Avec ou sans uniforme…

Maya BANKS · Chapitre 17 sur 48

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Avec ou sans uniforme…

Chapitre 13

13

 

Ce n’était pas son meilleur jour mais c’était loin d’être le plus mauvais. Avec de la chance, le pire se trouvait déjà derrière elle et le meilleur restait à venir.

D’humeur plutôt philosophe, Jessie se mit au volant de sa voiture et salua Kirsten de la main en quittant l’allée de sa maison.

Son amie était venue la chercher chez Truitt pour l’emmener récupérer sa voiture chez elle. Elle lui avait proposé de l’accompagner à son appartement afin de l’aider à faire des cartons mais Jessie avait décliné. Elle n’avait pas grand-chose à emballer. Et puis Kirsten devait aller travailler.

Les deux hommes lui avaient déjà envoyé des messages adorables. Elle craignait de s’être lancée dans cette histoire un peu vite. Mais ne pouvait-on pas prendre au moins une décision hâtive dans sa vie ?

Pourvu qu’elle ne vienne pas à le regretter ! Et puis tant pis si c’était le cas, au moins elle se serait sentie vivre.

Elle se gara au pied de son immeuble et poussa un soupir. Cet endroit n’allait pas lui manquer. Elle ne s’y était jamais sentie chez elle. C’était un lieu où elle avait rongé son frein, attendant de rembourser son emprunt, de finir ses études, et de trouver un emploi plus gratifiant.

La comptabilité n’était pas un domaine de travail très folichon, mais tout le monde avait besoin d’un comptable. Les entreprises en embauchaient sans cesse. C’était un secteur stable et Jessie avait un grand besoin de stabilité dans sa vie.

Peut-être qu’avec le temps elle serait en mesure de monter sa boîte. Remplir les déclarations d’impôts et tenir les comptes des petits commerces. L’idée de gérer un jour sa propre affaire et d’avoir sa plaque professionnelle à son nom devant sa porte lui donnait de délicieux frissons.

Plus tôt elle aurait donné son préavis de départ et empaqueté ses effets, plus vite elle pourrait tourner la page. À partir de maintenant, les choses ne pouvaient que s’arranger.

Elle pénétra dans l’appartement et parcourut du regard l’espace étriqué où elle avait vécu depuis son accident. Non, décidément, ça n’allait pas lui manquer.

Enthousiaste à l’idée de se lancer dans une nouvelle aventure, elle gagna la chambre et se mit à emballer ses vêtements. Puis elle se rendit dans la salle de bains et fourra tous ses produits de toilette dans un sac. Elle déposa ses bagages à l’entrée, près de la porte.

Elle était sur le point de vider la cuisine quand un mouvement attira son attention par la fenêtre qui donnait sur la rue. Les sourcils froncés, elle s’approcha du carreau pour jeter un coup d’œil dehors. Son inquiétude s’accrut lorsqu’elle aperçut une voiture de police garée juste devant l’allée qui menait de la rue à son immeuble. Elle n’avait pas osé stationner sa voiture à cet endroit et voilà qu’un abruti de flic lui bloquait à présent le passage.

Elle songea ensuite que l’abruti de flic en question n’était peut-être que Rick et Truitt, et ses joues s’échauffèrent. Elle était à fleur de peau depuis sa récente expérience avec la police.

Jessie sortit sur le perron et jeta un coup d’œil en direction du véhicule. La portière s’ouvrit et une policière grande et élancée descendit de voiture en lui décochant un sourire. Elle remonta l’allée en direction de l’entrée.

Jessie la dévisagea, méfiante.

— Vous êtes Jessie Callahan ?

— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? rétorqua la jeune femme d’un ton belliqueux.

— J’aimerais que vous m’accompagniez au poste. Nous devons vous poser quelques questions supplémentaires sur l’un de vos collègues. Nous enquêtons toujours sur le meurtre de Merriam Powell.

Oh, à présent ils avaient besoin de son aide ? Elle se fichait que cette femme travaille avec Rick et Truitt. Elle pouvait aller se faire voir. Peut-être avait-elle pardonné aux deux hommes mais elle n’avait pas l’intention d’excuser le reste de leur équipe.

— Je suis occupée, répliqua-t-elle sèchement.

La femme arqua les sourcils.

— Ça ne prendra pas longtemps.

— Dans ce cas, vous n’avez qu’à me poser les questions ici pendant que je finis de faire mes cartons.

Sur ces mots, Jessie pivota sur ses talons. À sa grande surprise, l’agent de police s’élança vers elle et la saisit par le coude.

— Vous partez quelque part ? demanda-t-elle.

Elle la lâcha et fit un pas en arrière.

— Ça ne vous regarde…

Sa phrase resta en suspens. Une brûlure la traversa de part en part. Son corps se raidit et une onde de peur la parcourut de la tête aux pieds. Elle ne pouvait ni bouger, ni parler, ni crier. En quelques secondes, ses lèvres s’engourdirent et sa bouche devint très sèche.

Son genou esquinté ploya et elle allait s’écrouler par terre quand la policière s’avança et la retint, un grand sourire aux lèvres. Elle la traîna ensuite jusqu’à sa voiture de patrouille, au bout de l’allée.

Puis elle ouvrit l’arrière du véhicule et y déposa rapidement Jessie comme si elle craignait qu’on ne les surprenne. Jessie s’affala sur le côté. L’agent se pencha en avant.

