Avec ou sans uniforme…

Maya BANKS · Chapitre 19 sur 48

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Avec ou sans uniforme…

Chapitre 15

15

 

L’aube filtrait à travers les arbres, aspergeant le ciel sombre d’une lumière pâle. Rick se frotta les yeux et se massa la nuque pour désagréger le nœud qui s’y était formé.

Ils ne savaient pas s’ils fouillaient au bon endroit. Chaque fois que le téléphone de Rick sonnait, il hésitait à décrocher, craignant que ce ne soit le tueur lui annonçant le meurtre de Jessie d’un ton jubilatoire.

Mais il n’avait pas appelé. Il n’avait donné aucune nouvelle.

Le lieutenant avait mobilisé toutes ses unités pour ratisser les bois depuis la veille au soir. Aidés de quelques dizaines de bénévoles, les agents avaient poursuivi leurs recherches jusqu’aux premières lueurs du jour.

En vain.

Pas le moindre signe de Jessie.

— Une nouvelle fournée de bénévoles arrive en renfort avec les équipes de jour, lui apprit Truitt, qui marchait derrière lui à travers la forêt. Ils veulent qu’on se retrouve pour discuter des zones qu’on a déjà vérifiées. Et pour qu’on se mette d’accord afin de couvrir un maximum de terrain.

Rick esquissa une grimace exprimant à la fois la colère et le dépit.

— Vas-y. Moi, je vais continuer à chercher.

Truitt s’arrêta net.

— Pas question qu’on se sépare. Nous allons la retrouver ! Je ne la laisserai pas ici toute seule. Le problème, c’est qu’on tâtonne. Il faudrait qu’on élabore une meilleure stratégie.

Rick pesta mais il suivit Truitt. Ils sortirent des bois pour rejoindre le point de ralliement, dans une clairière non loin de là, où étaient stationnés une multitude de véhicules.

Bull et le chef se tenaient près de Kim Whalen et Victor Manning. Tous étaient vêtus de boots et de vêtements adaptés au crapahutage dans les zones de végétation dense.

— Merci d’avoir répondu à notre appel, dit Truitt tandis qu’il s’avançait vers les agents.

Derrière eux, un autre groupe de bénévoles tout juste arrivés patientait, prêt à recevoir leurs consignes. Truitt ne tenait pas en place, impatient de reprendre les recherches. Mais il s’efforça de se calmer. Il était sur le point de péter les plombs, il le savait.

— Contents de pouvoir être utiles, répondit Bull. Elle compte pour vous, ce qui fait d’elle l’une des nôtres ; en plus on lui doit bien ça après la pression à laquelle on l’a soumise. (Il prit une profonde inspiration et glissa sa main dans ses cheveux.) Putain, ce fils de pute ne l’aurait jamais prise pour cible si elle n’avait pas fait la une des journaux.

Le chef acquiesça d’un air sombre. Kim glissa un coup d’œil vers Truitt mais son regard s’attarda un long moment sur Rick.

— Déplions les cartes. Je pense savoir dans quelle zone on peut orienter nos recherches.

Tandis qu’ils étalaient les plans sur le capot du 4 × 4 du lieutenant, Kim se pencha en avant et indiqua du doigt un périmètre qu’ils avaient négligé.

— Mon père chasse souvent dans ce coin-là. Il existe un petit pavillon de chasse ici, un autre là. C’est très isolé. Vu qu’il n’y a pas eu d’appel, je suppose que le tueur ne veut pas encore que vous la trouviez, ce qui veut dire qu’il fera son possible pour cacher le cadavre.

En entendant ce mot, Rick se raidit et son visage se voila. La boule présente dans le ventre de Truitt prit une dimension monumentale.

— Désolée, bredouilla Kim. J’ai manqué de tact.

S’il ne s’était pas agi de Jessie, Truitt aurait sans doute employé le même langage pour parler de la victime. Tous savaient que Jessie avait très peu de chances de s’en sortir. Mais il tâchait de garder espoir.

Le chef entoura les zones sur lesquelles Kim avait attiré leur attention et traça une ligne droite de ces cercles à leur position actuelle.

