Avec ou sans uniforme…
Chapitre 10
10
Jared finit de dresser la liste des colis inhabituels qui avaient été livrés à Lion’s Bay depuis quelques mois et qu’il lui restait à vérifier. Puis il rassembla les affaires qu’il devait emporter au motel. Lorsque la sonnette d’entrée retentit, il se dirigea vers la porte. Darcy avait eu le même réflexe. Il la chassa d’un signe de la main.
— Ça fait trois ans que je vis seule, Jared. Je n’ai jamais eu de problème.
Elle le laissa tout de même répondre.
Jim Ralston se tenait sur le pas de la porte, un pack de bières à la main. Cette vision l’agaça. Jared n’était pas du genre possessif ; il se fichait pas mal de savoir avec qui ses conquêtes avaient couché avant lui. Mais avec Darcy, c’était différent. Il éprouvait le besoin de marquer son territoire, d’affirmer qu’elle lui appartenait exclusivement, même en dehors de la chambre à coucher.
Toutefois, il prit sur lui pour n’en rien laisser paraître.
— Inspecteur.
— Marshal, répondit ce dernier, une lueur amusée dans les yeux.
Ralston avait troqué son uniforme pour des habits moins formels. Il portait un jean noir ainsi qu’une chemise aux manches retroussées et au col déboutonné. Sa tenue civile le rajeunissait. Jared commençait à comprendre ce que Darcy avait pu trouver attirant chez cet homme.
La jeune femme contourna Jared, un sourire accueillant sur les lèvres.
— Entre donc, Jim. En plus, tu ne viens pas les mains vides. L’agent Cameron était sur le point de s’en aller. Il va manger une pizza avec sa coéquipière. Ça m’a donné envie d’en commander une. Ça te tente ?
Ralston pénétra dans le vestibule et la porte moustiquaire se referma derrière lui.
— Ce sera pour une prochaine fois. J’ai un rencard avec l’expert en sinistres qui est venue constater les dégâts dans la boutique de Nadine. J’étais déjà en route quand elle m’a appelé pour me prévenir de son retard. Au lieu de rebrousser chemin, j’ai préféré faire un crochet par chez toi.
— Évidemment. Un rendez-vous galant, c’est plus alléchant qu’une pizza, le taquina Darcy.
Jared se dirigea vers la table basse et récupéra ses affaires ainsi que les clés de la BMW.
— Je n’en ai que pour quelques heures. Si jamais ça se prolonge, je te passerai un coup de fil.
Darcy s’approcha de lui ; elle était aussi sexy en leggings et tee-shirt que dans la petite robe rouge qu’elle avait portée pour le déjeuner.
— Tu sais où me trouver.
— Tu me raccompagnes ? (Il décocha un regard à Ralston ; le fait de savoir que cet homme avait un rencard avec une autre femme avait le mérite de le rassurer un peu.) Ce serait bien qu’on se voie demain, inspecteur. Histoire qu’on fasse un point sur la situation.
— Pas de problème. Appelez-moi pour qu’on convienne d’une heure.
Parvenu à la voiture de Darcy, Jared plaça ses effets sur le siège arrière par le toit ouvrant. Puis il pivota face à elle pour la prendre dans ses bras. Il effleura ses lèvres des siennes et murmura :
— Quand Ralston s’en ira, ferme la porte à clé.
Elle parut sur le point de protester mais se ravisa.
— Entendu.
— Merci, dit-il en posant un baiser sur le bout de son nez. Merci pour tout.
— Tout le plaisir a été pour moi, Marshal.
— Je fais au plus vite. (Il lui assena une claque sur les fesses avant de la soulever par le postérieur.) Prépare le lubrifiant. Et une bouteille d’eau.
— Tu es une vraie machine !
Le visage rouge, les lèvres gonflées, elle avait tout l’air d’une femme à qui on avait fait l’amour pendant des heures. Si ça ne tenait qu’à lui, elle arborerait cette expression tous les jours à compter de maintenant.
Elle afficha un sourire mutin, comme si elle avait lu dans ses pensées.
— Tu as de la chance que je sois aussi résistante.
Il colla sa tempe contre la sienne, éprouvant le besoin de la sentir proche de lui, à l’abri du danger. Il voulait avoir le temps de la découvrir, d’explorer la complicité à la fois physique et émotionnelle qui les liait.
