Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)
7. Linda
Chapitre 7
LINDA
J’ai décidé de dormir à l’hôtel plutôt qu’à la planque. Du coup, je n’ai pas accès à mon matériel de surveillance.
Linda, tu frôles la perfection, mais de loin, de très loin !
J’ai eu un sommeil agité, pour ne pas dire que je n’ai presque pas dormi. D’une, parce que j’avais mal à la main. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu à me battre à mains nues. Et de deux, je n’ai pas arrêté de ressasser ces derniers jours. De pester contre mon insouciance. Comment ai-je pu être aussi naïve ? Paris est une grande ville, tomber deux fois sur le même homme est quasi impossible. Ni le destin ni le hasard ne sont coupables dans cette histoire. Seulement moi.
Il faut que je répare les dégâts, mais Todd et Josh restent injoignables. Les autres de l’équipe étaient déjà en mission quand je suis partie et ne sont pas censés revenir avant deux semaines minimum. Je suis toute seule. C’est la première fois que je n’ai aucun soutien pendant une mission. Et évidemment, c’est la première fois que j’en ai besoin. Je regarde l’horloge, 8 heures, je resterais bien dans mon sac de couchage, à pleurer sur mon triste sort, mais je ne suis pas du genre à baisser les bras. Je me lève et mon ventre se met à gargouiller. Oh, celui-là commence à me taper sur les nerfs à faire autant de bruit. Je me prépare vite fait, histoire d’aller à la boulangerie.
J’ouvre la porte et sursaute. Il est là. Accroupi sur le côté de ma porte, la tête entre les genoux. Ça ne m’étonne même pas de le trouver là. Je le détaille, il porte, à première vue, les mêmes vêtements qu’hier soir. Tout noir, avec une veste en cuir. Je me racle la gorge. Il relève les yeux vers mon visage, et je sens un sourire étirer mes lèvres. Il a un magnifique coquard – qui n’est pas de moi – et un bleu qui commence à apparaître sur sa joue. Une moue boudeuse remplace vite mon sourire quand je vois que je ne lui ai pas cassé le nez. Ben quoi ? Non, je ne suis pas une femme violente, en général. Mais là, ça méritait plus qu’une simple gifle. Et malgré tout ça, il est magnifique. Comment un homme peut être beau avec un coquard ? Moi, quand mon mascara coule, je ressemble à un panda. Mais, lui non, ça le rend plus mystérieux et lui donne un air dangereux. Sexy. Il a l’air épuisé, je me demande depuis combien de temps il est assis ici.
Au moment où il se lève, je lui claque la porte au nez. Non, mais quel culot ! Je n’y crois pas. Il se pointe ici, alors qu’il a fait foirer ma mission ? Je ne sais même pas dans quel camp il se trouve ! Et si j’avais couché avec l’ennemi ? Je pose la tête contre la porte. Pourquoi il a fallu que ça tombe sur moi ?
Il se met à tambouriner sur le battant, si je ne lui ouvre pas, la réceptionniste va finir par appeler la police. D’accord, cette nuit il était hors de question que j’empêche les forces de l’ordre de l’emmener, mais là je serais forcément impliquée. J’inspire et expire doucement, il faut que j’arrive à me contrôler.
Ne le tue pas…
Ne le tue pas…
Pas tout de suite, au moins…
— Arrête de taper sur la porte comme un malade ! Je vais ouvrir ! je crie pour me faire entendre par-dessus le boucan qu’il fait.
Il baragouine une réponse que je ne comprends pas entièrement. Les seuls mots qui filtrent à travers la porte sont : « taré », « bon samaritain », « ne pas la tuer » …. Je secoue la tête, ce mec ne tient pas à sa vie.
— Qu’est-ce que tu attends pour ouvrir ? grogne-t-il, plus fort.
— Je n’ai jamais dit que je le ferai tout de suite.
