Collision: Dangerous Game, T1 (Emma) (French Edition)
4. Linda
Chapitre 4
LINDA
Quatre heures du matin
Je n’ai pas beaucoup dormi. Je ne suis pas du tout motivée, mais je n’ai pas le choix. Il faut absolument que je me rende sur place pour surveiller les allées et venues, afin de savoir quand je peux placer mon système d’écoute. Je me prépare en vitesse, tout en bâillant à m’en décrocher la mâchoire. En général, j’aime mon boulot, mais je ne suis pas du matin. Un paradoxe, me direz-vous. Ma vie en est remplie.
La première étape aujourd’hui, c’est d’aller installer tout mon matériel de surveillance dans l’appartement inoccupé en face de l’entreprise. Il a été repéré par mon patron, j’espère qu’il n’est pas dans le même état que l’hôtel. Je dois tout faire en un seul voyage, sans faire trop de bruit et sans paraître en train de commettre un cambriolage. Et seule. Ça va être un jeu d’enfant.
Je prends mon sac contenant toutes mes affaires, charge ma voiture et pars à l’aventure. Une fois arrivée à l’adresse, j’arrive à tout faire, en sueur, mais en silence. Enfin, autant que possible quoi. Je redescends garer la voiture plus loin. Six heures du matin, me voilà parée. Mon appareil photo sur un trépied, je suis prête à prendre en photo les entrées et sorties. J’ai été médisante, l’appartement est typiquement dans le style parisien : murs d’un blanc immaculé, cheminée et parquet au sol. Très lumineux et sûrement affreusement cher. Il ne manque plus qu’un fond de musique classique. Dommage que ma chambre d’hôtel ne soit pas du même acabit.
Je soupire et me pose dans le fauteuil pour souffler. Je ne sais pas ce que mon patron a contre moi, mais il m’en veut, j’en suis certaine. Pourtant il m’a embauchée – un autre paradoxe de ma vie. Dès le premier jour, il m’a montré son mépris. Même Josh ne comprend pas pourquoi il est comme ça avec moi. Je pourrais aller travailler ailleurs, mais j’aime bien mon équipe, enfin, surtout Josh. D’accord, que Josh. Je souris en pensant à la moue amusée qu’il afficherait face au décor de l’hôtel.
Sept heures, début des arrivées. Il y a quatre entreprises dans ce bâtiment, heureusement pour moi, ce n’est pas un building d’une cinquantaine d’étages. La matinée passe lentement et j’en ai déjà marre. Ça promet. Mais je reste en place et attends 17 heures avant de me lever pour faire une pause. Mon ventre gargouille comme si je n’avais pas mangé depuis trois jours, alors que je n’ai sauté que deux repas. Il est temps de s’empiffrer. Toujours écouter son estomac, telle est ma devise.
Je trouve un restaurant non loin de là. En m’installant à une table, je pense à ce qu’il me reste encore à faire. Grâce au logiciel de reconnaissance faciale de l’ordinateur portable que j’ai apporté et aux photos, je vais pouvoir identifier tout le monde. Il ne me restera plus qu’à faire le tri. J’en suis là de mes réflexions quand une personne s’arrête face à moi. Je lève lentement la tête du menu pour croiser un regard noisette à vous faire mouiller la culotte. Bon d’accord, j’exagère un peu… Il a un regard intense, voilà c’est mieux… tellement intense que je… m’arrête là.
Bref, je le reconnaîtrais entre mille, c’est celui d’hier soir. Mais comment ?
— Bonjour, me dit-il d’une voix suave.
Mince, même sa voix est parfaite.
Il doit bien y avoir un défaut chez cet homme. Les hommes sont bourrés de défauts, c’est bien connu, non ? Aujourd’hui, il est vêtu d’une chemise en jean, je penche un peu la tête pour voir qu’il porte un pantalon noir qui moule parfaitement chacun de ses muscles. Ses fesses doivent avoir une allure d’enfer dedans. Je me mords la lèvre. Il se racle la gorge, me ramenant à la réalité. Encore un peu et un filet de bave coulait le long de mon menton.
— Je cherchais de quoi manger et je vous ai vue à travers la devanture. Ça vous dérange, si je m’installe là ?
— Euh… eh bien, bégayé-je.
— Oh, vous n’êtes sûrement pas seule. Je suis désolé, je vais vous laisser.
