Avec ou sans uniforme…
Chapitre 8
8
Colin se réveilla seul. Le lit était vide. Il crut tout d’abord que Sophia était dans la salle de bains, mais lorsqu’il s’aperçut que les draps étaient froids, il se redressa comme un diable sort de sa boîte. La pièce était plongée dans le noir total. Il chercha la lampe à tâtons sur la table de chevet et alluma la lumière. Les vêtements propres de Sophia avaient disparu !
Il bondit hors du lit et dévala le couloir jusqu’à la cuisine. Déserte. Tout le rez-de-chaussée était vide. Il grimpa les marches quatre à quatre mais, avant qu’il ait atteint la chambre du capitaine, ses deux mastiffs se mirent à aboyer furieusement.
— Capitaine ! Sophia est avec vous ?
La porte s’ouvrit à la volée et le capitaine apparut. Il finit d’enfiler un tee-shirt et ôta ses écouteurs de ses oreilles.
— Hein ?
— Sophia ? Elle est avec vous ?
— Bien sûr que non ! (Il brandit ses écouteurs qui crachaient de la musique.) J’ai dû mettre ça pendant la nuit parce que vous faisiez un barouf d’enfer !
Une onde de panique le submergea.
— Bordel, elle est partie !
Le capitaine pointa le sexe semi-érigé de Colin en ricanant.
— Tu lui as sûrement fichu la frousse avec ton engin du diable.
Il fallait qu’il la retrouve.
— Je vais partir à sa recherche. Si vous voulez me filer un coup de main, je ne dirai pas non.
Colin dévala les marches pour aller s’habiller. Le capitaine lui cria depuis le premier étage :
— Est-ce que tu lui as implanté un GPS avec ta queue ? Sans ça, bonne chance pour la retrouver.
— Je sens que j’ai la chance de mon côté ce soir, répliqua Colin en courant vers sa chambre.
Pourquoi s’était-elle enfuie ? Ne comptait-elle pas sur lui pour la protéger ? Deux minutes plus tard, lorsqu’il resurgit de la chambre, le capitaine l’attendait, ses deux chiens en laisse.
— Spartacus et César ont le meilleur odorat de la région. Va chercher un vêtement qui porte son odeur. Mes garçons vont la retrouver.
Colin retourna dans la chambre, saisit la serviette avec laquelle s’était séchée Sophia, et rejoignit le capitaine. Il la présenta aux deux chiens baveux qui la reniflèrent.
— Cherchez, mes petits. Allez chercher la dame !
Ils levèrent la truffe en l’air puis l’orientèrent par terre. Ils flairèrent sa piste, foncèrent dans la chambre jusqu’à la baie vitrée et sautèrent par la fenêtre. Colin et le capitaine les suivirent. Les chiens gardèrent le museau au sol tout au long du parcours, retraçant un chemin erratique. Il était clair que Sophia était partie à l’aveuglette dans la nuit et qu’elle n’avait pas de trajet préétabli. À deux reprises, elle avait atterri dans un cul-de-sac. Et elle avait traversé deux fois la route en direction de la plage avant de marcher dans l’eau. Mais les mastiffs retrouvèrent sa piste sans problème, récupérant la route qu’ils longèrent. Au bout de trois kilomètres environ, les chiens commencèrent à s’agiter. Ils conduisirent les deux hommes à une camionnette stationnée au fond de l’allée sombre d’une maison apparemment inoccupée.
— Rappelez vos chiens, capitaine. Je m’occupe du reste, dit Colin en s’avançant vers le véhicule d’un pas furieux.
Le capitaine s’éloigna d’une cinquantaine de mètres. Colin tenta d’ouvrir les portières ; elles étaient toutes verrouillées. Frustré, il se mit à secouer la voiture.
— Sophia, ouvre tout de suite !
Silence.
Très bien.
Colin inspecta chaque jante dans l’espoir de trouver la clé. Sans succès. Il passa son doigt le long du pare-chocs. Rien. Il souleva le capot du van et glissa le doigt tout le long du rebord. Rien non plus. Mais elle n’était pas obligée de le savoir.
— J’ai trouvé une clé, Sophia.
Pas de réponse.
Fichue tête de mule ! N’avait-elle pas conscience qu’elle mettait sa vie en danger à s’enfuir comme ça toute seule au milieu de la nuit ?
— Ouvre la portière. Tout de suite.
Enfin, il perçut un mouvement. Elle vint se placer sur le siège du conducteur, à l’extérieur duquel il se tenait. Elle abaissa la vitre de quelques centimètres. Elle avait les yeux gonflés par les larmes. Le cœur de Colin se pinça. Mais il ressentit surtout une bouffée d’euphorie. Jamais plus il ne la laisserait s’en aller. Pas maintenant. Pas alors qu’il venait de la retrouver.
