Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)

2. Linda

Chapitre 2

 

 

LINDA

 

Quelques heures plus tard

— Maman ?

— Je suis dans le salon, ma puce.

J’enlève ma veste, pose mon sac et mes clés sur la commode. Je vais rejoindre celle pour qui je donnerais ma vie. Marie. C’est un petit bout de femme, avec une coupe courte brune et de grands yeux noisette remplis d’amour. Je la retrouve sur le canapé en train de lire.

— Bonjour Maman, dis-je en l’enlaçant.

— Comment tu vas, ma chérie ?

— Ce serait plutôt à moi de te poser cette question.

— Je vais bien ma puce, ça ne se voit pas ? répond ma mère en se levant.

J’ai un pincement au cœur en voyant son bras droit paralysé, constant rappel que j’ai failli la perdre.

— Bien sûr que si maman, mais tu sais que je me ferais toujours du souci pour toi.

— C’est bien ça le problème ma puce, tu te fais trop de souci pour moi, j’ai l’impression que l’on a inversé les rôles.

Je secoue la tête et pars dans la cuisine pour me faire un thé, évidemment ma mère me suit. Elle peut être têtue quand elle s’y met, je ne me demande plus de qui je tiens ce trait de caractère.

— Écoute maman, on ne va pas avoir cette conversation une nouvelle fois. Je prends soin de toi comme je dois le faire, c’est tout.

— Oui, mais tu mets ta vie entre parenthèses pour moi. Je ne t’ai jamais demandé tout ça.

Elle désigne tout ce qui l’entoure. On a emménagé ensemble dans une petite maison, il y a peu de temps. C’est une maison à deux étages, avec une piscine et un immense jardin. Elle adore jardiner, elle peut parler fleurs et plantations de toutes sortes pendant des heures. J’ai tout de suite pensé que ma mère en serait folle et ce fut le cas. Mais depuis, elle ne cesse de me répéter que c’est trop. D’après elle, je ne sors pas assez et ne profite pas de la vie.

— Je sais, mais je ne changerais pas d’avis là-dessus.

Je prends ma tasse de thé et vais m’asseoir sur le canapé.

— Maman, je pars pour quelques jours et je ne sais pas encore quand je reviendrai. J’ai déjà prévenu l’infirmier qui passera tous les matins, ainsi que l’auxiliaire.

— J’espère que ce sera toujours le même infirmer, il est très mignon.

— Maman ! m’exclamé-je horrifiée.

— Ben quoi ? La vie continue ma chérie, me dit-elle avec un grand sourire.

— Certes… Pour en revenir au sujet de départ, j’essaierai de t’appeler tous les soirs et – je lève la main quand je vois qu’elle va m’interrompre – pas la peine de négocier !

Je finis par un grand sourire.

— Vu que je n’ai pas le choix, rumine ma mère.

— Non ! Je pars demain matin de bonne heure. Pizza ce soir, ça te va ?

On passe la soirée sur le canapé avec nos parts de pizza. Ma mère veut absolument regarder Magic Mike, je ne peux rien lui refuser. Une vraie torture pour moi de l’entendre commenter le moindre morceau de chair de ces hommes bien foutus. D’accord, je l’avoue, j’ai aussi pas mal bavé, mais ça reste ma petite maman et il y a des choses que mon cerveau n’aimerait pas savoir. Elle s’endort sur mon épaule avant la fin du film, je remonte le plaid pour la couvrir. Je la regarde un instant, attendrie et reconnaissante de l’avoir toujours auprès de moi.

Je savoure ces moments mère-fille. Depuis son AVC, elle vit chaque moment comme si c’était le dernier. Quitte à me traumatiser de temps en temps. Le fait que je m’en aille ne la dérange pas du tout. Elle est habituée, elle m’oblige même à la laisser seule de temps en temps. Il y a beaucoup de personnes qui passent la voir et elle profite de la deuxième chance qui lui a été donnée.

Le lendemain matin, je fais toutes les recommandations possibles à l’infirmier, Jackson, même s’il n’a aucunement besoin. Bien évidemment, c’est toujours le même et je n’en changerais pour rien au monde. Et si j’en crois le sourire de ma mère qui lui monte jusqu’aux oreilles, Jackson est dans de beaux draps. Je comprends son attirance pour lui, il est sublime. C’est un homme à la peau mate, des yeux bleu clair et un sourire à tomber. Comment ne pas succomber ? Mais ce qui le rend si unique, c’est sa gentillesse, son humour et sa fiabilité. Depuis que je le connais, je ne vois aucune autre personne capable de s’occuper de ma mère comme je le souhaite.

Je redonne les mêmes consignes à l’auxiliaire, Henry, un homme que ma mère apprécie beaucoup pour sa compagnie. Ils ont l’habitude avec moi, à chaque départ de mission, c’est le même rituel et la même boule au ventre que je ressens. Un dernier câlin à ma mère et me voilà partie.

Je suis au volant de ma voiture, direction Paris. Ville que j’aime moyennement, il y a trop de monde. Je préfère mon petit coin paumé, où tout le monde se connaît et où je n’ai pas à me méfier de tous. Enfin pas pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui, en tout cas. Je n’ai pas le temps d’admirer le paysage, je m’inquiète beaucoup trop pour ma mère. Je ne devrais pas, je sais qu’elle va mieux, mais l’angoisse est toujours là. Tapie dans l’ombre. Depuis que l’on m’a appelée pour me prévenir qu’elle était à l’hôpital, j’ai toujours cette peur de revivre ce moment où je la découvre sur son lit complètement immobile. Je me sens toujours coupable de ne pas

avoir vu les signes avant-coureurs de sa maladie de Horton1, de ne pas avoir été présente pour éviter tout ça.

Et puis il y a aussi les dernières paroles de Josh qui me perturbent, j’espère que cette mission se passera comme prévu…

1 La maladie de Horton (parfois appelée artérite temporale ou artérite crânienne) désigne une

maladie inflammatoire qui se caractérise par l’inflammation des vaisseaux sanguins, en particulier les artères situées au niveau des tempes (artères temporales). Complications possibles : AVC, Cécité. (NdA)

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