Avec ou sans uniforme…

Maya BANKS · Chapitre 15 sur 48

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Avec ou sans uniforme…

Chapitre 11

11

 

 

— Vous n’avez qu’à me ramener chez moi, dit Kirsten tandis que la voiture quittait le parking. Je suis sobre, promis juré. Comme ça, vous pourrez ramper aux pieds de Jessie en toute intimité. Quand elle se sera réveillée.

Rick jeta un coup d’œil à Kirsten par-dessus son épaule.

— Je préférerais que tu ne restes pas seule.

Kirsten fit la moue.

— Je suis une grande fille. En plus, je tiens bien l’alcool. Je dois avoir des gènes mutants ou un truc dans le genre. J’arrive à emmagasiner beaucoup d’alcool dans mon petit corps. Tout le monde se demande comment je fais pour ne pas m’évanouir dans mon vomi.

Truitt afficha une grimace de dégoût et Rick partit d’un éclat de rire.

— OK, poupée. On va te raccompagner chez toi et te mettre au lit. Ensuite, on ramènera Jessie chez nous et on pourra… ramper à ses pieds.

Kirsten esquissa un sourire satisfait.

— Je savais bien que vous n’étiez pas que mauvais.

Elle leur donna l’adresse de son appartement et leur indiqua la route. Rick l’escorta jusqu’à sa porte par mesure de précaution et pour juger par lui-même de son état de sobriété. La jeune femme n’avait pas menti : malgré la quantité astronomique d’alcool qu’elle avait ingurgitée, elle arrivait à tenir des propos cohérents.

Jessie en revanche…

Rick posa son regard sur la banquette arrière. Elle était toujours avachie contre la vitre. Ils regagnèrent ensuite leur maison, se garèrent dans l’allée. Truitt descendit et ouvrit doucement la portière pour que Jessie ne s’affale pas par terre.

Il lui ôta sa ceinture, la recueillit dans ses bras et se dirigea vers l’entrée. Rick aurait aimé que ce soit contre lui qu’elle soit blottie. Il avait cruellement besoin de la toucher.

Les derniers jours avaient été un véritable supplice pour les deux hommes. D’abord, la pensée qu’elle s’était servie d’eux. Puis la crainte qu’elle ne soit jetée en prison. Enfin, la prise de conscience de leur erreur et la peur de la perdre pour de bon.

— À ton avis, je la couche directement ou bien je la fais décuver ? demanda Truitt une fois à l’intérieur.

— Allonge-la sur le lit. Je vais faire du café. Ensuite on avisera.

Truitt longea le couloir jusqu’à la chambre, Jessie dans ses bras, pendant que Rick gagnait la cuisine.

Dix minutes plus tard, il apporta un mug fumant dans la chambre et trouva Jessie pelotonnée contre Truitt. Ils échangèrent un regard ; Rick déposa la tasse sur la table de chevet et se pencha à l’oreille de Jessie.

— Jessie, réveille-toi…

Truitt lui caressa la joue. Incapable de se retenir plus longtemps, Rick s’agenouilla sur le lit et se pencha à l’oreille de la jeune femme. Il ne voulait ni la réveiller en sursaut ni l’inquiéter. Il souhaitait qu’elle se sente… à l’aise. En sécurité.

— Jessie, murmura-t-il. Réveille-toi, ma belle. Ouvre tes jolis yeux. Je t’ai apporté du café. Ça va te faire du bien.

À ces mots, ses paupières remuèrent et ses yeux encore assoupis rencontrèrent ceux de Rick. Puis son nez se plissa.

— Oh non, pas de café.

Rick rit doucement ; elle était adorable. Il mourait d’envie de la serrer contre lui pour qu’elle s’endorme dans ses bras.

— Qu’est-ce que vous faites là ? s’étonna-t-elle.

Truitt lui mordit gentiment l’épaule. Elle renversa la tête en arrière et le contempla d’un air très surpris.

— On habite ici, répondit Truitt.