— Sophia.
Elle secoua la tête.
— Non, Colin. Je ne retournerai pas là-bas.
— Ouvre-moi.
Elle renifla et obtempéra après une brève hésitation.
— Tu n’as pas le droit de me forcer à y aller.
— Je ne te forcerai pas.
Elle releva subitement le menton.
— Vraiment ?
— Je te le promets. Mais je veux que tu me dises pourquoi tu ne me fais pas confiance, pourquoi tu penses que je ne suis pas capable de te protéger.
Du revers de la manche, elle essuya son nez qui coulait.
— J’ai confiance en toi ! Je sais que tu mourrais pour me protéger ! Mais je ne serai jamais en mesure de mener une vie normale tant qu’il sera vivant. (Elle saisit sa chemise.) Angelo te fera la peau. Et je tiens trop à toi pour permettre ça.
— Et moi je tiens trop à toi pour le laisser te faire du mal. Ou pour te laisser t’enfuir loin de moi parce que tu as peur.
— Tu ne comprends pas ! Tant qu’il sera en vie, nos deux têtes seront mises à prix ! (Elle renifla.) Je ne vais pas témoigner contre mon mari. Je retourne auprès de lui.
Un mélange de colère et de terreur l’envahit. Non ! Pas question qu’elle retourne auprès de cette fripouille. Jamais ! Gilletti la détruirait. Il faudrait d’abord qu’elle lui passe sur le corps.
— Sophia, dit-il d’une voix calme, recueillant son visage au creux de ses mains et vrillant son regard au sien. Écoute-moi bien. Tu ne seras jamais en paix tant que tu ne te seras pas débarrassée d’Angelo. La seule manière de recommencer à vivre, c’est de l’envoyer en prison.
— Il nous tuera tous les deux.
— Tu crois si peu en moi ?
— Je connais Angelo.
— Et moi je te connais.
— Non, tu…
— Si. (Il la contempla et ajouta avec douceur :) J’ai connu à l’époque une fille courageuse qui a accepté d’épouser un monstre, le pire qui soit, pour sauver les gens qui lui étaient chers. Mais avant de vendre son corps au diable, elle s’est donnée à un homme qui ne la méritait pas. Un homme qui ne l’a jamais oubliée, qui a gardé en mémoire la nuit qu’ils avaient passée ensemble. (Il écarta une boucle de sa joue.) Je t’ai cherchée, Cendrillon, mais tu étais partie. Ensuite, je n’ai pas eu le choix, j’ai dû m’en aller.
Son aveu lui coupa le souffle. Il savait ! Il était revenu la chercher ? Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Ses yeux picotèrent.
— Tu te… rappelles ?
Il baisa ses joues ravagées par les larmes.
— Comment aurais-je pu oublier ? (Il embrassa son nez et ses lèvres.) Et maintenant que je t’ai retrouvée, Maria Sophia Castavettes, tu veux que je m’en aille ?
— Je… Oh, Colin ! J’ai si peur.
— Aie confiance en moi, je t’en prie.
Elle se jeta à son cou et se blottit contre lui.
— Je te fais confiance, Colin. Sincèrement.
Quelques heures plus tard, ils étaient en route pour la ville de New York à bord du jet privé du capitaine O’Malley, qui pilotait lui-même son coucou. Colin appela le procureur sur sa ligne directe, lui dressa un bref compte rendu de la situation et convint avec lui d’un lieu et d’une heure de rendez-vous. Il insista bien sur le fait qu’il ne devait parler de cette entrevue à personne. Absolument personne. Colin ne voulait prendre aucun risque.
Sophia dormit pendant la majeure partie du vol. Une heure avant l’atterrissage, Colin la réveilla.
— Debout, Cendrillon. J’aimerais faire un point avec toi avant qu’on arrive.
La jeune femme frotta ses yeux encore assoupis et opina du chef. Il lui tendit l’un des deux téléphones portables prépayés.
— Range ça dans ta poche et mets-le en mode vibreur au cas où on serait séparés.
— Séparés ?
— Je t’attacherai à moi à la seconde où je mettrai la main sur une paire de menottes. Mais en attendant, fais ce que je te demande. Juste au cas où.
Elle s’exécuta avec réticence.
— Nous allons rencontrer le procureur à son bureau. Je lui ai donné rendez-vous dans quatre heures mais nous y serons dans moins de deux heures.
OceanofPDF.com