Toi, moi et nos traumas (French Edition)

Julie Legrisson · Chapitre 33 sur 38

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Toi, moi et nos traumas (French Edition)

Chapitre 33 On peut faire de la kiné pour réapprendre à vivre ?

Chapitre 33

 

On peut faire de la kiné pour réapprendre

à vivre ?

 

« Un bonheur n’arrive jamais seul », proverbe revisité par mes soins.

Ouais, je sais, normalement, c’est un malheur, mais c’est nul, on voit bien

que c’est un proverbe français, un proverbe de râleur quoi… Je préfère

dans ce sens-là. C’est comme « les bons moments passent trop vite », ben

techniquement les mauvais aussi, na !

 

à Raph a provoqué. Je ne parviens cependant pas à le chasser complètement Mes enfants, Fnouf et moi repartons en balade une bonne partie de l’après-midi. Il me faut au moins ça pour désamorcer le processus que la visite fortuite de mon esprit. Les spectres de son corps, de son regard, de sa voix me poursuivent jusqu’au lendemain, sans me laisser vraiment de répit. En revanche, je dois bien avouer qu’il a filé un sacré coup de boost à Roger… Je n’ai jamais joui aussi vite… Hum, bref, passons.

Aujourd’hui, c’est le jour de la fête organisée par Steph. Ce qui a le mérite de doucher mes pulsions, puisque je sais, avec une absolue certitude que Raph ne sera pas présent. Je ne sais pas s’il a été invité, mais de toute façon, la présence de son fils règle la question. Il ne sort jamais ni ne voit qui que ce soit quand son fils est là, sous peine d’entraîner de nouveaux conflits dantesques avec son ex-femme.

Je ne parviens pas à dire si je suis déçue ou soulagée de cette perspective. Éloigner la tentation est une manière comme une autre de se protéger. Or, à l’heure actuelle, je me sens comme un vétéran de guerre, dont les blessures sont encore en train de cicatriser. J’ai l’impression de devoir tout réapprendre. Que ce soit au niveau de la vie en général, de mes relations avec les autres, ou tout simplement d’apprendre à aimer correctement. Parce que, j’ai découvert au travers de notre restothérapie avec ma mère que je ne savais pas ce qu’était réellement l’amour. Je n’en connaissais que les aspects viciés, pervertis par des relations dysfonctionnelles et déséquilibrées. Aujourd’hui, j’occupe ma place, j’emplis désormais moi-même le vide béant qu’il y avait dans ma vie. Et je colmate mes failles.

J’espère ainsi que le jour où je me sentirai prête à aimer à nouveau, je serai suffisamment fonctionnelle pour découvrir quelque chose de nouveau, et non pas les sempiternelles relations toxiques qui ont jalonné mon parcours sentimental désastreux.

La vie est douce aujourd’hui. J’apprécie à sa juste valeur chaque instant passé avec mes enfants, mon chien, ma famille, mes amis. Je n’ai pas de place pour autre chose. Inutile donc de regarder le menu, je n’ai pas faim.

Enfin… ce n’est pas ce que mon corps m’envoie comme signal, mais l’esprit domine la matière n’est-ce pas ? Quel est l’idiot qui a décrété ça ? Ce n’est en tous cas pas Roger qui dira le contraire… Bon, OK, je frétille toujours autant, j’ai l’impression d’être en ébullition, comme ces bourgeons sur le point d’éclore. Il n’y a cependant aucune chance pour que j’assouvisse mes élans reproducteurs, ni aujourd’hui ni demain ni… OK, on a compris.

Nous arrivons chez Steph à l’heure dite. Ma copine m’accueille avec un entrain communicatif.

— Allez, entrez ! Tu connais le chemin. Tout le monde t’attend dehors, il fait un temps de dingue, c’est barbecue ! Sacha est au taquet… Je te préviens, aujourd’hui, nous avons une certaine Sabrina au menu…

Je m’esclaffe. Les enfants emmènent Fnouf dans le jardin avec une énergie qui fait plaisir à voir. Surtout chez les autres en fait…

— J’entends un sacré brouhaha. T’as invité qui ? m’inquiété-je, pas du tout préparée à un bain de foule.

— Surprise ma chérie ! Allez, arrête de te faire désirer. Zou ! En piste la star de la journée.

Elle me pousse vers l’extérieur avec un dynamisme appréciable, quoiqu’un peu brutal. Je trébuche, me rattrape. Mes jambes flageolent un poil à l’idée qu’il y ait une assemblée colossale de gens qui m’attend.

