Ainsi pleurent nos hommes

Dominique Celis · Chapitre 38 sur 59

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Ainsi pleurent nos hommes

Kigali, vendredi 31 août 2018

 

Lo, tu vois, de retour à Kigali, je vous ai écoutés, toi et Manzi…

Mardi, 17 h 55 devant l’entrée principale du stade Amahoro. Manzi était là. Casquette sur le crâne, en pantalon de jogging et débardeur gris. Il tenait un chronomètre, une lanière de sac à dos et sautillait sur place en boxant un adversaire imaginaire. Il m’a souri. Nous avons rejoint un groupe d’au moins trente à quarante personnes. Il m’a présentée.

– Erika !

Il y a eu des tas de Karibu ! Welcome ! Salut ! des sourires et des tapes dans les mains. Quelqu’un m’a indiqué le banc où laisser mes petites affaires, un sweat-shirt et une bouteille d’eau. Manzi a sifflé à la mayibobo, doigts entre les lèvres. Un bref silence.

– Échauffement commun d’une heure, ensuite pause de dix minutes. Puis le groupe karaté viendra avec moi. Un instructeur prendra en charge pendant trente minutes l’équipe extérieure pour les exercices de respiration et d’étirements. Sawa ?

– Sawa ! Yego !

Lawurensiya, je te jure. La crise cardiaque. Je l’ai frôlée. Là, à Remera. Dans un de mes quartiers favoris. À l’heure sublime de l’apéro. Dans la joyeuse agitation de fin de journée. Des véhicules, des motards fougueux, des boutiques pleines et des bars accueillants. Les rires étouffés dans la rue. Les gens élégants, en tenue neutre ou fashion pagne, qui se congratulent ou font un brin de causette, portables en main. Chaleur douce, soleil en partance. Les militaires en position, la police pour désengorger les embouteillages, l’allumage de l’éclairage public. Les boqueteaux verts séparant les avenues et les parterres près des trottoirs, avec leurs fleurs nocturnes embaumant l’atmosphère. Et moi. Ta sœur. Joues sanguines. Poumons éjectés de la cage thoracique, accrochés à mes lobes d’oreilles. Peau qui gratte, gratte. C’est le réveil lymphatique, m’a effrayée une camarade d’infortune. Vers 20 h 15, à la fin de l’entraînement, la plupart d’entre nous sommes restés discuter avec Manzi et des instructeurs. On m’a fait promettre de revenir le vendredi. J’ai promis… Je suis revenue.

J’ai rencontré Gaspard, ceinture noire et entraîneur à Amahoro.

Je n’ai pas fait le lien avec le Gaspard de Vincent.

Enfin. Pas tout de suite.

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