Avec ou sans uniforme…

Maya BANKS · Chapitre 20 sur 48

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Avec ou sans uniforme…

Chapitre 16

16

 

 

Les hurlements de Jessie transpercèrent le silence de la forêt. Rick se figea, ne sachant pas trop qui, de Truitt ou de Kim, avait fait feu.

— Rick, est-ce que Jessie va bien ? s’enquit Truitt.

Rick leva la tête et vit Kim étendue par terre à quelques mètres de lui. L’arme dont elle avait menacé Jessie reposait non loin de sa main inerte.

— Appelle la centrale, Truitt. On a besoin des secours. Elle respire encore ?

Truitt se dirigea lentement vers le corps de sa collègue sans cesser de la braquer de son pistolet. Il s’agenouilla et appliqua son pouce sur sa gorge, au niveau de son pouls. Il secoua la tête.

Alors Jessie se mit à remuer dans les bras de Rick. Elle lui palpa le torse et le dos avec frénésie.

— Tu n’as rien ? demanda-t-elle faiblement. Est-ce que cette folle t’a touché ?

— Je vais bien, Dieu merci, lâcha Rick.

Jessie était dans un état pitoyable. Son corps était couvert d’un mélange de sang, de boue et d’humus auquel s’étaient collées des feuilles mortes. Ses yeux étaient voilés par le choc. Lorsqu’il lui annonça qu’il était indemne, elle lâcha prise et faillit s’effondrer.

Saisie de violents tremblements, elle se cramponna à lui avec désespoir. Rick la fit s’asseoir par terre, ôta sa veste et la passa autour du corps nu de la jeune femme.

Truitt s’accroupit auprès d’eux ; il voulut toucher Jessie. Mais il avait si peur de lui faire mal qu’il se ravisa.

— J’ai prévenu la centrale, mais il faut qu’on se mette en route. Ce sera plus rapide de la ramener que d’attendre les secours. Un hélicoptère va venir la prendre dans la clairière pour la transporter jusqu’à l’hôpital.

— Frappez-la pour moi, murmura Jessie.

Rick fronça les sourcils. Qu’avait-elle dit ?

— Qu’est-ce qu’il y a, Jessie ?

Elle leva la tête et adressa un regard à Truitt ; elle tenta de bouger la main pour le caresser. Truitt la lui saisit et porta sa paume à ses lèvres. Dans les yeux du policier, elle distingua un mélange de chagrin, d’émotions et de crainte.

— Frappez-la. Je lui avais promis que je m’en sortirais et que je lui casserais la figure une fois que vous l’auriez mise K-O. Alors, faites-le pour moi.

Rick partit d’un rire nerveux. Au bout de quelques instants, il ne savait plus s’il pleurait ou s’il riait. Il se dressa fébrilement sur ses pieds et pesta en se rendant compte à quel point il se sentait faible. Était-ce l’amour qui plongeait un homme dans cet état ?

Truitt passa son bras sous Jessie.

— Ça va sans doute faire un peu mal, ma chérie. Désolé, il faut qu’on te déplace.

— C’est bon, articula-t-elle. Je suis tellement heureuse d’être encore en vie que je pourrais supporter n’importe quoi.

Truitt la souleva et Jessie poussa un cri de douleur à glacer le sang. Les yeux brillants de larmes, il la tint fermement contre son torse.

— Je suis navré de t’avoir fait mal, Jessie.

Elle posa sa joue contre son buste et ferma les yeux.

Pris de panique, Rick posa un doigt sur son cou et fut soulagé de sentir son pouls, quoique léger. Il l’enveloppa délicatement dans la veste afin de la couvrir au mieux.

— Elle est à bout de forces, mec, constata Truitt. Elle a tenu bon jusqu’à notre arrivée.

— Elle s’en est sortie toute seule, commenta Rick en passant devant le cadavre de Kim.

Il s’arrêta, le temps d’envoyer un signal lumineux pour indiquer leur emplacement ainsi que celui du corps de Kim. Puis il rattrapa Truitt.

— En effet, elle n’a pas eu besoin de notre aide, acquiesça Truitt d’un ton admiratif. Non seulement elle a survécu malgré ses blessures et son genou, mais elle a donné une bonne raclée à Kim. Sans notre intervention, elle l’aurait sûrement achevée.

— Heureusement qu’elle ne l’a pas tuée. Elle a déjà subi assez de traumatismes.

— Putain, tu te rends compte ? Depuis le début, le tueur en série était juste sous notre nez.

