Avec ou sans uniforme…
Chapitre 11
11
Darcy serrait son téléphone de toutes ses forces. Elle se força à décrisper les doigts.
— Comment se fait-il que personne n’ait su pour Chris et Dani, Nadine ?
— Je n’en sais rien. Je n’en reviens pas. Et moi qui n’ai jamais rien soupçonné !
— Mon Dieu…
— En même temps, Chris est le shérif. Il est bien placé pour protéger ses arrières. Pas parce qu’il l’a tuée, non, ce n’est pas ce que j’insinue. On ne me fera jamais croire une chose pareille. Je suis sûre qu’il a dissimulé cette histoire parce qu’il craignait de foutre toutes ses chances en l’air avec toi si jamais tu apprenais qu’il s’était tapé ta sœur.
Secouée de hoquets, Darcy inspira lentement et essuya les larmes qui ruisselaient le long de ses joues. C’était incroyablement douloureux pour elle d’apprendre que Dani avait autant changé en son absence. Elle n’arrivait pas à le croire, encore moins à se le représenter.
— Où avait-elle la tête ? Était-elle amoureuse de lui ? Forcément… Depuis quand avait-elle le béguin pour lui ? Et s’il dit la vérité, si leur relation s’est effectivement terminée avant qu’elle ne tombe enceinte, qui fréquentait-elle d’autre ?
Nadine poussa un long soupir.
— Je ne sais pas, Darcy. Peut-être que tu lui manquais. Peut-être qu’elle était jalouse de toi depuis longtemps. La convoitise peut faire perdre la tête à une femme. À moins qu’elle n’ait juste eu envie de prendre son envol. Elle aura voulu prendre modèle sur toi en poussant ton comportement à son paroxysme ? Je ne suis pas psy, ma poupée. Ni même voyante. Je n’ai pas les réponses à tes questions. Désolée.
— Tant pis. Écoute, je dois te laisser.
— Tu veux que je vienne ? Sauf si ton beau Marshal est avec toi…
— Ça va aller. Merci. Nadine. À plus tard.
Darcy raccrocha. Elle avait le souffle court ; le chagrin l’accablait. À croire qu’elle venait de perdre Dani une seconde fois. Jim avait proposé de rester avec elle, mais elle avait insisté pour qu’il se rende à son rencard. Après son départ, elle s’était enfermée chez elle à double tour, trop vulnérable pour voir qui que ce soit à l’exception de Jared.
Cramponnée au combiné, elle fit les cent pas, réprimant l’envie de l’appeler pour tout lui raconter. Non, il avait d’autres chats à fouetter. Leur relation n’en était qu’à ses balbutiements et elle l’avait déjà exposé à de très lourds événements. Le moins qu’elle puisse faire, c’était de le laisser respirer un peu et faire son travail en toute tranquillité.
Le téléphone sonna dans sa main et elle sursauta. Elle consulta l’écran et vit que l’appel venait de la centrale. Son ventre se noua.
Un autre incendie, nom de Dieu !
— Michaels à l’appareil… Où ça ?
Son cœur cessa de battre un instant avant de se remettre à cogner dans sa poitrine avec frénésie.
— Seigneur…
Darcy distingua la fumée et les lumières des camions de pompiers au loin. Elle se gara dans la rue, à quelques dizaines de mètres de la scène. Depuis qu’on l’avait avertie de l’incendie par téléphone, vingt minutes plus tôt, son cœur battait à tout rompre. Comme elle n’avait pas sa propre voiture sous la main, elle avait pris du retard. Elle avait dû supplier un voisin de lui prêter la sienne afin de rejoindre la caserne pour récupérer le pick-up.
Elle descendit en trombe et saisit son kit, refrénant son envie de courir. Hors de question de montrer à quel point elle était paniquée.
Jared.
Ce serait trop injuste de le perdre maintenant. Il était encore trop tôt. Elle n’avait eu qu’un avant-goût de ce qu’il pourrait lui apporter. Ce n’était pas assez…
Lorsqu’elle l’aperçut à l’arrière d’une ambulance, où une secouriste l’examinait, elle ne put s’empêcher d’accélérer le pas.
Dans un tel chaos, il ne pouvait pas l’entendre approcher. Pourtant, il leva la tête et leurs regards se vrillèrent. Il se dressa sur ses pieds et adressa quelques mots à l’ambulancière sans quitter Darcy des yeux. Il était couvert de suie mais vivant. Plus beau que jamais.
Elle confia sa mallette à un pompier qui passait et s’élança dans sa direction. Jared vint à sa rencontre et la souleva dans les airs en la serrant fort.
— Tout va bien, dit-il d’une voix éraillée. Je suis indemne.
— J’ai eu la trouille de ma vie, dit-elle en s’agrippant à lui. Je ne peux pas te laisser seul une minute.
