Avec ou sans uniforme…

Maya BANKS · Chapitre 11 sur 48

Pages du PDF

Avec ou sans uniforme…

Chapitre 7

7

 

— Tu veux que j’aille leur botter les fesses ? s’exclama hargneusement Kirsten, remontée comme jamais.

Jessie ferma les yeux, les doigts enroulés autour de son mug de café chaud, et en huma le riche arôme. Elle avait beau faire son possible pour se calmer, elle tremblait de tous ses membres. Même ses dents claquaient, produisant un son très désagréable.

Kirsten lui retira délicatement la tasse des mains pour la poser sur la table basse devant le canapé, et elle rouvrit les paupières.

— Tu vas finir par te renverser la tasse dessus et t’ébouillanter. Tu frissonnes encore.

— Merci d’être venue.

Kirsten avait rappliqué en un éclair et l’avait ramenée à son appartement. Heureusement d’ailleurs. Jessie redoutait de rentrer chez elle et de se retrouver toute seule.

— Arrête de me remercier. C’est pour ça que les copines sont là, non ?

Les yeux de Jessie s’embuèrent de nouveau.

— Tu es la meilleure amie qu’on puisse rêver d’avoir. Tu as toujours été là pour moi depuis la sixième.

— L’inverse est vrai aussi.

Kirsten était une belle femme avec un sourire avenant. Un sourire séduisant qui poussait naturellement les gens à l’aborder. Elle était légèrement plus grande que Jessie mais beaucoup plus fine. Elle avait une taille de guêpe qui faisait pâlir d’envie son amie et elle se déplaçait avec une grâce qui retenait l’attention des hommes dans la rue.

Sa longue chevelure auburn prenait de multiples reflets chauds au soleil. Ses yeux étaient d’un bleu des plus purs, hypnotiques.

— Tu n’as pas répondu à ma question. Est-ce que tu veux que j’aille leur botter les fesses ?

Jessie esquissa un maigre sourire.

— Non. C’est moi l’imbécile dans cette histoire. Je n’aurais jamais dû suivre Rick et Truitt chez eux. Merriam m’avait virée et j’étais bouleversée. Je me suis fait mal au genou et ils m’ont proposé… un peu de réconfort.

Kirsten lâcha un petit cri outré.

— Ils ne t’ont pas proposé que ça.

— En tout cas, j’ai vraiment mal choisi mon soir pour accepter. Non seulement la police croit que j’ai assassiné une femme, mais en plus on me prend pour une espèce de salope qui a séduit deux inspecteurs pour pouvoir ensuite s’en servir d’alibi.

— J’ai l’impression d’entendre le scénario d’une mauvaise série B.

— À qui le dis-tu ! s’écria Jessie en se cachant le visage. Qu’est-ce que je vais faire ? Ils sont convaincus de ma culpabilité. Apparemment, ils auraient des témoins. Qu’est-ce que je vais devenir, Kirsten ? Je n’ai pas les moyens de me payer un avocat. Et puis il faut absolument que je retrouve un boulot. Mais qui acceptera de m’employer à présent qu’on me soupçonne de meurtre ?

Kirsten lui prit la main et la serra affectueusement.

— Ça saute aux yeux que tu es innocente. Tu es la personne la plus douce que je connaisse. Essaie de ne pas t’affoler. Ils ne t’ont pas arrêtée. Ça veut dire qu’ils ne possèdent pas encore les preuves nécessaires. Ils vont bien finir par coincer le meurtrier de Merriam. Au pire, on demandera de l’aide à mon père. Il te considère comme sa fille. Jamais il ne te laisserait dans la panade.

Jessie fut incapable de retenir ses larmes plus longtemps ; elle fondit en larmes dans les bras de son amie.

— Je n’oublierai jamais tout ce que tu as fait pour moi. Tu es restée à mes côtés à l’hôpital, et tout au long de ma convalescence alors qu’on n’était même pas sûrs que je remarcherais un jour.

Kirsten la serra fort et déposa un tendre baiser sur sa joue.

— Et toi tu étais avec moi quand j’étais au plus mal. Tu m’as secoué les puces alors que j’avais envie de me laisser mourir.

Kirsten s’écarta et caressa la chevelure ébouriffée de Jessie.

