Ainsi pleurent nos hommes

Dominique Celis · Chapitre 19 sur 59

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Ainsi pleurent nos hommes

Kigali, vendredi 6 avril 2018

 

 

J’ai le cafard, Lo.

Je n’arrive pas à te parler de James,

Sans achopper sur notre frère.

Je traque.

Comment ? Comment écrire ?

Je trouve pas.

Patauge,

Dans les fondrières du frère,

De son club de rallye motocross.

Les compétitions organisées à même les cités,

De Kin-la-Belle. Capitale du grenier belgo-occidental,

Aux terrains éventrés par la corruption – les routes.

Pardon d’y revenir,

Lawurensiya,

À cet après-midi de joie ordinaire,

À cette voie, asphaltée car menant chez Papa Mobutu.

Le frère, il se la prend. À donf. Sur la roue arrière.

T-shirt en bandana sur le front, jean remonté sur les genoux.

Il est beau. Il sourit. Il est en train de gagner.

Il est heureux.

Mille gamins surexcités à sa suite. Les applaudissements. Les sifflets. L’hystérie des filles.

Des potes et moi escaladés sur le portail du resto La Devinière,

Pour un panorama sur la course.

Puis. Annonciateur. Un silence invincible dans mon corps.

Le virage au niveau du Palais de Marbre,

Il le rate. Il le rate. Il le rate.

Hurlées du public.

Son prénom,

Deux syllabes foudroyées.

L’éternité a un nom Lawurensiya,

Le frère.

Un espace,

Kinshasa.

L’éternité a un nom Lawurensiya,

Les frères.

Une date,

94.

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