Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)
25. Linda
Chapitre 25
LINDA
Une heure plus tôt
C’est le corps tremblant de toutes parts et le cœur battant à cent à l’heure que j’attends Louis sur le parking de ce fast-food. Je ne l’ai pas vu depuis deux ans. Deux ans où ma colère a eu le temps de grandir, de se nourrir des moindres détails de notre dernière dispute. Où j’ai ressassé encore et encore toutes les méchancetés que je lui ai dites. Deux ans peuvent paraître une période infime. Mais ça m’a paru durer une éternité, parce que l’un de mes parents était malade alors que l’autre était je ne savais où et semblait s’en moquer totalement.
Je me souviens, presque mot pour mot, de notre dernière conversation téléphonique. Je l’ai accusé de n’être qu’un lâche, parce qu’il avait abandonné ma mère en lui écrivant une lettre de rupture. Quel adulte ose faire ce genre de chose, ne même pas annoncer ça de vive voix ? Pour moi, il avait fait un choix entre le gouvernement et sa famille. L’amour des siens ne comptait plus, seul le pouvoir l’intéressait. Quand ils m’ont appris que ma mère était malade, j’étais encore en mission. Je ne suis pas la première personne qu’ils ont prévenue. Non, c’était Louis et cet enfoiré n’a même pas répondu. Et lorsqu’il a pris connaissance de son état de santé, il ne s’est même pas rendu à son chevet, pas une seule fois. Non, monsieur a tout simplement envoyé de l’argent.
Il a balayé trente ans de mariage comme si ce n’était qu’un grain de poussière dans sa vie. Allez, ouste, j’ai plus urgent à m’occuper.
Je ne lui ai plus jamais adressé la parole. Mais les derniers événements font que je suis désespérée et que je n’ai pas le choix. Ce n’est pas pour autant que je lui pardonne. Mon cœur saigne encore profondément de ce rejet de notre famille qu’il a fait. Je ne sais pas si je serai un jour capable d’oublier. Le bruit d’une vitre que l’on baisse me sort de mes pensées.
— Ça va aller, ma belle ? me demande Josh.
Il a tout fait pour me convaincre de le laisser m’accompagner, pendant que les autres préparaient le changement de planque. Alexeï a demandé du renfort. J’ai l’impression que Leandro travaille plus en équipe qu’il ne me l’a fait croire. D’où sortent tous ces renforts ? Est-ce qu’il fait appel à des entreprises privées de sécurité ?
— Linda ?
J’ai oublié que Josh attendait une réponse à sa question.
— Oui, ne t’inquiète pas pour moi, dis-je avec un sourire forcé.
Il n’est pas dupe, il sait à quel point ça va être difficile pour moi d’affronter mon père. Il est le seul, avec Sophia, à qui j’ai tout raconté. Mais il n’insiste pas plus. Je commence à faire les cent pas, en regardant ma montre toutes les dix secondes. Il est en retard et je ne sais pas si je dois m’en inquiéter plus que ça. La ponctualité n’a jamais été son fort.
Enfin, une berline, toutes vitres teintées, arrive sur le parking. Elle se place juste devant moi. Louis descend du véhicule. J’avais oublié à quel point il en imposait dans son costume d’homme politique. De marque, bien évidemment.
— Louis, dis-je, laconiquement.
Il reste un instant sans rien dire. L’émotion se dessine sur son visage. Il avance d’un pas, seuls quelques centimètres nous séparent. Il lève la main comme pour me toucher, mais se ravise au dernier moment et reste les bras ballants devant moi.
— Ma princesse, tu es…
Il se racle la gorge et recule d’un pas. Je suis obligée de serrer les poings et de croiser les bras sur ma poitrine pour ne pas me jeter à son cou. Je ne pensais pas que la tristesse serait le sentiment qui ressortirait la première fois. J’aurais préféré que ce soit la colère. C’est tellement plus simple à gérer pour moi. La colère d’avoir été abandonnée plutôt que la tristesse d’avoir perdu un père aimant. Je m’adosse à la portière de la voiture pour mettre un peu plus de distance entre nous et lève les yeux au ciel pour empêcher les larmes de couler.