J’arrive à me calmer… au bout de dix minutes. Il se met à taper sur la porte, mais pas aussi fort que tout à l’heure. Ce sont des coups répétitifs suivis de court silence. Toujours le même nombre de coups. Je mets un temps fou à comprendre que c’est du morse. Du morse ! Cet homme est fou. Qui utilise encore cette méthode de nos jours ?
— Recommence, lui dis-je.
Un long, deux courts. Silence. Trois courts. Silence. Un court, un long, deux courts. Silence.
C’est tout ? Mince, j’ai perdu le fil.
— Une dernière fois !
Un long, deux courts. Silence. Trois courts. Silence. Un court, un long, deux courts. Silence.
D. S. L.
« Désolé » ? Mais pourquoi au juste ? Pour m’avoir menti ? Ou pire encore ?
Silence…
Je me décide enfin à ouvrir, et m’efface pour le laisser rentrer. Je m’appuie contre la porte après avoir fermé. Leandro fait un tour sur lui-même pour analyser les lieux. Oui, il analyse, il ne visite pas. Ça se voit à sa façon de tout détailler, comme s’il était à la recherche d’éléments suspects.
— Très mignon, finit-il par dire.
Je lève les yeux au ciel, s’il est venu pour se moquer de moi, il va repartir de là en titubant.
— Comment m’as-tu retrouvée ? je demande, agacée.
— Semelle de ta chaussure, répond-il en haussant les épaules.
Il n’a pas pu faire ça ? Si ? Je me dirige vers mes chaussures, les retourne et d’un coup toute ma colère revient. Ferme les yeux, imagine-toi dans une prairie. Voilà, il n’y a pas d’homme à castrer, pas de traceur dans ta chaussure. Inspire cet air pur, pas de pollution parisienne ! Écoute le chant des alouettes, pas ton cœur qui demande vengeance. Assieds-toi et inspire. Une, deux et trois fois. Voilà maintenant, ouvre les yeux et ne le tue pas.
Je vais le tuer !
Leandro, qui a anticipé ma réaction, fait un pas en arrière, et lève les mains en signe de reddition. Ou de soumission ? Bien sûr, je préfère imaginer que c’est la deuxième option. Mais je reste déterminée, j’avance vers lui. Qui est la proie, maintenant ?
— Linda, calme-toi ! Ce n’est pas ce que tu crois, dit-il.
Elle est bien bonne, celle-là ! Pourquoi tous les hommes pris en faute se sentent-ils obligés de dire ça ? Parce qu’en vérité, c’est toujours ce que l’on croit. Vous trouvez votre mari nu avec une femme tout aussi nue dans votre lit, c’est bien ce que vous croyez. Non, ils ne faisaient pas une partie de Scrabble – ça existe le strip Scrabble ? – il vous trompe et c’est un connard ! Votre mère vous organise des rendez-vous, c’est bien ce que vous croyez, vous avez l’air désespéré !
Alors, voilà ce que je crois. Cet homme à l’allure de dieu grec a placé une puce GPS dans ma chaussure. Il a sûrement enquêté sur moi et doit donc tout savoir de ma vie. Il a couché avec moi alors qu’il me mentait sur son identité. Est-ce qu’il s’appelle vraiment Leandro ? Ce que je sais, c’est que je vais le tuer ou au moins le castrer !
Encore un pas de plus vers lui. On ne se lâche pas du regard. Dans le mien, il doit y voir la colère, le dégoût que je ressens envers lui. Dans le sien, eh bien, difficile de l’analyser. Ou plutôt, j’aimerais me tromper. Parce que j’y vois du regret et de l’amusement.
— Tu te souviens du t-shirt que tu portais au restaurant ? me demande-t-il.
Il n’est pas sérieux, pourquoi je me souviendrais d’un détail aussi insignifiant ? J’arrête d’avancer, croise les bras sur ma poitrine et hausse les sourcils. La pose typique d’une petite fille pourrie gâtée qui n’a pas eu de dessert et qui en réclame un. Pour ma part, je regrette plutôt d’y avoir goûté.