Je franchis le seuil de sa baie vitrée. Atterris sur la terrasse en rétablissant mon équilibre de justesse.

— Happy Birthday Judith ! m’acclame une foule dense.

Enfin, une foule… Bon, vu que pour moi, quand il y a plus de trois personnes c’est une foule, voilà quoi ! N’empêche que je ne pensais pas qu’elle aurait réussi à réunir autant de monde.

J’avise en premier lieu ma famille. Mon frère et ma dinde-plus-tout-à-fait-dinde de belle-sœur ont fait le déplacement avec leurs enfants. Grands Dieux, ils ont dû louper l’entraînement de musique… Quel sacrifice ! Je suis extrêmement touchée ! Ma mère et mon père sont là aussi.

Sacha, une pince dans chaque main, en lâche ses saucisses pour me saluer de loin. On ne précisera pas que sa pintade du jour est scotchée à son dos comme une sangsue à une plaie sanglante sur un corps moyenâgeux.

Je remarque ensuite plusieurs autres potes de divers horizons. Certaines, accompagnées de leurs conjoints, proviennent des liens que j’ai tissés à mesure de mes publications. J’avoue avoir noué quelques amitiés hyper précieuses au cours de mes pérégrinations d’écrivain débutant. D’autres sont des potes de boulot de Steph et de Sacha que j’ai rencontrés il y a déjà pas mal de temps et que j’apprécie. Ce dernier point étant fondamental, parce qu’ils se coltinent quelques boulets d’anthologie dans leurs tafs respectifs. Mais trêve de commérage, Steph a trié sur le volet les invités pour m’épargner lesdits boulets, alors profitons-en. Je remarque également Sophia qui, à force de me voir pour prendre soin de moi dans son cabinet, est devenue une amie aussi. Seb est là, bien sûr.

Mon cœur se gonfle à voir cette assemblée réunie rien que pour moi. Je m’apprête à enlacer Steph pour la remercier d’avoir organisé tout ça, lorsque je le remarque. Mes yeux s’agrandissent. Tronche de hibou le retour…

— Non ? T’as pas fait ça ? balbutié-je à l’oreille de Steph, catastrophée.

— Fait quoi ? relève-t-elle innocemment.

— Mais… mais… comment se fait-il que… son fils… ?

OK, mon discours manque un poil de cohérence et de fluidité. Steph pouffe de rire lorsqu’elle avise dans quelle direction mon regard est verrouillé.

C’est ce moment précis que choisissent Ulysse et Vénus pour me saluer ou se rappeler à mon bon souvenir. Ma ligne de mire s’efface au profit des deux boules de poils qui sont en train de repeindre mon pantalon avec des motifs très artistiques façon papatte canine ultra réaliste.

Bon, si je pensais avoir la berlue, la présence de Vénus me confirme que ce n’est pas le cas. Merde… Mais son fils, il en a fait quoi ?

Son regard a brièvement croisé le mien, s’éclairant immédiatement. J’ai à peine eu le temps de voir un sourire charmeur s’esquisser sur son visage. Ce qui a suffi à me provoquer une bouffée de chaleur. Peut-être que je suis en train de démarrer la ménopause, sait-on jamais…

Je me sens fébrile tout à coup. Mes jambes recommencent à flageoler. Ma respiration s’accélère sous l’effet de mon cœur qui s’emballe comme celui d’une collégienne énamourée. Bon, visiblement vu la quantité d’hormones qui s’agitent dans mon sang et dans mon cerveau, je peux oublier les syndromes pré ménopause, j’en suis clairement très éloignée…

Je cherche mes enfants du regard. Je les trouve non loin du buffet apéritif. Évidemment, ma fille a repéré immédiatement le saucisson. C’est un bien meilleur chien de chasse que Fnouf, indubitablement… Will est en grande conversation avec Léon et Clément. Je ne sais pas ce qu’ils sont en train de construire à grand renfort de canapés au fromage, mais ça a l’air d’être de l’ingénierie de pointe ! Donc, il a amené son fils… Il y a incontestablement quelque chose qui m’échappe…

Je suis toujours en train de bloquer sur cette équation dont les paramètres ont changé sans avoir la politesse de m’en informer, lorsque je suis interrompue dans mes cogitations par cette voix suave que je redoute et en même temps espère entendre. Rhaaa ! Non, mais j’ai quel âge pour être victime de ce genre d’émois ?!