— Non !
Honteuse, je regarde autour de moi. On aurait dit un cri désespéré. Lui me fixe avec un sourire en coin. Il prend place face à moi et penche à son tour la tête sur le côté. Mince, pourquoi quand je tombe sur lui, je ne porte pas une robe ou un haut bustier ? Je ne sais pas moi, quelque chose pour me mettre en valeur. Là, mes cheveux sont en bataille, j’ai un débardeur noir avec pour inscription : « Si tu tiens à tes parties intimes, fuis ! ! » – cadeau de mes amies. Un bas de survêtement également noir et des baskets. Une chose est sûre, il ne m’a pas rejointe pour mes beaux atours.
— Je m’appelle Leandro. Et vous ?
J’ai le regard fixé sur ses lèvres, c’est un appel à la tentation. Je m’aperçois avec un temps de retard qu’il attend une réponse de ma part.
— Pardon, j’étais dans mes pensées. Je m’appelle Linda.
— Enchanté, Linda, répond-il avec un sourire magnifique.
Oh mon Dieu, la façon dont il prononce mon prénom enflamme mon bas-ventre. Allez, on se concentre. Après tout, c’est peut-être un serial killer. Mouais, de la culotte sûrement. Je secoue la tête pour sortir tout ça de ma tête, et serre les cuisses. Ce qui ne fait qu’attiser la tension que je ressens. Eh merde ! Le serveur arrive et voyant que nous sommes finalement deux, repart chercher ce qu’il avait enlevé cinq minutes plus tôt. Leandro s’excuse auprès de lui.
Je replonge la tête dans le menu pour éviter de le fixer. Je me connais, j’ai beau être une femme forte, spécialisée dans plusieurs arts martiaux, je n’en reste pas moins une femme qui aime regarder de beaux spécimens. Et celui-là, ça en est un !
— Linda ?
— Hum, dis-je les yeux toujours sur le menu.
— Je vous mets mal à l’aise ?
Je relève vivement la tête vers lui.
— Non, pourquoi ?
Oui mentir c’est mal, mais j’ai ma fierté.
— Vous ne parlez pas beaucoup et vous ne me regardez pas.
— Oh, vous regardez, je ne fais que ça…
Et voilà, je n’ai pas réussi à me contrôler. Linda, dans toute sa splendeur. Le serveur revient à ce moment-là, empêchant Leandro de répondre. Ce repas va être une vraie torture pour moi.
Leandro, en bon gentleman, ne relève pas ma dernière bourde. Dieu merci, je me sens déjà assez nulle comme ça. Mais cet homme a quelque chose d’énigmatique, d’envoûtant. Une fois qu’on plonge son regard dans le sien, il est bien difficile de le lâcher.
— Vous faites quoi dans la vie ? me demande-t-il.
Je n’avais pas prévu de faire plus ample connaissance avec lui, et je ne peux pas vraiment lui dire la vérité.
— Je suis infirmière, et vous ?
D’accord, ça n’a rien à voir avec ce que je fais, mais il ne saura jamais que je lui ai menti.
— Je suis dans l’administration.
Je le détaille. Lui, dans un bureau ? Sacrilège. Dans mon lit, voilà un endroit où je voudrais qu’il soit ! Je secoue la tête, j’ai l’impression d’être une femme qui n’a pas vu d’hommes depuis une décennie. Pour orienter mes pensées vers autre chose, je l’interroge :
— Est-ce que ça vous plaît ?
— Ça dépend des jours, me répond-il avec une pointe de tristesse dans la voix.
— Comme beaucoup de monde, je suppose.
Il a l’air perdu dans ses pensées, les lèvres pincées, un muscle tressautant au niveau de sa mâchoire.
— Tout va bien… ?
— Hum oui. Excusez-moi, j’avais la tête ailleurs.
— J’avais remarqué, dis-je.
Il penche la tête sur le côté et me regarde comme s’il voulait sonder mon âme.
— Vous accepteriez un autre dîner avec moi ?