Jared plaça la main à l’arrière de son crâne et la pressa contre lui. Ils restèrent blottis l’un contre l’autre pendant un long moment, leurs deux cœurs battant la chamade à l’unisson. À son contact, le nœud qu’elle avait au ventre se désagrégea peu à peu.
Elle recula pour l’examiner sous toutes les coutures.
— Comment va ta coéquipière ?
— Bien. À l’heure qu’il est, elle est au bureau d’accueil en train de rédiger un compte rendu des faits. Cet incident l’a mise en rogne. (Il glissa les doigts sur les sourcils de Darcy.) Accompagne-moi sur la scène de l’incendie. Plus vite on aura examiné les lieux, plus tôt on pourra déguerpir d’ici.
Darcy alla récupérer son kit d’une main tremblante.
À cet instant, Chris l’interpella.
— Où est Jim ?
— Il avait un rendez-vous mais il est au courant. Je lui ai dit que je m’en chargeais et que je lui passerais un coup de fil si jamais j’avais besoin de son aide.
Il hocha la tête et ôta brusquement son chapeau pour se passer la main dans les cheveux.
— Bon sang, Darcy. Cinq des chambres étaient occupées. Une demi-douzaine de personnes auraient pu y passer ce soir.
— Il y a des blessés graves ?
— Non. Heureusement il y a eu une fuite de gaz lacrymogène dans la conduite d’air. Ça a alerté les gens à temps. Tout le monde est sorti avant que le feu ne se propage.
Jared apparut dans le champ de vision de Chris.
— Vous dressez un inventaire de votre stock de gaz lacrymogène, shérif ?
— Nous sommes déjà en train de vérifier ça, Cameron.
Darcy contempla le motel, un bâtiment à un étage, constatant les parties les plus ravagées par les flammes.
— Le feu a commencé dans la chambre de Morales ?
Jared plaça sa main pleine de suie sur son épaule et la serra.
— Oui.
— Bon sang.
Elle posa la main sur la sienne pour le sentir proche d’elle.
Chris plissa les yeux.
— Quelqu’un voudrait-il votre peau, Marshal ?
— Ce ne serait pas le premier, rétorqua Jared d’une voix sombre.
— Laissez-moi faire mon boulot, intervint Darcy. Nous verrons si nous trouvons des indices qui nous permettent de percer un peu plus à jour ce satané pyromane.
Elle se dirigea d’un pas pressé vers le point de départ de l’incendie.
Jared la rattrapa.
— Tu es énervée contre Miller ?
— Il s’est passé des choses en ton absence.
— Ah bon ?
— Je te raconterai quand on sera à la maison.
Ils arrivèrent chez Darcy peu après minuit. Jared voyait bien qu’elle était épuisée. Il se doutait que ce n’était pas juste parce qu’elle avait eu une longue journée. Mais il ne voulut pas la brusquer. Il attendrait qu’elle soit prête à se confier. Darcy était une solitaire à plus d’un égard. Pour briser sa carapace, Jared allait mettre du temps. Et devoir se montrer patient. Ce qui n’était pas son point fort. Toutefois, pour elle, il ferait un effort. Il n’avait pas le choix de toute façon. Il la voulait à tout prix.
Après avoir pris sa douche, il leur prépara des sandwichs. Pendant ce temps-là, Darcy rédigeait un rapport préliminaire à l’attention de Ralston. Lorsqu’ils se faufilèrent sous la couette un peu après deux heures du matin, elle se tourna vers lui et se pelotonna contre lui, les jambes entrelacées aux siennes, le visage enfoui au creux de son cou. Jared sombra dans un profond sommeil.
Quand il rouvrit les yeux, il était seul. Le réveil lui apprit qu’il était à peine six heures du matin. Il se leva et sortit de la chambre à la recherche de Darcy. Il la trouva dans la salle de séjour, lovée sur le canapé dans une couverture en chenille. Elle scrutait la télévision dont le son était coupé, les yeux cernés de noir. Par terre, près de la table basse, gisait un carton béant contenant tout un tas d’articles divers et variés, parmi lesquels des photos encadrées de Darcy et Danielle.
— Bonjour, dit-il tout doucement. Tu me fais une petite place ?
Il s’installa derrière elle et la serra contre son torse. Il glissa les doigts dans sa chevelure et repoussa les mèches qui lui masquaient le front. Le contact de sa peau le réconforta. Quand le souffle de l’explosion l’avait projeté sur le parking du motel, ses pensées s’étaient tournées vers Darcy. Pas question qu’un psychopathe le fasse sauter avant qu’il ne sache précisément où les menait leur relation.
— Tu veux parler ? demanda-t-il avec douceur.
Elle inclina la tête et pressa sa joue contre son buste.