Jared recula et s’aperçut qu’il était encore grisé par leur interlude sous la douche. Décidément, il l’avait dans la peau.
— Oui, je suis un sacré veinard.
Darcy agita la main en direction de Jared. Elle le suivit du regard tandis qu’il s’éloignait au volant de la voiture qui était la seule chose qu’elle avait gardée de sa vie d’avant. Elle s’y cramponnait pour cette raison. Et aussi parce qu’elle l’adorait. Heureusement pour elle, la maison appartenait à ses parents, qui ne lui faisaient payer aucun loyer. Autrement, avec le salaire que la ville lui versait, elle n’aurait pas eu les moyens d’entretenir pareil véhicule.
— Dis-moi, c’est déjà du sérieux entre vous, fit remarquer Jim en apparaissant sur le pas de la porte, une bière décapsulée dans chaque main.
Il s’avança vers elle et lui tendit une bouteille, qu’elle accepta avec un sourire.
— C’est le moins qu’on puisse dire.
Ensemble, ils regagnèrent la terrasse et s’assirent sur la balancelle. Une jambe repliée sous elle, l’autre par terre, elle les fit doucement basculer d’arrière en avant.
— Je dois avouer que la première fois que je l’ai vu, ça m’a fait comme un coup de poing à l’estomac.
— Les femmes ne parlent que de lui en ville. J’en déduis qu’il a du succès.
— Il est séduisant. Mais ça ne fait pas tout.
— En effet.
Il porta le goulot à ses lèvres et avala une longue gorgée de bière, les muscles de son cou bronzé se contractant à chaque déglutition.
Elle détourna la tête. Le ciel se teintait d’une palette de rose, de mauve et de bleu marine. La brise du soir se levait, rafraîchissant le fond de l’air et transportant en son sein le sel de l’océan à proximité.
— On ne va pas échapper à un autre incendie, hein ?
— Je le crains. Et pourtant, on reste ici à se tourner les pouces. Ça me rend dingue de me dire qu’il est là, quelque part, près de nous, et qu’il n’y a rien qu’on puisse faire pour l’arrêter.
— Cameron pense que les incendies et le meurtre de Dani sont liés.
Jim écarquilla ses yeux verts.
— Hein ? Pourquoi ?
— Il te l’expliquera mieux que moi quand vous vous verrez. Je suis sûre que c’est pour ça qu’il veut te voir demain.
Il secoua la tête.
— Je ne sais pas trop quoi dire. En tout cas, je n’aurais jamais tiré cette conclusion.
Darcy but à son tour.
— Tu m’étonnes. Tout ça est complètement fou.
Il posa la main sur son genou.
— Je suis désolé. Cette situation doit être très dure pour toi.
Elle porta les yeux à l’endroit où avait été garée sa voiture quelques minutes plus tôt et se prit à songer à Jared. Le fait de savoir qu’il travaillait sur le meurtre de sa sœur lui permettait de tenir le coup. Et, pour la première fois depuis des lustres, elle était optimiste. Elle plaça sa main sur la sienne et la pressa.
— Ça va. Et ce ne sont pas des paroles en l’air pour une fois.
Son sourire s’estompa lorsque la voiture du shérif se gara devant chez elle. Chris en descendit et mit son chapeau sur la tête. Il soutint son regard tout en claquant la portière de sa voiture de patrouille et s’avança vers eux.
— Salut, Darcy. Jim.
Celui-ci lui répondit aussitôt mais la jeune femme attendit qu’il les ait rejoints sur la terrasse ; ses boots martelaient le plancher et l’étui en cuir de son arme à feu grinçait à son épaule.
— Qu’est-ce qui t’amène ? demanda-t-elle.
— Je dois toucher un mot à Cameron.
— Il n’est pas là.
Chris jura dans sa barbe.
— Où est-il ?
— Avec sa coéquipière. Ils travaillent sur notre affaire.
— Merde. Tu savais qu’il pense que les feux ont un rapport avec le meurtre de Dani ?
— Oui.
— Ça fait à peine deux jours qu’il est arrivé et il s’imagine qu’il va non seulement boucler une affaire non classée mais également mettre un terme aux incendies ? C’est du grand n’importe quoi.
