Avec ou sans uniforme…
Chapitre 19
19
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Six mois plus tard
— Pourquoi est-ce qu’elle a refusé qu’on l’accompagne chez le kiné ? maugréa Truitt.
Il se rassit dans son fauteuil en consultant sa montre. À cette heure-ci, elle avait déjà effectué la moitié de sa séance. Il mourait d’envie de sauter dans sa voiture et d’aller la récupérer.
— Je ne sais pas, répliqua Rick. Elle n’a même pas voulu qu’on la dépose devant la porte. Ça lui aurait pourtant évité de traverser le parking avec sa canne.
— Peut-être qu’on lui tape sur les nerfs. Tu trouves qu’on est trop envahissants ?
À cet instant, Bull hasarda la tête dans leur bureau.
— Salut, les mecs, j’ai entendu dire que Jessie avait sa dernière séance de rééducation aujourd’hui. Comment va-t-elle ?
— On n’en sait rien, rétorqua Rick, amer. Elle n’a pas voulu qu’on l’y conduise.
— Dites-lui qu’on est de tout cœur avec elle.
— On n’y manquera pas, dit Truitt en saluant Bull de la main.
Les six derniers mois avaient été éprouvants pour Jessie ; en même temps, ç’avait été une période placée sous le signe du bonheur et de la découverte. Ensemble, ils avaient posé les jalons d’une relation peu conventionnelle. Un ménage à trois.
Les médias s’étaient emparés de l’histoire incroyable de Jessie. En quelques jours à peine, le public, ému par son histoire, avait établi une cagnotte pour l’aider à couvrir ses frais médicaux.
L’université locale lui avait même offert une bourse d’études afin qu’elle puisse achever son cursus. Du coup, elle avait suivi des cours à distance. Et dès le semestre suivant, elle pourrait retourner à la fac.
Surtout, ils avaient vécu ensemble, tous les trois. À sa sortie de l’hôpital, Jessie s’était installée chez Truitt. Dans les semaines suivant son opération, Kirsten lui avait rendu visite régulièrement pour l’aider quand ses deux compagnons étaient de service.
Ça n’avait pas été rose tous les jours. À la suite de son intervention chirurgicale, Jessie avait été en proie à de violents cauchemars. La douleur était quasi permanente. Elle trouvait difficilement le sommeil et lorsqu’elle arrivait enfin à dormir, elle se heurtait à ses démons intérieurs.
Très protecteurs, Truitt et Rick l’avaient dorlotée tout du long. Ils passaient leur temps à s’assurer qu’elle prenait soin d’elle. Dès qu’elle en faisait trop, ils la sermonnaient. Ce qui avait tendance à agacer la jeune femme.
Mais chaque jour qu’ils passaient en sa compagnie était un miracle. Jessie était une véritable bénédiction.
La folie de Kim demeurait un mystère. Une enquête poussée sur sa vie avait révélé une femme aigrie nourrissant une haine farouche pour les autres femmes. Des femmes qu’elle considérait comme faibles et inférieures. Dans son esprit, toutes ses victimes avaient commis une faute. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’elle les choisissait. Kim relevait des détails futiles négligés lors des enquêtes. Mais pour une femme instable et profondément dérangée, ces broutilles avaient pris une proportion démesurée, des péchés impardonnables pour lesquels Kim avait décidé de châtier les jeunes femmes.
Les autorités n’avaient pas pu déterminer avec précision le moment où la policière avait perdu les pédales. Ses premières années de service étaient impeccables. Kim avait donné l’image d’une policière motivée possédant un sens de la justice infaillible.
La raison la plus plausible de sa folie, s’il en était une, était une affaire sur laquelle elle avait travaillé trois ans plus tôt. Une jeune mère qui avait maltraité et tué ses enfants, et qui avait finalement été relâchée, pour vice de forme. Kim avait pris cette affaire très à cœur, ce qui lui avait valu de prendre un congé maladie pendant quelque temps. À son retour, elle avait paru plus taciturne et plus renfermée. Mais jamais ses collègues ne se seraient doutés que sous ses dehors irréprochables se cachait une tueuse en série.
Qu’est-ce qui l’avait poussée à torturer et à tuer des innocentes ? Cette question hantait Rick et Truitt. Peut-être qu’ils n’auraient jamais la réponse. Ils devraient se contenter d’hypothèses non vérifiables.
On avait également découvert qu’elle était obsédée par Rick. Cette découverte les avait bluffés. Personne n’avait jamais rien soupçonné. Si elle avait choisi Jessie pour cible, c’est parce qu’elle était persuadée que la jeune femme s’était effectivement servie de Truitt et Rick pour se fournir un alibi.
Aux yeux de Kim, Jessie avait commis un péché impardonnable qu’elle se devait de punir.
— Hé, mec, il est l’heure, dit Rick en vérifiant encore sa montre. Allons chercher notre femme.
Truitt se leva, impatient de retrouver Jessie. À vrai dire, il n’avait pas encore réussi à surmonter ses propres démons, des démons qui le hantaient depuis qu’il avait failli la perdre.
Jessie enroula la serviette autour de son cou et s’allongea sur le dos, le souffle saccadé. Elle était fatiguée. Et la série d’exercices qu’elle venait de pratiquer avait fatigué son articulation. Son genou lui faisait mal. Pourtant, un sentiment d’excitation vertigineux frémissait dans ses veines. Aujourd’hui, elle allait surprendre Rick et Truitt et marcher jusqu’à eux sans l’aide de sa canne.
