Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)
17. Linda
Chapitre 17
LINDA
La tête posée sur la poitrine de Leandro, je réfléchis à tout ce que l’on a vécu en si peu de temps. Mon Dieu si on m’avait raconté qu’un jour, je me retrouverais dans une telle situation, je ne l’aurais jamais cru.
Je me lève le plus discrètement possible pour ne pas le réveiller et vais dans la salle de bains. Je rentre dans la cabine de douche et laisse l’eau chaude apaiser mes membres courbaturés et me ramener doucement à la réalité. J’appuie mon front contre le mur carrelé, il y a encore tellement de questions que j’ai à lui poser. Mais je redoute tant les réponses. Et s’il m’avait caché encore des choses ?
Il fallait y penser avant de coucher avec lui, me rappelle cette saloperie de conscience.
On ne peut nier l’attraction qu’il y a entre nous ni l’amour qui grandit. C’est effrayant et enivrant à la fois. Est-ce que je pourrais affronter un nouveau mensonge ? Certainement pas. Je l’aime oui, mais j’ai déjà pardonné deux fois.
Jamais deux sans trois.
— Oh ferme-la, toi, je murmure.
Je ferme les yeux et inspire de nombreuses fois pour faire passer mon anxiété.
— Tu comptes rester là-dedans à vie ?
Je sursaute et tourne la tête. Leandro est appuyé contre le chambranle de la porte, vêtu uniquement de son boxer. Un véritable appel au péché sur pattes. Je commence à compter les parties du corps de Leandro que j’aimerais embrasser. Cette divine bouche, sa gorge, mon regard descend toujours plus bas.
— Il y a quelque chose à ton goût ?
— Oh, je ne sais pas.
— Je peux peut-être t’aider à le savoir, je pense que j’ai quelques arguments pour te convaincre que tout ce qu’il y a devant toi, dit-il en se désignant, est ce qui existe de mieux sur le marché.
J’éclate de rire.
— Ne t’inquiète pas, tu es imparfaitement parfait.
— Comment ça imparfaitement ?
— Tu es bourré de défauts quand même, je raille.
Je me retourne pour lui faire totalement face et me replace sous le pommeau. Leandro me rejoint tout en grognant. Je penche un peu la tête et le regarde un sourire au coin des lèvres.
— Un problème, mon ange ?
— Je suis parfait, d’accord ! bougonne Leandro.
— Bien sûr. Dans tes rêves, je murmure ces derniers mots.
— Eh, je t’ai entendu !
— Oups, dis-je en battant des cils de manière exagérée.
— Je rêve ou tu te moques de moi ?
— Je n’oserais jamais, tu le sais bien.
Il me prend le savon des mains et me plaque contre le mur. Sa bouche se pose sur la mienne pour un baiser enfiévré. Avides l’un de l’autre, nos mains sont partout à la fois. À bout de souffle, je détache mes lèvres et pose l’arrière de ma tête contre le carrelage.
— Tu es insatiable.
— Tu es irrésistible, me répond-il du tac au tac.
Je secoue la tête et me noie dans ses prunelles noisette. Je pourrais prononcer ces fameux trois petits mots. Pourtant, je me rends compte que j’en suis incapable. Non pas que je ne les ressente pas, mais je n’ai pas envie qu’ils soient dits dans le feu de l’action, et j’ai encore trop de questions sans réponses.
— Moi aussi, me dit-il.
Je lui lance un regard interrogateur. Il dépose un chaste baiser sur mes lèvres.
— Tu me le diras quand tu te sentiras prête.
Sans me laisser le temps de répondre, il reprend le savon et me le passe sur le corps. N’oubliant aucune partie. Il me rince et c’est à mon tour de m’occuper de lui. Jamais je n’aurais pu penser vivre un moment aussi intime. Ça l’est bien plus que de faire l’amour avec quelqu’un. Je ne pourrais pas faire ça avec une autre personne. Je ne le veux pas.
Une fois rincé, Leandro sort de la douche et m’enroule dans une serviette. Je vois bien l’effet que je lui fais, mais il a l’air d’avoir envie d’autre chose. De tendresse. Et puis, il faut dire que mon corps se souvient encore de cette nuit. Je pousse un petit cri de surprise quand Leandro me porte et me pose sur le rebord du lavabo. Si je n’étais pas autant sous le choc, j’aurais peur qu’il ne cède sous mon poids. C’est bien le genre de chose qui pourrait m’arriver. Leandro s’installe entre mes jambes écartées et replace une mèche derrière mon oreille.