Le ton véhément de Chris l’agaça, mais elle n’était pas vraiment surprise par sa réaction. Chris n’aimait pas qu’on fourre le nez dans ses enquêtes, et elle ne pouvait pas le lui reprocher. À sa place, elle montrerait la même réticence.
— C’est un angle d’approche. Mais ce n’est pas le seul. Je l’ai observé pendant qu’il réunissait ses infos. Il n’exclut aucune piste.
Jim se pencha en avant et posa les coudes sur ses genoux, sa bière entre les mains.
— Chris…
La manière dont il prononça son nom interpella le shérif, qui se raidit. Darcy fronça les sourcils.
— Quoi ? aboya le shérif.
Jim le dévisagea d’un air qui en disait long.
— Ne me regarde pas comme ça, Ralston, s’emporta Chris. Tu ne sais pas. Tu ne sais rien.
Le regard de la jeune femme navigua d’un homme à l’autre.
— De quoi veux-tu parler, Chris ? Qu’est-ce que Jim ne sait pas ?
Le shérif foudroya Ralston du regard.
— Rien. Rien du tout.
Elle posa les pieds par terre et se mit debout.
— Arrête ton char, Chris. Ne me mens pas. Pas sur ça.
Jim se leva à son tour.
— Dani me l’a dit.
— Tu racontes n’importe quoi ! s’écria Chris en arrachant son chapeau de sa tête.
— Qu’est-ce que Dani t’a dit ? s’exclama Darcy.
Une bouffée de colère monta en elle.
Jim ne quittait pas Chris des yeux.
— Tu pourrais devenir « suspect potentiel », tu sais, insista Jim.
— Va te faire foutre, Ralston ! répliqua Chris en pivotant sur ses talons pour s’en aller.
Darcy se concentra sur Jim.
— Jim ?
Il s’apprêtait à répondre quand la sonnerie de son téléphone retentit.
— Mince. Une minute, Darcy.
Il se dirigea tout au bout du porche pour prendre l’appel.
Darcy posa sa bière sur une petite table en verre près de la balancelle et suivit des yeux Chris qui regagnait sa voiture de patrouille.
Elle le rattrapa.
— Tu peux me dire à quoi rime cette discussion ?
Un élément de la conversation lui revint soudain en mémoire et elle fit d’elle-même le rapprochement. Suspect potentiel. Il n’y avait eu qu’un seul suspect dans l’enquête portant sur le meurtre de Dani…
— C’était toi, n’est-ce pas, Chris ? C’était toi qui fréquentais Dani.
— Putain, non. (Il pivota face à elle, les joues en feu, les yeux brillants de colère.) C’est pas ce que tu crois.
Le cœur de la jeune femme bondit dans sa poitrine.
— Qu’est-ce que c’est, alors, Chris ?
Elle se planta face à lui et ils se dévisagèrent longuement. Le beau shérif parut soudain très nerveux.
— Après ton départ, elle a changé, Darcy. Beaucoup. Elle a commencé à s’habiller différemment, à se comporter différemment. Elle se coiffait, s’habillait autrement.
— Elle te plaisait.
— Non. (Il croisa les bras, l’air sur la défensive.) C’est toi que je veux. Pas quelqu’un qui te ressemble, Darcy. Ce que nous avions… Ne me dis pas que tu n’y penses jamais. On était fous l’un de l’autre.
— Pour l’amour du ciel, Chris, soupira-t-elle. On était des gamins. Des adolescents ! On avait les hormones en ébullition. Et pour être tout à fait franche, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire dans cette ville. On s’ennuyait comme des rats morts.
— Quand je repense aux choses qu’on faisait, ça m’excite encore. Ta bouche et tes mains sur mon corps… les cris que tu poussais…
— Qu’est-ce que ça a à voir avec Dani ?
Sa sœur était très différente d’elle. Dani avait été une fille douce, adorable. Elle considérait le sexe comme un acte très intime, synonyme d’engagement émotionnel. Alors que Darcy aimait le sexe pour le sexe.
— Elle est passée me voir un soir. Elle s’était habillée comme toi et portait ton parfum. Elle m’a fait du rentre-dedans. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à toi.