— Comment vous sentez-vous ? lui demanda Carmen, sa thérapeute.
Jessie afficha un sourire radieux.
— Fatiguée. Euphorique. Excitée et nerveuse à la fois.
— Vous avez de quoi être fière. Vous avez fait d’incroyables progrès en très peu de temps.
Jessie se pencha en avant pour se frotter le genou mais Carmen s’installa sur le tabouret face à elle, repoussa sa main, et se mit à la masser pour faire passer la douleur.
— Je suis prête à tourner la page, déclara Jessie à qui le fait de prononcer ces mots fit le plus grand bien. J’ai consacré beaucoup trop de temps à questionner le passé. À présent, il me faut aller de l’avant.
Carmen approuva ses paroles d’un sourire.
— Si seulement tous mes patients étaient aussi motivés que vous. Le problème, c’est que je me retrouverais au chômage.
Le téléphone de Jessie vibra, lui signalant qu’elle venait de recevoir un message. Elle le sortit de sa poche et sourit en lisant le texto de Kirsten.
Je croise les doigts pour toi, copine. Mets-en-leur plein la vue.
Elle rangea son portable et prit une profonde inspiration. Il était l’heure et elle craignait que les deux hommes ne gâchent sa surprise en se présentant en avance à la clinique.
— Je suis prête, dit-elle à Carmen.
La kinésithérapeute se mit debout et tendit la main à Jessie, qui fit non de la tête.
— Je peux le faire seule.
Jessie poussa sur ses jambes, plia le genou une fois, avant de transférer tout son poids dessus. Elle éprouva quelques picotements et une légère douleur.
Elle fit quelques pas pour tester son équilibre sans sa canne. Une onde de délice la parcourut, suivie d’une vague d’euphorie.
— Vous voulez que je vous accompagne jusqu’à l’entrée ? demanda Carmen avec un grand sourire.
— Non, merci. Il faut que je le fasse seule.
Tandis que la jeune femme se dirigeait vers la sortie, l’équipe de thérapeutes qui avaient travaillé avec elle tout au long de sa convalescence se rassembla et l’applaudit. Ses joues la brûlèrent et les larmes lui montèrent aux yeux.
Joseph, l’un des techniciens, lui lança un baiser et lui tint la porte ouverte alors qu’elle avançait sur le seuil ensoleillé.
À peine eut-elle posé le pied sur le bitume du rond-point, devant la clinique, qu’elle porta son regard au loin. Sur le parking, elle aperçut Rick et Truitt qui marchaient dans sa direction. Ils ne l’avaient pas encore vue.
Jessie pressa le pas. Elle quitta l’auvent, laissant derrière elle le bâtiment où elle avait passé tant de temps ces derniers mois.
Elle refréna son élan, craignant de trébucher en avant alors qu’elle était sur le point de vivre son moment de gloire. Ravie, elle s’aperçut qu’elle ne boitillait que très légèrement. Certes, elle marchait plus lentement qu’avant, mais cela changerait peu à peu. Le temps qu’elle reprenne confiance en elle.
Pour l’heure, l’essentiel, c’était qu’elle arrive à se déplacer sans béquilles ni canne.
Les deux hommes se rapprochaient. Elle ne les quitta pas du regard. Bientôt, leurs yeux se posèrent sur elle et ils la reconnurent. Truitt s’arrêta net. Rick avança encore de quelques pas avant de se figer.
Ils parurent tout d’abord sous le choc ; puis un lent sourire illumina leur visage. Truitt poussa un petit cri victorieux et s’élança vers elle, Rick dans son sillage.
Le premier la prit dans ses bras et la fit tournoyer dans les airs, lui arrachant un éclat de rire. Puis il la reposa par terre avec le plus grand soin, lui tenant le bras comme s’il redoutait qu’elle ne chancelle.
— Alors, qu’est-ce que vous en pensez ? dit Jessie.
Elle lâcha la main de Truitt et pivota lentement sur elle-même. Quand elle marqua un temps d’arrêt, Rick avait les yeux qui pétillaient et Truitt souriait d’une oreille à l’autre.
— Ce que j’en pense, articula lentement Rick, c’est que tu es une femme extraordinaire. Je suis très fier de toi, Jessie. Tu es une vraie battante.
Jessie l’enlaça par la taille et le serra fort.
— Je n’aurais jamais pu faire ça sans votre aide à tous les deux. Je vous aime tellement. Je n’oublierai jamais le soutien que vous m’avez apporté tout au long de mon rétablissement.
À peine se fut-elle écartée de Rick que Truitt l’attira contre lui et enroula un bras puissant autour d’elle.
— Ça te dit qu’on rentre à la maison et qu’on te montre à quel point on t’aime et on t’admire ? dit Truitt.
Elle les prit tous les deux par la taille et les laissa se blottir contre elle tandis qu’ils se dirigeaient vers le pick-up.
— Cette idée me plaît. Un homme ne montre jamais assez à sa femme combien il l’aime.
— Tu as bien raison, gronda Rick en s’emparant de sa bouche. Nous avons prévu de te le prouver pendant les cinquante prochaines années.
1. Soul Possession.
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