— Je resterais bien ici jusqu’à la fin des temps.
— Ça peut être long.
— Le temps auprès de toi ne me paraît jamais long.
Je reste muette face à cette facette de Leandro.
— Depuis quand tu es romantique ?
— Je ne suis pas romantique, je suis amoureux.
— Arrête, dis-je, le feu aux joues.
Le sourire aux lèvres, il me relève le menton et mord ma lèvre inférieure.
— Minha querida, je n’arrêterais jamais de te le dire.
Je cache ma tête au creux de son épaule alors que mon corps est pris de soubresauts nerveux.
— Désolée, je ne suis pas habitué à ce genre de chose.
— J’espère bien que tu ne le seras jamais.
— Oh mon Dieu.
— Non, ce n’est que moi.
Je lui tape l’épaule, l’air faussement énervée alors que je n’ai jamais été aussi heureuse. Alors que c’est un bordel monstre autour de nous. Je resserre mon étreinte autour de sa taille et le coince entre mes cuisses. Il pose son menton sur ma tête, ses mains dessinent des arabesques apaisantes sur mon dos. On reste un instant comme ça, on ne dit pas un mot. Juste l’écho de nos deux cœurs battant au même rythme. Je suis la première à rompre le silence.
— Je commence à avoir mal aux fesses.
Oui, je sais, ce n’est pas ce qu’il y a de plus glamour ou romantique. Mais c’est la vérité, au bout d’un moment être assise sur le rebord d’un lavabo, ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable. Leandro comme à son habitude est mort de rire. Pourquoi ça ne m’étonne pas ? À chaque fois qu’il a l’occasion de se moquer de moi, il ne se gêne pas pour le faire. Je le pousse et pose mes deux pieds à terre.
— Je suis désolé ma puce, mais tu as le chic pour me surprendre.
— Contente que mes malheurs te fassent rire.
Je me mords l’intérieur de la joue pour m’empêcher de sourire. Il parcourt la distance qui nous sépare et colle ma poitrine contre la sienne.
— Je sais que tu as envie de sourire, en vrai.
Je hausse les sourcils.
— Quand tu en as envie, mais que tu ne veux pas le montrer, tu te mords l’intérieur de la joue et ça creuse un petit trou, juste là, m’informe-t-il en posant son index sur ma joue.
Eh merde, grillée !
— Tu es chiant, à tout repérer !
— Je suis né pour ça, ma puce.
Je lève les yeux au ciel et récupère mes vêtements de la veille semés un peu partout dans la pièce. Je prends mon téléphone et vérifie que je n’ai pas d’appel manqué ou de message de Josh. Pendant que j’étais dans la boutique de lingerie, je l’ai appelé pour le prévenir que j’étais avec Leandro et qu’il ne devait pas s’inquiéter. De son côté, il m’a rassuré en me disant que tout se passait bien et qu’on pouvait a priori faire confiance à Gary. Je m’assois sur le lit, témoin de notre journée et notre nuit de folie. Cette fois, j’ai prévu une culotte de rechange, donc pas de risque d’oubli. Leandro fait de même – s’habiller, pas l’oubli de culotte – j’admire cet homme que j’aime tant, mais à qui je ne l’ai jamais dit.
— Il faut qu’on parle.
Leandro s’arrête net dans ses mouvements et me fait face.
— En général quand une femme dit ce genre de chose, ça n’annonce rien de bon.
Je lui lance un oreiller.
— Arrête de faire le pitre, j’ai encore quelques questions à te poser.
Il finit de s’habiller et s’adosse à la tête de lit.
— Viens ici, me demande-t-il en tapant l’espace entre ses jambes.
Je m’installe, nos jambes entremêlées, et pose ma tête contre son torse. Lui a une main sur mon ventre, le nez au creux de mon cou.
— Je t’écoute, me souffle-t-il.
Et c’est parti pour le retour à la réalité. Mais entre les bras de l’homme que j’aime, je me sens protégée, en sécurité et aimée. Confortablement installée, je fais le tri dans les questions que je veux lui poser.
— Qu’est-ce que tu foutais dans l’immeuble ce soir-là, si tu travailles pour GDS ?
— Le patron soupçonne l’un de ses employés de vendre des informations à une entreprise concurrente.
— C’est sûr que tu es passé maître dans l’art de jouer double jeu, dis-je, sarcastique.
— Je devais simplement installer des micros dans les bureaux et vérifier qu’il n’y en avait pas dans celui du patron, continue Leandro comme si je n’avais rien dit.