— Qu’est-ce que je fais ici ? Je n’ai pas envie de vous parler. Je faisais la fête, je m’amusais. Mais maintenant je ne m’amuse plus du tout.

— Si tu n’étais pas si soûle, tu verrais qu’on peut s’amuser ensemble aussi, répliqua Rick.

— La pièce tourne… Je ne me sens pas très bien, dit-elle, changeant de sujet.

Elle était soudain pâle comme la mort et des perles de sueur s’étaient formées sur son front.

— Tu as envie de vomir ?

— Je ne sais pas. Peut-être que je devrais prendre une douche.

Derrière elle, Truitt arqua un sourcil, l’air de dire : « On ne va pas la laisser prendre une douche dans son état. » Rick n’était pas stupide. Il n’allait pas la laisser seule. Elle risquerait de se casser la figure dans la cabine et de se fendre le crâne.

— Seulement si l’un de nous deux t’accompagne, dit Rick.

Elle déglutit avec peine et s’humecta les lèvres.

— Peu importe. J’ai juste besoin de me lever. Je me sens nauséeuse.

Rick se mit debout et la prit dans ses bras. Une fois dans la salle de bains, il la déposa près des toilettes. Après s’être assuré qu’elle n’allait pas basculer la tête la première dans la cuvette, il tendit un bras vers la douche pour tourner le robinet.

Quand il pivota vers elle, elle s’était rendormie, la joue contre la lunette des toilettes. Il rit dans sa barbe, se pencha en avant et la redressa. Puis il se mit en devoir de la déshabiller.

Mais il appela bientôt Truitt à sa rescousse. Celui-ci surgit quelques secondes plus tard et découvrit la scène avec un amusement non dissimulé.

— Besoin d’un coup de main ? demanda-t-il avec un sourire en coin.

— On peut dire ça. Tu m’aides à lui retirer ses vêtements.

Tandis que le premier la maintenait droite, le second lui ôtait ses habits.

— Déshabille-toi et va dans la douche, dit Truitt. Je la tiens pendant ce temps.

Il la souleva et la plaça dos au lavabo. Puis il la pencha un peu en avant pour que sa tête repose dans son cou et il la serra contre lui.

Rick se dévêtit et passa les doigts sous l’eau pour tester la température. Elle était trop tiède à son goût, ce qui lui arracha une grimace. Prenant son courage à deux mains, il pénétra dans la cabine, se positionna sous le jet, et fit signe à Truitt d’amener Jessie.

À peine l’eau eut-elle coulé sur le dos de la jeune femme qu’elle poussa un petit cri étouffé et écarquilla les yeux.

Rick la ramena contre lui et pressa les lèvres contre sa tempe ; elle grelottait dans ses bras mais, au bout de quelques instants, elle se détendit et son corps devint malléable. Il crut qu’elle avait de nouveau perdu connaissance mais, s’écartant un peu d’elle, il se rendit compte qu’elle était tout à fait consciente.

— J’aurais peut-être dû me forcer à boire le café, dit-elle, les lèvres tremblotantes. Au moins, c’était chaud.

— Je vais te réchauffer dans une minute, lui promit Rick.

Elle se serra contre lui, appuyant le front sous son menton tandis que l’eau ruisselait sur leurs deux corps entrelacés.

— Je ne t’ai pas encore pardonné, dit-elle.

Il esquissa un sourire.

— Ce n’est qu’une question de temps.

Elle se crispa dans ses bras mais ne protesta pas.

— Tu veux un gommage complet tant qu’on y est ? demanda Rick.

Elle secoua la tête.

— Je préférerais sortir de là avant de me transformer en glaçon.

Il passa la main derrière elle pour fermer le robinet. Jessie poussa un soupir de soulagement qui résonna dans le brusque silence de la pièce. Rick rouvrit la porte de la cabine devant laquelle Truitt patientait muni d’une immense serviette.

