Avec ou sans uniforme…

Maya BANKS · Chapitre 34 sur 48

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Avec ou sans uniforme…

Chapitre 1

1

 

Darcy Michaels s’empara de sa mallette grise de sa main gantée et se déplaça avec précaution parmi les restes calcinés de son magasin de bonbons préféré. Autour d’elle, les pompiers se mouvaient à travers les ruines incandescentes, inspectant les moindres coins et recoins afin de s’assurer que le feu était complètement éteint. Des filets d’eau dégoulinaient depuis le plafond et le long des murs noircis, formant une flaque sur le sol ; l’odeur âcre de la fumée mêlée à celle du sucre roussi lui infestait les narines et lui collait à la peau, allant jusqu’à imprégner le tissu de son uniforme.

— C’est le troisième en trois semaines, maugréa James Ralston derrière elle. Je suis navré, Darcy. Je sais à quel point tu étais attachée à cette boutique.

Elle marqua une pause puis se tourna face à son mentor, un pincement douloureux au cœur. De même que les deux incendies précédents, celui-ci avait ravagé un endroit qui lui était cher, un lieu empli de précieux souvenirs. C’était dans cette boutique, Le Sweet Spot, qu’elle avait fêté son douzième anniversaire, c’était aussi là qu’elle s’arrêtait chaque vendredi pour acheter sa ration de langues acidulées, des sucreries que sa sœur lui avait fait découvrir et dont elle était devenue friande.

Reste concentrée, Darcy. Ce n’est pas le moment de t’égarer.

— Ce pyromane n’est pas près de cesser ses activités. Il a ça dans la peau, ça devient évident.

La fréquence des incendies et l’ingéniosité terrifiante des bombes à retardement employées pour les déclencher indiquaient que l’auteur de ces attaques avait eu le temps de fignoler sa marque de fabrique.

Darcy avait beau savoir que sa réaction était irrationnelle, c’était plus fort qu’elle. Elle se sentait violée. Fillette, elle n’avait eu qu’un souhait, celui de quitter Lion’s Bay ; mais aujourd’hui, elle était incapable ne serait-ce que de songer à abandonner cette petite ville de bord de mer. Les souvenirs qui avaient poussé ses parents à s’en aller la liaient elle à cet endroit, l’empêchant de s’en éloigner.

Jim posa sur elle ses yeux vert foncé emplis de compassion.

— Ça me laisse perplexe, Darcy. Il n’y a aucun nouvel habitant en ville et on est en basse saison. Autrement dit, les touristes se comptent sur les doigts de la main. Impossible de ne pas remarquer les gens qui ne sont pas du coin. Ils font tache.

Elle marcha lentement à travers les braises, retraçant du regard le chemin suivi par les flammes, comme son chef le lui avait appris.

— Ce type est un pro, fit-elle remarquer d’une voix qui se brisa. (Elle se racla la gorge.) Je pense qu’on devrait demander de l’aide d’en haut.

— Miller fait bien son travail. Il est méticuleux, ne néglige aucune piste. (Il lui effleura le coude.) Un petit conseil, Darcy : évite de marcher sur ses plates-bandes.

La jeune femme hocha la tête, consciente que ses rapports avec le shérif local étaient déjà compliqués.

— Je sais. Mais je crois qu’il a besoin de plus de moyens et qu’il est trop borné pour demander du renfort.

La dernière fois que les agents fédéraux avaient débarqué, ils en avaient fait voir des vertes et des pas mûres au shérif Chris Miller et à ses adjoints, les laissant sur la touche tout en épuisant les maigres ressources allouées pour les besoins de l’enquête. Elle ne se rappelait que trop bien cette période de tension, car c’était le meurtre sur lequel ils enquêtaient qui l’avait, elle, ramenée sur les lieux de son enfance.

— Et franchement, l’ego de Chris est le cadet de nos soucis, ajouta-t-elle.

— Commençons par inspecter la scène. Nous aviserons ensuite. (Jim la prit par les épaules ; il les pressa de manière réconfortante.) Tu ne devrais pas rester seule ce soir.

Elle couvrit ses mains des siennes. Il la connaissait vraiment par cœur.

Darcy avait effectivement besoin d’être soutenue, mais pas étouffée. Il lui fallait quelqu’un à proximité en cas de nécessité, quelqu’un qui sache s’effacer, la laisser tranquille en temps voulu.

Elle croisa son regard et il devina ses pensées.

— Ma porte t’est grande ouverte, Darcy. Tu peux dormir sur mon canapé quand tu le veux. Inutile de te le répéter.

Elle acquiesça d’un signe de tête.

— Merci.

— De rien. C’est tout naturel.

Elle pivota sur ses talons et fouilla les lieux à la recherche d’un endroit où poser son équipement. Il était temps de se mettre au travail.

 

Darcy poussa un long soupir, se retourna sur le sofa et consulta l’horloge posée sur le manteau de cheminée de Jim. Cinq heures et quart. Dehors, il faisait encore obscur. Elle avait passé la nuit à s’agiter sous la couette, trop préoccupée par ses pensées pour trouver le sommeil dont elle avait désespérément besoin. Il y avait quelque chose de louche dans cette histoire d’incendies. Un truc qui la turlupinait mais sur lequel elle était incapable de mettre le doigt. Et plus elle y songeait, moins elle y voyait clair.

Elle se redressa. Il n’y avait qu’une solution possible. Elle n’en distinguait pas d’autres. La seule manière de calmer les esprits, c’était d’arrêter le psychopathe qui tourmentait la population et de s’assurer qu’il finisse derrière les barreaux. Le plus tôt serait le mieux. Et tant pis si ça ne plaisait pas au shérif. Certes, il n’y avait pas eu de blessés jusqu’ici mais la police tournait en rond ; on ne tenait aucune piste. Si le pyromane continuait sur sa lancée, il ne leur restait que quelques jours pour le démasquer avant qu’il ne frappe encore.

Un souffle chaud lui chatouilla les orteils et son attention se reporta sur le magnifique berger allemand allongé par terre, au pied du canapé. Quand sa brève relation avec Jim s’était terminée, elle avait beaucoup souffert de ne plus voir son chien, auquel elle s’était attachée.

— Merci de veiller sur moi, Columbo.

Elle se pencha en avant et lui grattouilla la tête entre les oreilles.

Darcy observa l’animal et songea que cette bête et elle avaient un peu le même rôle. Les habitants de Lion’s Bay la payaient pour qu’elle veille sur eux et les maintienne à l’abri du danger.

Or elle n’avait pas l’intention de leur faire défaut.

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