— Pourquoi ne le fait-il pas lui-même ? Est-ce que c’est lui que j’ai eu au téléphone ?
— Non, c’était son bras droit. En ce moment, il est à l’étranger. Et c’est pour cette raison que ce n’est pas lui qu’il le fait. Il aurait pu demander à son bras droit, mais depuis quelque temps, il n’a plus confiance en lui.
— D’accord. Les autres employés sont des agents ?
— Non, seulement du personnel administratif. Les agents de terrains sont rarement dans les bureaux.
Leandro, patient, me laisse prendre mon temps, il ne me presse pas pour en finir avec cet interrogatoire. Heureusement parce que c’est un vrai capharnaüm, dans ma tête.
— Tu étais déjà sur un contrat avant que tout ne parte en cacahuète ?
— Oui.
— Tu as dû tuer ?
— Oui, mais j’ai été obligé d’en finir plus vite que prévu avec ce dossier avant de…
Il ne finit pas sa phrase, je sens son corps se tendre. Je me tourne légèrement pour l’observer. Il a les mâchoires serrées, une veine ressort au niveau de son cou et à la tempe. J’ai l’intime conviction que je ne devrais pas chercher à en savoir plus.
— Avant de… ? je demande tout de même.
Il pousse un soupir de résignation. Je ne suis pas sûre de vouloir entendre sa réponse, finalement.
— De changer de cible.
Il me faut quelques secondes avant que mon cerveau fasse le lien. Il devait m’éliminer. Je tente de me dégager de ses bras, mais il resserre son étreinte.
— Lâche-moi !
— Non, tu ne comprends pas, ma puce.
— Qu’est-ce que je ne comprends pas ? Que non seulement nous travaillons pour des entreprises concurrentes, mais qu’en plus tu étais censé m’éliminer ? J’ai très bien compris, je n’ai pas besoin de ton aide pour ça. Maintenant, laisse-moi me lever.
Je ne peux pas y croire. Le soir où il m’a raconté la vérité sur sa vie et son passé, je lui ai demandé si sa mission était de me tuer, et il m’a menti. Putain ! Après tout ce qu’on s’est dit, il reste encore des non-dits entre nous. Et ils ne viennent que de lui. Hier, je lui ai offert toute ma confiance, voilà comment je suis récompensée.
Jamais deux sans trois. Je t’avais prévenue…
Encore elle, putain, mais jamais elle ne la ferme ! Toujours là pour enfoncer le clou.
— Alors tu m’as déjà jugé coupable, sans même me laisser le temps de t’expliquer ? Ce qui s’est passé hier pour toi ne compte pas ?
Des larmes de rage embuent mes yeux.
— Ce qui s’est passé hier appartient déjà au passé, je réplique avec hargne.
Mes paroles ont au moins le mérite de me libérer instantanément de son étau. Je me réfugie à l’autre bout de la pièce, je serre mes bras autour de ma poitrine. Comme une muraille, empêchant mon cœur de sortir par la fenêtre pour aller se suicider sous les roues d’une voiture quelconque.
— Dans ce cas, je pense que ce n’est pas la peine que je donne ma version, n’est-ce pas ? La tienne est celle qui prévaut sur la vérité.
— La vérité ?
— Laisse tomber, on rentre.
Leandro se lève et se dirige vers ses baskets.
— « On » ?
— Oui, quoi qu’il arrive tu vas devoir me supporter parce que j’ai déjà mis ma vie en danger pour toi. On est dans le même bateau à présent.
Je n’ai pas bougé d’un iota, je ne sais pas quelle émotion va prendre le pas sur l’autre. La peine ou la colère. Finalement, c’est à cette dernière que je m’accroche.
— Tu sais quoi ? Je ne t’ai rien demandé, d’accord !
Leandro serre la mâchoire et m’attend près de la porte. Je pourrais partir sans lui, je pourrais même quitter cette ville, mais dans ces cas-là je passerais ma vie à fuir. Ce n’est pas ce que je veux ni pour ma mère, ni pour Josh, ni pour moi. Je vais en finir avec cette affaire et prendre un chemin différent de Leandro. Une fois que j’ai mis mes chaussures, je prends mes affaires et sans un regard derrière moi, je sors de cette pièce maudite. J’y ai vécu un des meilleurs instants de ma vie, mais aussi le pire. Je veux tout oublier, surtout celui qui piétine encore une fois mon cœur. Et dire que je me moquais de ces femmes qui revenaient encore et encore vers l’homme qui les faisait souffrir. L’amour, quelle belle connerie ! Rien ne vaut la vie de célibataire, moins d’emmerdes, ça c’est certain. Je vais jusqu’à la réception payer la chambre. Heureusement, c’est une hôtesse différente de celle d’hier. Elle ne bave pas, mais lance quand même des regards aguicheurs à Leandro. Je lui laisse volontiers ma place. Pourtant, mes mains se crispent sur le comptoir. Imaginer Leandro avec une autre femme me noue l’estomac.