— Tu ne comptes pas m’adresser la parole ? Comme tu veux. Mais je viens de comprendre pourquoi tu portais ce t-shirt.
Je ne vois pas de quoi il parle. J’ai beau me creuser les méninges, rien ne me vient.
— Toujours aucun souvenir ? Moi qui pensais que ce jour t’aurait marquée un peu plus que ça, s’étonne-t-il.
Il secoue la tête, dépité. Cet homme est suicidaire et à un énorme problème d’ego.
— Tu portais un débardeur avec comme slogan : « Si tu tiens à tes parties intimes, fuis ! ». À la vue de ton expression aujourd’hui, j’aurais vraiment dû prendre cet avertissement au sérieux.
Je plisse les yeux. Je vois très bien qu’il se retient, mais c’est plus fort que lui, il éclate de rire. Je suis médusée. Je cligne des yeux, mais non je ne rêve pas. Il est plié en deux. Je ne sais pas ce qui me retient de l’assommer.
— T’as fini ? je demande sèchement.
Il dresse un doigt en l’air pour me demander encore une minute. Je lève les yeux au ciel. Merde à la fin, j’en peux plus. Je vais chercher la lampe hideuse et la lance dans sa direction.
— Non, mais ça ne va pas ? Tu es complètement folle. À chaque fois, il faut que tu m’agresses.
Il se frotte le front, il faut dire que je rate rarement ma cible.
— À chaque fois ? Tu ne me dois qu’un joli smoky eyes inversé, et tu portes encore ton ensemble trois pièces. Alors, ne me pousse pas trop à bout !
— Un snoopy quoi ?
— Laisse tomber !
— Ce n’est pas ma faute si tu me fais rire.
Je passe ma main sur mon visage, épuisée. J’en ai marre de tourner autour du pot.
— Qui es-tu ?
Son hilarité laisse place à une ambiance pesante. Il me tourne le dos et regarde par la fenêtre. Au moment où je pense qu’il ne va pas me répondre, il me fait face. Il a retrouvé son visage impassible.
— Il y a des questions auxquelles je ne peux pas répondre. Celle-ci en fait partie, dit Leandro en me regardant droit dans les yeux.
— Qu’est-ce que tu peux me dire alors ?
— Que ce qui s’est passé entre nous n’était pas prémédité, répond-il.
— Et tu penses que je vais y croire ?
— Absolument pas.
— Bien, tu peux partir maintenant. Parce que je ne te fais pas confiance et que c’était une erreur entre nous. D’ailleurs, j’ai déjà tout oublié de ce jour-là.
— Ce n’est pas le plan que j’ai en tête, grogne-t-il.
— Ce que tu veux m’importe peu ! Maintenant, sors d’ici !
Être près de lui me retourne le cerveau. Leandro s’avance vers la sortie. Au lieu de partir directement, il s’arrête à mes côtés. On regarde tous les deux dans des directions différentes. Je serre les poings. Il replace une mèche échappée de mon chignon fait à la va-vite. Ses doigts s’attardent le long de mon cou et suivent le chemin de mon épaule. Un frisson me parcourt, je serre les dents pour éviter que tout gémissement m’échappe.
— Je suis désolé. On se reverra très vite, minha querida2, murmure-t-il.
Ce n’est qu’une fois que j’entends la porte claquer que je relâche mon souffle. Je m’assois sur mon lit. À chaque fois qu’il a dit qu’on se reverrait, il a tenu promesse. Je ne sais pas si d’ici notre prochaine rencontre, mes envies de meurtre seront passées. Je ne suis pas plus avancée qu’hier soir par rapport à toute cette histoire.
— Leandro, qui es-tu réellement ? je souffle.
La sonnerie de mon téléphone m’empêche de ruminer. Un numéro masqué. Je décroche et je suis sous le choc par le ton paniqué…
2 Minha querida : Ma chérie (NdA)
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