Ainsi pleurent nos hommes

Dominique Celis · Chapitre 50 sur 59

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Ainsi pleurent nos hommes

Kigali, vendredi 14 décembre 2018

 

Lawurensiya. Le quotidien, suite.

Suspension dans le vide. Accrochée au corps de Manzi et aux appels de Vincent.

Tonton passait régulièrement au #G@spard. Rentrait, bredouille. James et moi déprimions. Déshydratés. Perfusés à la bière. Chez moi. Sur la terrasse. Manzi, nerveux. Les affaires, pas bonnes. Il se repliait sur Bukavu et Goma, chaotiques, dégoulinantes de fric et abusées par les humanitaires. Gaspard et lui étaient en compétition, sourde, inavouable. Les karatékas se préparaient dur pour la sélection du championnat d’Afrique. Manzi maigrissait trop. Pesait ses protéines. Gobait des œufs crus au petit déjeuner. Je rigolais et me moquais de lui. Il était jaloux. Soupçonneux.

Manzi nous a convaincus, Tonton, la Colonelle et moi, d’associer James à notre investigation. De cesser de le protéger sans son accord !

– C’est le frère d’Erika. C’est offensant de l’écarter. Et nous avons besoin de lui, rescapé, pour approcher les survivants du quartier. Ils ont nécessairement des infos. Comme témoins oculaires ou lors des procès gacaca.

Manzi a vu mon Jaja. Un mois après, soit six depuis le C’est horrible de Vincent, James nous a réunis à L’Église. Les survivants étaient formels. Tous les hommes de la famille de Gaspard ont violé. Sauf lui ! Son père, un notable, chef des Interahamwe, prélevait des esclaves sexuelles aux barrières. Elles étaient stockées dans le salon. À sa disposition et celles de ses proches – frères et beaux-frères, fils, oncles, cousins, amis fidèles. Des miliciens aussi, contre alcool, argent ou cadeaux pour soudoyer l’épouse et les sœurs, témoins complaisantes.

– Oui ! a martelé James. Les rescapés sont unanimes. Gaspard a tout vu et n’a pas participé aux viols. Il a tenu des barrières et n’a pas tué. Incroyable !

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