— Oh, mon Dieu…
Darcy détourna la tête, le cœur au bord des lèvres.
— Je sais que tu ne me crois pas. Dans ton esprit, Dani n’était pas comme ça. C’était la plus sage de vous deux. La gentille fille. Mais après ton départ, elle n’était plus la même. C’était comme si elle essayait d’être toi, de prendre ta place.
Darcy éclata d’un rire sans joie.
— Je t’en prie. Dani était très heureuse telle qu’elle était.
Il l’agrippa par le bras et le serra fort, assez pour que ses doigts s’impriment sur sa peau. Il la força à se tourner face à lui. Il affichait un visage si dur et si furieux qu’elle eut un mouvement de recul.
— Hé ! cria Jim depuis le porche. Bas les pattes, Miller.
— Je n’étais pas le seul à me la taper, marmonna Chris en la relâchant. Parce que ce n’est pas moi qui l’ai engrossée.
La main de Darcy s’abattit sur la joue de Chris.
— Je te préviens, ne refais jamais ça, dit-il d’un ton menaçant.
Son visage portait l’empreinte rouge de sa paume, ce qui lui donnait un air encore plus enragé.
Le ventre de Darcy se noua.
— Il y avait quelqu’un d’autre, insista-t-il. Je lui ai donné ce qu’elle voulait cette nuit-là et encore une fois après. Ça m’a suffi. Ce n’était pas toi, Darcy, elle ne t’arrivait pas à la cheville. Notre aventure s’est finie plus de six semaines avant sa mort.
— Tu es un enfoiré, Chris. Un connard de première catégorie.
— Pour avoir succombé à la tentation ? C’est elle qui s’est jetée à mes pieds, de manière répétée. Tu préfères te voiler la face ? Si ça te permet de te sentir mieux…
— Rien ne pourra me faire me sentir mieux.
Elle esquissa quelques pas en arrière.
— Putain, ne me regarde pas comme ça ! (Il se rapprocha d’elle.) Tu me connais. Tu sais que je serais incapable de faire ce qu’on lui a fait.
En vérité, elle n’imaginait aucune de ses fréquentations capable de torturer Dani de manière si horrible. Mais connaissait-elle vraiment bien son entourage ? Après tout, Chris lui avait caché son histoire avec sa sœur. Et elle n’avait jamais rien soupçonné.
Jim parvint à leur hauteur et attira doucement Darcy par l’épaule.
— Il est temps d’y aller, shérif, dit-il d’une voix grave. Va trouver l’agent Cameron et raconte-lui tout.
— Darcy… (Chris la dévisagea pendant une longue minute avant de jurer dans sa barbe.) On reparlera de ça. Il le faut.
Elle lui tourna le dos et marcha en direction de la maison.
— C’est la théorie la plus farfelue que j’aie entendue depuis longtemps, fit remarquer Trish. Sans doute la plus insolite tout court. Tu veux me faire croire que le même homme aurait commis un meurtre au premier degré et une série d’actes incendiaires ? C’est très improbable.
Jared arborait une expression très sérieuse.
— Je sais, ça paraît insensé. Mais, crois-moi, il existe un lien entre les deux affaires. Après avoir lu les notes de Kelley, j’ai découvert que le cabinet du gynécologue de Danielle se situe juste en face de la cabine téléphonique d’où l’appel anonyme a été passé.
— Il pourrait s’agir d’une simple coïncidence.
Elle se renversa en arrière dans son fauteuil face à une petite table dans la chambre du motel, et elle se massa la nuque, les sourcils froncés.
— Songe à tout le travail de préméditation qu’il faut pour imiter à la fois le mode opératoire du Prophète et celui de Merkerson.
— J’ai demandé qu’on recoupe les prêts en bibliothèques relatifs aux deux crimes. Ça vaut ce que ça vaut, mais ce sera au moins une piste qu’on aura explorée jusqu’au bout.
Il consulta l’écran de son ordinateur portable où s’affichaient les dossiers que Kelley lui avait fait parvenir.
