Un œil bleu pâle
Le récit de Gus Landor 27
Le récit de Gus Landor
27
Le 6 décembre 1830
J’en étais là, Lecteur. J’étais parti chez les Marquis dans l’espoir de résoudre un mystère, j’en revenais avec trois.
À commencer par celui-ci : qui avait essayé de me tuer dans la penderie ?
Seuls Artemus et le Dr Marquis auraient eu la force de manier un sabre avec cette précision. Cependant tous deux étaient, pour autant que je sache, retenus ailleurs : le docteur s’occupait de sa femme, son fils était en bas au salon. Il était quasiment impossible que quelqu’un soit entré dans la maison sans se faire remarquer. Alors qui ? Qui voulait me priver des parties les plus tendres de mon anatomie ?
Le deuxième mystère était celui-ci : si l’uniforme était bien celui qu’avait vu le soldat Cochrane un mois et demi plus tôt devant la salle B-3 de l’hôpital – et je n’en doutais pas –, alors qui le portait ce soir-là ?
Artemus, bien sûr, venait le premier à l’esprit. Et donc, le lendemain de ce dîner, je demandai au capitaine Hitchcock de le convoquer, sous le prétexte fallacieux de recueillir son témoignage au sujet de l’effraction dont il avait été victime. Tandis qu’ils conversaient aimablement, Cochrane se tenait dans la pièce à côté, l’oreille collée contre la porte. Une fois l’entretien terminé, et Artemus reparti, le soldat admit, la bouche tordue, que c’était peut-être la voix qu’il avait entendue, mais qu’il avait bien pu l’entendre ailleurs, et que finalement cela pouvait aussi être celle d’un autre.
Bref, nous n’étions guère avancés, même si Artemus restait notre premier candidat. Mais n’avais-je pas de mes yeux vu à quel point son père lui ressemblait dans le noir ? Et il y avait encore un écueil. D’après ce que rapportait Poe dans son dernier compte rendu, je savais que Lea Marquis était capable de se travestir avec succès.
Tout concourait à ajouter au malaise dont j’étais déjà la proie, à cette sensation que la famille Marquis n’avait pas de centre – pas de nord magnétique, pour ainsi dire. En consultant ma boussole intérieure, je trouvais, par exemple, l’aiguille pointée sur Artemus… mais alors je le revoyais, soumis et docile, exaucer le moindre souhait de sa mère, avec cet air de résignation contenue qu’il affichait toujours en sa présence.
Bien, laissons dans ce cas l’aiguille indiquer Alice Marquis. Certes, elle savait influencer le cours d’une soirée, mais sans dépasser certaines limites, n’est-ce pas ? Et Lea lui avait tenu tête, à sa manière, même dans la façon dont elle avait cédé. Quelles conclusions en tirer ?
Lea, maintenant. Essayons Lea. L’aiguille ne restait pas longtemps sur elle non plus. En définitive, chaque fois que je repensais à cette jeune personne, j’avais aussitôt à l’esprit l’image de quelqu’un qu’on menait aux lions.
J’en arrivais au troisième mystère : pourquoi Mme Marquis tenait-elle tant à refiler sa fille à un vieux trumeau de mon espèce ?
Lea était encore parfaitement mariable. Trop âgée, certes, pour un élève de l’Académie, mais au dire de tous, elle n’en avait jamais voulu. Cependant, n’y avait-il pas pléthore d’officiers célibataires ? Désœuvrés dans leurs chambrées ? N’avais-je pas même perçu un soupçon de désir contrarié dans les propos du capitaine Hitchcock, alors que nous parlions d’elle ?
De tous ces mystères, celui-ci était le seul à tolérer une solution. Car, si Lea était bien atteinte de ce que je croyais, ses parents avaient peut-être fini par la considérer comme une marchandise avariée, bonne à confier au premier prétendant venu. Et n’était-ce pas, en quelque sorte, une bonne nouvelle pour Poe ? Personne n’étant mieux que lui disposé à l’épouser pour le meilleur et surtout pour le pire.