— Je ne saurais pas par où commencer.
— Par ce que tu veux. (Il déposa un baiser sur le sommet de son crâne, fâché de ne pas pouvoir la consoler.) Je ferai le tri plus tard.
— Si je continue de te raconter tous mes malheurs, tu vas finir par prendre tes jambes à ton cou.
— Ça n’est pas près d’arriver. Je ne suis pas du genre à prendre la fuite. (Il la saisit par les épaules, réprimant l’envie de la secouer un peu.) Parle.
D’une petite voix hésitante, elle lui raconta la visite de Chris Miller et la conversation qu’elle avait eue par la suite avec Nadine.
— Je me doutais que Dani fréquentait quelqu’un de ma connaissance, mais Chris ? Non, jamais je ne l’aurais cru. Elle aurait dû m’en parler. Je ne l’aurais pas mal pris.
— Il y a beaucoup de gens qui mènent une double vie. Leurs proches sont toujours choqués quand leurs secrets font surface. Tu n’es pas la seule à qui ça arrive.
— Je ne peux pas m’empêcher de me dire que j’ai dû faire quelque chose qui ne lui a pas plu. Autrement, elle m’aurait mise dans la confidence.
— D’après Miller, elle avait des aventures au petit bonheur la chance. Peut-être qu’elle avait honte de t’en parler, qu’elle regrettait ses liaisons après coup.
— Raison de plus pour se livrer à moi. On aurait pu en rire et passer à autre chose. (Elle poussa un profond soupir.) Quant à Chris… Mon Dieu. Il aurait dû révéler sa relation avec ma sœur aux Fédéraux. Pourquoi l’avoir cachée s’il n’avait rien à se reprocher ?
— C’est une bonne question. Au moins, nous avons désormais assez d’éléments pour prélever un échantillon de son ADN.
— Je le côtoie depuis toujours. C’était mon petit copain au lycée. Je croyais qu’il n’avait pas de secrets pour moi. J’ai eu envie de vomir quand il m’a avoué avoir couché avec Dani à défaut de pouvoir m’avoir moi. Il s’est servi d’elle comme d’un substitut. C’est complètement tordu.
— La question est de savoir jusqu’où il était prêt à aller pour te cacher cette histoire. Surtout si c’est lui qui l’a mise enceinte.
Elle remua entre ses bras et plongea son regard dans le sien. Son expression tourmentée lui fit l’effet d’un coup de poignard au cœur.
— J’y ai pensé aussi, murmura-t-elle. Et dire qu’à une certaine époque Chris a compté pour moi. Comment ai-je pu être aussi aveugle alors qu’il s’agissait de deux de mes proches ? La Dani que je connaissais ne supportait pas les aventures d’un soir. Si elle couchait avec un homme, elle s’attachait toujours. Pour elle, les sentiments étaient indissociables de l’acte physique. Quant à Chris… c’est notre shérif, pour l’amour du ciel !
Jared effleura sa joue du bout des doigts.
— Ça me rend fou de te voir souffrir et de ne rien pouvoir faire.
— Ta présence me suffit. C’est surtout de ça que j’ai besoin en ce moment. (Elle appuya le visage au creux de sa paume et soupira.) Les réponses viendront plus tard. On les trouvera.
— Est-ce qu’elle a connu une rupture douloureuse avant son aventure avec Miller ?
Le regard de Darcy s’adoucit.
— Tu écoutes ta sœur d’une oreille attentive quand elle se confie à toi, n’est-ce pas ? Oui, elle avait rencontré un confrère vétérinaire lors d’une conférence. Ils ont vécu une histoire torride pendant un petit moment. Jusqu’à ce qu’elle découvre qu’il était marié et qu’elle n’était qu’une aventure. Ça lui a fait beaucoup de mal. Je croyais qu’à la suite de ça, elle ne voudrait plus jamais fréquenter aucun homme.
— À moins qu’elle n’ait décidé, au contraire, de prouver qu’elle aussi pouvait les traiter comme des objets.
Darcy se redressa ; la couverture glissa sur ses genoux.
— Et elle serait censée avoir pris exemple sur moi ? Bon sang, qu’est-ce que ça révèle de nous, de notre relation ?
— Ça prouve simplement qu’elle allait mal, répondit-il d’une voix calme. Et qu’elle ne te connaissait pas si bien que ça. Tu aimes les hommes. C’est normal. Seulement, tu n’avais pas encore rencontré le bon.
— Jusqu’à toi.
À cet aveu, il inspira profondément, sachant à quel point ces mots étaient importants pour elle. Et pour lui.
Elle se mit debout, en proie à une vive agitation. Elle était nue.
Il se redressa, repoussa la couverture et soutint son regard.