— L’analyse du fœtus nous a révélé un ADN, mais pas un seul homme dans cette ville – tous âges confondus – n’a accepté de se faire prélever pour être lavé de tout soupçon. Pas un seul… Curieux, non ? Et rien qui justifie un mandat, car personne ne nous a donné la moindre information susceptible de suspecter qui que ce soit. Tout le monde est au courant de tout à Lion’s Bay, par contre personne ne sait qui fréquentait la vétérinaire, une femme qui a vécu ici toute sa vie !
— Ils ne pensent pas qu’il s’agisse de l’un des leurs. Tout le monde est innocent, donc personne n’est coupable. (Avec un soupir, elle prit une autre part de pizza dans le carton posé négligemment sur le lit.) Les petites villes fonctionnent comme ça. Vu que tout le monde sait tout sur tout, personne ne peut s’imaginer qu’on cache quelque chose.
— Tu parles en connaissance de cause ?
— J’ai moi-même grandi dans un endroit de ce genre. Certaines choses sont universelles.
Il nota cette remarque dans un coin de sa mémoire pour l’approfondir plus tard.
— Notre homme n’a aucune imagination. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est encore un novice. Sinon il aurait son propre mode opératoire plutôt que de copier celui d’un autre. Une fois qu’il a sévi, il met sa pulsion en sourdine. Il redevient lui-même. Il oublie. D’accord, il est fou, mais sa folie ne le ronge pas en permanence. Il faut un élément déclencheur.
— C’est ce qu’il s’agit de trouver. Peut-être que c’était l’annonce du bébé la première fois. Peut-être que cet homme est marié. Ce qui expliquerait la nature secrète de sa relation avec Danielle. Je vais jeter un coup d’œil du côté des hommes qui étaient mariés à l’époque du meurtre et voir ce que je peux en tirer.
Il lui adressa un regard appuyé.
— Il faut aussi découvrir ce qui s’est passé cette année et qui a poussé notre homme à provoquer ces incendies. Ensuite, on tâchera de relier ces informations au meurtre de Danielle Michaels. J’ai déjà commencé à fouiller dans les archives des journaux locaux sur Internet, malheureusement ils ne possédaient pas encore de site Web il y a trois ans. Du coup je vais devoir consulter la microfiche à la bibliothèque si jamais nous devons remonter au-delà.
— Ça nous oblige à ratisser très large, fit remarquer Trish en s’essuyant la bouche avec une serviette en papier.
— Darcy Michaels est en train de dresser une liste des endroits qui ont un lien particulier avec sa sœur. Les trois sites incendiés répondent à ce critère. (Il rabattit l’écran de son ordinateur.) Il faudra que Miller fasse surveiller les autres lieux.
Elle poussa un petit cri de dédain.
— Je ne suis pas sûre que notre cher shérif soit prêt à se montrer aussi conciliant. Il ne l’a pas très bien pris quand je lui ai parlé de ta théorie.
— Il s’en remettra, répliqua Jared en écartant sa chaise de la table et en se levant. Je dois le voir demain. Je tâcherai de le convaincre.
— Tu retournes chez Darcy ?
Il lui décocha un regard noir.
— Hé, dit-elle, un grand sourire aux lèvres, les mains en l’air. Ça m’étonne, c’est tout. Tu n’es pas pareil avec elle. Mais dans le bon sens. J’espère que ça va marcher.
Il ferait tout son possible pour que ce soit le cas.
Jared était en train de fourrer son PC dans le compartiment rembourré de sa sacoche quand un sifflement presque imperceptible attira son attention. Il se raidit ; les cheveux sur sa nuque se dressèrent en guise de sonnette d’alarme. Son nez se plissa ; son regard se porta tour à tour sur la porte puis sur la conduite d’air en haut d’un des murs. D’épaisses volutes de fumée s’en échappaient tels des doigts squelettiques. Sans attendre, il saisit la couverture sur le lit, éjectant ce qui restait de la pizza, et jeta le tissu fleuri sur la tête de Trish.
— Qu’est-ce que tu fous, Cameron ? s’exclama-t-elle.
À cet instant, les sprinklers se mirent en marche au plafond, arrosant la pièce. Elle plaça la couverture au-dessus de leurs têtes, protégeant la table, pendant que Jared rangeait toutes ses affaires, pêle-mêle, dans sa sacoche.
À peine eut-il ouvert la porte que la chambre explosa.
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