Ainsi pleurent nos hommes
Kigali, samedi 10 novembre 2018
Lawurensiya, si tu meurs je te tue ! Je te jure !
La Colonelle et mon Jaja ont raison ! Mon problème fondamental, irrécupérable, pathétique, c’est de surestimer beaucoup trop l’amour.
Au retour de Gisovu, dès la porte de la chambre fermée, Vincent m’a plaquée au mur, tibias sur sa poitrine. Il a pesé de sa masse sur moi. En lèvres à langues, murmuré :
– Ipso facto, j’ai pas compris. Par le fait même, c’est quoi ? Quelle grammaire ?
– Par une conséquence obligée. C’est une locution adverbiale.
Il a pivoté pour s’adosser et me soulager de son poids. Je l’ai embrassé et ai enroulé mes jambes sur ses hanches. Il a accueilli le baiser. La bouche de Vincent, Lawurensiya. Presque féminine. Pulpeuse, foncée. Un fruit d’Afrique orientale – soleil baston, sans pitié, chaleur, humidité. C’est un patient, Vincent. Je te l’ai écrit. Il est revenu à la charge.
– Donc, comme je ne veux pas te déménager à Istanbul, tu ne m’attends pas à Kigali et tu fais ta vie ?
– Oui. Je fais ma vie au Rwanda, avec mon cœur en Turquie et mon corps en rade de toi.
Je l’ai mordu pour me dégager de son étreinte. De sa peau délayée dans son parfum Bleu, de sa voix grave, de ses battements de cœur. Il m’a étouffée sur sa poitrine, pour m’empêcher de le regarder. Révélation impromptue, ipso facto l’a déchiré. Je ne lui appartenais pas.
– Je suis un vrai connard. Je peux te faire un câlin ? a-t-il ajouté, maladroit.
Cette tombée de la nuit à Karongi, c’était pleine lune. Vincent m’a déposée au sol. Je me suis mise sur la pointe des pieds pour retirer sa chemise. Son maillot de corps. Prendre le temps de manger ses épaules. Il a défait mes cheveux et renversé mon visage sous le sien. Sondée de ses étoiles noires. Impénétrables. J’ai eu un pressentiment. Une boule de peur au ventre.
Un désir, Fou de Vincent.
J’ai débouclé sa ceinture.
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