Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)

8. Linda

Chapitre 8

 

 

LINDA

 

— Linda, ne reste pas là ! Va-t’en ! Ils…

— Josh ? Josh !

Je n’ai pour toute réponse que la tonalité. Je reste un instant complètement paralysée. Essayant de comprendre. Mais qu’est-ce qui se passe ? M’en aller, d’accord, mais pour partir où ?

Inspire, expire, inspire, expire. Il faut que je garde mon calme sinon je n’y arriverai jamais. Je reprends mon téléphone. Josh est désormais sur répondeur. J’essaie avec Todd.

— Réponds ! Décroche ce foutu téléphone, je murmure tout en croisant les doigts.

Ça sonne dans le vide avant de basculer sur sa messagerie. Je suis à deux doigts de balancer mon portable contre le mur. Dernier espoir, j’appelle une à une toutes les personnes de l’équipe. Sans résultat, ils sont tous sur messagerie. Comment se fait-il que je sois la seule joignable ?

J’ai des milliers de questions, mais aucune réponse. La peur s’immisce en moi, je ne dois pas y prêter attention. Rester concentrée et en vie si possible, voilà ce que je compte faire. Je fourre toutes mes affaires dans mon sac, fais un tour sur moi-même à la recherche d’un objet oublié. Tout est comme lorsque je suis arrivée ici, hideux et avec une lampe en moins. Un endroit que je ne vais pas regretter. J’aimerais être chez moi sur le canapé avec…

— Maman, dis-je, totalement paniquée.

Je cherche mon portable dans mon sac.

— Putain, mais il est où ?

Je renverse tout le contenu de mon sac sur le lit. Pas de temps à perdre. Je le repère entre un rouge à lèvres et un mini paquet de chips. C’est les mains tremblantes que je le récupère et compose son numéro. Je fais les cent pas dans la pièce. Pourquoi met-elle autant de temps à répondre ? Je tombe sur son répondeur. Mais ce n’est pas possible ! Je retente une nouvelle fois. Heureusement au bout de la quatrième tonalité, elle répond.

— Bonjour, ma chérie, tu vas bien ?

J’ai le souffle coupé, les larmes aux yeux, je m’assois lourdement sur le lit. Entendre sa voix m’enlève un poids énorme. Si jamais il était arrivé quelque chose à ma mère, je ne sais pas comment j’aurais fait pour continuer à avancer.

— Linda, tu vas bien ? répète-t-elle face à mon silence.

— Oui, oui, maman tout va bien et toi ? dis-je la voix enrouée.

— Parfaitement bien ! J’ai rendez-vous avec Emma et sa fille ce soir.

Je me racle la gorge. Je regarde ma montre, 11 heures. Jackson doit être encore là.

— C’est super, tu leur diras bonjour de ma part. Maman, tu peux me passer Jackson, s’il te plaît ?

— Pourquoi ? Je vais bien, tu n’as pas de soucis à te faire !

Je lève les yeux au ciel, si seulement elle savait à quel point je la surprotège.

— Je sais, mais il faut que je lui parle.

— D’accord, bougonne-t-elle.

— Merci, maman, prends soin de toi, je t’aime.

— Moi aussi je t’aime, ma chérie.

En attendant de parler à Jackson, je commence à ranger mon sac.

— Bonjour, Linda.

— Salut, Jackson, tout se passe bien ?

— Comme d’habitude, dit-il avec un sourire dans la voix.

— Parfait. Jackson…

Je soupire, mais il faut que je protège ma mère, je savais qu’un jour ça pourrait arriver.

— Qu’est-ce qui se passe, Linda ? me questionne-t-il, inquiet.

— Eagle.

— D’accord.

Il ne lui en faut pas plus pour comprendre. Jackson n’est pas seulement

un infirmier mais aussi un ami qui a fait l’opération Tamir3 avec moi, alors que j’étais encore militaire. J’avais reçu une balle dans la jambe et j’avais été placée sous une tente en attendant d’être soignée. Je n’étais pas le cas le plus urgent, alors j’avais insisté pour que d’autres soient pris en charge avant moi. Il était arrivé en courant. J’avais éclaté de rire quand il avait fait un dérapage contrôlé devant moi. Jackson n’avait pas arrêté de faire le pitre pour me distraire de la douleur. Le début d’une belle amitié.