— On ira plus vite en 4 × 4.

— En revanche, on ne pourra pas prendre de raccourcis. Les bois sont extrêmement touffus dans cette zone, poursuivit Kim. On pourrait envoyer des quads en reconnaissance et sillonner les parties les plus denses à pied.

— Merci, Kim, murmura Rick. (Il posa la main sur son épaule et la pressa.) Ton aide est appréciable.

Kim lui répondit par un sourire.

— Allons-y.

 

Son nom résonnait au loin. Jessie se réveilla et tendit l’oreille. Elle était extrêmement faible. Elle voulut répondre aux appels, mais seul un léger murmure franchit ses lèvres.

Lovée dans la boue, elle était arrivée là par le plus grand des hasards, quand elle avait chuté depuis un monticule dans la pénombre. Épuisée, elle s’était frayé un passage à travers les entrelacs de ronces et de buissons épineux. Son corps s’était progressivement recouvert de boue et de feuilles.

Le manteau noir de la nuit s’était peu à peu levé, laissant place à la lumière blanchâtre de l’aube ; une brume inquiétante tapissait le sol. Elle voulut se redresser mais ses bras n’étaient plus assez forts pour la soutenir.

Un bruit lui parvint aux oreilles. Le froissement des feuilles. Un écureuil, un lapin peut-être ? Non, le son était trop lent et mesuré. Des pas d’homme. Plutôt légers. Ceux d’une personne se déplaçant de manière calculée à travers la forêt.

Jessie aurait voulu quitter sa cachette et s’élancer vers le bruit qu’elle percevait. Mais la peur la tétanisait. Elle ferma les yeux et demeura absolument immobile. Elle se mit à divaguer, oubliant un instant qu’elle gisait dans la boue et se vidait de son sang. Qu’une malade se prenant pour le Chasseur Blanc la pourchassait.

— Elle ne perd rien pour attendre, marmonna Jessie en songeant à cette psychopathe.

Cela lui fit le plus grand bien de le dire. L’idée qu’elle puisse un jour se venger de cette femme l’emplit d’un bref sentiment de satisfaction.

Le bruit se rapprocha et la panique la gagna. Et si on découvrait sa planque ? Dans sa position, elle était vulnérable. Elle ne pourrait pas se défendre. Et si cette chienne la repérait et l’abattait d’une balle dans la tête ? À moins qu’elle ne la poignarde ? Et elle qui restait étendue là, recroquevillée dans la boue, à pleurer sur son sort tout en priant pour que personne ne la voie.

Bon sang, si je dois mourir, ce sera en me battant jusqu’au bout. Cette cinglée mérite une bonne raclée.

Elle se releva tant bien que mal ; chaque geste étant un supplice. La douleur était constante, s’insinuant à travers ses membres tel un serpent.

D’une main elle ramassa une grosse pierre, de l’autre une branche de la taille d’une batte. Il lui fallut rassembler toute sa volonté, son désir de survie pour se hisser en position verticale.

C’est alors qu’elle vit la policière. Debout à quelques mètres d’elle, elle scrutait l’horizon à l’aide de jumelles. Elle avait troqué son fusil contre un pistolet porté à l’épaule. Avait-elle repris sa couverture de flic ?

Passant la pierre de sa main gauche à sa main droite, elle visa l’arrière de son crâne et la lança de toutes ses forces. Six années de softball portèrent enfin leurs fruits. Le caillou percuta violemment la tête de la femme, qui s’écroula à genoux.

Jessie se mit à courir. Plus tard, elle se demanderait comment elle avait pu couvrir pareille distance avec un genou en miettes. La douleur était insoutenable mais la crainte de mourir encore plus forte ; elle lui instilla assez d’adrénaline pour lui permettre d’accomplir l’impossible.

Sans lui laisser le temps de réagir, Jessie lui assena un violent coup de bâton dans le dos. La policière s’avachit à plat ventre, le visage dans la boue. D’une main tremblante, Jessie s’empara du pistolet à son épaule et recula, palpant la crosse avec des doigts fébriles. Ne devrait-il pas y avoir une sécurité ? Peut-être pas.