Il occupait donc mes pensées lorsqu’il se présenta à ma chambre d’hôtel. Et se présenta, dois-je dire, comme un candidat à un examen. C’est que, la plupart du temps, voyez-vous, il n’avait qu’une chemise et un gilet sous sa tunique ; ce soir, il était en grande tenue, portait l’épée et le baudrier. Au lieu d’entrer timidement, comme à l’accoutumée, il fit deux grandes enjambées jusqu’au milieu de la pièce, ôta prestement son shako et s’inclina.
— Landor, je vous présente mes excuses.
Avec un demi-sourire, je me raclai la gorge et répondis :
— C’est fort louable de votre part, Poe. Mais puis-je savoir…
— Oui ?
— … de quoi vous vous excusez ?
— Je suis coupable de vous avoir prêté d’indignes intentions.
Je m’assis sur le lit. Me frottai les yeux.
— Ah, dis-je. Oui. Lea.
— Pour ma défense, Landor, il faut reconnaître que Mme Marquis vous a fait hier soir certaines confidences plutôt déconcertantes. Et j’avais cru comprendre – à tort, cela va sans dire – que vous vous en félicitiez… peut-être même que vous confirmiez ses vues.
— Enfin, comment aurais-je…
— Non, je vous en prie. (Il leva la main.) Ne me faites pas l’affront de vous justifier. Ce serait parfaitement inutile, d’ailleurs. Vous, épouser Lea ? Ou même lui faire la cour ? Quiconque possède un grain de cervelle en verrait toute l’absurdité.
Ah. Toute l’absurdité. Eh bien, n’étant pas dépourvu non plus de prétentions viriles, je faillis me vexer. Pourtant, n’avais-je pas moi-même reconnu le caractère grotesque de la chose ?
— Donc, je suis navré, vieille tortue, dit Poe, mais…
— C’est évident.
— Vous êtes sûr ?
— Certain.
— Bon. C’est tout de même un soulagement. (Avec un petit rire, il jeta sa casserole sur le lit et se passa une main sur le front.) Me voilà libéré d’un poids, alors si nous passions aux choses sérieuses ?
— En effet, pourquoi pas. Si vous commenciez par me montrer le poulet de Lea ?
Ses paupières flottèrent comme des ailes de mites.
— Le poulet ? dit-il platement.
— Celui qu’elle a glissé dans votre poche pendant que vous enfiliez votre cape. Vous ne vous en êtes sans doute aperçu qu’une fois rentré dans vos quartiers.
Il posa une main sur sa joue, laquelle rosit sensiblement.
— Ce n’est pas un… Poulet n’est sûrement pas le mot qui…
— Oh, peu importe comment vous l’appellerez. Montrez-le-moi, tout simplement. Si cela ne vous embarrasse pas trop.
Il était maintenant rouge comme une pivoine.
— Du tout… cela ne… m’embarrasse aucunement, bafouillait-il. Je… je tire un orgueil infini de cette missive. Être le destinataire de ce… de ce…
Il sortit de sa poche le billet parfumé, le posa sur le lit Et il était vraiment embarrassé, car il se détourna le temps que je le lise :
Esprit céleste, par les dieux transformé,
Diamant-cœur taillé d’extraordinaire pureté,
Grands yeux qui m’ont ouvert le chemin de ton âme…
Amour, puisses-tu de la Mort triompher,
Raviver non la plaie mais l’éternelle flamme.
— Très joli, lui dis-je. Très astucieux aussi, cette façon de…
Mais il n’avait pas besoin d’explication de texte. Il me coupait déjà.
— Landor, un tel présent me prend totalement au dépourvu. C’est trop… trop… (Il sourit, l’air un peu triste, en glissant un doigt sur les bords de la feuille.) C’est que, rendez-vous compte, personne ne m’avait encore dédié de vers.
— Eh bien, vous avez un poème d’avance sur moi.
Ses minuscules dents blanches étincelèrent à mes dépens.
— Pauvre Landor ! N’avez jamais eu de vers à votre gloire, eh ? (Il arqua un sourcil.) Je ne parle pas d’en écrire vous-même, bien sûr, la cause est entendue.
