Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)

12. Leandro

Chapitre 12

 

LEANDRO

 

Je m’éloigne de cet endroit maudit et prends ce qui me semble être la route principale. À la vue d’un panneau directionnel, je me sens dépité. Putain, on est dans le nord de la France, je ne connais rien de cette région et je n’ai pas le temps de faire du tourisme. Je sors mon téléphone et compose un numéro dont je n’ai pas eu besoin depuis longtemps.

— Gary, j’ai besoin de toi. C’est urgent.

— Comme d’hab’ fiston, me répond-il de sa voix suave.

J’inspire un grand coup.

— Il faut que tu me fasses entrer incognito dans un hosto ou une clinique, peu m’importe. Je suis dans le nord et j’ai deux blessés avec moi, l’un d’eux est inconscient.

— Une idée de la gravité des blessures ?

— Putain, non ! Je ne suis pas médecin Gary, c’est ton job. Je l’ai retrouvée inconsciente sur le sol. Et l’autre est salement amoché.

— Ho, calme-toi, Leandro ! C’est pour savoir où il faut que tu les emmènes. Tu es où exactement ? me demande-t-il.

Je plisse les yeux pour lire le panneau directionnel d’après :

— Je suis sur la rocade Nord-Ouest, la prochaine sortie c’est Lomme.

Je le laisse gamberger sur les solutions possibles.

— C’est bon. J’ai un ami qui tient une clinique privée sur Lille, je vais t’envoyer l’itinéraire ainsi que l’adresse et le prévenir de ton arrivée.

— D’accord, merci Gary, j’ai besoin que tu nous rejoignes aussi là-bas. Et dis-leur que je suis dans un pick-up noir.

— J’arrive le plus vite possible, mon petit.

Je lève les yeux au ciel. Depuis notre rencontre, il a tendance à trop me materner. Pourtant nous n’avons que six ans de différence ! La première fois que l’on s’est vus, par l’intermédiaire d’un ami, c’était à Paris et je n’ai pas été très… courtois. En même temps, je venais de rater une cible, j’avais une balle dans l’épaule. J’avais de quoi être grognon, tout de même ! Et lui, il était là avec son sourire charmeur, à draguer sans gêne l’infirmière. Excédé, j’avais demandé s’il attendait que je me vide de mon sang pour me soigner, il avait cessé de faire sa cour et avait reporté son entière attention sur moi. Même un peu trop, car il n’arrêtait pas de me poser des questions mais au fil des années, je me suis fait à l’idée que j’avais eu de la chance. Parce qu’il est plus qu’un médecin sur qui je peux compter maintenant, c’est un ami, un grand frère.

La sonnerie m’avertissant de l’arrivée d’un SMS me sort de mes pensées. C’est Gary qui m’indique l’adresse. Il y a aussi le nom du docteur que je dois rencontrer. J’entre les coordonnés dans le GPS et j’appuie sur l’accélérateur, direction la clinique. De temps en temps, je jette un coup d’œil à mes deux comparses pour m’assurer que leurs poitrines se soulèvent toujours. Josh s’est endormi au bout de quelques kilomètres, la tête sur la vitre.

Linda a la tête appuyée sur l’épaule de Josh. On pourrait croire qu’elle vient juste de s’endormir après une longue route. J’ai encore peur pour elle, mais au moins je sais qu’elle va très vite être prise en charge.

Je me gare près de l’entrée de l’établissement. Le personnel médical arrive en courant. Josh fait un scandale pour ne pas avoir à monter sur le brancard, on lui apporte un fauteuil roulant. Vu son état, je suis étonné qu’il arrive encore à se rebeller. Je ne lâche pas d’une semelle Linda, je lui presse la main et ai la surprise de la sentir serrer mes doigts en retour. Ce sont deux cierges que je vais devoir allumer ! Autour de nous, les membres du personnel médical parlent entre eux, me posent plusieurs questions. Je suis trop distrait pour tout comprendre. Mais très vite, je me retrouve bloqué par ces portes avec l’inscription : « Strictement réservé au personnel ». Une infirmière m’indique la salle d’attente et m’informe qu’elle me tiendra au courant le plus vite possible.