— J’ai les informations qu’il te faut. Comme tu le pensais, il n’était pas imaginable qu’un être aussi recherché soit sur notre territoire sans qu’on le sache. En fait, nous avons un agent sous couverture actuellement près d’Alex Wilkes. L’assaut va être lancé ce soir dans un laboratoire situé dans un bâtiment abandonné. La présence de Leandro sur les lieux a été confirmée. Une équipe est déjà en train de se préparer pour intervenir. Je peux te greffer officieusement sur l’assaut avec Josh et deux autres, comme tu me l’as demandé. Mais il faut absolument que vous respectiez les consignes qui vous seront données. Ils veulent Wilkes vivant et surtout aucun blessé.
Je regarde Josh qui n’a pas pris la peine de descendre pour saluer Louis. Vu ce que je lui ai raconté sur ce dernier, je comprends ses réticences à se montrer courtois. J’ai laissé la fenêtre ouverte pour qu’il puisse entendre l’échange. Il hoche la tête pour dire qu’il est d’accord.
— C’est OK pour nous. Où doit-on se rendre pour rejoindre l’équipe d’intervention ?
— Tiens, ce sont les coordonnées GPS de là où ils se trouvent. Demande l’agent Davis. Vous devez y être dans une heure. Avec ou sans vous, ils lanceront l’assaut. Alors soyez à l’heure. Il y aura un équipement pour vous sur place. Armes incluses. Essayez de ne pas faire foirer cette mission.
Malgré ma rancœur envers lui, je sais qu’il joue gros en nous permettant d’être sur les lieux. Si un incident a lieu, ça va lui retomber dessus.
— On gère, tout se passera comme ils l’ont prévu. De toute façon, le sort de Wilkes ne m’intéresse pas. Je veux juste sortir Leandro de là.
Louis ne me répond pas. Il me contemple, son regard plongé dans le mien comme s’il avait le pouvoir de sonder mon âme.
— Tu ne m’as pas dit pourquoi ce Leandro était là-bas.
— Effectivement, mais est-ce que c’est si important que ça ?
Là encore, un silence passe avant qu’il reprenne.
— Tu tiens à lui. C’est bien que tu aies quelqu’un sur qui t’appuyer. Prends soin de toi, ma belle princesse.
Il s’avance vers moi, dépose un baiser sur mon front et s’en va sans un mot de plus. Complètement sonnée, je ne bouge pas. La gorge nouée, je laisse finalement couler les larmes que je retiens depuis le début.
— Prends soin de toi aussi, papa.
J’essuie mes larmes, monte dans la voiture et pose ma tête contre le volant.
— Tu veux que je conduise, ma belle ?
— Non, ça va aller, Josh. J’ai juste besoin de deux minutes et on rejoint les autres.
Je prends de nombreuses inspirations, visualise une étendue d’eau paisible. Très vite, un décor me vient à l’esprit. L’océan, la plage. Un paysage magnifique de vacances au chaud. Voilà, c’est ce qu’il me faut. Plus tard. Une fois mon calme retrouvé, je démarre.
— Appelle Alexeï, préviens-le qu’on arrive.
Je vais aussi vite que je peux tout en évitant les véhicules civils. Merci à la formation de conduite extrême que j’ai reçue ! J’arrive en un temps record à la maison où les autres sont déjà en train de monter en voiture.
Je dis au revoir à Maria qui me serre longuement dans ses bras. Comme une mère avec sa fille.
— Maman lâche-la, tu vas l’étouffer, intervient Shayane.
Je suis contente qu’elle me sorte de là, je suis déjà au bord des larmes. À son tour, elle m’étouffe dans son étreinte, mais plus brièvement que sa mère. Nalia s’arrête devant moi et croise les bras sur sa poitrine.
— Quand tu le verras, j’espère que tu lui balanceras une énorme gifle pour lui remettre les idées en place.
Je souris et hoche la tête. Elle me prend dans ses bras et murmure à mon oreille.
— Revenez-nous vite, d’accord ?