Je faillis bien le corriger. Car, voyez-vous, j’avais rédigé des poèmes. Pour ma fille, quand elle était encore toute petite. De bébêtes comptines que je posais sur son oreiller : « C’est le marchand de sable qui est passé, Faire la bise à mon bébé, mais il reviendra demain, Lui faire un gentil câlin. » Pas vraiment une merveille de prosodie. Avec l’âge, elle les oublia vite, de toute façon.
— Qu’à cela ne tienne, dit Poe. Je vous écrirai quelque chose un jour. Et votre nom passera à la postérité.
— Je vous en serai infiniment reconnaissant. Mais d’abord peut-être pourriez-vous terminer celui que vous avez ébauché ?
— Vous voulez dire…
— Cette affaire de fille aux yeux bleu pâle, là.
— Oui, dit-il, les siens dans les miens.
Je le fixai aussi. Et me mis à grogner :
— Allez. Sortez-moi ça.
— Quoi ?
— La dernière strophe. Vous devez l’avoir sur vous. Sous le billet de Lea, sans doute.
Il hocha la tête avec une grimace.
— Mais vous lisez dans mon âme, Landor ! Il n’est sans doute pas de mystère, dans l’univers entier, qu’avec vos perceptions si acérées, vous ne sauriez en quelques…
— Oui, oui, c’est ça. Donnez.
Je me rappelle avec quelle lenteur il étendit l’autre feuille sur le couvre-lit – comme s’il dépliait le suaire du Christ. Il la défroissa soigneusement, puis recula d’un pas et resta là à la contempler, telle une religieuse recueillie devant son divin fiancé. Alors seulement il me fit signe d’approcher et je lus :
Écumantes, mille ailes s’abattirent !
Profondes comme les ténèbres !
Saisi d’effroi, je l’implorai :
« Hâte-toi, hâte-toi ! »
Transie, elle ne répondit pas,
Me laissant seul devant la Nuit -
Ô l’immonde et funeste Nuit,
Qui, insondable et sans merci,
Recouvrit Leonore d’un voile d’oubli -
Tout autour de l’œil de cérule :
Épouvanté dans son trépas.
Je n’avais pas fini qu’il se lançait déjà dans l’exégèse :
— Nous avons eu déjà eu l’occasion, Landor, de remarquer la similitude des deux prénoms : Lea, Leonore. Nous avons noté par ailleurs que leurs yeux sont pareillement bleus. Sans oublier la mention d’une indicible détresse. Et aujourd’hui… (Il s’interrompit Ses mains tremblaient lorsqu’il ramassa son papier.) Aujourd’hui, nous avons une conclusion. Un dénouement. Quelque chose d’imminent. De pressant d’urgent Ce poème nous est adressé, vous comprenez bien ? Il nous annonce un décès.
— Que devons-nous faire, dans ce cas ? Envoyer Lea au cloître ?
— C’est bien ce qui m’horripile ! s’écria-t-il, levant brusquement les deux bras. Je n’en sais rien. Je ne suis que le médium, je transmets une forme dont le sens profond m’échappe !
— Oh, « le médium », grognai-je. Voulez-vous que je vous dise, Poe ? Vous êtes l’auteur de ce poème. Pas votre mère – Dieu ait son âme – ni quelque rimailleur surnaturel. Vous.
Il croisa les bras et s’enfonça dans le fauteuil à bascule.
— Recourez à votre esprit d’analyse, lui dis-je. Vous ne pensez, jour et nuit, qu’à votre Lea. Compte tenu des brefs moments que vous avez vécus ensemble, il est compréhensible que sa sécurité vous préoccupe. De façon bien naturelle, vos angoisses se retrouvent dans une forme d’expression qui vous est chère : la poésie. Pourquoi aller chercher plus loin ?
— Dans ce cas, pourquoi l’inspiration se dérobe-t-elle quand je la réclame ? Pourquoi suis-je incapable d’ajouter une quatrième strophe ici et maintenant ?
Je haussai les épaules :
— Vous avez ce qu’on appelle les Muses, vous autres, non ? Elles ont la réputation d’être capricieuses.