Je m’effondre sur une chaise. Plus les heures passent, plus je deviens fou. Alors que je me tiens la tête entre les jambes, les pires scénarios me traversent l’esprit. Le sang-froid que j’ai su garder jusqu’à présent est en train de se faire la malle. J’ai fait fuir toutes les personnes qui étaient là et plus personne ne rentre. Sur conseil du personnel, peut-être.

J’arpente la pièce de long en large quand un médecin fait son apparition. Il s’avance vers moi et je le reconnais immédiatement. Il enlève son masque chirurgical et me prend dans ses bras.

— Ça fait du bien de te revoir, Leandro.

Je ne suis pas fan des embrassades, mais comme je l’ai déjà dit Gary me materne trop. Je lui rends maladroitement son étreinte.

— Moi aussi, mon vieux. Alors, dis-moi tout.

— Ton ami Josh est dans un sale état, mais il s’en remettra. On veut juste le garder en observation cette nuit et après c’est repos total pour lui. Même si vu son tempérament, il n’en fera qu’à sa tête, me dit-il avec un sourire amusé.

J’opine et attends la suite, la gorge serrée.

— Linda a un petit œdème cérébral qui a toutes ses chances de se résorber. On lui a donné un traitement. Elle va être dans le gaz encore quelques heures.

— Merci, Gary, dis-je, la voix rauque.

— Tu tiens à elle n’est-ce pas ?

— Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

Il penche la tête sur le côté et m’observe attentivement.

— Depuis quand tu réponds à mes questions par une autre ?

— Depuis quand tu t’es fait pousser des seins ? je rétorque, sur la défensive.

À ma réplique, il explose de rire. De quoi alléger l’ambiance, du moins un peu.

— Crois-moi, vaut mieux pas qu’une paire de seins se mette à me pousser dessus. Je passerai mes journées les mains sur ma poitrine.

Je secoue la tête, le coin de mes lèvres se soulève.

— Elle est dans la chambre 204, dit-il en reprenant son sérieux. Je t’accompagne ?

— Oui s’il te plaît.

Je m’avance, mais il stoppe net.

— Mon Dieu, tu viens de dire s’il te plaît ! Elle doit vraiment être spéciale.

Je soupire et le pousse pour qu’il continue à marcher. Il lève les mains en signe de reddition.

— J’espère juste que tu ne la laisseras pas partir, murmure-t-il.

Aucune chance ! Mais je ne réponds pas et plonge dans mes pensées, et mon rêve d’une vie meilleure auprès de Linda. Il m’accompagne jusqu’à sa chambre. Elle a l’air si fragile et si pâle, elle a des cernes sous les yeux et une perfusion à son bras gauche. Je prends une chaise et l’emmène jusqu’à côté de son lit. J’attrape délicatement la main et la porte à mes lèvres.

— Ma puce, je tiens à toi plus que tu ne le crois. Plus que je le devrais, même. Je suis totalement égoïste, il m’est impossible de te laisser partir. Ma vie n’est pas faite pour y accueillir une femme, mais je ne vois plus la mienne sans toi ! Alors, ne t’avise pas de me refaire une frayeur pareille.

Je dépose un baiser sur son front et, ne lâchant pas sa main, je me renfonce dans mon siège. Je sais qu’elle ne m’entend pas, mais mon cœur en avait besoin. À son réveil, je vais devoir prendre une décision et je suis sûr qu’elle ne va pas lui plaire.

 

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LINDA

 

Je cligne des yeux, constate que je suis allongée et complètement dans les vapes. Mais bordel, je suis où ? Je m’assois et sens ma peau tirailler au niveau de ma main. Une perf, génial ! Je regarde autour de moi, je suis dans une chambre plutôt douillette. Les murs sont couleur pêche, il y a un fauteuil à ma droite, un écran plat en face de mon lit, une petite armoire dans un coin. Je vois aussi une porte qui, je suppose, mène à la salle de bains. Et même une baie vitrée donnant accès à un petit balcon. Eh bien, c’est le grand luxe ici, en tout cas plus que dans cette prison abandonnée… Tout d’un coup, tous mes souvenirs me reviennent. L’enlèvement… Leandro… Xena… notre évasion… La douleur que j’ai ressentie à la tête quand un assaillant me l’a écrasée contre le sol…

Et Josh ! Cette vision d’horreur, mon Dieu Josh, que t’ont-ils fait ?

