Ainsi pleurent nos hommes

Dominique Celis · Chapitre 26 sur 59

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Ainsi pleurent nos hommes

Kigali, vendredi 1er juin 2018

 

Lawurensiya,

Laisse-moi te décrire les photos relevées ce matin en allumant ma messagerie,

Prises et envoyées hier par de chères amies.

Imagine-les, Lawurensiya, ces photos. Pareilles à des fourmis rouges géantes.

Je dormais. Je ne les ai ni vues venir ni entendues.

Elles se sont avancées en colonne. Rasant les plinthes. Ordonnées.

Condottieres sans courtoisie de guerre,

M’ont catchée par-derrière,

Vincent.

Bang bang bang,

Chicotée à terre.

Position fœtale instinctive – protéger l’artère vitale,

Attention ! Dose létale.

Vincent.

Pilonnage par des aiguilles en fer,

Me défaisant ver,

Rampante,

Lombric vagin éclatant éclaté des Tantes.

Il y a dit-on un espion qui rôde par ici invisible comme l’horizon dont il

s’est indignement revêtu et avec quoi il se confond 1

Sur la cuisse mi-nue d’une femme,

Sur les hanches d’une autre, nichée sur ses genoux,

Il y a les longues mains souples de mon amour 2

Tête renversée rires aux éclats,

Vincent,

Un après-midi de joie ordinaire.

Dans un décor lacustre en fond sonore,

De fleurs à profusion, telles celles du jardin de Tata Gaudence, ma Gaudé.

Barbecue gril chèvre brochettes frites,

Soleil de fin de samedi oisif sur des ébènes veloutées,

Vincent.

Ses lèvres épicées à elle, elles, sur sa peau à lui, lui, pour des baisers brasier.

Je grossis les gens photographiés. Des familiers.

 

1. Apollinaire, « Obus couleur de lune – Il y a », op. cit.

2. Ibid.

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