Jessie pointa son arme sur elle.

La policière se remit lentement debout. Elle la dominait par sa taille.

— Jessie ! Oh, mon Dieu, Jessie ! s’écria-t-on dans son dos.

— Kim, que se passe-t-il ?

Les deux voix parvinrent aux oreilles de Jessie, mais elle ne voulut pas détourner la tête de son ennemie. Pas question. Une seule seconde d’inattention pouvait leur coûter la vie à tous les trois.

— Tu mérites de mourir, espèce de cinglée, rugit Jessie.

Kim leva les mains en l’air, les yeux implorants. Incroyable à quel point les fous pouvaient avoir l’air innocents.

— Rick, Truitt, dites à votre copine de baisser son arme. Je crois qu’elle a perdu la tête. Elle est visiblement traumatisée. Elle n’a pas conscience de ses actes.

Jessie ne s’était pas attendue à cette ligne de défense.

— Écoutez, Jessie, je suis de votre côté. Je suis dans le même camp qu’eux, poursuivit Kim en désignant les deux hommes qui se tenaient sur le côté. (Elle se tourna vers eux.) Elle m’a frappée et m’a piqué mon arme. Calmez-la avant qu’elle ne tue quelqu’un.

La main de Jessie se mit à trembler ; l’engourdissement qui l’avait saisie durant la nuit commença à s’estomper.

— Jessie, ma chérie, donne-moi ce pistolet. C’est fini maintenant. Tu es blessée. Laisse-nous prendre soin de toi.

La voix grave et rassurante de Rick l’enveloppa, lui procurant un profond réconfort. Mais elle avait vu le mal dans le regard de cette femme. Elle le voyait de nouveau, derrière son air faussement innocent.

Rick et Truitt la croiraient-ils ? Prendraient-ils partie pour elle contre l’une des leurs ?

Truitt intervint à son tour, la suppliant de ne rien faire d’irréfléchi, comme s’il croyait qu’elle avait perdu la boule et qu’elle avait besoin d’être canalisée.

— Jessie, nous sommes là. Tu as survécu. On va coincer cet enfoiré. Tu as ma parole. Mais tu as besoin d’un médecin. Tu es couverte de sang et tu me fais peur. Abaisse ton arme et laisse-nous t’aider.

— C’est elle, lança Jessie d’une voix blanche. Elle s’est garée devant chez moi. Elle m’a donné un coup de Taser et elle m’a frappée. J’ai perdu connaissance. À mon réveil, j’étais attachée à une table dans un pavillon de chasse. Elle m’a défoncé le genou avant de m’entailler le corps. Pour que je saigne, pour pouvoir suivre ma piste. Elle me réservait le même sort qu’à toutes les autres, mais j’ai été plus rusée qu’elle. Oui, tu m’entends, sale chienne ? J’ai été plus rusée que toi. J’ai gagné. Et je te jure que je vais te casser les dents une fois que Truitt et Rick t’auront arrêtée.

Elle aventura un coup d’œil vers Rick et Truitt. S’ils ne la croyaient pas, s’ils la laissaient seule avec cette femme pendant ne serait-ce qu’une minute, elle allait tenter de lui faire la peau. À moins que Jessie ne la tue avant. Quoi qu’il en soit, quelqu’un allait mourir.

Truitt et Rick paraissaient horrifiés, inquiets, perplexes. Puis un déclic se produisit en eux. Ils comprirent et la colère se peignit sur leur visage.

Truitt dégaina son pistolet et visa Kim pendant que Rick enlaçait Jessie pour lui retirer délicatement son arme des mains.

Ses dernières forces l’abandonnèrent et elle s’effondra par terre avant que Rick puisse la rattraper. Truitt détourna son attention pendant une brève seconde, ce qui donna l’opportunité à Kim de saisir l’arme à sa cheville.

Elle ajusta Jessie. Rick se jeta devant la jeune femme pour la protéger. Jessie hurla, un coup de feu retentit. Et le son résonna à ses oreilles.

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