La jeune femme sortit de la douche en claquant des dents. Truitt l’enveloppa dans le linge en coton et la frotta vivement afin de la réchauffer.

Rick saisit une autre serviette et les contourna pour retourner dans la chambre à coucher. Quelques instants plus tard, Jessie le rejoignit drapée de sa serviette, Truitt dans son sillage.

Rick se dépêcha d’enfiler un short et un tee-shirt et tendit les bras en direction de Jessie. Elle s’avança et se blottit contre son torse.

— Mets-toi au lit, dit-il en posant un baiser sur sa chevelure humide.

— Je n’ai pas d’habits de rechange.

Truitt ouvrit un tiroir et lança un tee-shirt sur le lit.

— Tiens. Enfile ça. C’est parfait pour dormir.

Les joues roses, elle lâcha sa serviette et s’empressa d’enfiler l’immense maillot ; l’ourlet lui tombait juste au-dessus de son genou. Rick aurait aimé qu’elle soit tout le temps comme ça. Vêtue d’un haut trop grand, accessible à ses caresses à tout moment.

Son sexe se dressa et il remua pour soulager son entrejambe.

Jessie s’allongea sur le lit et alla se faufiler sous la couette, qu’elle remonta jusqu’à son nez. Les deux hommes s’installèrent de part et d’autre de la jeune femme. Elle poussa un soupir d’aise et les tremblements de son corps s’apaisèrent.

— Tu es suffisamment sobre pour nous entendre te supplier et nous regarder ramper à tes pieds ?

Elle plissa les yeux.

— Vous, vous avez parlé avec Kirsten. Cette fille est obsédée. Elle n’a que ça à la bouche. De simples excuses me suffisent.

— Vraiment ? dit Truitt à voix basse. Parce qu’on ne te demande pas seulement de nous pardonner, Jessie. On veut plus. Beaucoup plus.

Une boule se forma dans sa gorge. Elle regarda tour à tour les deux hommes.

— C’est-à-dire ?

Rick posa un doigt sur sa joue et retraça délicatement la ligne de sa mâchoire jusqu’à son menton.

— On veut la totale. On veut que tu sois à nous. On veut prendre soin de toi, veiller à ce que tu ménages ton genou, te retrouver le soir à la maison après une rude journée de travail, manger tes bons petits plats. Est-ce que ça te paraît intéressant ?

Jessie cligna les yeux. Serait-ce l’alcool qui lui causait des hallucinations auditives ?

Soudain, elle n’avait plus froid. Au contraire, une onde de chaleur la balaya jusqu’à la pointe des orteils. Les deux hommes la regardaient avec ardeur comme si… comme s’ils étaient très sérieux.

— Je suis encore soûle, c’est ça ?

Truitt ricana au creux de son oreille.

— Non. Enfin, pas au point d’imaginer des choses.

— Qu’est-ce que tu en penses, Jessie ? demanda Rick en la scrutant. Ne te pose pas trop de questions. Dis-nous simplement ce que tu veux. Ce que te dicte ton cœur.

— Je suis sans doute folle mais je veux la même chose, répondit-elle avant de se rétracter. Je ne sais même pas ce que cela signifie, comment ça marche…

Rick posa son index sur sa bouche.

— Chut. Tout ce qu’on veut savoir, c’est ce que tu désires. On fera en sorte que ça fonctionne.

Il était très persuasif.

Ses lèvres se mirent à frémir ; elle les observa l’un après l’autre.

— Vous m’avez fait de la peine. Vous m’avez jugée à tort. Me croire capable d’une telle infamie…

Les deux hommes se sentirent tout penauds.