Quand ma mère m’a obligée à reprendre le boulot, j’ai cherché une personne digne de confiance pour veiller sur elle, sans éveiller ses soupçons. Lui n’avait pas signé la reconduite de son contrat, et se lançait dans le civil. Coup de chance pour moi, je l’ai engagé de suite et à plein temps. Donc non, il ne fait pas que contrôler l’état de santé de ma mère, il veille aussi à sa sécurité. Il est très discret, du coup ma mère ne sait pas que quelqu’un veille sur elle lorsque je ne suis pas à la maison.

« Eagle », c’est notre code rouge. Si l’un de nous deux prononce ce mot, ma mère doit être mise en lieu sûr coûte que coûte. Il y a des armes cachées partout dans la maison, on est les seuls à en connaître les emplacements. Surprotectrice ? Non, j’envisage juste toutes les options.

— Fais attention à toi, ma belle.

— Vous aussi, dis-je la gorge serrée.

Je raccroche et je sens mon cœur s’alléger d’un poids. Savoir ma mère entre de bonnes mains me permet de me concentrer sur ma propre fuite. Je remballe toutes mes affaires et quitte la chambre, puis l’hôtel.

Une fois dehors, j’inspire un grand coup, jette un coup d’œil à droite et à gauche. J’accélère le pas jusqu’à ma voiture. Dix minutes plus tard, j’arrive enfin devant. J’ouvre le coffre et lance mon sac à l’intérieur. Au moment où je suis sur le point de le refermer, je sens le canon d’une arme appuyer contre mon dos.

— Tu vas être gentille et faire exactement ce que je dis.

Il se serre un peu plus contre moi quand une vieille dame passe près de nous avec son chien. Ce dernier se met à aboyer et grogner dans notre direction. Mon agresseur passe soudainement un bras autour de ma taille.

— Fais un magnifique sourire à mamie sinon, c’est dans une mare de sang que les gens la retrouveront, chuchote-t-il.

Il fait un peu plus pression avec son arme et je m’exécute immédiatement. La femme accélère le pas comme si elle avait affaire à de jeunes dépravés. Même une fois qu’elle a disparu, il reste toujours collé à moi. Je me retiens de ne pas lui broyer les testicules pour le faire reculer. Je n’ai toujours pas vu son visage et il faut dire que cette posture commence à me taper sur les nerfs. J’inspire un grand coup et demande :

— Qu’est-ce que vous me voulez ?

Je sais bien que l’argent n’est pas le mobile de cette agression, prendre autant de risque alors que je conduis une vieille voiture et que je n’ai pas l’allure d’une bourgeoise du 16e est beaucoup trop risqué.

— C’est toi que je veux.

Sa réponse me laisse perplexe, qui voudrait me garder captive ? Il n’y a pas plus chiante que moi comme prisonnière. Surtout si je n’ai pas ma dose quotidienne de sucre.

Dieu, donne-moi aujourd’hui mon muffin quotidien.

— Pourquoi ?

— Tu le sauras bien assez tôt, en attendant tu vas venir avec moi.

À ces mots, mon sang se glace, je regarde partout autour de moi à la recherche d’une échappatoire, il a dû le sentir parce qu’il appuie un peu plus le canon contre mon dos.

— Ne joue pas à Wonder Woman si tu tiens à ce que ton ami reste en vie. Un coup de fil et il fait la rencontre de la faucheuse.

Je me fige, c’est à peine si j’ose respirer. Ils ont Josh ? Mais qui sont-ils ? Putain, j’aurais dû rester chez moi à me goinfrer de muffins et à baver sur Jensen Ackles. Voilà un programme digne de ce nom ! Je secoue la tête pour me concentrer. Si la vie de Josh est en danger, je dois tout faire pour le sortir de là.

— Bien, je vous suis.

Il se décolle enfin de mon dos et se place à mes côtés, l’arme contre mon flanc.

— Brave fille.

Je grogne.

— Ne jouez pas trop non plus avec le feu. Je m’énerve très vite et je frappe toujours les points stratégiques, dis-je en lorgnant son entrejambe.

Il semble avoir compris le message. Il referme brutalement mon coffre et se met en route. Il me tire le bras pour me faire avancer plus vite. Je peux enfin détailler ses traits. Des cheveux bruns très courts, des yeux marron et un teint pâle. Il a sûrement dû croiser la route d’un certain nombre de blondes. Je parle de bières bien évidemment, vu la circonférence de son ventre, ça ne fait aucun doute. Il a tout de l’homme banal qu’on oublie vite. Peut-être un avantage pour lui ? Il peut aisément se fondre dans la foule sans qu’on le repère.