— Salut Judith, joyeux anniversaire, me susurre-t-il au coin de l’oreille en déposant un baiser sur ma joue.

Un baiser un peu plus appuyé que ce que la bienséance aurait voulu évidemment. Sinon, je ne serais pas en train de sentir mes joues chauffer exagérément.

— Salut Raph… Mais… qu’est-ce que tu fais là ?

Il se recule, arque un sourcil façon dessin animé. Sa bouche se tord subrepticement en une grimace déçue. OK, j’ai encore dégainé mon tact olympique pour l’occasion.

— Tu n’es pas contente de me voir ?

— Je… non, enfin si, mais je… Et ton fils ? Tu n’as pas peur que…

— Détends-toi, Judith, rigole-t-il face à mon éloquence catastrophique. Il a deux trois trucs qui ont évolué… Et c’est grâce à toi.

— Hein ?! éructé-je, l’élégance personnifiée.

— Je t’expliquerai. J’espère qu’on aura l’occasion d’en rediscuter autour d’un café, d’un verre, ou, si j’ose, un dîner ?

Ses yeux pétillent de mille éclats. Son sourire teinté d’appréhension relance la cadence de mon cœur en une cavalcade effrénée.

— Heu… Oui, pourquoi pas, accepté-je, sonnée, en cillant plusieurs fois.

Il prend le temps d’apprécier ma réponse avec un sourire enjôleur. Pendant ce temps, mon cerveau reconnecte deux ou trois neurones. Ce qui me permet de réaliser un point crucial.

— Et donc… hier, tu m’as laissée m’empêtrer comme ça, alors que tu savais très bien que tu serais ici aujourd’hui ? l’accusé-je, agacée d’avoir encore été le dindon de la farce.

— Il faut croire que le destin a décidé de prendre de l’avance sur nous, pauvres humains, me répond-il, désinvolte en me faisant un clin d’œil.

— Je n’en reviens pas que…

— Que quoi ?

— Que… eh bien… non rien, laisse tomber.

— Si, vas-y, développe le fond de ta pensée, m’invite-t-il en me fixant avec insistance.

J’ai vraiment beaucoup trop chaud là… J’ouvre et ferme la bouche comme une carpe en train d’asphyxier. Son sourire s’étend. Il fait un pas vers moi. Je suis statufiée. Un deuxième. Ma respiration est en train de partir en sucette là. Il ne va quand même pas faire ce que je crois ? Y a beaucoup trop de monde là !

Ses deux mains emprisonnent mon visage, m’empêchant de m’esquiver. Bon, ça, c’était dans l’hypothèse où j’aurais été capable de bouger. Ce qui, de toute évidence n’est pas le cas.

Son visage plonge vers le mien. Qui a appuyé sur le bouton accélérer ?!

Ses lèvres se posent sur les miennes en un long et sensuel baiser. Sa langue caresse mes lèvres. Je suis en train de me liquéfier. J’entrouvre la bouche, il s’y engouffre, m’entraînant dans une sarabande endiablée. Il met fin à son baiser en mordillant ma lèvre, me déclenchant une nouvelle salve de frissons dévastateurs. Je crois bien que ma culotte est trempée... Il s’écarte d’un ou deux centimètres à peine, puis me souffle un joyeux anniversaire aussi brûlant et plein de promesses qu’un feu de la Saint-Jean.

Mes neurones sont partis se planquer en Ouzbékistan… Je le fixe, hébétée, la bouche toujours entrouverte.

— Eh ben voilà ! s’écrie Steph en me décochant une bourrade dans le dos qui a au moins le mérite de relancer le courant dans mes hémisphères cérébraux. Allez, SANTÉÉÉÉÉ !

Son cri est repris à la cantonade par l’assemblée. Mais qu’est-ce qu’il vient de se passer ?

Je jette un regard en direction de Raph. Celui-ci a l’air absolument ravi de son effet. Ouais, forcément, y a de quoi être flatté… Il me décoche un sourire à faire fondre l’Antarctique au grand complet. Je n’ai aucune chance d’y résister…

Les enfants accourent vers nous. Ma fille me tend un rond de saucisson.

— Tiens maman ! J’ai sauvé le dernier, il est pour toi !

— Merci ma chérie. J’espère que ce n’est pas toi qui as mangé tout le bol…

Son air coupable m’offre la confirmation de mes craintes.

— Fnouf m’a aidé ! se dédouane-t-elle avec beaucoup d’assurance.

