Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)

3. Linda

Chapitre 3

 

LINDA

 

J’arrive à mon hôtel sur les coups de midi. Je vois que mon patron a fait le radin sur les frais de logement. Je ne suis pas une fille qui aime le luxe, mais quand même le minimum syndical, mince ! De l’extérieur, on peut se dire : « Oh ! c’est mignon tout plein ». Mais une fois qu’on arrive dans le hall, on commence à faire le signe de croix, puis vient le drame : la chambre. Le lit, si l’on peut appeler ainsi ce truc informe, est recouvert d’une housse douteuse et d’une couverture, à tous les coups, pleine de mites. Le papier peint est une œuvre d’art. Sur un fond jaune poussin, on y retrouve des brebis, des oiseaux non identifiés, des tulipes, des jonquilles. Bref une horreur sans nom. Une simple table de chevet avec une lampe et voilà mon chez-moi jusqu’à la fin de la mission. Le pied. Ça pourrait être pire, je pourrais être à la rue. Relativiser. J’ai l’impression de ne faire que ça avec Todd.

Heureusement que j’ai toujours mon sac de couchage avec moi, ça fera l’affaire. Et la salle de bains a l’air un peu mieux entretenue, il y a un lavabo et des toilettes.

Je me repasse mentalement tous les détails de la mission. Todd est du genre parano alors il ne veut pas qu’on imprime nos ordres. Comme je ne l’écoute pas et que certaines choses m’échappent chaque fois, je prends mon téléphone sécurisé et fais le tour du dossier que j’ai enregistré.

Je dois surveiller une entreprise de sécurité. Global Delta Security. C’est la seule partie que j’ai trouvée bizarre, on ne fait jamais dans l’espionnage de nos concurrents, mais ils sont apparemment soupçonnés de fournir des armes dans des pays en guerre. Aux deux camps opposés. Des mercenaires. Je suis donc chargée de surveiller une agence des plus réputées, toute seule. Où je n’ai que des noms, ou plutôt des pseudonymes comme identité des propriétaires et aucune photo. Ça craint. C’est peut-être ça qui angoissait Josh, je l’appellerai ce soir pour avoir plus de détails.

Je ne commence que demain, alors je me change et me prépare pour faire un footing. Ça me permettra de mieux connaître le quartier et je pourrai faire en plus un petit repérage du côté de la société. Une fois prête, je prends mon iPod et pars pour une heure de détente. Oui pour moi le footing c’est de la détente, ça m’aide à évacuer toutes les tensions. Et ma frustration de ne pas avoir mon patron en face de moi pour l’étrangler.

Je suis tellement dans mes pensées que je ne regarde ni où je vais ni quel chemin j’emprunte. Et me voilà perdue, un comble pour quelqu’un censé avoir le sens de l’orientation. Dans ces moments-là, je dis vive la technologie. Je sors mon téléphone, et regarde en l’air à la recherche d’une plaque de rue à rentrer sur mon GPS.

La voilà et … aïe. Je viens de me cogner contre… je ne sais même pas. Je me frotte le front et relève la tête. C’est un torse, très alléchant d’ailleurs. À travers le t-shirt noir moulant, j’arrive à voir des abdos dessinés à la perfection. Ni trop ni pas assez. J’entends un raclement de gorge, je relève la tête d’un coup.

Oh. Mon. Dieu.

Cet homme est la perfection incarnée. Il a la peau mate, un Brésilien peut-être ? Petite barbe de trois jours bien entretenue, des yeux d’un noisette intense et des lèvres parfaites. N’allez pas croire que ça m’arrive souvent de baver devant les adeptes de la salle de musculation. Mais là, c’est difficile de faire autrement. Un autre raclement de gorge, décidément j’ai du mal à me concentrer. Je fais un pas en arrière et m’excuse comme je peux, c’est-à-dire lamentablement.

— Je suis… désolée. Je ne vous avais pas vu. Bien sûr que je ne vous avais pas vu, sinon je ne vous serais pas rentrée dedans. Je regardais mon téléphone, enfin mon GPS et votre torse est arrivé…

Je me rends compte de ma logorrhée et du sourire en coin qu’affiche cet homme. Zut !

— Vous êtes perdue ?

— Euh… oui. Je cherchais le nom de la rue, pour la rentrer dans mon GPS.

Tu radotes Linda.

— Vous avez besoin d’aide ?

— Non ça va aller. J’arriverai à me débrouiller toute seule.

— Bien, au plaisir de vous revoir.

Et il s’en va, dans le sens opposé qu’il prenait. Bizarre. Mais je ne m’attarde pas sur ce fait, plutôt sur sa paire de fesses. Je soupire. Vraiment dommage, je n’ai pas le temps pour ça. Je fais demi-tour et rentre à l’hôtel.

Il est 15 heures quand j’arrive. Je me lave tant bien que mal et m’habille. Cet homme mystérieux m’a tellement perturbée que j’en ai oublié de faire un tour du côté de l’entreprise. Je secoue la tête, ça ne me ressemble pas du tout. Je peste intérieurement, et m’assois par terre pour regarder la télé.

Je décide d’attendre 18 heures, avant d’aller faire du repérage et de chercher de quoi manger. J’appelle ma mère pour prendre de ses nouvelles. Elle est ravie de son infirmier – tu m’étonnes – et lui en fait voir de toutes les couleurs. Le pauvre. Elle va bien, c’est l’essentiel. Si un infirmier agréable à regarder peut faire pétiller ses petits yeux noisette, eh bien tant mieux. Je préfère la voir comme ça.

Enfin, l’heure de partir arrive, cette fois-ci, je mets le GPS. À bonne distance de l’entreprise, je détaille les lieux, je ne m’attendais pas vraiment à ça. Dans une petite tour entièrement vitrée, avec porte-tambour, se trouve le siège de GDS. Il doit y avoir plusieurs entreprises qui y siègent. De là où je suis, je peux voir qu’il y a des tourniquets à l’intérieur et aussi quelques agents de sécurité. Ça ne va pas m’aider à être discrète, tout ça. C’est une rue quand même bien animée, il y a un café, des magasins de prêt-à-porter et des restaurants.

Merci Todd de l’avoir précisé dans le dossier. Non, vraiment merci !

Je repars avant de me faire repérer. Mon ventre se met à gargouiller, signe qu’il est l’heure d’aller manger.

J’appelle plusieurs fois Josh, pendant que je cherche de quoi me nourrir, mais rien n’y fait, je bascule sur sa messagerie à chaque fois.

Demain est le début de cette mission, qui ne va pas se passer comme prévu, je le sens.

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