— Euh… eh bien… c’est-à-dire…
Le serveur arrive à ce moment et me sauve une fois de plus la mise. J’aimerais tant pouvoir dire oui, mais je suis en mission et je n’ai pas le droit à la distraction. Aussi tentante soit-elle. D’un coup, je n’ai plus très faim. À part ma mère et Sophia, personne ne sait vraiment ce que je fais. N’avoir personne à qui se confier peut être pesant. Et Josh qui ne répond toujours pas au téléphone ne fait qu’amplifier mon sentiment de solitude. J’ai décidé d’appeler Todd plus tard pour avoir des nouvelles. Preuve que je m’inquiète vraiment au point d’en arriver là. Si seulement les choses étaient différentes, j’accepterais volontiers. Pour une fois, je regrette de ne pas avoir une vie banale.
— Linda, vous ne m’avez toujours pas répondu. Je suppose que ça veut dire non… ?
Je relève les yeux, j’y lis de la déception dans les siens, mais aussi autre chose que je n’arrive pas à identifier. J’aimerais tant le contredire.
— Je ne peux pas accepter effectivement, mais on peut toujours profiter de ce dîner. Qu’en dites-vous ?
Il s’adosse à sa chaise, et avec un sourire un coin me demande :
— Et on en profitera pour faire quoi ?
— Oh… eh bien pour manger ? Apprendre à se connaître.
C’est vrai, je ne sais pas grand-chose de lui. Je ne sais rien de ses hobbies, de son âge ou s’il a de la famille. Même si je ne vais pas le revoir, je ne m’interdis pas de passer un agréable déjeuner.
— À quoi bon ? Je n’ai plus faim de nourriture, répond-il en me détaillant lentement.
Et la palme d’or de la femme couleur tomate me revient. J’entends déjà une standing ovation. Je ne suis pas une femme timide ! Non ! Je suis une femme qui porte presque des cojones, je ne vais pas rougir parce qu’un homme m’a dit ouvertement qu’il a envie de moi, si ? Oh mon Dieu, dans quel pétrin je me suis fourrée ?
— À quoi pensez-vous alors ? demandé-je d’une toute petite voix.
J’ai presque peur de sa réponse. Il se rapproche de sorte que ce qu’il dit ne soit entendu que de moi.
— Je pense à une chambre et à nous deux sur un lit. À moi, en train de couvrir votre corps de ma bouche, de ma langue. À moi, descendant toujours plus bas, pour arriver entre vos jambes…
Subitement, il se lève, me tend sa main et me dit :
— Si on ne doit plus se voir, je ne veux pas perdre de temps. Je préfère vous montrer ce que j’ai en tête.
Accepter un rendez-vous avec un parfait inconnu, ça ne me ressemble pas. Mais ne dit-on pas qu’on a qu’une seule vie ? Oh et puis merde, j’ai 26 ans, je suis célibataire. J’ai bien le droit d’avoir une aventure au moins une fois dans ma vie, non ? Oui, il peut être dangereux. Oui, ça n’arrive pas qu’aux autres. Mais je ne suis pas la première venue et je sais me défendre, après tout !
Et puis grâce au logiciel inventé par un de mes collègues, je n’ai même pas besoin d’être derrière l’objectif, pour la surveillance. Je ferai le tri en rentrant. Voilà, carpe diem. Je glisse ma main dans la sienne. En me relevant, je me retrouve plaquée contre son torse, il darde sur moi un regard affamé, plein de désir. Mes doigts glissent sur sa bouche. Comme s’il ne pouvait en supporter plus, ses lèvres fondent sur les miennes, mon pouls s’accélère. Je laisse échapper un gémissement et passe mes mains sur sa nuque, puis les remonte pour me perdre dans ses cheveux. Avec une lenteur qui m’enflamme, il passe sa langue sur ma lèvre inférieure. Mon corps pressé contre le sien, je sens la preuve de son désir. J’aurais pu lui arracher ses vêtements sur place si un raclement de gorge ne nous avait pas interrompus.
Je m’écarte vivement de Leandro, pour me retrouver face au serveur qui, avec un regard amusé, demande si nous avons fini. Je suppose qu’il parle du repas, parce que je n’ai pas fini avec Leandro. Et c’est en chœur que nous répondons :
— Oui.
Alors que nos plats sont quasiment intacts, nous quittons la salle. Leandro tient absolument à payer la note. J’avoue être trop pressée de me retrouver seule à seul avec lui pour argumenter. On verra ça une prochaine fois, je secoue la tête, il n’y aura pas de prochaine fois. Alors, autant en savourer chaque instant.
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