Un œil bleu pâle

Louis Bayard · Chapitre 11 sur 57

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Un œil bleu pâle

Lettre à Gus Landor Le 30 octobre 1830

Lettre à Gus Landor

 

Le 30 octobre 1830

 

Cher Monsieur Landor,

Je laisse cette lettre pour vous à votre hôtel en prévision de notre rendez-vous de demain.

Votre attachement à la précision – en toute chose ! – me pousse à exhumer un de mes sonnets, que vous trouverez peut-être pertinent. (Je n’oublie pas, bien sûr, que vous n’avez guère le temps de lire de la poésie – si, si, je m’en souviens.)

 

Science ! Vraie fille des Temps Anciens,

Qui transformes toute chose de ton regard perçant !

Vautour ailé des réalités mornes,

Que t’acharnes-tu donc sur le cœur du poète ?

Pourquoi t’aimerait-il, te jugerait-il sage ?

Toi qui sur son chemin te dresses alors

Que, d’une aile indomptée, il s’élève

Pour glaner ses joyaux dans les cieux étincelants ?

Science, n’as-tu point arraché Diane à son char ?

N’as-tu poussé l’Hamadryade hors de son bois

Pour qu'elle se réfugiât sur quelque étoile plus belle ?

N’as-tu point délivré la Naïade du déluge,

L'Elfe du vert gazon, et ne m'as-tu ôté

Le rêve de l’été sous le tamarinier ?

Je me remémore volontiers ces vers quand la géométrie sphérique et l’algèbre de Lacroix menacent de m’étouffer. (Devrais-je les récrire, je changerais peut-être le vert de l’avant-dernier… vers, pour un autre adjectif : vif ? vigoureux ?)

Autant vous avertir, monsieur Landor : j’ai une nouvelle composition à vous montrer. Bien qu’elle soit inachevée, j’espère que vous trouverez le temps de la lire et qu’elle profitera pleinement à notre enquête.

Votre fidèle serviteur,

E. P.

 

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