— Tu as besoin d’un peu de repos, ma puce. Je sais, c’est difficile de trouver le sommeil quand on est si perturbée et qu’on craint le pire. Je vais te donner un de mes somnifères. Ça ne peut pas te faire de mal. C’est juste un petit coup de pouce pour t’aider à dormir.

Jessie hocha la tête, les paupières lourdes. Elle était crevée. À l’heure présente, elle aurait tout donné pour perdre connaissance pendant quelques heures et ne plus se soucier de rien.

 

Le téléphone du bureau retentit. Rick décrocha. Un bref silence s’ensuivit avant que le bruit familier d’un synthétiseur vocal craquette à l’autre bout du combiné, un son angoissant.

Il se raidit et se tourna vivement, agitant les bras pour attirer l’attention de Truitt et de ses autres collègues à portée de main.

— Bonjour inspecteur Broughman. Je dois vous avouer que vous me décevez. Ma dernière proie s’est avérée fort décevante. Elle ne m’arrivait pas à la cheville. Il faudra que je choisisse une femme digne de mes talents la prochaine fois. Je vous donnerais volontiers les coordonnées de ma dernière prise, toutefois mon petit doigt me dit que vous n’allez pas avoir de mal à la retrouver.

L’estomac de Rick se récria, mais avant qu’il puisse répondre, la ligne se coupa. Il s’affaissa dans son siège, le combiné à la main. Quelques instants plus tard, son supérieur entra en trombe dans son bureau suivi de plusieurs agents de police.

— C’était lui. Bon sang, il y a encore une victime. Il était déçu, a trouvé qu’elle n’était pas à la hauteur de ses espérances.

Des jurons fusèrent de toutes parts. Le lieutenant se pinça l’arête du nez et ferma les yeux.

— Nom de Dieu ! Il n’a rien dit d’autre ?

— Simplement qu’il choisirait mieux la prochaine fois. Qu’elle n’était pas digne de lui. Il n’a voulu donner aucunes coordonnées géographiques prétextant qu’elle ne serait pas difficile à localiser.

— Il monte d’un cran, fit remarquer Truitt. Deux semaines se sont écoulées depuis le dernier meurtre. Deux fois moins de temps qu’entre les deux dernières victimes.

— Autrement dit, il va bientôt se remettre en quête d’une nouvelle proie, commenta Bull d’un air grave. Il faut à tout prix coincer ce fils de pute.

— Prévenez toutes les unités, déclara le lieutenant. Il faut lancer les recherches. Faites-le le plus discrètement possible. Évitons d’alerter les médias avant d’avoir retrouvé un corps. Les gens seraient capables d’aller ratisser eux-mêmes les bois et risqueraient de fouler les lieux du crime.

Les agents se dispersèrent peu à peu. Rick glissa une main dans ses cheveux. Il souffrait d’un fichu mal de crâne. Quel bourbier ! Voilà qui tombait au plus mauvais moment. Même s’il ne voulait pas entendre parler de l’enquête sur le meurtre de Merriam Powell, il avait du mal à croire à la culpabilité de Jessie. Aux dernières nouvelles, ce n’était plus qu’une question de formalités ; le dossier serait bientôt transmis au procureur. Et bien qu’il soit censé garder ses distances avec cette affaire – et avec Jessie – il n’avait pas l’intention de fermer les yeux. Il avait besoin de savoir. Sauf qu’avec ce nouveau rebondissement dans l’affaire du tueur en série, il n’aurait pas un moment à lui.

Avec un soupir las, il composa le numéro de son groupe de bénévoles. Malheureusement, le cadavre d’une autre jeune femme allait hanter ses rêves. Mais il fallait la retrouver. Elle méritait d’être enterrée dans la dignité au lieu de pourrir anonymement seule dans la forêt.

 

Jessie et Kirsten étaient assises jambes croisées sur le canapé de Kirsten, chacune tenant un gros pot de crème glacée dans les mains. Jessie était accro à celle qui était truffée de morceaux de cookies. À ses yeux, c’était la meilleure au monde. Quant à Kirsten, elle avait opté pour un mélange bizarre de parfums et de noix. Rien que de penser à ce que contenait sa glace, Jessie frissonna.

Kirsten zappa pendant un long moment, une manie qui hérissait Jessie. Mais elle ne dit rien et se focalisa sur sa crème glacée. Et sur toutes les délicieuses calories qui se trouvaient dedans. Hé, quand votre vie craint, empiffrez-vous de glace !