Ma respiration s’accélère, mon corps se met à trembler. Les larmes dévalent sur mes joues pour finir dans mon cou. Je revis encore et encore ce moment où j’ai découvert le visage boursouflé de mon ami. Je suis arrivée trop tard, je n’ai pas réussi à le sauver. Une infirmière alarmée par les bips de ces foutues machines me demande de me calmer, mais c’est impossible. Comment être calme quand vous avez vu le corps mutilé d’une personne chère à votre cœur ? Il était à peine reconnaissable. Mon pouls ne cesse d’augmenter, j’ai l’impression que ma boîte crânienne va exploser. Je me prends la tête entre les mains pour atténuer la douleur, mais rien n’y fait. À travers mes larmes, je vois qu’ils sont deux à présent dans ma chambre. Ils me parlent, mais je n’entends rien à part mon cœur qui hurle de tristesse.

Et puis c’est le trou noir.

Le second réveil est douloureux, ma tête pèse une tonne, ma langue est pâteuse. Et j’ai faim, je tuerais pour une dizaine de muffins. Amère, je remarque que je suis toujours dans cette chambre. Tout ça n’était pas un rêve, Josh est bel et bien mort. Où est Leandro ? C’est forcément lui qui m’a emmenée ici, je vois mal nos ravisseurs m’emmener à l’hôpital. À moins que ça n’en soit pas un… ? Mais quel intérêt de me garder en vie ? Je ne vais pas attendre qu’ils reviennent pour leur demander. Merde, il faut que je sorte d’ici !

Difficilement, je me mets en position assise et bascule mes jambes par-dessus le lit. Je suis faible, mais je n’ai pas le choix. Je vais prendre appui sur la table de chevet… Une enveloppe est posée dessus. Je fronce les sourcils.

Je la prends, mon prénom est inscrit dessus. Je la retourne pour chercher un indice, mais il n’y a rien d’autre d’écrit. Je l’ouvre et en sors une feuille.

« Minha querida,

J’aimerais tellement être près de toi à ton réveil. Pas la peine de faire cette tête, je n’ai vraiment pas le choix. J’ai encore tellement de choses à te dire, mais à défaut de te les susurrer à l’oreille en aimant ton corps, je vais te les écrire.

Jamais une femme ne m’a fait sentir aussi vivant que lorsque je suis avec toi. Aucune ne m’a fait rire comme tu réussis à le faire. Tu es celle qui arrive à me faire croire qu’un avenir heureux est à portée de main tant que tu restes dans ma vie. J’aurais tellement aimé que ce soit possible. Un « nous ». Tu es mon miracle, celle pour qui je vais me battre jusqu’au bout.

Je t’en prie, pardonne-moi ma puce, je n’ai pas trouvé d’autre solution. Ne me cherche pas. S’il devait m’arriver quelque chose, je sais qu’entre Josh et Gary (dont tu as sûrement déjà fait la connaissance), tu seras entre de bonnes mains.

Une dernière chose mon amour, ne change jamais.

Leandro »

Je suis furieuse, triste, et totalement perdue. Josh n’est donc pas mort, mais Leandro est parti. J’ai retrouvé l’un des hommes de ma vie et perdu dans le même instant celui qui fait battre plus vite mon cœur. Mon cœur qui ne hurle plus de tristesse, mais se vide petit à petit. Je froisse la lettre dans ma main, c’est un mot d’adieu. Comment peut-il me faire ça ? À nous ? Je sais, à présent, qu’il y a bien plus entre nous qu’une attirance lambda. Mais il m’est impossible d’approfondir la question, s’il n’est pas près de moi. J’avais tellement peur que mes sentiments ne soient pas réciproques que j’ai préféré me taire. Les larmes se remettent à couler, je pensais que mon stock était écoulé. Que compte-t-il faire ? Une mission suicide ? Il en est hors de question ! Je ne peux pas rester là, les bras croisés, pendant qu’il se bat pour me sauver.

