Un œil bleu pâle
Rapport d’Edgar A. Poe à Augustus Landor Le 11 décembre 1830
Rapport d’Edgar A. Poe
à Augustus Landor
Le 11 décembre 1830
Landor, où étiez-vous hier soir ? Je trouvai votre porte inopinément fermée et je ne reçus pas de réponse quand je frappai. Mon étonnement était d’autant plus grand que j’étais sûr d’avoir aperçu de la lumière à votre fenêtre. Il faut bien veiller à éteindre vos chandelles quand vous sortez. Enfin, vous ne voudriez pas déjà mettre le feu au majestueux hôtel de M. Cozzen, alors qu’on vient à peine d’en achever la construction !
Je me demande toutefois si vous serez « chez vous » ce soir ? Je suis bourrelé d’inquiétude au sujet de Lea. Malgré tous mes efforts, elle refuse de me voir et j’en suis réduit à croire que la disparition de M. Stoddard, renouvelant un sentiment d’horreur et d’effroi, a produit des ravages sur son âme si sensible et délicate. Peut-être tient-elle à m’épargner le spectacle de ses féminines infirmités ? Ce serait, hélas, fort mal me connaître, Landor ! Car je l’aimerais plus encore dans sa fragilité que dans sa force ; je la chérirais davantage au seuil de la Mort qu’à l’aube de l’Amour. Il faut qu’elle le sache ! Il le faut !
Landor, où êtes-vous ?
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