— Bordel, Jessie, c’est toi !

Jessie releva la tête et étrécit les yeux, confuse.

— Hein ?

Elle scruta l’écran tandis que Kirsten augmentait le volume. Lorsqu’elle vit une photo d’elle au journal télévisé, elle se figea. Le présentateur commentait le meurtre de la propriétaire d’un pub local mais la seule chose que Jessie entendit, ce fut son nom et le fait qu’elle était considérée comme suspecte potentielle dans cette affaire. S’ensuivait un portrait d’elle où l’on précisait qu’elle avait été serveuse dans ledit bar jusqu’à ce qu’on la renvoie parce qu’on la soupçonnait de voler sa patronne.

— Putain ! s’écria Kirsten. Je n’en crois pas mes oreilles. Ils n’ont pas le droit. Tu n’as pas été arrêtée. C’est de la diffamation !

« Bien qu’aucun mandat n’ait été délivré à ce jour, on s’attend à ce que la police procède à une arrestation d’ici peu. »

Le ventre de Jessie se vrilla et sa bouche devint très sèche. Elle fixa longuement l’écran noir après que Kirsten l’eut éteint et jeté la télécommande à l’autre bout de la pièce.

— C’est décidé ! J’appelle mon père. C’est un scandale. Ils n’ont pas le droit de te faire ça. Une « source au sein du service de police » ? Bordel de merde. Quand on saura qui a vendu ta peau on lui collera un procès au cul, grommela Kirsten. Ils n’ont pas le droit de donner ton nom en pâture aux médias alors qu’aucune charge n’a été retenue contre toi ! Je croyais qu’on était présumé innocent jusqu’à être déclaré coupable ? Ils ont déjà commencé ton procès, nom de Dieu !

Jessie était incapable de parler. Sa gorge était trop nouée. Elle nageait en plein cauchemar. D’accord, elle avait un peu flippé quand on l’avait emmenée au poste de police pour y être interrogée. Certes, ça l’avait énervée qu’on l’accuse du meurtre de Merriam à brûle-pourpoint. Cependant, jamais elle ne se serait doutée que les choses en arriveraient là. Peut-être qu’elle se voilait la face, mais on ne jetait pas les innocents en prison, n’est-ce pas ? Sauf dans les thrillers ou les romans policiers ? Seigneur, qu’elle avait été naïve !

— Qu’est-ce que je vais faire ?

Son amie s’assit à côté d’elle et la prit par les épaules.

— Nous allons commencer par engager les services d’un avocat. Un putain de bon avocat ! Papa connaît sans doute quelqu’un. Je vais l’appeler sur-le-champ. Écoute-moi bien, Jessie. Si jamais ils viennent t’arrêter, tu ne lâches rien. Pas un seul mot. Tu regardes droit devant toi et tu refuses de parler tant que ton avocat ne sera pas là pour te conseiller. Compris ? Pas même une syllabe. Ils vont essayer de te tirer des aveux. De te faire dire tout un tas de choses qu’ils vont pouvoir déformer et utiliser contre toi au tribunal. Si tu gardes le silence, ils n’auront rien à se mettre sous la dent.

Jessie hocha bêtement la tête. Puis elle se blottit contre Kirsten comme si sa vie en dépendait.

— J’ai peur. Ce genre de choses, ce n’est pas censé arriver en dehors des films.

Kirsten la serra fort avant de s’écarter.

— Demain, tu récupéreras toutes tes affaires. Tu vas emménager avec moi jusqu’à ce que cette histoire soit réglée.

— Mais je ne peux pas faire ça. Je n’ai même pas de boulot, protesta Jessie.

— Justement. Tu ne peux pas payer de loyer si tu n’as pas d’emploi. Et si tu ne t’installes pas chez moi, tu te retrouveras à la rue. Hors de question. Tu n’auras qu’à me déposer à mon travail. Ensuite tu prendras la voiture pour aller récupérer tes affaires et tu viendras me rechercher à la fin de mon service.

— Je t’adore, répondit vivement Jessie.

Kirsten lui adressa un sourire.

— Moi aussi. On ne va pas se laisser faire par ces flics. À présent, je vais passer un coup de fil à papa. Il va être furieux. On va te tirer de là, Jessie. Je te le promets.

OceanofPDF.com