Toi, moi et nos traumas (French Edition)
Chapitre 34 handicapé de la vie, mais maestro des émotions fortes
Chapitre 34
Handicapé de la vie,
mais maestro des émotions fortes
« À toute chose, malheur est bon », proverbe.
Pourquoi donc les plus grandes leçons s’apprennent dans la douleur ? Ça
manque cruellement de pédagogie tout ça…
m’éternise parfois. Surtout avec Raph, on ne va pas se mentir. Mais Moi qui ne suis pas une fan des bains de foule, je passe pourtant la journée sur un petit nuage. Je converse avec tout le monde, papillonne, également avec ma famille.
Jamais je ne me suis sentie autant à ma place. Le travail que nous avons entamé avec ma mère porte ses fruits. Nous y avons mêlé mon père à l’occasion. Ça fait tellement de bien d’ouvrir son cœur à ceux qu’on aime, à nos racines.
Je me sens plus forte que jamais. J’aurai mis du temps à me relever, mais cette fois, c’est enfin sur mes deux jambes, sans béquilles, en équilibre avec moi-même et mes proches, bien ancrée dans mes fondations qui sont enfin solides. J’ose enfin être moi-même, sans concession, sans compromis, et étrangement, je m’aperçois que les miens ne m’en aiment que plus encore. Si j’avais su…
Lorsque la journée touche à sa fin et qu’il est temps de regagner nos pénates, je m’entretiens avec ma meilleure amie.
— Merci, Steph, vraiment…
— Mais arrête, tu le mérites. Et puis je ne l’ai pas fait que pour toi hein, me taquine-t-elle avec un sourire ironique.
— Ah bon ?
— Non, je l’ai fait pour ce pauvre Roger… Tu sais, ça a une certaine durée de vie, et m’est avis que tu allais l’user avant l’âge ce pauvre vieux…
— Putain, mais que t’es con des fois, éclaté-je de rire.
Elle me renvoie un sourire extravagant, hyper fière d’elle.
— Profite, ce type est fait pour toi, je te le garantis…
— En fait, t’as décidé de changer de carrière et de monter une boîte d’entremetteuse, c’est ça ? Vile cachottière !
— Toi aussi, t’es con quand tu veux, rigole-t-elle. Et… tu me raconteras, hein !
— Seulement si t’es sage, répliqué-je avec un sourire machiavélique.
Elle éclate de rire à son tour et me tire la langue comme une gamine. Je fais évidemment pareil… Maturité quand tu nous tiens !
Les enfants sont enfin couchés. Ils étaient survoltés. Néanmoins, c’est aussi la garantie que tout le monde va dormir bien profondément. Héhé, oui, il m’arrive d’être diabolique…
J’attendais ce moment avec une fébrilité grandissante. J’ai toutefois pris le temps de me doucher et de passer par la case désactivation du mode grizzli poilu pas encore sorti d’hibernation. Ça tient chaud, mais c’est quand même pas hyper sensuel les poils…
Enfin, on toque à la porte. Je me précipite comme une enfant de cinq ans à qui on a annoncé l’arrivée du père Noël, auquel je ne crois plus depuis fort fort longtemps, précisons-le. Je me prends les pieds dans le tapis. Me rattrape de justesse, le nez à deux centimètres de la porte. Je suis pire que mes gosses en fait…
J’ouvre l’huis en faisant fi de ma dignité qui est restée coincée sous le tapis piégeur.
Je marque un temps d’arrêt, fascinée par le tableau qu’il m’offre. Mais que ce mec est beau, ça devrait être interdit ! Il m’observe avec un sourire craquant, les yeux pétillants d’espièglerie. Ouais, le bruit que j’ai provoqué en écrasant mes deux mains sur la porte n’a pas dû passer inaperçu. Je suis la discrétion incarnée…
— Entre, je t’en prie, m’effacé-je pour le laisser passer.
Je referme la porte derrière lui. Il n’a pas bougé d’un pouce. Il me bloque le passage. Ses yeux me déshabillent. Je lui adresse un sourire timide. Il fait un pas, passe sa main dans mes cheveux, puis se penche vers moi. J’en frémis d’impatience, mais aussi d’appréhension. Suis-je réellement prête à laisser à nouveau quelqu’un entrer dans ma vie ? Suis-je prête à prendre le risque de souffrir encore ?
Toutes mes questions se meurent au moment où ses lèvres s’emparent des miennes en un baiser aussi torride que langoureux.
Il se recule en me tendant un sac.
— Tiens, je me suis dit que ça serait plus stimulant qu’une tisane, m’explique-t-il avec son sourire en coin toujours aussi irrésistible. Tu veux que je les prépare ?
Je jette un œil dans ledit sac. Il a ramené de quoi nous confectionner des mojitos. Je suis sous le charme. J’acquiesce en opinant du chef et l’invite à me suivre dans la cuisine.
Pendant qu’il confectionne les cocktails, j’entreprends d’assouvir ma curiosité.
— Alors, en quoi suis-je responsable des fameux changements ?
— Eh bien, disons que tu as mis le doigt sur des dysfonctionnements qui avaient échappé à mon psy… Il est clair que j’avais un léger souci avec le concept d’engagement. Je n’avais pas désarmé complètement les mécanismes de protection visant à m’éviter toute nouvelle emprise extérieure.
— Oh…
— De plus, tu avais raison également sur le fait que j’étais aussi vrillé que Sandrine. Elle n’était pas seule responsable de notre relation toxique. J’ai entrepris de poser des barrières claires. Et j’ai monté des dossiers avec mon avocat, afin de me prémunir de toute action potentielle à l’encontre de mon droit de garde. La situation est sous contrôle. Du moins, autant qu’elle peut l’être quand on a une ex comme Sandrine…
— Et ton fils du coup… ?
— Je ne m’interdis plus de vivre parce qu’il est là. Au contraire, il est important que je l’intègre pleinement à ma vie. Et je dois avouer que l’impact semble plutôt bénéfique.
— Et c’est moi qui ai provoqué tout ça ?
— Eh bien, oui. Ton refus, ton absence, tout ce que tu m’as balancé à la tronche… J’ai beaucoup réfléchi… Tu m’as manqué, Judith, me déclare-t-il les yeux flamboyants en me tendant mon verre.
Nous trinquons. Son regard ne me lâche pas d’une miette. Il dépose son verre sur le plan de travail. Il réduit l’espace entre nous. Plonge son visage dans mon cou.
— Et moi ? Je t’ai manqué ? me demande-t-il d’une voix rauque et suave, pleine de promesses très explicites.
Ses lèvres effleurent ma peau, glissant jusqu’à la base de ma mâchoire. Il remonte doucement en une caresse qui me déclenche des frissons délirants.
— Je crois qu’on peut dire ça, oui, badiné-je, mon expression devant considérablement atténuer ma taquinerie.
Il se redresse, me défie du regard, puis fond sur ma bouche. Je pose à l’aveugle mon verre. Plonge mes mains dans sa chevelure et me laisse envahir par la multitude de sensations que Raph provoque en moi. Non, décidément, je n’ai jamais été aussi réceptive de toute ma vie… Je crois que mon plan de travail s’en souviendra longtemps… Ma petite culotte aussi, puisqu’elle a fait les frais de l’assaut de mon amant impétueux et impatient. Que c’est bon de se sentir à nouveau pleinement en vie…
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