— Oh, Landor, dit-il, se renfrognant. Vous devriez me connaître assez pour le savoir. Les Muses, je n’y crois pas.
— Vous croyez quoi, alors ?
— Que je ne suis pas l’auteur de ce poème.
Je l’avais acculé dans l’impasse, Lecteur, et je me mis à faire les cent pas. Dur mais friable comme le schiste, il regardait le jeu de l’ombre et de la lumière sur mon visage, en se demandant pourquoi l’une et l’autre dégageaient la même froideur. En réalité, j’étais en train de parvenir à une décision.
— Bon, dis-je enfin. Puisque vous persistez à prendre tout cela au sérieux, examinons la chose dans son entier. Vous rappelez-vous les deux premières strophes, au moins ?
— Bien sûr, elles sont gravées dans ma mémoire.
— Auriez-vous l’obligeance de les recopier ? Juste au-dessus de celle-ci ?
Il s’exécuta aussitôt, grattant le papier sans un moment d’hésitation jusqu’à ce que le haut de la feuille soit entièrement noirci. Alors il se rassit.
J’étudiai le résultat pendant un certain temps. Ensuite je l’étudiai lui, plus longtemps encore.
— Qu’y a-t-il ? demanda-t-il en ouvrant de grands yeux.
— C’est exactement ce que je pensais. Votre état d’esprit du moment, transformé en allégorie. Un mauvais rêve, rien de plus, enrubanné dans la métrique.
Je laissai la feuille m’échapper des mains. Elle se balança mollement dans les airs, telle une coquille de noix dans le ruisseau, et, lorsqu’elle tomba sur le lit, elle eut comme un léger soubresaut.
— Évidemment, continuai-je, d’un point de vue de lecteur, je pense que quelques modifications permettraient d’améliorer l’ensemble. Si votre maman n’y voit pas d’inconvénient.
— Des modifications ? dit-il, le rire aux lèvres.
— Eh bien, ce « saisi d’effroi », par exemple. Qu’est-ce que cela veut dire ? Ébahi, frappé, étourdi ?
— Pour quelque esprit littéral, peut-être.
— Et votre affaire, là, cet « œil de cérule ». Cela ne serait pas une invention ?
— Une invention ?
— Oh, et ce nom, Leonore, comment allez-vous me justifier ça ? Franchement, d’où ça sort ?
— C’est un… anapeste. Très harmonieux.
— Non, je vais vous dire ce que c’est. Ces prénoms-là n’existent que dans les poèmes. Voilà pourquoi je suis le genre d’individu qui se passe de poésie. Et de toutes vos fichues Leonore.
La mâchoire de travers, il récupéra brutalement la feuille qu’il fourra dans la poche de son manteau. Il dégageait des vapeurs – comme un fer à repasser brûlant sur un pantalon mouillé.
— Vous ne laissez pas de m’étonner, Landor. Qui eût pensé que, en matière de style, vous fassiez autorité ?
— Allons, allons.
— J’aurais cru que vous ne perdiez pas de temps avec ces vétilles ! Il me faut reconnaître que votre intelligence n’a pas de limite ! Que votre commerce est source d’enrichissements constants !
— Je vous faisais seulement part de quelques…
— Vous m’en aurez suffisamment imparti, merci, dit-il en donnant de petites tapes sur sa poche. Je m’efforcerai de ne plus vous déranger. Soyez assuré que, à l’avenir, je garderai mes vers pour moi.
Pas de sortie fracassante. Il ne sortit même pas tout de suite. Resta une heure de plus, si je me souviens bien, bien que ce fût comme s’il était parti. Je crois maintenant que c’est la raison pour laquelle je ne lui rapportai pas mes aventures dans la penderie. À quoi bon déposer de telles nouvelles dans l’oreille d’un sourd ?
(Ou alors je fomentais quelque chose sans le savoir. Un quelque chose qui souhaitait le voir rester encore.)