On marche environ dix minutes avant d’arriver devant une fourgonnette blanche garée non loin d’un parc. Je détaille les lieux, à la recherche d’un indice quelconque sur l’identité de cet homme. Nada. Il y a un cybercafé, une boulangerie, un cinéma et plein d’autres commerces. Une rue parisienne parmi tant d’autres.

Aucune solution ne me vient à l’esprit sans risquer la vie de Josh. Merde ! Il doit bien y avoir un moyen d’échapper à cet enlèvement. Qu’est-ce qu’il me veut bon sang ? Je suis sortie de mes pensées par le troll. Je trouve que ce surnom lui va comme un gant. Il vient d’ouvrir sa camionnette et me pousse avec son arme pour que je monte à l’intérieur. Je m’exécute même si je n’ai qu’une seule envie : lui rouler dessus au volant de ma future prison. Parce que je sais en voyant les menottes et le Scotch, que je ne vais pas être libre de mes mouvements ! Il referme derrière lui. Une vitre sépare l’avant de l’arrière. Je vois très bien ce qui se passe dehors, s’il est aussi bête que ses pieds, je pourrai peut-être essayer de prendre des points de repère pour une future fuite.

— Assieds-toi ! Tu prends le rouleau de Scotch, tu l’enroules autour de tes chevilles et tu serres le plus possible !

Je lui lance un regard noir. Une fois que c’est chose faite, il sort un couteau de sa poche et découpe un morceau de bande adhésive pour le coller sur ma bouche. Il prend les menottes et me les met au poignet de sorte qu’elles mordent un maximum ma chair. J’étouffe un gémissement, je ne lui ferai pas ce plaisir. Il finit le rouleau de Scotch en emprisonnant mes cuisses. Me voilà aussi saucissonnée qu’une dinde de Noël.

— Bien, maintenant que j’ai toute ton attention, tu vas m’écouter.

Ha, comme si j’avais le choix. Je lève les yeux au ciel, il reprend comme si de rien n’était.

— Ton ami et toi avez, apparemment, énervé les mauvaises personnes. Tu es assez futée pour savoir ce que ça implique. Vous allez devoir rendre des comptes, l’interrogatoire risque d’être musclé si tu ne coopères pas. À toi de voir si tu préfères la méthode douce ou forte. En attendant, reste allongée et tiens-toi tranquille jusqu’à la fin du trajet, ça me ferait mal au cœur de devoir t’assommer, dit-il avec une compassion feinte.

Juste avant de partir il me met un bandeau sur les yeux. Ordure !

J’ai l’impression que le trajet dure des heures voire des jours. Je suis ballottée dans tous les sens au moindre virage. Je ressens la plus petite crevasse sur la route, mon dos est en compote. Ma tête est sur le point d’exploser. Des larmes de rage remplissent mes yeux, j’essaie tant bien que mal de ne pas pleurer. Je n’ai pas besoin d’en rajouter côté humiliation.

Enfin, le véhicule s’arrête, je soupire de soulagement. Avant de me rappeler que ce qui m’attend peut être bien pire. J’entends la porte côté conducteur claquer, puis celle à l’arrière s’ouvrir. On me tire violemment par les chevilles, je n’oppose aucune résistance sachant que ça ne sert à rien. Quelqu’un tranche le Scotch qui enserre mes chevilles et enlève mes menottes. Mais me laisse le bandeau. Je frotte la peau endolorie de mes poignets et grimace.

— Avance tout droit, me dit-il en me tenant par le coude.

Au moins, j’ai toujours affaire au troll. On emprunte un escalier, l’odeur de l’humidité mêlée au désinfectant et encore autre chose sur quoi je n’arrive pas à mettre de nom, m’agresse les narines.

— Tu as de la visite, crie soudainement le troll en s’arrêtant.

Il me semble qu’il ouvre une porte avant de me pousser à l’intérieur de la pièce.

— Je crois que vous vous connaissez, tous les deux.

J’entends le cliquetis d’un verrou et des pas s’éloigner. Je soulève le tissu de devant mes yeux, et les laisse s’habituer à la luminosité avant de lâcher la seule chose qui me vient.

— Oh, merde…

3 Opération Tamir : Nom de la mission des forces françaises en Afghanistan. (NdA)

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