Avec ou sans uniforme…
Chapitre 4
4
Jessie était étendue sur Rick. Son souffle lent et régulier indiquait qu’elle dormait. Rick ébaucha un sourire et passa négligemment la main dans ses boucles, entortillant ses mèches autour de ses doigts.
— Elle dort ? s’enquit Truitt en enfilant un bas de jogging et un tee-shirt.
Il s’allongea ensuite sur le lit et roula sur le flanc pour la contempler dans son sommeil.
Même s’ils venaient juste de la posséder, Rick avait encore envie d’elle. Il se demanda ce que Truitt ressentait pour Jessie. C’était un homme… énigmatique. On n’arrivait jamais vraiment à le cerner.
Il saurait bien assez tôt si les sentiments de son ami pour cet ange tombé du ciel étaient profonds.
— Je ne veux pas qu’elle s’en aille, dit-il, observant la réaction de Truitt.
Ce dernier s’assombrit. Il remua les lèvres comme s’il voulait s’exprimer mais aucun son n’en sortit. Au bout d’un moment, il brisa le silence :
— Rick, est-ce que cette histoire va poser un problème entre nous ? Tu te doutes bien que je n’ai pas non plus l’intention de faire une croix sur elle.
Rick haussa les épaules.
— On n’est pas obligés de se disputer. Tout dépend de ce que tu veux.
— Surtout de ce qu’elle veut elle, répliqua Truitt.
Rick acquiesça.
— C’est un peu la question centrale.
Truitt lâcha un soupir las.
— Je n’ai vraiment pas besoin de complications en ce moment.
Un ricanement échappa à Rick mais il le réprima aussitôt de peur de réveiller Jessie.
Truitt se retourna sur le dos pour contempler le plafond.
— Ne nous posons pas toutes ces questions, dit Rick à voix basse, voyant que son ami était tiraillé. On a déjà fait le plus dur. Elle a accepté un plan à trois. Ça ne lui a pas fait peur. Manifestement, on l’attire tous les deux. Il suffit de prendre les choses comme elles viennent et voir où ça nous mène, non ? Ça peut être simple.
Truitt roula sur le ventre.
— C’est impossible. Je ne veux pas qu’elle couche avec un autre. Je ne supporte même pas l’idée qu’elle en regarde un autre. Ça sera forcément difficile. Tu peux retourner ça dans tous les sens, ça ne changera rien. Je n’ai pas envie de la partager. Du coup, ça implique une relation sérieuse. Je n’ai pas envie d’aller voir ailleurs… Non, pas après elle. Mais ça va être compliqué, c’est évident. Et je n’aime pas me sentir comme ça. J’ai l’impression qu’on m’a tiré une balle en plein ventre.
Rick rit dans sa barbe. C’était Truitt tout craché. À cran. Se prenant la tête pour un oui ou pour un non.
— Tu délires, mon ami. On a couché avec elle deux fois. Qu’est-ce qui te fait dire qu’elle cherche une relation sérieuse ? Peut-être qu’elle voudra se contenter de cette aventure. Avant de décréter qu’on la veut rien que pour nous, il faut déjà qu’elle accepte de nous revoir.
— Je suis une vraie chiffe molle, se plaignit Truitt. À la seconde où j’ai posé les yeux sur elle, j’ai su que j’étais fichu. Et le pire, c’est que je m’en fous.
— Arrête de râler. Tu réfléchis trop.
— Ne me fais pas croire que tu ne te poses pas les mêmes questions, maugréa Truitt. Je te connais. Tu es déjà en train de chercher un moyen de la convaincre de rester. Tu ne veux pas qu’elle retourne travailler. Tu veux la garder ici au chaud pour la dorloter.
— Je suis si facile à décrypter que ça ?
— Non, mais je te connais par cœur. Tu aimes bien être aux commandes. Avec toi, c’est tout ou rien. Tu ne vois que ce que tu as envie de voir. Tu élabores un plan, ensuite tu le réalises au pied de la lettre.
— Je ne sais pas comment je dois le prendre.
— Bien. C’est ce qui fait de toi un bon flic. Tu restes focalisé sur ton affaire.
— D’accord, je l’admets. Peut-être que j’aimerais bien qu’elle reste. Mais si on commence à lui sortir ce genre de discours à son réveil, alors qu’on n’a passé que quelques heures avec elle, on risque de passer pour des tarés. Et elle prendra ses jambes à son cou. Franchement, je ne pourrai pas le lui reprocher. Le flic que je suis mettrait en garde n’importe quelle femme contre un type qui pense ce que je pense en ce moment.
Truitt se renfrogna davantage.
— On est complètement fous.
— Peut-être bien. Quoi qu’il en soit, on ne veut pas qu’elle parte en se disant que ce n’est qu’une aventure d’un soir. Qu’elle n’est qu’une nana de plus à notre tableau de chasse.
— Ton tableau de chasse. Moi j’ai surtout été célibataire.
Jessie remua la tête et posa son autre joue sur le torse de Rick. Elle se blottit contre lui et poussa un soupir d’aise. Rick lui caressa la chevelure.
— Elle a un truc absolument irrésistible, reprit-il à voix basse. En plus, non seulement elle est belle, mais elle est généreuse. Tu te rends compte qu’elle m’a fait un câlin pour me réconforter ? !
— Tu es triste parce que moi je ne t’ai jamais fait de câlin, c’est ça ? le taquina Truitt.
Rick le fusilla du regard et lui fit un doigt d’honneur.
— Va te faire foutre, mec.
Truitt ricana. Puis il étira les bras en l’air.
— Je suis claqué. La semaine a été longue. Si jamais elle reste, on ferait mieux de grappiller quelques heures de sommeil, pour pouvoir passer la journée de demain à baiser comme des malades.
— Non. À faire l’amour langoureusement, répliqua Rick en secouant la tête.
Truitt était… égal à lui-même. Cela faisait cinq ans qu’ils étaient coéquipiers. Depuis le temps, Rick avait abandonné l’idée de le changer. Il ne lui apprendrait pas à avoir un peu plus de tact.
De toute façon, Truitt était un grand garçon. Il pouvait se débrouiller seul. Si Jessie restait avec eux, elle apprendrait à gérer son manque de délicatesse. Ou pas.
Rick roula doucement sur le côté, reposant la tête de Jessie sur le lit entre eux deux. Truitt l’enlaça par la taille et la ramena contre son torse.
— Va enfiler des vêtements, marmonna-t-il. Je n’ai pas envie de te voir à poil.
Rick se leva et alla chercher un short dans la pièce voisine. Quand il revint dans la chambre, Truitt dormait à poings fermés, la joue collée contre l’oreille de Jessie.
Oui, son coéquipier avait cette fille dans la peau. Mais il était mal placé pour le juger car lui aussi était tombé sous le charme de la jeune femme.
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