Rick n’en revenait toujours pas non plus. Il était rare qu’un tueur en série s’avère être une femme. Qu’est-ce qui avait pu pousser Kim à commettre pareille ignominie ? Manifestement, elle avait perdu la tête. Truitt avait bien fait de la neutraliser. Si elle avait survécu, elle aurait sans doute plaidé la folie, écopé de quelques années dans un établissement psychiatrique et recouvré la liberté.

Parfois le système judiciaire n’était pas à la hauteur.

Rick scruta la jeune femme que Truitt tenait dans ses bras et ravala la boule dans sa gorge. C’était une battante. Il était tellement fou d’elle qu’il avait l’impression que le monde chavirait tout autour de lui.

L’amour n’était pas censé vous tomber dessus. Si ? L’amour était quelque chose qui se travaillait. Qu’on obtenait au prix de nombreux efforts. Il n’y avait qu’à prendre l’exemple de ses parents qui se donnaient du mal jour après jour pour faire fonctionner leur mariage et faire en sorte de satisfaire leur partenaire. Mais peut-être que l’amour arrivait comme ça, comme par miracle, et que l’engagement consistait à faire marcher une relation après être tombé amoureux.

Une nuée d’agents de police accompagnés d’un groupe de bénévoles rappliquaient dans leur direction, attirés par le signal lumineux envoyé par Rick. Lorsqu’ils tombèrent nez à nez avec Truitt qui portait Jessie dans ses bras, des cris de joie fusèrent et résonnèrent à travers la forêt.

Jessie remua et tenta de lever la tête. Mais les hurlements de célébration parurent lui faire peur. Elle enfouit son visage dans le cou de Truitt, et Rick s’empressa de venir se placer devant son ami pour le protéger de la foule.

— Allons-y. L’hélicoptère ne devrait plus tarder à atterrir. Il faut qu’on se dépêche de la transporter à l’hôpital.

Ils laissèrent à leurs collègues le soin de sécuriser le périmètre de la scène et se hâtèrent de rejoindre le point de ralliement des recherches.

En jaillissant dans la clairière, une nouvelle salve de félicitations les accueillit. Deux secouristes se précipitèrent auprès d’eux et prirent Jessie des bras de Truitt, réticent à la lâcher. Ils la déposèrent sur une civière.

— Heure d’arrivée de l’hélicoptère estimée à deux minutes, dit l’un des urgentistes.

Rick et Truitt restèrent auprès de Jessie tandis que les brancardiers nettoyaient les plaies sur ses bras pour lui mettre une perfusion.

Leur supérieur s’approcha et les attira à l’écart.

— Qu’est-ce qui s’est passé dans les bois ? Vous pensez vraiment que Kim était notre tueur en série ? C’est un bon flic. Je n’arrive pas à croire qu’elle soit coupable de ces meurtres. Nous nous serions doutés de quelque chose.

Truitt prit un air grave.

— Elle a voulu tirer sur Jessie. Alors que Rick l’avait désarmée. Jessie ne la menaçait pas. Mais elle s’est emparée de son arme de secours. Sans mon intervention, elle aurait abattu Jessie et Rick de sang-froid.

Leur chef lâcha un juron.

— Ça n’a aucun sens !

— C’est Kim qui nous a indiqué la zone où se planquait Jessie, répliqua Rick d’une voix tendue. Jessie a réussi à lui échapper la nuit dernière quand elle s’est lancée à sa poursuite. À mon avis, Kim est revenue ici dans l’espoir de la trouver avant nous et de finir ce qu’elle avait commencé.

Le chef passa sa main sur son visage et dans ses cheveux.

— Je n’arrive pas à y croire. C’est complètement insensé.

La colère et la surprise se peignirent sur les traits de leur supérieur, faisant ressortir ses rides. Ils étaient tous au bout du rouleau. Ils manquaient de sommeil et tout le monde était ahuri de constater que la personne qu’ils pourchassaient depuis des mois, le fou responsable de tant de meurtres abominables, était l’un des leurs.

Le rugissement de l’hélicoptère attira leur attention. Ils levèrent la tête en direction du ciel. Sans perdre un instant, les secouristes soulevèrent la civière et s’élancèrent vers la zone d’atterrissage. Jessie avait une perfusion dans chaque bras.

— Allez-y, leur ordonna le chef. On reparlera de ça plus tard. Je me doute que vous avez envie d’être à ses côtés.

Les deux hommes ne se firent pas prier. Mais une fois parvenu devant l’engin où on chargeait Jessie, on leur dit qu’il n’y avait pas assez de place pour eux.

Malgré leur frustration, ils ne voulurent pas retarder l’hélicoptère et ils s’écartèrent.

— Viens, dit Rick en saisissant Truitt par le coude. Je vais conduire.

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