Je fais le trajet jusqu’à la voiture en essayant de comprendre comment on en est arrivés là. Moi et mes stupides questions, je voulais des réponses et je les ai eues. Et quelles réponses ! Je ne pouvais pas avoir aussi mal ! Je pensais que son dernier mensonge m’avait anéanti, ce n’est rien comparé à ce que je ressens maintenant. Et c’est beaucoup trop intense pour que je puisse faire le trajet avec lui à mes côtés sans avoir envie de lui sauter à la gorge.
Les mains crispées sur le volant, avant de démarrer je demande à Leandro s’il souhaite récupérer sa voiture. Il grogne une vague réponse que j’interprète comme un non. L’ambiance va être sympa pendant ces deux heures de route.
De temps en temps, je lui jette des coups d’œil. Il a le visage fermé et regarde par la vitre. Aucune émotion ne se dégage de lui. Pas une seule fois, son regard ne se tourne vers moi.
Arrivés à destination, je le laisse se débrouiller avec les garçons pour les explications. Je fais le tour de la maison et vais dans la véranda. Dotée de fauteuils modernes noirs et d’une petite table assortie, elle est assez épurée et apporte un côté relaxant. Sauf qu’aujourd’hui, rien ne peut combler le vide que je ressens. Je m’installe dans un fauteuil et prends le plaid qui était dessus. J’aimerais m’en faire une tente pour fuir le monde extérieur. Mon regard dévie vers le cours d’eau.
Je donnerais n’importe quoi pour avoir Sophia avec moi en ce moment. Elle arriverait à me faire rire même de cette situation et je suis certaine qu’elle donnerait à Josh la volonté de remonter la pente. La digue rompt et mes larmes dévalent mes joues. J’ai fait bien pire que coucher avec l’ennemi. Cet homme devait m’abattre et j’en suis tombée amoureuse. Mon Dieu, qu’ai-je fait dans une autre vie pour mériter ça ?
— Hé, ma belle, m’interpelle Josh.
Je ne me retourne pas, je voulais que personne ne voie ma chute. Je voulais laisser le temps à mon cerveau d’assimiler tout ça. Mais aussi à mon cœur, de construire des murs suffisamment solides pour que Leandro ne puisse pas les détruire. Josh s’agenouille pour être à ma hauteur, mais je ne le regarde toujours pas.
— Ma belle ne fais pas ça, ne me rejette pas.
Je ferme les yeux aussi fort que possible, puisant le courage d’ancrer mes prunelles dans les siennes. Je ne veux toujours pas parler de lui.
— Tu as des nouvelles de Sophia ? je demande plutôt.
— Oui, je l’ai appelée tout à l’heure et elle va bien.
Je m’en veux de ne pas y avoir pensé avant, quelle médiocre amie je fais. J’aimerais tant qu’elle soit là. Un souhait égoïste et dangereux pour elle.
— Linda, tu devrais aller lui parler.
— Hors de question, on en finit avec cette affaire et nos chemins se séparent. Fin de l’histoire, et je ne veux plus en discuter.
J’essuie rageusement mes larmes et me lève.
— Je vais prendre une douche, tiens-moi au courant s’il y a des avancées.
Je ne lui laisse pas le temps de me répondre, je le laisse sur la véranda. Je ne fais pas attention à Leandro et Gary installés autour du plan de travail de la cuisine. Je jette un coup d’œil dans le salon où des piles de dossiers s’entassent, signe que les hommes se sont mis au boulot. Je monte aussi vite que possible l’escalier menant à l’étage. Arrivée dans ma chambre, je me déshabille à la hâte et entre dans la cabine. Je laisse l’eau froide m’aider à oublier que ses mains et ses lèvres ont été partout sur mon corps. Je sens encore le souffle de sa bouche sur ma nuque.
Mon Dieu, comment vais-je faire pour le supporter, alors qu’il est si près et si loin de moi à la fois ?
OceanofPDF.com