Encore une fois, je ne peux que hocher la tête. Je fais signe de la main alors que les véhicules démarrent. Les savoir en sécurité m’enlève un poids des épaules. Je me retourne vers les hommes qui sont restés sur les marches. Josh, Gary et Alexeï. Ma nouvelle équipe. Le seul espoir de Leandro.
— Bon, les gars. Je crois qu’il est l’heure d’aller botter des culs.
On a à peine pris le temps de se changer, et nous voilà sur la route qui mène à l’équipe d’intervention. Les garçons essaient de me dérider, mais c’est peine perdue, je ne fais que stresser et imaginer le pire. Vu le fabuleux CV de son père, mes craintes sont tout à fait légitimes. Je me souviens encore de l’état dans lequel j’ai retrouvé Josh. Et si jamais il arrivait la même chose à Leandro ? Ou pire encore ? Je serre les dents pour garder le visage impassible que j’arbore depuis que je suis montée en voiture. Seules ma jambe qui tressaute et mes mains que je serre à en faire blanchir les articulations témoignent de mon niveau d’anxiété.
— Hé, on va le ramener, mon ange.
Je me tourne vers Gary. Il ne me lâche plus d’une semelle. À croire qu’il a peur que je craque maintenant, comme il m’a déjà vue le faire. Même s’il n’a pas tout à fait tort, ce n’est pas pour moi qu’il faut s’inquiéter actuellement. Leandro doit être notre seule préoccupation. J’ai besoin de me changer les idées. Alors je décide de le taquiner.
— Donc tu as définitivement dit adieu au « jeune demoiselle » ?
Une ombre passe dans ses prunelles avant qu’il ne retrouve un air enjoué.
— Je serai à jamais ton preux chevalier. À ton service pour satisfaire le moindre de tes désirs.
— Tu sais que Leandro essayera probablement de te tuer si tu m’appelles mon ange devant lui.
— Qu’il essaie, réplique Gary, l’air faussement féroce.
Je lève les yeux au ciel, les hommes et leur ego. Pourtant je ne doute pas une seconde que Leandro soit capable de mettre Gary au sol sans effort. Mais il reste tellement de choses que j’aimerais savoir sur lui.
— Comment ça se fait que tu manies si bien les armes ?
Il tourne la tête vers la vitre, je ne sais pas si c’est pour me cacher son expression ou pour se perdre dans ses pensées.
— C’est une longue histoire, souffle-t-il.
— Ça tombe bien, j’ai trente minutes devant moi.
Il me lance un regard triste avant de regarder à nouveau le paysage qui défile.
— Une histoire qui ne vaut pas la peine d’être racontée.
J’entends sa souffrance derrière ses mots. Je n’insiste pas, pour l’instant. Et me contente de serrer sa main dans la mienne. Il la serre en retour en signe de remerciement. Je ne sais pas comment définir la relation qui s’établit entre nous. Notre première rencontre a été houleuse, mais les jours qu’on a passés ensemble nous ont rapprochés. Ce ne sont pas des sentiments amoureux qui se sont développés, mais une forte amitié. Je suis convaincue qu’avec le temps, il s’ouvrira à moi. Quand il sera prêt, je serais présente pour lui comme il l’a été pour moi.
La voiture emprunte un chemin de terre qui débouche sur une petite bâtisse où un attroupement s’active à charger camions et 4x4. Une vingtaine de personnes sont réunies près des véhicules, pour la plupart déjà bardées d’équipements.
— Et bien, ça fait beaucoup de monde pour une seule personne, marmonne Alexeï.
— Serais-tu timide ? lui demande Josh.
— J’en vaux au moins dix d’entre eux, aucune raison d’être timide. Je vais leur montrer ce que c’est, un homme.
— Tu vas surtout leur montrer comment se ridiculiser en deux secondes. Regarde à la définition du mot homme dans le dictionnaire, c’est mon patronyme qui est écrit à côté, réplique Josh.
J’ai déjà dit qu’ils me fatiguaient, ces deux-là ? Oui ? Ben, je le redis. Ils sont irrécupérables. Toujours en train de se chamailler, j’ai l’impression d’avoir affaire à un couple de vieux. Et pourtant, ils ne se connaissent que depuis la veille.