Je ne saurais dire si cette assertion me rassure ou me catastrophe…

— C’est ton nouveau zamoureux ? élude-t-elle le sujet qui fâche avec tout le tact que je lui ai légué, à savoir aucun donc…

Je m’étrangle avec ma rondelle de saucisson.

— Non, enfin… je…

Elle me dévisage, les sourcils froncés, les poings sur les hanches.

— Eh bien, ça devrait. Je le reconnais, c’est le monsieur du salon qui m’a donné la fée. Donc, c’est un gentil monsieur, et tu mérites un gentil zamoureux, parce que t’es la meilleure maman du monde entieeeeer ! décrète-t-elle avec autorité avant de faire demi-tour, faire subir un nouvel assaut à ce pauvre buffet apéro.

Bouche bée, je regarde ma fille s’en aller le torse gonflé d’un aplomb indestructible.

— Pour une fois, je suis d’accord avec Rosy, confirme Will. Tu mérites un homme au grand cœur, et lui, il a un grand cœur. Tu viens Clément ? On va construire le pont du Gard…

Ledit Clément acquiesce, mais n’emboîte pas immédiatement le pas à mon fils et Léon. Il observe son père avec un air sérieux, puis déclare :

— Je suis d’accord avec eux. Ils ont sauvé Vénus ! Toi aussi, tu mérites quelqu’un de gentil. On se fout de ce qu’en pensera maman.

Puis, il tourne les talons et part en courant dans le fond du jardin rejoindre Will et Léon qui ont déjà entrepris de récolter moult bâtons pour leur projet ambitieux.

Je me tourne vers Raph qui semble d’un stoïcisme remarquable face à ce plébiscite général de la part de notre progéniture.

— La vérité sort de la bouche des enfants, il paraît… commente-t-il avec un air aussi satisfait que provocateur. Je t’ai dit qu’il y avait deux trois trucs qui avaient évolué.

— Je vois ça, en effet. Je suis contente pour toi, lui déclaré-je, avec sincérité.

— Alors, qu’est-ce que tu en dis ? On retente notre chance ?

— Je… Eh bien, c’est tentant, approuvé-je à demi-mots, toujours sur la réserve.

— Tentant ? C’est tout ? Je m’attendais à un poil plus d’enthousiasme.

Il affiche une lippe boudeuse et un air déçu à la limite de la caricature.

— Ce n’est pas… enfin… disons que j’ai l’impression d’être toujours en convalescence. J’ai la sensation de devoir tout réapprendre. Je ne sais pas comment on fait pour aimer normalement… lui avoué-je, optant pour la vérité.

— Moi non plus, Judith. Moi non plus… Mais qu’est-ce qui nous empêche de le découvrir ensemble ? Pas à pas, sereinement.

Face à mon hésitation persistante, il se rembrunit. Je n’ai pas envie de laisser passer cette chance, Raph me plaît bien plus que de raison, mais…

— Tu as ton fils jusqu’à quand ? finis-je par lancer, évasive.

— Je dois le ramener ce soir chez mes parents. Pourquoi ?

— Eh bien, ce n’est pas le lieu ni le moment le plus approprié pour discuter de ça, je pense. Donc, que dirais-tu de venir en discuter une fois les enfants couchés devant une tisane ?

Bon, OK, une tisane, c’est pas un planning très glamour, mais il a l’air de s’en ficher complètement. Son regard s’illumine. Ses lèvres se tendent en un sourire éblouissant.

— Vendu. Je te promets que je saurai me montrer convaincant, s’engage-t-il, le regard soudain voilé en se mordant la lèvre inférieure.

Mon bas ventre se tortille, tout émoustillé. Pas que lui, bien entendu. J’en frémis tout entière par anticipation. Ça doit se voir, car il m’adresse une œillade non équivoque qui me fait frissonner.

— Allez, je vais te laisser profiter des autres invités, je ne vais pas te monopoliser, ils sont tous là pour toi après tout. Qui suis-je pour te séquestrer de la sorte ?

Il se penche, effleure mon cou puis mon oreille de ses lèvres et me murmure un « vivement ce soir » qui m’embrase littéralement.

Et dire que je croyais être traumatisée et ne plus jamais être capable de ressentir ce genre de choses… Je me suis clairement fourré le doigt dans l’œil jusqu’au trognon… Mais bon, réjouissons-nous, pour une fois, mes erreurs ne font pas mal du tout !

 

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