— Rien de tout ça n’est ta faute, Darcy.
Elle se mit à arpenter la pièce de long en large, les muscles de ses fesses et de ses longues jambes galbées se contractant au gré de ses pas.
— Tu sais, quand tu parles d’engagement, ça me fiche la frousse.
— Tu t’es déjà investie dans une relation par le passé. Si ça te fait peur aujourd’hui, c’est parce que tu sais que c’est la bonne.
Il posa ses coudes sur ses genoux et croisa les doigts. Entre ses cuisses, son sexe se dressait.
— Moi aussi, ça m’effraie, ajouta-t-il.
Elle le dévisagea. Son buste se gonfla tandis qu’elle respirait lentement, et ses yeux s’assombrirent sous l’effet du chagrin et du désir. Son trouble était palpable ; incapable de rester les bras croisés face à son émoi, il se leva. Darcy se jeta dans ses bras et manqua le faire tomber à la renverse sur le canapé. Elle le saisit par la nuque et s’empara de sa bouche. Il se mordit la lèvre inférieure et le goût métallique du sang se répandit dans sa bouche.
Ils avaient eu le coup de foudre. Ils avaient d’abord pris cela pour de l’envie, et c’était sans doute sous cet aspect qu’ils se connaissaient le mieux pour le moment. Mais on pouvait l’apaiser. L’étancher. Ce qu’ils partageaient était beaucoup plus profond, plus vorace.
Jared l’attrapa par les coudes et la souleva de quelques centimètres, l’embrassant de plus belle. Ses lèvres se refermèrent sur les siennes, sa tête s’inclina pour trouver l’angle parfait. Elle caressa sa langue avec la sienne, ce qui l’excita autant que si elle lui léchait le sexe.
Elle lui agrippa les fesses et se frotta contre son bas-ventre.
— Prends-moi.
— Darcy.
Bien qu’il en mourût d’envie, il se méfiait de son brusque changement d’humeur. Pas question de tout foutre en l’air avec elle. Elle était fragile, vulnérable. Il craignait que leurs ébats ne soient trop intenses pour elle en ce moment précis.
— Doucement. Je vais m’occuper de toi.
— Je veux te sentir en moi, Jared.
Il prit son visage en coupe.
— Laisse-moi mener la danse. Je sais exactement comment et quand te satisfaire.
Elle enfonça les ongles dans sa chair.
— Je te veux maintenant.
Elle s’agenouilla et le prit dans sa bouche. Puis elle se mit à l’aspirer. Une brusque chaleur enveloppa son sexe et il faillit jouir. À mesure qu’elle le suçait, ses joues se gonflaient et se creusaient. L’appétit qu’elle témoignait pour son corps l’enivra, ses testicules se tendirent et il eut toutes les peines du monde à ne pas éjaculer.
Il l’attrapa par les aisselles et la remonta brutalement. S’il ne l’arrêtait pas sur-le-champ, elle allait tant l’exciter qu’il risquerait de la prendre encore une fois sans ménagement comme un animal en rut, elle la femme dont il était en train de tomber amoureux. En temps normal, ça ne lui aurait posé aucun problème, mais pas ce soir-là. Non, en ce moment, ils avaient tous deux besoin de plus que d’un orgasme rapide.
— Cette fois, nous allons faire ça dans un lit, marmonna-t-il en la soulevant pour la transporter dans la chambre.
Elle enroula les jambes autour de sa taille en gigotant pour que leurs corps s’emboîtent. Lorsque son intimité se frotta contre son gland, il vacilla.
Darcy écrasa ses lèvres sur sa bouche dans un baiser fougueux. Ses jambes se dérobèrent sous lui et il dut s’adosser au mur pour ne pas perdre l’équilibre.
— Tiens-toi tranquille un instant. Autrement je vais te prendre par terre.
— Oui… Vas-y.
Il pénétra en titubant dans la chambre et la déposa sur le lit. Elle s’apprêtait à le prendre à nouveau dans sa bouche mais il saisit les menottes qu’il avait posées sur la table de nuit et l’en empêcha. En un éclair, il lui attacha les mains dans le dos.
Elle se figea, étendue sur le ventre, le souffle saccadé.
— Que faites-vous, Marshal ?
— Je calme vos ardeurs, inspecteur.
Il avait l’intention de lui prodiguer la tendresse dont elle avait tant besoin. Et pour cela, il était prêt à employer les grands moyens.
— Non.
— Non ?
Il fit courir la pulpe de son index le long de sa colonne vertébrale ; la vue des menottes contre sa chute de reins était sans doute la chose la plus érotique qu’il ait vue.
— Je te veux maintenant, dit-elle d’une voix sensuelle qui le rendit dingue.
— Tu vas m’avoir. Jusqu’à ce que tu n’en puisses plus.
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