Je porte une blouse d’hôpital, ce truc est vraiment immonde dans lequel je me balade les fesses à l’air. Mince, je ne peux pas sortir habillée comme ça ! J’arrache la perf et me dirige vers l’armoire en priant pour y trouver des vêtements. Je pousse un soupir de soulagement, il y a plusieurs hauts et pantalons, des sous-vêtements, ainsi qu’une veste. Parfait ! Je ne cherche pas à savoir comment ils sont arrivés là ni pourquoi ils sont tous à ma taille. C’est un détail que je réglerai plus tard.

Je me dépêche de m’habiller, ignorant la douleur qui me vrille le crâne et les vertiges. Je mets ma paire de baskets, c’est bien la seule chose que je porte qui ne soit pas neuve. Mes pas ne sont pas encore très sûrs, mais il faut que je quitte cet endroit. Peu importe où je me trouve, j’ai trois choses à faire. Retrouver Josh, découvrir qui est Gary et botter les fesses musclées de Leandro. Je suis une femme active.

Je m’avance doucement vers ma porte, tourne la poignée et sors dans le couloir.

— Il m’a prévenu que vous ne resteriez pas sagement dans votre chambre, me dit une voix grave.

Je crie de surprise. Merde ! Pour la sortie en douce, c’est loupé. Un homme est assis près de la porte. Il relève son visage du magazine qu’il feuilletait. Il déplie son corps et se poste face à moi. La trentaine, brun, les yeux noisette, un corps appelant aux péchés. Si je n’étais pas déjà accro à Leandro, je tomberais volontiers dans ses bras. Un sourire en coin apparaît sur ses lèvres quand il remarque que je le détaille.

— Où suis-je ? j’exige de savoir, sur la défensive.

— Dans une clinique privée à Lille, votre ami Josh se trouve dans une chambre tout près de la vôtre. Mais vous devriez retourner dans votre chambre, pour vous reposer.

— Depuis combien de temps, je suis ici ? Et qui êtes-vous ? je lui demande, sans tenir compte de son conseil.

— Ça fait quatre jours que vous êtes hospitalisée. Je m’appelle Gary, pour vous servir, jeune demoiselle, dit-il en me tendant la main.

Je le regarde d’un air hostile. Mais c’est un ami de Leandro, je dois pouvoir lui faire confiance…

— Linda. Ne m’appelez pas « jeune demoiselle », nous ne sommes pas dans un conte de fées !

— Comme vous voudrez…

Il se rapproche et murmure à mon oreille :

— Jeune demoiselle.

Il est près, bien trop pour moi.

— Gary, vous tenez à vos bijoux de famille ?

Il fait un pas en arrière, hausse les sourcils et penche la tête sur le côté.

— Ils me sont fort utiles, donc oui. Pourquoi ?

— Leandro ne vous a, apparemment, pas tout dit sur moi. Si un homme m’énerve un peu trop, j’ai une petite manie.

— Laquelle ?

À mon tour, je me rapproche de lui et souffle à son oreille :

— J’en fais un eunuque.

L’espace d’un instant, il reste bouche bée avant d’éclater de rire.

— Je comprends mieux pourquoi il tient à vous. Vous êtes une femme qui ne se laisse pas marcher sur les pieds.

— Il faut croire qu’il a oublié, je marmonne.

— Non, pas du tout, il cherche à vous protéger.

— Et lui qui le protège ? !

— Il a toujours fait ce qu’il pensait être bon pour ceux qu’il aime. Même si sa vie est en jeu.

— Ça ne va pas se passer comme ça et vous allez me donner un coup de main !

— Certainement pas, il me tuerait s’il apprenait que je vous ai aidée.

— Je vous tuerai si vous ne le faites pas.

Le silence s’installe, je ne bluffe pas. Enfin si, un peu. Bien que je comprenne sa loyauté envers Leandro, il faut que je mette en place mon plan, et Gary pourrait être utile.

— D’accord, mais comment je peux vous rendre service ?

— Tout d’abord, allons voir Josh.

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