude, c’est bien…

Lorsque j’arrive enfin chez moi, je libère mon rebelle de pacotille qui fonce ventre à terre vers… je vous le donne en mille, la cuisine, évidemment. Je rejoins toute l’équipe. Sacha, qui m’a devancé pour revenir, l’air toujours aussi penaud, se confond en excuses. Je les balaie d’un revers de main.

— Laisse tomber, on l’a retrouvé, c’est tout ce qui compte, le dédouané-je, en jetant un regard de biais au fugueur qui est actuellement en pâmoison devant Steph qui prépare les saucisses pour le barbecue.

La fidélité et la loyauté de ce chien sont à vendre à celui qui aura le plus de bouffe dans les mains… Des fois, je me demande si c’est mieux qu’un mec finalement…

— Vous ne devinerez jamais qui l’a retrouvé, lancé-je, tout excitée par mon scoop de folie. Il n’était vraiment pas loin ce boubourse de chien !

— Ne me dis pas que tu l’as retrouvé chez Raph ? devine Steph, m’ôtant le pain de la bouche et ruinant mon effet.

Je me renfrogne, boudeuse. Elle m’a pourri mon groove…

— Comment t’as deviné ? ronchonné-je.

— Ben, pas loin, quelqu’un que nous connaissons tous… Y a pas cinquante possibilités, se marre-t-elle. Tu ne connais toujours pas tes voisins, donc…

— Humpf… grommelé-je, agacée.

— Tu ne savais pas qu’il habitait aussi près de chez toi ? relève Sacha, les sourcils haussés par l’étonnement.

— Et comment aurais-tu voulu que je le sache ? Je ne l’ai pas revu depuis le Nouvel An ! Pourquoi ? Vous si ?

— Ben, tout le monde n’a pas décidé de se confiner jusqu’au printemps, ma chérie, m’explique Sacha sur le ton de l’évidence.

Je lui lance un regard furibond. Je ne sais même pas pourquoi ça m’agace, parce que c’est mon choix et que je l’assume pleinement. Mais savoir qu’ils se sont vus sans moi… ça titille ma fibre possessive et jalouse. Je déteste cette fibre. C’est un vieux relent de dépendance affective que je croyais pourtant avoir réglé, au moins sur le volet de l’amitié. Visiblement, y a quelques restes tenaces.

— Fais pas cette tête, promis, la prochaine fois, on t’en parlera. T’auras comme ça tout le loisir de refuser de venir parce que tu détestes la collectivité, et qu’au-delà de deux personnes, pour toi, c’est une foule, me taquine Sacha.

— Si ça peut te rassurer, Raphaël non plus n’est pas un grand fan de populace. Il n’a jamais fait long feu à nos soirées, tente de me rasséréner Steph par-dessus son épaule.

— En plus, il n’est dispo qu’une semaine sur deux, l’autre, il a son fils, et il met un point d’honneur à s’occuper de lui.

— C’est étonnant d’ailleurs, cette manie de s’enfermer avec son gamin… Tu fais pas ça, toi, constate Sacha en fixant Steph.

— Non, effectivement. Et heureusement, sinon je n’aurais aucune vie. Ce n’est pas comme si son père abusait de son droit de visite et d’hébergement…

— Alors tu penses qu’il fait ça dans quel but ?

— Va savoir. D’après ce que j’en sais, c’est un calvaire les relations avec son ex. Peut-être qu’il préfère qu’elle ne sache rien.

— Ouais, probablement. C’est clair qu’elle a l’air tellement gratinée… Il en chie des ronds de chapeaux le pauvre Raph !

— Non, mais vous êtes des vraies commères de quartiers, c’est dingue ! Vous comptez éplucher toute sa vie sous mon nez ?

— Ben quoi ? Ne me dis pas que ça ne t’intéresse pas, je ne te croirais pas, s’esclaffe Steph en voyant mon air outré.

— Non, ça ne m’intéresse pas, mens-je avec aplomb.

— T’es une vile menteuse, Ju ! me raille Sacha, les yeux pétillants.

Je lève les yeux au ciel et les plante là pour me diriger vers le garage. Un barbecue sans charbon de bois, ça cuit beaucoup moins bien. Je les entends rire aux éclats. Pffff ! Mais ils ont quel âge ?

Je reviens rapidement et fourre le sac de charbon dans les mains de Sacha.

— Tiens, rends-toi utile au lieu de dire des conneries…

— Non, mais avoue, il ne te laisse pas indifférente, le beau Raphounet !

Je le foudroie du regard. Sans aucun effet autre que de renforcer son hilarité.

— J’ai passé l’âge de ces conneries, franchement. On dirait des collégiens prépubères…

— Tu te trompes. Y a pas d’âge pour ces conneries. Tu verras, renchérit Steph en apportant le plat de saucisses.

— Et puis je croyais que tu voulais en faire ton quatre-heures, rétorqué-je à cette dernière, lasse de leurs insinuations graveleuses.

— Ouais, ben il semblerait que c’était à sens unique. J’ai lâché l’affaire depuis un bail. La seule personne qui semble l’intéresser un tant soit peu, c’est toi, ma poule…

— Arf… m’étranglé-je, en rougissant. Mais… Mais… Pourquoi tu dis ça ? On ne s’est vu qu’une fois…

— Parce qu’à chaque fois qu’on l’a vu, il nous a demandé de tes nouvelles, ma belle. Si ça, c’est pas le signe que tu lui as tapé dans l’œil, me démontre Sacha avec un air aussi provocateur qu’arrogant.

Je me sens terriblement embarrassée. Ce que mes amis me racontent ne fait que renforcer ce que j’ai déduit de son invitation à dîner. Même s’il n’a pas été très entreprenant et qu’il a camouflé ça derrière notre attrait pour cette race de cabots obstinés, mais adorables. Toutefois, je ne me sens absolument pas prête. Je suis terrifiée à l’idée de m’ouvrir à quelqu’un, de me faire de nouveau avoir. Même entrebâiller la porte me paraît insurmontable. Je ne veux plus souffrir, je ne veux plus me faire manipuler, je ne veux plus prendre le moindre risque. J’ai deux enfants à protéger. C’est tout ce qui compte.

Sentant mon malaise grandissant au fur et à mesure de la conversation, Sacha et Steph finissent par laisser tomber le sujet brûlant de Raphaël et reviennent à des thèmes plus légers, plus futiles et beaucoup moins sensibles. Je leur en sais gré, ça allège considérablement l’ambiance.

D’ailleurs, aucun d’eux n’évoque plus Raphaël de la journée ni ma peur de sortir de mon terrier. Je crois que je suis en train de m’encroûter… Et le pire, c’est que ça me plaît !

 

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