Jessie eut à peine le temps d’entrevoir la crosse d’un pistolet. Elle reçut un coup violent dans la tête et le néant l’engloutit.

 

— Je me demande pourquoi Jessie ne décroche pas son portable. Elle a répondu à mon message il y a quelques heures de ça, et depuis, plus rien.

Truitt glissa sa main dans sa tignasse et bâilla à s’en décrocher la mâchoire. Ils avaient passé la journée à interroger les proches et les collègues de la victime.

Il n’avait qu’une envie : rentrer chez lui, prendre Jessie dans ses bras et dormir d’une traite pendant vingt-quatre heures.

Il jeta un coup d’œil à Rick, qui semblait très soucieux.

— Elle déménageait, dit-il pour le rassurer. Elle est sans doute occupée. Ou avec des amis.

— Ça n’explique pas pourquoi elle ne répond pas à son téléphone. Et il n’est pas éteint, autrement je tomberais directement sur la messagerie.

Truitt fronça les sourcils mais, avant qu’il ait eu le temps de répondre à son coéquipier, la sonnerie du bureau retentit.

— Cavanaugh à l’appareil.

— Truitt Cavanaugh ?

— Lui-même. Kirsten ?

Il avait reconnu sa voix.

— Oui, c’est moi. Vous avez eu des nouvelles de Jessie depuis ce matin ?

Un sentiment d’appréhension s’empara de lui. Un nœud se forma dans son ventre. Il décocha un regard à Rick qui scrutait toujours son portable d’un air sombre.

— Non, Rick était en train de me dire qu’elle ne répondait ni à ses appels ni à ses messages. Tu ne l’as pas vue non plus ?

Rick tendit l’oreille. Il s’approcha de Truitt, l’air alarmé, et colla son oreille près du combiné pour suivre la conversation.

— Non, répondit Kirsten. Le truc, c’est que je suis passée à son appartement. Sa voiture est toujours garée là mais la porte d’entrée est fermée à clé. On dirait qu’elle n’est pas là mais où peut-elle être passée si elle n’est pas avec vous ?

— OK. Merci de ton coup de fil. Rick et moi, on va la trouver. Je te le promets.

— Tenez-moi au courant. Je me fais un sang d’encre.

— C’est noté.

Truitt raccrocha et se leva d’un bond. Il saisit sa clé de voiture. Rick s’appuya sur le bureau de son partenaire, les paumes à plat, le visage déformé par l’inquiétude.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Kirsten se fait du souci. Elle n’a pas eu de nouvelles de Jessie de toute la journée. Apparemment, elle est allée jeter un coup d’œil à son appartement et sa voiture y est toujours. Par contre la porte est verrouillée et elle n’a pas l’air d’être là.

— Putain. Il est vingt heures passées et ça fait un sacré moment qu’elle n’a donné aucun signe de vie. J’aurais dû aller m’assurer que tout allait bien, je le savais. Imagine qu’elle se soit blessée chez elle et qu’elle ait perdu connaissance ?

— Allons-y, dit Truitt en quittant le bureau en trombe.

Quelques minutes plus tard, ils parvinrent devant l’appartement de Jessie et se garèrent derrière son véhicule. Rick avait jailli de la voiture sans attendre que Truitt se soit arrêté. Il descendit à son tour et s’élança vers la porte d’entrée dans le sillage de son coéquipier.

Ils tournèrent la poignée mais c’était fermé. Ensemble, ils enfoncèrent la porte. Au bout de la deuxième tentative, elle céda et ils se ruèrent à l’intérieur.

— Jessie ! cria Truitt. Jessie, tu es là ?

Dans sa hâte, Rick faillit se prendre les pieds dans des valises et se vautrer par terre. Ils se précipitèrent dans la chambre, seule autre pièce composant l’appartement en dehors de la salle de bains. Mais l’endroit était désert.

— Bon sang, où est-elle passée ? s’écria Rick.

— Elle a quasiment fini de faire ses valises. La chambre et la salle de bains sont vides. Il ne lui restait plus que la cuisine. Ses bagages sont près de la porte et sa voiture devant l’immeuble. Où a-t-elle pu aller ?

— J’ai un mauvais pressentiment, dit Rick. Ça va te sembler fou, Tru, mais je n’arrive pas à m’ôter cette idée de la tête.

— Quoi ? Parle.

— Le tueur a appelé pour nous dire qu’il avait sélectionné sa prochaine victime. C’est la première fois qu’il fait ça. Je sais que ça a l’air insensé… Et si ce fils de pute l’avait choisie après l’avoir vue dans le journal télévisé ?

— Ce serait une sacrée coïncidence. Quelles sont les probabilités ? À moins que ce type ne nous surveille. Auquel cas il saurait que nous fréquentons Jessie. Mais c’est grotesque.

— Pourquoi m’appelle-t-il, moi, chaque fois ? demanda Rick sans élever la voix. Pourquoi pas quelqu’un d’autre ? Le chef, par exemple ? Ce n’est pas qu’une question d’attention. De toute évidence, il s’intéresse à moi. Du coup, il est sûrement au courant pour Jessie. À moins que ce ne soit une putain de coïncidence. Quoi qu’il en soit, j’ai le très mauvais pressentiment que ce bâtard a mis le grappin sur Jessie. Et si nous n’agissons pas vite, nous allons la perdre.

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