Très vite, un profond silence s’installa et j’étais en train de penser, avec une pointe d’irritation, que si j’avais voulu être seul, j’aurais pu aussi bien rester à Buttermilk Falls, m’épargner un nouvel aller et retour à West Point et… quand, sans prévenir, il se leva et, d’un pas leste, se dirigea vers la porte.
Il ne la claqua pas, je lui reconnais cela. Il ne la referma pas tout à fait et elle était encore entrouverte lorsqu’il revint une heure plus tard environ, frissonnant tête nue, les cheveux perlés de neige fondue, les narines encombrées et frémissantes. Il marchait tout doucement presque sur la pointe des pieds, comme s’il craignait de me réveiller. Alors il me fit un sourire de pochard et, frétillant du bout des doigts, déclara royalement :
— Cela m’agace, Landor, mais il va falloir que je m’excuse deux fois dans la même soirée.
Je lui répondis que cela n’était pas nécessaire. J’affirmai que tout était ma faute, que je n’avais pas à dénigrer ce merveilleux petit poème – enfin, pas merveilleux, le mot ne convenait pas, mais c’était… extrêmement poétique, oui… oh, il me comprenait, quoi ?
Eh bien, il me laissa continuer dans la même veine, cela ne devait pas lui déplaire, et pourtant (à ma grande surprise) ce n’est pas cela qu’il cherchait. Ni un verre de plus de Monongahela – il repoussa mon offre d’un geste prompt et dégagé. S’assit par terre, tiens donc, genoux pliés et les bras par-dessus. Se mit à scruter le tapis, les volutes des fleurs de lys, vertes et dorées, et il dit de la voix la plus douce que je lui connusse :
— Fichtre, Landor, si je vous perds, autant renoncer à tout.
— Oh, lui dis-je en souriant, vous aurez toujours mille raisons de vivre, Poe. Et de nombreux admirateurs aussi.
— Mais personne qui soit aussi bon envers moi que vous l’avez été. Non, c’est vrai ! Vous, un homme mesuré, distingué, solide ! Si ! Qui avez bien voulu me laisser pérorer des heures, sur tous les sujets possibles et imaginables. Vous à qui j’ai confié les secrets de mon cœur, de mon esprit, de mon âme, et qui les avez… (Il joignit ses deux mains pour former une coupe.)… soigneusement conservés… Plus aimable que le plus aimable des pères, et vous m’avez traité en homme. Comment pourrais-je oublier cela ?
Il étreignit une dernière fois ses genoux, se releva d’un bond et gagna la fenêtre.
— Assez de ces mièvreries, dit-il. Je sais que cela vous ennuie. Permettez-moi tout de même de faire un vœu : jamais plus je ne tolérerai que la jalousie, ou… ou l’orgueil compromette notre amitié. C’est un don trop précieux. Avec l’amour de Lea, la chose la plus précieuse que m’ait apportée cet endroit maudit.
Un bienfait n’est jamais perdu, pensai-je. Je compris alors que, si je voulais vraiment me débarrasser de lui, il faudrait faire bien pire que critiquer la prosodie de sa mère – il faudrait quelque chose de proprement impardonnable.
Avant qu’il s’en aille, ce soir-là, je lui demandai :
— Une dernière question, Poe.
— Oui ?
— Quand j’étais à l’étage, chez le Dr Marquis, Artemus a-t-il quitté le salon ?
— Oui, dit-il lentement. Sa mère étant souffrante, il souhaitait se rendre à son chevet.
— Combien de temps s’est-il absenté ?
— À peine quelques minutes. Je m’étonne que vous ne l’ayez pas vu.
— Vous a-t-il paru changé, en revenant ?
— Oui, il semblait agité. Il nous a expliqué que Mme Marquis était insupportable, qu’il était lui-même énervé, qu’il avait dû sortir pour se calmer. Et… si, il avait de la neige sur le front et il s’essuyait en parlant.
— Il avait de la neige sur lui ?
— Enfin, il essuyait quelque chose. Quoique… Tiens, c’est étrange…
— Quoi donc ?
— Ses bottes étaient parfaitement sèches. Maintenant que j’y pense, Landor, il était un peu dans le même état que vous, en redescendant.
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