Elle inspira à fond et poursuivit :

— Je ne sais pas tout. On vous avait sans doute interdit de me parler. Mais le regard que vous m’avez jeté au poste de police, et le fait que vous ne soyez pas intervenus quand vos collègues m’accablaient dans la salle d’interrogatoire… ça m’a blessée. D’accord, on ne se connaissait pas vraiment, mais j’avais l’impression que nous étions très complices. Après tout, vous fréquentiez régulièrement le pub. Et quand on a fini par coucher ensemble, c’était… je ne sais pas. C’était comme si on se côtoyait déjà, qu’on était sortis ensemble une bonne dizaine de fois. Vos soupçons étaient légitimes. Mais ça m’a fait mal. La nuit qu’on venait de passer ensemble était particulière pour moi. Je ne vous aurais pas suivis chez vous si je ne vous avais pas accordé un minimum de confiance. Je suppose que j’attendais la même chose de vous en retour.

— Je comprends, dit Truitt d’une voix posée. On te le devait bien. En réalité, on ne t’a jamais vraiment crue coupable. Mais on aurait dû t’en parler. Au lieu de ça, on s’est fermés, comme si on était sûrs que tu t’étais fichue de nous. J’en suis navré.

Rick acquiesça.

— Et c’est vrai, notre supérieur nous avait interdit de communiquer avec toi. Mais ce n’est pas une excuse. On aurait pu te soutenir. On aurait pu faire pas mal de choses. Mais non. Et on t’a fait de la peine. Ça n’arrivera plus jamais, Jessie. Tout du moins pas de manière intentionnelle. Je sais, on te demande de nous donner une chance qu’on t’a refusée. Mais je t’en prie, tu ne le regretteras pas cette fois.

— D’accord, dit-elle d’une voix presque imperceptible.

Truitt effleura son épaule des lèvres et Rick s’empara de sa bouche.

Elle les sentit soulagés. La tension qui nouait leurs muscles se relâcha un peu, et ils se détendirent contre elle.

— Je suis censée emménager avec Kirsten, dit-elle une fois que Rick se fut écarté. Tant que je suis sans emploi, je ne peux pas payer le loyer de mon appartement. Et je n’ai pas encore eu l’occasion de prospecter. Je dois aller récupérer mes affaires demain.

— Emménage avec nous, proposa Rick. Tu as beaucoup d’affaires ? Pas question que tu portes des meubles !

Elle écarquilla les yeux.

— Non, je ne possède pas grand-chose. C’était une location meublée. Tout ce que j’ai, ce sont des vêtements, un peu de vaisselle et un téléviseur. Des chaussures et autres babioles ; l’équivalent de quelques cartons.

— Rick et moi sommes de service demain après-midi. On travaille sur une affaire compliquée. On risque d’être en retard mais tu n’as qu’à déménager ce que tu peux pour commencer et nous récupérerons le reste après le boulot.

Jessie passa sa langue sur ses lèvres. Tout allait si vite. Un courant d’adrénaline pétillait dans ses veines. Cette sensation grisante que l’on éprouve quand on sait que l’on vient de prendre une bonne décision.

— Vous êtes sûrs que c’est ce que vous voulez ? Vous n’avez probablement pas l’habitude d’avoir une femme dans vos pattes à la maison.

— Ce n’est pas dans nos pattes qu’on te veut, répliqua Rick avec un sourire en coin. Mais oui, on en est sûrs.

— Alors moi aussi, répondit-elle.

Ils parurent rassurés. Elle se blottit contre le buste de Rick, et Truitt se pressa contre son dos.

Leurs mains étaient chaudes et douces contre sa peau.

— J’ai eu la peur de ma vie, susurra-t-elle.

Truitt posa ses lèvres sous son oreille.

— Tu n’as plus rien à craindre, Jessie. Désolé de ce qui t’est arrivé. On ne t’a pas fait confiance mais ça ne se reproduira plus. À partir de maintenant, on communiquera mieux.

Elle hocha la tête. Rick lui releva le menton et plongea son regard dans le sien.

— Moi aussi, je suis navré, Jessie. Donne-nous une seconde chance. On ne te laissera plus tomber.

Elle esquissa un sourire puis un bâillement lui échappa. Rick lui caressa la joue et pressa sa tête contre son torse.

— Dors, ma belle. On t’aidera à déménager demain et on avisera à partir de là.

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