Ainsi pleurent nos hommes
Kigali, jeudi 27 décembre 2018
Sept mois et neuf jours depuis le C’est horrible de Vincent.
Tout a foiré, Lo.
Le soir, j’allais éteindre, Vincent a textoté. Ma copine ou une autre, ça n’a ni importance, ni signification, ni valeur. Dussé-je un jour me marier. N’en doute jamais. Jamais. L’important, c’est de trouver une issue de vie.
Je n’ai pas accusé réception. Pas répondu. Pas fermé l’œil.
Je te jure, Vincent, tard le lendemain.
– J’ai repensé à nos derniers appels, j’ai une suggestion à te faire. Dis, tu es là ? Tu as reçu mon message ?
– Oui, aux deux questions.
Il y a eu un silence.
– Ton sport te fait du bien, je l’ai vu à Kigali. N’y renonce pas, s’il te plaît. Gaspard, c’est fini. Forge-toi ton opinion, va voir Clotilde. Je sais pas… Dis-lui, genre, tu vivais au Congo, nos mères étaient des copines. Tu es de retour au pays. Ta mère voudrait comprendre. Dis-lui avoir obtenu son adresse par madame Gaspard. Elle sera en confiance.
– Mon vocabulaire en kinya n’est pas assez nuancé. La Clotilde, elle parle français ?
– Ah merde ! C’est vrai ! Non. Ça m’étonnerait.
– Avec qui préfères-tu que j’y aille ?
– Pas James. Pas Damas. Pas un rescapé. Pas un Rwandais.
J’ai eu un rire bref. On s’est tus.
– Un métis ? ai-je proposé.
– Mmh… Pas convaincu. Les métis rwandais ressemblent souvent à des Arabes. Elle n’en connaît pas, elle aura peur. Il faudrait un Blanc. Un vrai Blanc, avec des yeux clairs et plein de poils.
– Vincent, un vrai Blanc, rwandophone, j’ai pas cette espèce sous la main.
– Freddy ? Ton pote tenancier du Ku rya nyuma, à Giporoso ? Le gars orphelin de mère belge et dont le père métis a été génocidé ? Freddy, impossible de soupçonner son ascendance africaine.
On a discuté jusqu’aux petites heures. J’émettais des objections. Vincent a persisté. C’était un ami de Thomas, non ? On convenait de se reparler dans deux jours.
Nuit infecte. Incapable de réfléchir. Sa copine. Son texto.
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