— Bon les amoureux, vous avez fini ? je lance pour les faire taire.
Ils se retournent comme un seul homme pour me lancer un regard noir. Au moins, ma méthode a fonctionné. Je descends de voiture et me dirige vers le groupe le plus proche.
— Bonjour, je cherche le responsable de l’opération, dis-je à la cantonade.
— Qui le demande ? me demande une voix derrière moi.
Je fais volte-face et me retrouve devant un homme fort séduisant. La peau couleur ébène, des lèvres pulpeuses, mais ce qui fait son charme c’est son sourire ravageur. Quelque chose me dit que les garçons vont se liguer contre lui. C’est connu, il ne peut pas avoir qu’un Serial Killer de la Culotte dans un groupe. Sauf dans le mien, j’en ai déjà trois derrière moi. Beaucoup trop d’ego et de testostérone dans un même environnement.
— Vous êtes ? je demande, même si je me doute de son identité.
— Brian Davis, le responsable. Je suppose que vous êtes Linda Perrin ?
Toujours ce même sourire. J’entends presque les mecs grogner derrière moi.
— Vous supposez bien, Davis. Je vous présente mon équipe. Josh, Gary et Alexeï.
Il leur fait un signe de tête avant de reporter son attention sur moi.
— Suivez-moi, je vais vous faire un récapitulatif de la situation.
Il nous emmène dans une tente que je n’avais pas remarquée jusque-là. Suffisamment spacieuse pour y mettre une table et quelques chaises. Davis se place d’un côté de la table, nous de l’autre.
— Comme vous le savez sûrement, Wilkes a un mandat d’arrêt international sur le dos. Ça fait trois ans que notre infiltré est sur le dossier. Ce soir, on clôt définitivement l’affaire Wilkes. Il est actuellement dans un bâtiment abandonné qui lui sert de laboratoire. Juste ici, dit-il en désignant un emplacement sur une carte posée sur la table. Il s’apprête à lever le camp pour quitter notre pays. On est déjà en train de filer la drogue en transit, véhiculée par la majorité de son équipe. Il n’y a plus qu’une partie de sa garde avec lui, une chance pour nous. On a assez de choses contre lui pour qu’il soit jugé devant la Cour Pénale Internationale. C’est le moment ou jamais.
— Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? l’interrompt Gary.
— On voulait réunir des preuves suffisantes pour l’inculper de tous les crimes qu’il a commis, et non seulement quelques-uns. Pas de demi-mesure pour une pourriture pareille. Toutes ses victimes méritent qu’on leur rende justice.
On hoche tous la tête en signe d’assentiment. Il dépose plusieurs clichés devant nous.
— J’ai déjà briefé tout le monde pour l’intervention. Vous serez avec l’équipe alpha, vous passerez par l’entrée principale. Les autres prendront les issues arrière et latérales. Il y aura aussi des snipers pour s’occuper des fuyards. Il n’y a qu’un étage, c’est là que Wilkes a son bureau.
— Et votre infiltré, il joue quel rôle ? Qu’on ne lui tire pas dessus par mégarde, intervient Alexeï pour la première fois.
— Ne vous inquiétez pas pour lui, il saura quand il faut décamper.
— Il vous a donné des nouvelles de Leandro ? je demande d’un air faussement neutre.
— Il va bien, mais avec Wilkes on ne sait jamais combien de temps ça peut durer. Il peut être très calme et l’instant d’après péter un plomb.
Sa réponse est loin de me rassurer, au contraire.
— Départ dans combien de temps ? je l’interroge.
— Dans trente minutes, répond-il en regardant sa montre. Il est temps pour vous de vous équiper, allons-y.
On sort de la tente et s’arrête derrière un fourgon bourré de matériel. J’enfile rapidement un gilet pare-balles et choisis deux armes. Une de poing et l’autre d’assaut. On n’est jamais trop prudents. Les autres en font de même.
Trente minutes plus tard, on est avec l’équipe alpha à l’arrière d’un fourgon en direction de l’entrepôt.
Maintenant ou jamais…
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